Innu (Montagnais-Naskapi)

Les Innus (parfois appelés « Montagnais » ou « Naskapis »), un peuple autochtone, vivent dans les régions subarctiques et boréales du Québec et du Labrador. Le recensement de 2016 dénombre 27 755 personnes se disant d’ascendance innue/montagnaise, tandis que 1 085 autres s’identifient comme Naskapis.



Homme Innu

Population et territoire

Territoire traditionnel des Innus (Montagnais-Naskapis).
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Innu, un mot qui signifie « être humain » en langue innue, est le principal terme employé pour désigner tous les Innus. Certains groupes ont toutefois conservé l’un des deux noms ancestraux : « Montagnais » (mot français faisant référence au « peuple des montagnes »), qui s’applique habituellement aux groupes vivant dans les régions plus boisées du sud, et « Naskapis », qui désigne les communautés installées très au nord, sur les terres arides de la région subarctique. Le recensement de 2016 dénombre 27 755 personnes se disant d’ascendance innue/montagnaise, tandis que 1 085 autres s’identifient comme Naskapis.

Les Innus habitent un vaste territoire boréal dans la péninsule du Labrador, du nom de Nitassinan. Ils forment un peuple distinct, mais apparenté de près aux Cris de l’Est, qui occupent la partie occidentale de la péninsule.

Bien que les Innus soient à l’origine un peuple nomade, les communautés contemporaines sont majoritairement sédentaires; c’est là le résultat des politiques du gouvernement visant à intégrer les Autochtones à l’activité économique du pays au moyen de délocalisations forcées. Les différents groupes sont dispersés sur un très vaste territoire; plusieurs communautés sont donc très éloignées, tout en demeurant relativement accessibles. Par exemple, les réserves d’Uashat et Mani-utenam sont situées dans la région québécoise de Sept-Îles et juste en dehors, sur la rive nord du Saint-Laurent. D’autres sont encore bien plus éloignées, telles que les communautés de Matimekush-Lac-John et Kawawachikamach, près de Schefferville, au Québec, au nord du Labrador.

On trouve au Québec les communautés de Pessamit, Kawawachikamach, Unamen Shipu, Essipit, Uashat mak Mani-utenam (nom qui désigne les deux communautés de Sept-Îles réunies), Mashteuiatsh, Ekuanitshit, Nutashkuan, Pakua Shipu et Matimekush-Lac-John (Schefferville). Les deux plus importantes communautés du Labrador sont les Mushuau Innu de Natuashish et les Sheshatshiu Innu de Tshishe-Shastshit.

Vie avant le contact avec les Européens

Huttes à perches faîtières
These lodges of the subarctic people were quickly assembled with poles covered with bark or skins.
Manteau naskapi
Ces huttes construites par la population subarctique sont rapidement assemblées grâce à des perches faîtières sur lesquelles on tend de l’écorce ou des peaux. (Illustration de Gordon Miller).
Manteau d’été de chasseur naskapi
Manteau d’été de chasseur naskapi fait de peau, porté dans les terres intérieures de la péninsule Québec-Labrador. (Avec la permission des Archives nationales du Québec)

Traditionnellement, les Innus s’adonnent à la chasse et la pêche sur le vaste territoire boréal de Nitassian, sur la péninsule du Labrador. Les Innus chassent le gibier, par exemple le caribou, dans les zones de l’est et du nord, l’orignal dans l’ouest, ainsi que le castor et l’ours, et pêchent les poissons lacustres et le saumon. En plus de chasser le gibier, les Innus pêchent anguilles et poissons, font la chasse aux phoques et récoltent des racines, des baies et de l’eau d’érable. Ils établissent des réseaux de commerce avec d’autres peuples autochtones, comme les Hurons-Wendats.

Les Innus se déplacent sensiblement de la même manière que leurs parents algonquins, soit en canot pendant l’été, et à l’aide de raquettes et de toboggans pendant l’hiver. De plus, ils vivent dans des wigwams faits d’écorce de bouleau au sud, ou de peau de caribou au nord. Les groupes sociaux varient selon les saisons. Plusieurs familles s’unissent pendant l’hiver pour former des campements de chasse, et des groupes plus importants se forment pendant l’été, favorisant les échanges sociaux et les festivités.

Les techniques de chasse traditionnelles permettent d’utiliser toutes les parties d’un caribou; les artisans décorent les peaux de motifs peints ou de dessins de plumes pour en faire des vêtements de toutes sortes et fabriquent des tambours pour les célébrations et la musique sacrée. Les fentes et les fissures qui apparaissent sur une omoplate de caribou brûlée auraient le pouvoir de révéler l’emplacement du gibier. Les esprits animaliers occupent d’ailleurs un rôle central dans la chasse. La capacité d’offrir de la viande en offrande à d’autres personnes permet d’établir son statut social. Après la chasse, on tient un festin cérémonial (un makushan) composé de graisse et de moelle de caribou. Le festin s’accompagne de la musique de tambours et de chants destinés aux esprits animaliers. La religion ancestrale s’exprime en grande partie sous forme de légendes et de chansons.

Culture

Les Innus ont une riche culture combinant art traditionnel, musique, danse et cérémonies sacrées. Bien que la culture innue (et la culture autochtone, de façon générale) ait été mise à mal à maintes reprises par les forces de la colonisation, de nombreux programmes promeuvent aujourd’hui le maintien de la vie culturelle innue. Nametau Innu, par exemple, est un projet qui vise à transmettre des compétences et des connaissances traditionnelles des personnes âgées aux plus jeunes. Les livres de l’auteure montagnaise An Antane Kapesh et les morceaux en langue innue du duo pop Kashtin prouvent que la culture innue continue à s’adapter, et même à s’épanouir. Depuis 1985, Uashat mak Mani-utenam accueille chaque été un festival de musique autochtone du nom d’Innu Nikamu. Plus de 10 000 festivaliers s’y rendent annuellement pour célébrer la musique traditionnelle et ses artistes. (Voir aussi Art autochtone au Canada.)

 

Religion

 

Avant le contact avec les Européens, la religion est vécue personnellement et encourage le respect des animaux. Les caribous, qui fournissent tout ce dont on a besoin, sont des animaux vénérés. Les chamans pratiquent le rite de la tente tremblante, et les chasseurs apaisent les esprits animaliers en plaçant des offrandes faites d’os et de crânes dans des arbres ou sur des plateformes surélevées.

L’arrivée de missionnaires européens bouleverse en profondeur le mode de vie des Innus. Très tôt, des textes chrétiens sont traduits en innu, et les missionnaires s’impliquent activement dans la vie culturelle et spirituelle des Innus. Au 18e siècle, les missionnaires, de concert avec d’autres membres de la communauté, mettent au point une orthographe standardisée pour la langue innue; cela vient s’ajouter à leurs efforts pour convertir la population à la chrétienté. Bien que plusieurs communautés innues d’aujourd’hui retiennent ces affiliations religieuses, les croyances traditionnelles persistent au sein d’autres communautés.

 

Langue

La langue innue, qu’on appelle parfois innu-aimun, fait partie de la famille linguistique algonquine. L’innu-aimun est surtout parlé chez ceux que l’on nomme traditionnellement les Montagnais, alors que l’iyuw iyimuun est le dialecte des Naskapis. Cette langue est très utilisée parmi les différentes communautés et soutenue par des projets tels que le projet de langue innue, qui diffuse la langue et la culture innues au moyen de ressources d’apprentissage. Les deux langues se ressemblent, bien qu’il existe des variantes dialectales et orthographiques. Par exemple, certaines communautés emploient l’écriture syllabique et d’autres, l’alphabet latin. Les communautés innues d’aujourd’hui maîtrisent également, pour la plupart, le français ou l’anglais. Le recensement de 2016 dénombre 10 490 personnes se disant d’ascendance montagnaise (innue), tandis que 1 240 autres s’identifient comme Naskapis. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Histoire coloniale

Bien qu’ils combattent pendant un temps les Inuits, les Haudenosaunee, les Mi’kmaq et les Abénaquis, les Innus ne sont pas de tempérament belliqueux; leurs réactions hostiles sont au moins en partie un effet du contact européen. Dans la région de Tadoussac, les Innus sont des alliés militaires des Français dans leur guerre contre les Britanniques et leurs alliés autochtones. (Voir aussi Guerres iroquoises.) Samuel de Champlain conclut une alliance avec un groupe de Montagnais en 1603, jetant les bases des relations futures entre Français et Autochtones.

Avant le 19e siècle, la plupart des contacts entre les Innus du Nord et les Européens sont indirects, et se font généralement par le commerce avec les Cris voisins ou les Innus du Sud en tant qu’intermédiaires. La vie dépend alors des mouvements migratoires des caribous de la toundra. Dès 1830, toutefois, la Compagnie de la Baie d’Hudson installe des postes dans cette région nordique, approvisionnée d’abord par Fort Chimo, puis par North West River, au Labrador. Pendant deux siècles, la traite des fourrures définit les relations entre Innus et Européens. La traite pratiquée dans les postes du golfe du Saint-Laurent est d’abord le monopole de la France, puis de la Grande-Bretagne, avant de passer aux mains de commerçants privés. Vers le milieu du 19e siècle, la plupart des régions subissent les effets d’une chasse excessive, et les Innus du Sud ont besoin du soutien des missionnaires et du gouvernement pour assurer leur subsistance. Bientôt, l’industrie forestière ajoute à leurs problèmes; ils sont chassés des rivières à saumons, désormais louées par des clubs ou des particuliers. La traite des fourrures a des conséquences désastreuses chez les Innus; en effet, le nouveau mode de vie de trappeur ne permet pas la flexibilité nécessaire pour suivre les hordes nomades de caribous.

Comme chez de nombreux peuples autochtones lors de leurs premiers contacts avec les Européens, la population innue est dévastée par la petite vérole, la grippe espagnole, la tuberculose, la syphilis, la scarlatine, la coqueluche, la rougeole et d’autres maladies. Plusieurs meurent de faim; l’abandon des modes d’alimentation traditionnels signifie que l’on dépend désormais d’une économie basée sur les salaires et de l’intervention gouvernementale. Pour de nombreux Innus, cela signifie une délocalisation forcée vers des réserves où les problèmes sociaux ne font que s’envenimer.

Bien que les Innus soient « placés » de force dans des réserves, ils ne sont inclus dans les négociations d’aucun traité, et leurs droits ancestraux sur leurs terres ne leur sont pas reconnus. Même si les circonstances contraignent les Innus de renoncer à leur mode de vie nomade, la chasse et la pêche demeurent des activités importantes au sein de leur communauté. En réponse à l’installation forcée dans les réserves, plusieurs communautés innues mettent sur pied des organismes visant à défendre leurs droits ancestraux. Dès le milieu du 20e siècle, le gouvernement fédéral force les Innus et les Inuits à s’installer dans des réserves permanentes, ce qui entraîne de nombreuses difficultés sociales et économiques. (Voir aussi Délocalisation d’Inuits dans l’Extrême-Arctique.)

Organisation politique

Deux conseils tribaux représentent les groupes innus du Québec : le Conseil tribal Mamuitun (constitué en personne morale en 1991) représente Mashteuiatsh, Essipit, Pessamit, Uashat, Mani-utenam et Matimekush, et le Conseil tribal Mamit Innuat (fondé en 1982, constitué en personne morale en 1988) défend les intérêts d’Ekuanitshit, Nutashkuan, Pakua Shipu et Unamen Shipu. La Innu Nation représente les deux communautés du Labrador. Ces groupes continuent de faire pression pour que soient reconnues leurs revendications territoriales et qu’ils soient protégés des impacts de l’industrie forestière, des barrages hydroélectriques, des vols militaires à basse altitude et des mines, comme celles de Voisey’s Bay, au Labrador.

Traités et autonomie gouvernementale

En 1975, la nation innue se voit exclue de l’accord de principe menant à la Convention de la Baie-James, mais négocie un accord indépendant en 1978, connu comme la Convention du Nord-Est québécois. Celle-ci procure aux Naskapis de Kawawachikamach (Schefferville) des concessions d’autonomie gouvernementale et 9 millions de dollars répartis sur 20 ans en échange de droits de développement.

Vie contemporaine

Les communautés les plus isolées présentent des taux élevés d’alcoolisme, d’abus de substances et de suicide. En 1993, les Innus de Davis Inlet (Utshimassits) attirent l’attention médiatique de partout dans le monde lorsque survient une épidémie d’inhalation d’essence. (Voir aussi Inhalation d’essence au Labrador.) Les jeunes impliqués dans l’affaire se rétablissent, mais plusieurs gardent l’impression que l’incident est représentatif des conditions de vie déplorables des communautés autochtones au Canada. En 2001, le gouvernement canadien, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et les Innus du Labrador mettent sur pied la Stratégie globale à long terme pour la guérison des Innus du Labrador pour s’attaquer à quelques-uns des problèmes présents dans les communautés innues. L’année suivante, environ 680 résidents de Davis Inlet se réinstallent à Natuashish, à l’ouest de leur réserve d’origine. En 2008, les résidents de Natuashish votent pour interdire l’alcool sur leur réserve.

En 2002, la nation innue fait pression auprès du gouvernement fédéral pour faire reconnaître le statut d’Indiens de ses membres, leur donnant accès à plusieurs programmes et services fédéraux disponibles en vertu de la Loi sur les Indiens. Les communautés de Natuashish et de Sheshatshiu, toutes deux situées à Terre-Neuve-et-Labrador, sont constituées en réserves, en 2003 et en 2006 respectivement.

Depuis 2005, Transport Ferroviaire Tshiuetin, que possèdent et exploitent la communauté innue Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam, la nation naskapi de Kawawachikamach et la nation innue Matimekush, fournit un chemin de fer passager entre Emeril (Labrador) et Schefferville (Québec).


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