John Campbell Hamilton-Gordon, comte d’Aberdeen

John Campbell Hamilton-Gordon, premier marquis d’Aberdeen et Temair, comte d’Aberdeen de 1870 à 1916 et gouverneur général du Canada de 1893 à 1898 (né le 3 août 1847 à Édimbourg, au Royaume-Uni; décédé le 7 mars 1934 à Tarland, au Royaume-Uni). En tant que gouverneur général, le comte d’Aberdeen, avec sa femme, lady Aberdeen, concentre son travail sur l’aide sociale auprès des Canadiens de tous les milieux et de toutes les cultures, créant des précédents en matière d’initiatives philanthropiques pour ses successeurs. John Hamilton-Gordon fait également l’acquisition d’une propriété dans la vallée de l’Okanagan, où il est pionnier dans l’industrie fruitière de la région.

Le comte d\u2019Aberdeen
John Hamilton-Gordon (le comte d\u2019Aberdeen), Ottawa, avril 1895

Jeunesse et formation

John Hamilton-Gordon est le troisième fils de George Hamilton-Gordon, cinquième comte d’Aberdeen, et de Mary Baillie, la sœur de George Baillie-Hamilton, dixième comte de Haddington. Les Hamilton-Gordon et les Baillie sont tous deux très actifs dans le monde politique et au sein du mouvement évangélique. Le grand-père de John Hamilton-Gordon est premier ministre de la Grande-Bretagne de 1852 à 1855, tandis que son père participe aux négociations entourant l’établissement de la frontière entre le Canada et les États-Unis. John Hamilton-Gordon étudie à l’Université de St. Andrews, en Écosse, puis à l’Université Oxford, où il obtient un baccalauréat en arts en 1871.

Mariage et famille

Le 7 novembre 1877, John Hamilton-Gordon épouse Ishbel Maria Marjoribanks, fille de Dudley Marjoribanks, premier baron de Tweedmouth, et d’Isabella Weir Hogg. Le couple partage beaucoup d’intérêts en commun, notamment en ce qui a trait à la politique et la religion et en matière de réforme sociale. Lady Aberdeen, d’ailleurs, se bâtit une réputation bien à elle au Canada en fondant les Infirmières de l’Ordre de Victoria et en assurant l’organisation du Conseil national des femmes du Canada. Les Aberdeen ont cinq enfants, avec lesquels ils partent au Canada. John Hamilton-Gordon écrit que le Canada est l’endroit idéal pour élever des enfants, car « on ne trouve de meilleures conditions nulle part ailleurs sur la planète, et les enseignants les plus qualifiés dans tous les domaines de l’éducation se trouvent dans les grands centres. »

Lady Aberdeen
Religionnaire d\u00e9vou\u00e9e, lady Aberdeen fonde l'organisation Les infirmi\u00e8res de l'ordre de Victoria.

Lord lieutenant d’Irlande

Au sein de la Chambre des lords, à laquelle il accède à titre de comte d’Aberdeen en 1870 à la suite de la mort de ses deux frères aînés (un en mer, l’autre dans un accident de fusil), John Hamilton-Gordon tisse une foule d’amitiés et d’alliances politiques. De 1881 à 1885, il agit comme lord haut-commissaire de l’Église d’Écosse. Puis, en 1886, il devient lord lieutenant d’Irlande, où l’on salue sa préoccupation pour l’aide sociale. Lorsqu’il est nommé gouverneur général du Canada, le périodique Dublin Freeman rapporte que « si le lord d’Aberdeen a comme vice-roi au Canada la moitié du succès qu’il a eu en Irlande, le peuple du Dominion aura de quoi se réjouir. »

Vallée de l’Okanagan

Un an après des vacances de trois semaines au Canada en 1890, John Hamilton-Gordon fait l’acquisition du ranch Coldstream, situé dans la vallée de l’Okanagan, près de Vernon, en Colombie-Britannique. La propriété comprend un terrain de 13 261 acres, 2000 vaches, 62 chevaux, 70 porcs, 70 moutons et 50 poulets. Il fait également planter plus de 25 000 pommiers, poiriers et cerisiers sur 100 acres de son ranch, lançant ainsi dans la vallée de l’Okanagan une industrie fruitière très fructueuse. Il entame aussi la construction d’un système d’irrigation dans la région, le canal Grey, et fait bâtir une confiturerie. Les Aberdeen stimulent l’immigration dans la région en vendant de petits lopins de terre aux nouveaux arrivants afin qu’ils démarrent eux aussi leur ferme fruitière.

Gouverneur général du Canada

Lorsque William Ewart Gladstone retourne au pouvoir en tant que premier ministre britannique, en 1892, il nomme John Hamilton-Gordon comme successeur au lord Stanley en tant que gouverneur général du Canada. La nomination est très bien reçue, particulièrement auprès des Canadiens d’ascendance écossaise et irlandaise. Grâce au soutien qu’il accorde aux droits constitutionnels du Canada français, et au fait qu’il passe de l’anglais au français dans ses discours au Québec (une pratique très controversée pour les Canadiens anglais de l’époque), John Hamilton-Gordon est également très aimé des francophones au Canada. En Nouvelle-Écosse, il s’adresse au public en gaélique d’Écosse, affirmant que « politiciens, prêtres et docteurs doivent parler le gaélique s’ils veulent avoir quelque influence que ce soit à Cap-Breton ». À Regina, il rencontre Crowfoot, qu’il décrit dans son journal intime comme étant « un chef pieds-noirs splendide, doté d’une habileté magnifique et de la clairvoyance des meilleurs hommes d’État, à qui le Canada et l’Empire doivent une fière chandelle pour la sage manière dont il dirige son peuple ».

Relation avec les premiers ministres canadiens

Quatre premiers ministres fédéraux se succèdent au cours du mandat de gouverneur général d’Aberdeen : John Thompson (1892-1894), Mackenzie Bowell (1894-1896), Charles Tupper (1896) et Wilfrid Laurier (1896-1911). John Hamilton-Gordon discute de sa relation avec ces politiciens dans ses mémoires, coécrits avec lady Aberdeen. De John Thompson, le couple Aberdeen dit qu’il s’agit « d’un homme très aimable » pour lequel il a développé une « affection sincère et mutuelle ». Le couple se dit également peiné lorsqu’il meurt dans l’exercice de ses fonctions, en 1894.

Le décès de John Thompson signifie qu’il revient à John Hamilton-Gordon de choisir le nouveau premier ministre, une tâche qu’il trouve extrêmement difficile : « Au lieu qu’une seule personne se démarque dans les circonstances et au sein de l’opinion publique, il y avait au moins quatre membres du Cabinet qui se trouvaient entièrement, voire spécialement, qualifiés pour le poste. » Il choisit Mackenzie Bowell, mais pas avant d’avoir sondé l’opinion de sir Frank Smith, membre du cabinet de John Thompson, quant à savoir si Mackenzie Bowell, en tant que membre protestant de l’Ordre d’Orange, serait accepté par les catholiques romains.

John Hamilton-Gordon participe étroitement à la transition entre les administrations de Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Après la défaite du Parti conservateur et de Charles Tupper aux élections de 1896, John Hamilton-Gordon crée un précédent en refusant d’approuver les sénateurs et les juges que le politicien déchu choisit entre sa défaite et la formation du nouveau gouvernement libéral de Wilfrid Laurier. John Hamilton-Gordon explique que « nous avons connu quelques jours de grande tension, et sir Charles Tupper ne s’est pas gêné pour me dire que je m’écartais des précédents et que j’enfreignais les principes de l’autonomie gouvernementale… Cet épisode a mené, malheureusement, à un éloignement complet entre nous pendant de nombreuses années. »

Les Aberdeen, cependant, sont très impressionnés par Wilfrid Laurier, dont ils louangent les « dons incroyables » et les « grandes qualités, qui ont certainement fait de [leurs] relations officielle et personnelle une affaire très agréable et animée. Il était un ami loyal et un conseiller de confiance, deux éléments grâce auxquels les transactions entre gouverneur et premier ministre pouvaient se dérouler sans heurts. » Le soutien de John Hamilton-Gordon envers le premier ministre libéral cause la grogne chez les conservateurs, qui protestent en boycottant à l’occasion les événements officiels à Rideau Hall.

Le comte d\u2019Aberdeen et lady Aberdeen en visite chez sir Wilfrid Laurier et lady Laurier
Arthabaska, Québec, 1897
Le comte d\u2019Aberdeen, sir Wilfrid Laurier et d\u2019autres invités à la Citadelle
Un groupe à la Citadelle, incluant le comte d\u2019Aberdeen et lady Aberdeen, sir Wilfrid Laurier, sir Frederick Borden et le colonel Wilson (Québec, v. 1896)
Le bureau du comte d\u2019Aberdeen à Rideau Hall
Ottawa, juillet 1898

Sports et voyages

John Hamilton-Gordon et sa famille adorent les sports d’hiver. Ils aident d’ailleurs à populariser le ski au Canada. Comme ils l’expliquent dans leurs mémoires, « les hivers ensoleillés étaient en eux-mêmes une joie, sans parler des sports d’hiver que nous pratiquions sur nos patinoires : le patin, le hockey, la luge et le traîneau, auxquels nous avons ajouté le ski. C’est d’ailleurs grâce à la gouvernante suédoise des enfants que le ski est apparu pour la première fois à Ottawa, bien qu’il n’ait pas fallu attendre longtemps pour qu’il devienne un plaisir national. » Au printemps, les Aberdeen organisent également des fêtes où les produits de l’érable sont à l’honneur.

L’été, les Aberdeen voyagent beaucoup au Canada, notamment à la Citadelle de Québec, à leur propriété dans la vallée de l’Okanagan et à leur maison au bord de la mer au Nouveau-Brunswick où la famille fait « du bateau, de la pêche, de l’équitation et de la baignade dans les eaux de l’Atlantique et du Pacifique, tout en ayant la chance de rencontrer toutes sortes de gens intéressants ». En 1895, John Hamilton-Gordon fait don de la coupe Aberdeen à l’Association royale de golf du Canada.

Aide sociale et philanthropie

Les Aberdeen démontrent leur grand intérêt pour l’aide sociale par l’intermédiaire de leurs activités philanthropiques au Canada. Comme le conclut la biographe Veronica Strong-Boag, « beaucoup de leurs initiatives sont gardées dans l’anonymat. Dans leurs documents privés, on trouve une foule des suppliques de citoyens, auxquelles ils répondaient souvent avec des mots bien veillants et de l’argent. » Les Aberdeen concentrent leurs efforts dans le développement d’organisations communautaires, comme des syndicats et la branche locale du Conseil national des femmes du Canada, qui sont plus à même d’améliorer la vie de la population que leurs dons philanthropiques individuels. Le Globe, de Toronto, décrit d’ailleurs John Hamilton-Gordon comme « un homme sain et conscient du bien public » qui contribue à « l’amélioration sociale, à la modification et à l’éradication des différences raciales et religieuses, au progrès industriel et à l’unité nationale au Canada ». Lorsqu’il quitte le Canada, à la fin de son mandat, une allocution commémorative lui est présentée, signée par les institutions et les organismes qu’il a visités à Toronto, incluant l’Armée du Salut et des clubs sportifs locaux.

Le Conseil national des femmes du Canada
Photographie incluant Lady Aberdeen (au centre), Ottawa, Ontario, mai 1898.

Empire et dominions britanniques

John Hamilton-Gordon fait la promotion de meilleures communications et relations commerciales entre les dominions de l’Empire britannique et il s’intéresse beaucoup aux avancées technologiques pouvant contribuer à l’amélioration de ces liens. Au cours d’une tournée des provinces maritimes, il rend visite à Alexander Graham Bell, l’inventeur du téléphone, et à sa femme, Mabel, dans leur demeure à Baddeck, où ils font des « expériences avec des machines volantes » (voir aussi Alexander Graham Bell, pionnier de l’aviation). En 1894, il préside la deuxième Conférence coloniale à Ottawa, accueillant, en plus de la délégation canadienne, des délégués d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du Sud et du Royaume-Uni. Au cours de cette conférence, les délégués acceptent l’installation d’un câble télégraphique entre le Canada et l’Australie dans le Pacifique, complétée en 1902.

John Hamilton-Gordon est gouverneur général lors du jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897. C’est lui qui mène les célébrations au Canada, ce qui inclut la réception d’un télégramme de la reine Victoria acceptant les félicitations de l’Empire britannique et de ses dominions.

Dernières années

John Hamilton-Gordon revient en Grande-Bretagne en 1898. De 1905 à 1915, il est lord lieutenant d’Irlande, avant de recevoir le titre de premier marquis d’Aberdeen et Temair. Les Aberdeen écrivent leurs mémoires au cours des années 1920. À sa retraite, il part vivre dans le Aberdeenshire, où il meurt en 1934, à l’âge de 86 ans.

Legs et patrimoine

Des rues à Toronto, Hamilton, Sarnia et Kingston portent le nom « Aberdeen » au Canada, tandis qu’on trouve à Ottawa le pavillon Aberdeen (maintenant une salle d’exposition), l’une des plus vieilles patinoires de hockey au monde qui a, en 1904, accueilli les matchs de la coupe Stanley. Les vergers du ranch Coldstream, quant à eux, ont transformé pour toujours l’économie et le paysage de la vallée de l’Okanagan.