Junius Lyman Edward Hokan

Junius Lyman Edward Hokan, pilote (né le 4 mars 1922, à St. Catharines, en Ontario; décédé le 26 septembre 1942, dans la Manche). Junius Hokan a probablement été le premier officier commissionné et pilote de chasse canadien noir dans l’ Aviation royale canadienne (ARC). Il a servi son pays avec distinction au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avant d’être tué lorsque son avion s’est écrasé, sur le chemin du retour en Angleterre, après une mission.

Junius Lyman Edward Hokan, pilote (né le 4 mars 1922, à St. Catharines, en Ontario; décédé le 26 septembre 1942, dans la Manche). Junius Hokan a probablement été le premier officier commissionné et pilote de chasse canadien noir dans l’ Aviation royale canadienne (ARC). Il a servi son pays avec distinction au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avant d’être tué lorsque son avion s’est écrasé, sur le chemin du retour en Angleterre, après une mission.
Pilotes de la Deuxième Guerre mondiale

Premier pilote de chasse noir de l’ARC

Junius Hokan grandit à St. Catharines, en Ontario. Son père a servi dans l’Artillerie canadienne de campagne pendant la Première Guerre mondiale. À l’âge de 18 ans, Junius Hokan s’enrôle dans l’ARC, le 11 novembre 1940, à Niagara Falls. À cette époque, les politiques de l’ARC limitent l’enrôlement aux personnes « d’ascendance européenne pure ». Cependant, il semble que certains recruteurs ignorent ces politiques. Bien que conscient du fait que Junius Hokan est noir, l’officier responsable l’enrôle tout de même.

L’aviateur de 2e classe Hokan suit la formation de l’École préparatoire d’aviation no 1, à Toronto, où il apprend les bases du vol. Il suit ensuite une formation initiale de pilote à l’École élémentaire de pilotage no 9 de St. Catharines, et de vol militaire avancé à l’École de pilotage militaire no 2 à Uplands, étant noté comme un pilote au‑dessus de la moyenne dans l’une et l’autre de ces deux écoles. Le 8 août 1941, l’aviateur‑chef Hokan reçoit son brevet de pilote. Compte tenu de l’excellente réputation acquise au cours de sa formation, il est également nommé sous‑lieutenant d’aviation.

No. 610 Squadron, RAF

À l’issue de cette période, le sous‑lieutenant d’aviation Hokan est envoyé à l’étranger. Comme la plupart des aviateurs formés dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), il est transféré dans la Royal Air Force (RAF). Après une brève période d’apprentissage des dernières techniques de combat aérien, il est affecté, le 18 février 1942, au No. 610 Squadron. Bien qu’il s’agisse d’une unité de la RAF, cet escadron compte, dans ses rangs, des pilotes d’Australie, de Belgique, du Canada, de France, de Norvège et de Rhodésie.

Jusqu’en avril 1942, les pilotes du No. 610 Squadron volent sur des Spitfire Mk VB, dans le cadre d’opérations d’intrusion, c’est‑à‑dire de missions en territoire sous contrôle allemand, après quoi l’escadron se voit attribuer un nouveau rôle de protection des convois et de reconnaissance. En juillet 1942, le célèbre chef d’escadron anglais J.E. « Johnnie » Johnson prend le commandement de l’unité.

Le sous‑lieutenant d’aviation Hokan se retrouve rapidement au cœur de l’action. Le 27 avril à l’aube, alors qu’avec un autre pilote, ils effectuent une patrouille, ils abattent un Junkers Ju 88 au large de Lowestowe. Le 15 mai, avec trois autres pilotes, ils inscrivent à leur tableau de chasse un Dornier Do 217. Après chacun de ces deux épisodes, Junius Hokan est interviewé par la Presse canadienne, ses exploits étant relatés dans les journaux canadiens. Le 22 juin, il abat un autre Ju 88 à l’est de Yarmouth. Pendant toute la période où il est membre du 610 Squadron, il démontre qu’il est un pilote compétent, en mesure de diriger plusieurs aéronefs en opération.

Le mercredi 19 août 1942, des soldats canadiens mènent un raid sur la ville de Dieppe, sur les côtes françaises. Le 610 Squadron décolle à 7 h 30. Une mêlée se forme rapidement dans le ciel, faisant dire à Johnnie Johnson : « La seule chose que nous avions alors en tête, c’était de nous échapper et de rester vivants. » Junius Hokan attaque un Focke‑Wulf Fw 190, faisant tomber une grande partie de sa queue. Avant qu’il ne puisse faire d’autres dégâts, le pilote canadien est lui‑même attaqué par un autre Fw 190, qui réussit, à son tour, à détruire la majeure partie de la queue de son Spitfire. « Hokey », comme l’avaient surnommé ses camarades d’escadron, fait alors demi‑tour pour rentrer à sa base. Le fait qu’il ait réussi à revenir en dépit des dommages subis par son avion constitue une surprise qui sera mentionnée dans le journal de l’escadron. Plus tard dans la journée, il vole de nouveau au‑dessus de Dieppe à bord d’un autre Spitfire.

Conception d’un dispositif d’orientation (spherant)

Le sous‑lieutenant d’aviation Hokan a cependant d’autres centres d’intérêt que le vol. En mars 1942, il présente, au directeur des besoins opérationnels de la RAF, un ensemble détaillé de dessins pour un dispositif de détermination de position pour les navigateurs à bord de bombardiers. Ce type d’appareil est connu sous le nom de « spherant ». Le ministère de l’Air britannique s’intéresse au système conçu par Junius Hokan, envisageant de transférer ce dernier à un poste de recherche. On estime qu’en mettant au point son dispositif, il contribuerait de manière plus importante à l’effort de guerre qu’en pilotant un Spitfire. Le pilote canadien poursuit ses travaux sur son spherant, tout en volant avec le 401e Escadron de l’ARC, auquel il est affecté le 24 août 1942.

401e Escadron de l’ARC

La première sortie opérationnelle du sous‑lieutenant d’aviation Hokan avec le 401e Escadron a lieu le 6 septembre 1942, lorsqu’il prend part à un sweep. Il vole ensuite régulièrement en opération. Le 26 septembre 1942, son escadron, ainsi que les 64e et 133e escadrons, sont chargés d’escorter 36 Boeing B‑17 Flying Fortress lors d’une attaque contre Morlaix, en France. Les vents, cependant, soufflent désormais à 160 km/h, en provenance du nord, plutôt qu’aux 55 km/h annoncés et les trois escadrons sont repoussés plus au sud que prévu. Le 133e Escadron perd ses 12 avions. Le 64e réussit à peine à revenir sur le sol anglais. Le 401e perd trois appareils, dont deux s’écrasent en Angleterre après avoir manqué de carburant. Alors que Junius Hokan se trouve à 60 km au large des côtes anglaises, il envoie le message suivant par radio : « à court d’essence, tiré d’affaire, à bientôt les gars, on se voit demain »; il est vu pour la dernière fois alors que son appareil amorce une plongée progressive dans la mer.

Lorsqu’un tel accident se produit en mer, les autres membres de l’escadron survolent les lieux jusqu’à l’arrivée des secours air‑mer. Toutefois, dans ce cas, compte tenu de leur situation en carburant, cela ne s’avère pas possible. Après avoir fait le plein à la station de la RAF la plus proche, le chef d’escadron Hodson souhaite effectuer une recherche, mais l’autorisation lui est refusée. L’ARC préfère attendre de savoir si les Allemands ont secouru le sous‑lieutenant d’aviation Junius Hokan, qui n’a cependant pas eu cette chance. Le 6 novembre 1942, son nom figure sur la liste des victimes de l’ARC comme « tué en service actif ». Il est ensuite inscrit sur le Runnymede Memorial, à Surrey, en Angleterre, consacré à ceux qui n’ont pas de sépulture connue.

Importance

Outre un appareil endommagé à Dieppe, on porte à l’actif de Junius Hokan la destruction d’un avion complet, de la moitié d’un autre et du quart d’un troisième. Toutefois, la trace qu’il a laissée et le potentiel qu’il possédait vont bien au‑delà de ces simples statistiques. Johnnie Johnson l’a décrit comme « un chef de file enthousiaste et fiable qui, avec plus d’expérience, fera un excellent commandant de bord ». Ses capacités de mise au point du spherant ont été reconnues, à des niveaux élevés de la hiérarchie, dans la RAF et l’ARC. Le sous‑lieutenant d’aviation Hokan a également démontré, à ses collègues pilotes et aux membres de son escadron, que les Canadiens noirs étaient des pilotes de chasse compétents. À une époque où les préjugés raciaux étaient largement répandus au Canada, il s’agit là d’une réalisation notable.