Les francophones des Territoires du Nord-Ouest (Les Franco-Ténois)

Les Franco-Ténois sont les francophones qui habitent les Territoires du Nord-Ouest (TNO). La population francophone y est minoritaire (4% à Yellowknife, 3% à Hay River) et est composée en majorité d’expatriés: 58% est née au Québec et 90% à l’extérieur des TNO. La population immigrante est scolarisée et bilingue, et elle œuvre surtout dans les domaines de l’administration publique, de l’éducation, de la santé et des services sociaux.



Histoire

Le voyageur Laurent Leroux (1759-1855) est le premier Canadien d’origine européenne à se rendre au Grand lac des Esclaves. En 1786, il établit au nom de la Gregory, MacLeod and Company le poste de traite de Fort Resolution et, en 1789, celui de Fort Providence pour le compte de la Compagnie du Nord-Ouest (à laquelle s’est intégrée la Gregory, MacLeod and Company). D’autres suivent son exemple dans cette région habitée majoritairement par les Dénés et des Métis nés des relations entre les Canadiens et les femmes autochtones.

Trappeurs et commerçants se rendent dans les Territoires du Nord-Ouest au 18e siècle pour tirer profit de la traite des fourrures; les Oblats et les Sœurs grises s’y rendent également pour propager la foi catholique. Toutefois, ils n’y sont que de passage et ne fondent pas de communautés françaises catholiques comme en Ontario et dans les Prairies (voir Franco-Ontariens, Francophones du Manitoba, Canadiens français dans l’Ouest).

La moitié de la population de la Terre de Rupert parle français lorsqu’elle adhère à la Confédération canadienne en 1870 (voir aussi Canada-Ouest, Dominion du Canada). L’article 110 de la loi qui établit l’appareil administratif des TNO (Loi sur les Territoires du Nord-Ouest) reconnaît le français et l’anglais comme langues de la législature et des tribunaux. En 1884, cette administration permet l’existence d’écoles séparées (catholiques).

L’installation d’anglophones protestants dans les TNO diminue le poids et le capital symbolique des populations françaises et métisse. L’intolérance qui se manifeste après la seconde Rébellion de Louis Riel amène les autorités des TNO à proclamer l’anglais comme seule langue admissible dans les écoles et à l’Assemblée législative en 1892. Des modifications sont cependant apportées en 1896 et en 1901 pour permettre l’utilisation du français lorsque des élèves du primaire ne comprennent pas l’anglais. Lorsque l’État fédéral confie la responsabilité de l’éducation au gouvernement territorial en 1969, il n’existe aucune classe de langue française dans les TNO.

20esiècle

L’expansion de l’exploitation minière et pétrolière pendant les années 1950 (voir aussi Industrie pétrolière), puis les obligations linguistiques que la Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969, imposent aux services fédéraux font en sorte que la population canadienne-française augmente dans la capitale (Yellowknife). Fondée en 1978, l’Association culturelle franco-ténoise (ACFT) organise des activités culturelles et fait naitre un «sentiment d’appartenance à la communauté franco-ténoise». L’ACFT crée des liens avec d’autres associations culturelles, notamment à Frobisher Bay (Iqaluit, 1981), Forth Smith (1984), Hay River (1988) et Inuvik (2000). Ce réseau transterritorial milite au début pour obtenir des antennes afin de capter Radio-Canada. Il lutte ensuite pour élargir les services gouvernementaux en français et, surtout, pour permettre aux enfants d’avoir accès à une éducation en français. Et en effet, les administrateurs scolaires autorisent l’enseignement en français pour les premières années du primaire à partir de 1977 et quelques classes ouvrent à Yellowknife.

Les TNO étant un territoire fédéral, le gouvernement du Parti libéral à Ottawa tente d’imposer le bilinguisme officiel à l’administration territoriale en 1982, mais les élus locaux refusent. Par ailleurs, ces derniers adoptent leur propre Loi sur les langues officielles en1984, laquelle accorde un statut non seulement à l’anglais et au français, mais aussi à neuf langues autochtones parlées dans le territoire: le chipewyan, le cri, le kutchin, l’inuinnaqtun, l’inuktitut, l’inuvialuktun, l’esclave du nord, l’esclave du sud et le tlicho (voir Langues autochtones au Canada).

Quant à l’élargissement de l’enseignement en français, le gouvernement territorial y est réfractaire, à moins que l’État fédéral ne paie les coûts supplémentaires qu’il engendre. Pourtant, en vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés (1982), les 119 enfants ayants droit – dénombrés par le recensement fédéral de 1986 – sont assez nombreux pour justifier l’existence non seulement de classes, mais peut-être aussi d’une ou deux écoles de langue française. En 1988, La Fédération franco-ténoise (FFT, nouveau nom de l’ACFT) intente une poursuite judiciaire contre le gouvernement territorial et un premier programme d’enseignement en français verra le jour à Yellowknife en 1989.

Identité et culture

Afin de rallier la population, la FFT fonde un hebdomadaire, L’Aquilon, en 1986. Les Éditions franco-ténoises publient Leroux, Beaulieu et les autres ou La petite histoire des francophones dans les Territoires du Nord-Ouest (1989), livre qui met en évidence, par des récits du passé, une présence francophone continue qui se greffe à la trajectoire de l’histoire des Canadiens français. Pour l’historienne Julie Lavigne, ce projet de construction identitaire retient le souvenir de locuteurs francophones, souvent de passage, mais qui ont marqué le développement des TNO, et donne un sens à la présence contemporaine des francophones, des immigrants venant du Québec, de l’ Acadie et de l’Alberta pour la plupart. Ainsi, ceux qui possèdent des repères historiques peuvent se construire une identité collective et aspirer à un destin commun, associé ici aux revendications politiques de la FFT. D’ailleurs, la Fédération suit l’exemple d’autres communautés francophones provinciales et crée le drapeau franco-ténois en 1992. Son ciel bleu évoque la francité, le sol enneigé et courbé rappelle l’appartenance polaire, l’ours polaire représente la liberté et les grands espaces, la demi-fleur de lys et le demi-flocon symbolisent la communauté francophone et ses racines nordiques (voir aussi Drapeau franco-ontarien, Drapeau acadien).

Le drapeau franco-ténois

L’imaginaire collectif demeure un projet, et les revendications, un chantier. Les transferts linguistiques vers l’anglais s’élèvent à 55% en 1986, une anglicisation qui souligne l’inégalité des langues ainsi que le manque de services en français. La FFT lutte contre la marginalisation de la culture française et l’essor de l’enseignement en français constitue son principal cheval de bataille.

La poursuite que la FFT intente contre le gouvernement territorial oblige ce dernier à établir en septembre 1989 un programme d’enseignement en français à Yellowknife où habitent 70% des francophones des TNO. Mais, il faudra aussi la décision de la Cour suprême du Canada, dans l’arrêt Mahé (1990) et le Renvoi relatif à la Loi sur les écoles publiques (Manitoba) (1993), pour préciser l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Cette décision pose un jalon dans l’épanouissement des communautés francophones en affirmant leurs droits à fonder leurs écoles et à gérer eux-mêmes ces établissements.

Le Saviez-Vous?
La Fête de la francophonie nordique, tenue annuellement en juin, célèbre la culture franco-ténoise.

Les institutions d’enseignement

Les TNO sont contraints à agir. En 1997, le gouvernement crée le Conseil scolaire francophone (il sera pendant trois ans sous l’autorité du Yellowknife Education District No.1) qui devient en 2000 la Commission scolaire francophone (CSF). En septembre 1999, le CSF inaugure sa première école, l’École Allain-St-Cyr, dans un édifice distinct. Son nom rend hommage à un militant local.

En septembre 1998, des parents de Hay River réussissent à ouvrir une classe française et le nombre de niveaux qui s’y ajoutent est suffisant pour justifier la construction d’un nouvel établissement, ouvert en septembre 2005. En 2017-2018, près de 200 élèves fréquentent ces deux écoles.

Population

La population francophone est minoritaire (4% à Yellowknife, 3% à Hay River) et se compose d’expatriés: 58% viennent du Québec et 90% de l’extérieur des TNO. La population immigrante est scolarisée et bilingue, elle œuvre dans l’administration publique, l’éducation, la santé et les services sociaux.

De nos jours, la collectivité franco-ténoise dispose d’institutions telles que la Garderie Plein-Soleil, la Radio Taïga et un comité de développement économique. Aux TNO, 3% de la population est de langue maternelle française. Si son poids démographique est resté le même, en nombres absolus, la collectivité a grandi, passant de 1060 à 1287 personnes entre 2001 et 2016. Les francophones côtoient une population de langue autochtone (13%) et de langue maternelle anglaise (78%).

Le français est parlé à la maison par un peu plus de 1% de la population, mais 11% des élèves (dont une forte proportion d’autochtones) sont inscrits à un programme d’immersion en français. Selon le recensement de 2016, 10% de la population des TNO peuvent parler l’anglais et le français.


Lecture supplémentaire

  • Julie Lavigne, « De la pluralité à la communauté : construction d’une identité franco-ténoise », dans Simon Langlois et Jocelyn Létourneau (dir.), Aspects de la nouvelle francophonie canadienne, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2004, p. 59-74.

    Sophie-Laurence Lamontagne, Les francophones du Nord canadien. Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon, Sainte-Foy, INRS-Culture et société, 1999.

    France Levasseur-Ouimet, Yvette Mahé, Frank McMahon et Claudette Tardif, « Chapitre 19. L’éducation dans la francophonie minoritaire », dans Joseph Yvon Thériault (dir.), Francophonies minoritaires au Canada. L’état des lieux, Moncton, Éditions d’Acadie, 1999, p. 477-.

    Angéline Martel, Les droits scolaires des minorités de langue officielle au Canada : de l’instruction à la gestion, Ottawa, Commissariat aux langues officielles, 1991.

    Denis Perreault et Huguette Léger, Leroux, Beaulieu et les autres ou La petite histoire des francophones dans les Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife, FFT, 1989.

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