Minville, Esdras

Esdras Minville, professeur et économiste (Grande-Vallée, Qc, 7 novembre 1896-Montréal, 9 décembre 1975).

Minville, Esdras

Esdras Minville, professeur et économiste (Grande-Vallée, Qc, 7 novembre 1896-Montréal, 9 décembre 1975). Fils de pêcheur, après avoir terminé un cours primaire à l'école du village, un grand frère religieux, lui permettra de compléter, en deux ans, un cours commercial secondaire dans un collège de Montréal. Après avoir travaillé en usine, Minville décide de s'inscrire à l'École des hautes études commerciales. Sans la formation préalable normalement requise, il y est accepté à l'essai. En 1922, il obtient sa licence en sciences commerciales et décroche même le prix du meilleur mémoire de fin d'études. Sa formation officielle allait s'arrêter là. Tout le reste, il l'apprendra par lui-même ou au contact des maîtres qu'il rencontrera sur sa route.

Édouard Montpetit, d'abord, son professeur aux HEC, puis Olivar ASSELIN, qu'il rencontrera lors de son premier emploi chez un courtier en assurances montréalais. Le grand journaliste et polémiste dirigeait dans cette maison un journal interne, La Rente. Il allait s'attacher le jeune Minville comme secrétaire et contribuer fortement à sa formation. L'abbé Lionel GROULX, qui dirigeait à l'époque une revue de combat, L'ACTION FRANÇAISE, lisait régulièrement La Rente, et aurait remarqué le jeune collaborateur d'Asselin. Un jour il lui avait demandé un article sur l'invasion du Canada par les capitaux américains. Groulx guidera ainsi ses premiers pas dans le monde intellectuel de Montréal. Quand L'Action française sera remplacée par L'ACTION NATIONALE, Minville deviendra l'un des plus solides membres de l'équipe de rédaction du nouveau périodique. Dans l'intervalle, en 1924, il avait accepté d'entrer au service de l'École des HEC. À partir de cette date, Minville ne quittera plus l'établissement où il fera une longue carrière.

Pour commencer, en 1925, avec Gérard PARIZEAU et deux autres confrères des HEC, il fonde L'Actualité économique, une revue qu'il dirigera pendant plusieurs années et que l'École des HEC continue de publier encore aujourd'hui. Au cours de la crise de 1929, il collaborera étroitement avec les jésuites de l'École sociale populaire et, à ce titre, deviendra l'un des conférenciers très écouté des SEMAINES SOCIALES DU CANADA. Mais ce sera surtout auprès de la jeunesse que s'exerce alors l'influence de Minville. Au cours de l'été de 1935, dans une conférence retentissante prononcée devant un groupe alors nouvellement constitué, les JEUNE-CANADA, il proposera tout un programme de restauration économique pour le Québec. Paul GOUIN s'inspirera de cette conférence pour la préparation du programme économique de L'ACTION LIBÉRALE NATIONALE.

DUPLESSIS fera de même lorsqu'il fondera L'UNION NATIONALE et il offrira même à Minville le poste de ministre de l'Industrie et du commerce, proposition que celui-ci refusera. En 1938, il sera nommé directeur de l'École des hautes études commerciales, poste qu'il occupera jusqu'en 1962. Pendant le quart de siècle qu'il passera à la tête de l'établissement, il se préoccupera d'abord d'y organiser la recherche, particulièrement sur le développement économique du Québec, ce qui finira par donner, p. ex., la série des "Études sur notre milieu". Sa propre production intellectuelle, conférences, articles et volumes, sera considérable. Elle portera sur tous les problèmes économiques ou sociaux du Québec et atteindra un très large public. C'est surtout à travers les travaux de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR LES PROBLÈMES CONSTITUTIONNELS, la "Commission Tremblay", dont il sera le principal animateur, que Minville manifestera toute sa capacité d'analyse.