Steven Guilbeault

Steven Guilbeault, écologiste, auteur, chroniqueur et conférencier (né le 9 juin 1970, à La Tuque, Québec). Considéré par le magazine français Le Monde comme l’un des 50 acteurs mondiaux du développement durable en 2009, il est membre du Cercle des Phénix de l’environnement du Québec. Il s’est illustré par son engagement au sein du mouvement Greenpeace et en tant que cofondateur de l’organisme Équiterre, dont il est le porte-parole et le directeur principal. Chroniqueur pour différents médias tels que Métro, Radio-Canada, La Presse et le magazine Corporate Knight, Steven Guilbeault est souvent consulté par les dirigeants politiques pour ses opinions éclairées en matière d’écologie, de développement durable et de consommation responsable.

Steven Guilbeault

Enfance et formation

Steven Guilbeault est né à La Tuque au sein d’une famille catholique de quatre enfants dont il est l’aîné. Son oncle Valmont Guilbeault, un missionnaire de la Congrégation de Sainte-Croix en Haïti, semble avoir eu une grande influence sur le jeune homme. Avec lui, Steven a des conversations enrichissantes sur l’engagement et l’avenir de l’humanité. C’est aussi cet oncle qui encourage la famille à adopter une enfant d’origine haïtienne.

Pendant son enfance, les boisés et les collines de La Tuque sont pour Steven un vaste terrain de jeux. Vers l’âge de cinq ans, voyant que des travailleurs s’apprêtent à couper les arbres du boisé près de chez lui, il court prévenir sa mère. Celle-ci lui donne l’idée de grimper dans un arbre afin d’en sauver au moins un. Et c’est ce qu’il fait. Incapable de convaincre le jeune garçon de redescendre, les travailleurs demandent à sa mère d’intervenir. Elle leur dit qu’elle n’y peut rien. L’arbre est tout de même abattu dans les jours qui suivent, mais le jeune Steven a découvert sa fibre contestataire.

En 1989, il termine des études collégiales et s’inscrit en informatique et en relations industrielles à l’Université de Montréal. Un an plus tard, après mûre réflexion, il entreprend des études en science politique. Le temps d’un été, il travaille comme recherchiste et responsable de la logistique pour la Fondation canadienne des droits de la personne. Porté par les valeurs qui lui sont chères et n’ayant pas oublié les enseignements de son oncle Valmont, il suit des cours en morale internationale et en théologie de la libération, un courant de pensée né en Amérique latine qui prône l’émancipation socioéconomique du tiers-monde.

Laure Waridel

Au cours de ses études universitaires, il côtoie Laure Waridel, Elizabeth Hunter, Sidney Ribaux, François Meloche et Patrick Hern, avec qui il partage des idées similaires en matière de justice sociale. Vers la fin de son baccalauréat, ses amis et lui cherchent une façon de créer leurs propres emplois dans le domaine de l’environnement. C’est ainsi qu’ils fondent en 1993 l’Action pour la solidarité, l’équité, l’environnement et le développement (ASEED). En 1998, cette organisation non gouvernementale prend le nom d’Équiterre et se donne pour mission de « proposer des solutions concrètes pour accélérer la transition vers une société où les citoyens, les organisations et les gouvernements font des choix écologiques qui sont également sains et équitables ». Au sein de cette équipe, Guilbeault choisit de s’investir dans son domaine de prédilection, les changements climatiques.

Berlin

En 1995, une importante conférence des Nations Unies se tient à Berlin dans la foulée des engagements en matière climatique pris en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil. À cette première Conférence des Parties (CdP) signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, les pays industrialisés conviennent du fait que les clauses de la Convention sont insuffisantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et lancent une nouvelle série de négociations visant à les renforcer. Ces négociations conduisent à l’adoption du Protocole de Kyoto, un accord international signé en 1997 et entré en vigueur en 2004.

Steven Guilbeault participe à la CdP au nom de la Coalition québécoise sur les changements climatiques qu’il a mise sur pied avec les membres d’autres organismes. Grâce à son enthousiasme et à sa compréhension des enjeux, les ONG canadiennes lui demandent de les représenter au sein de la délégation du pays à la réunion suivante. Cela marque à jamais son engagement face aux changements climatiques.

Greenpeace et la tour CN

En août 1997, il devient responsable de la campagne « Climat et énergie » de Greenpeace Canada tout en continuant à siéger au conseil d’administration d’Équiterre. Au sein de Greenpeace, il multiplie les coups d’éclat, organisant entre autres une conférence de presse sur la propriété du premier ministre Jean Chrétien, à Shawinigan, afin de dénoncer les investissements canadiens dans le domaine du nucléaire.

Tour CN
(© Acesarek/Dreamstime
Tour CN
(© Mike Clegg/Dreamstime)

Toutefois, l’action qui attire sur lui le plus d’attention est son ascension de la tour CN, à Toronto, en juillet 2001. Pendant plusieurs mois, un groupe de militants surveillent les allées et venues des gardiens de sécurité au pied de la tour de plus de 1 300 pieds de hauteur. Steven, qui pratique l’escalade, s’entraîne pendant de nombreuses semaines, sachant que l’ascension sera difficile. Le jour convenu, l’équipe arrive vers 3 heures du matin. Steven et le militant britannique Chris Holden s’élancent et montent rapidement sur les câbles d’acier. Avant même que les gardes aient le temps d’intervenir, les deux complices sont déjà à plus de 30 pieds de hauteur. Ils escaladent la tour pendant 4 heures, tout en faisant des entrevues à l’aide de leurs téléphones cellulaires avec les équipes de journalistes au sol. Non loin de l’observatoire, ils déploient finalement une immense banderole sur laquelle on peut lire « Canada and Bush – Climate Killers ». Quelques mois auparavant, les États-Unis ont en effet annoncé qu’ils ne ratifieront pas le Protocole de Kyoto, et bien que les Canadiens soient majoritairement en faveur de cet accord international, le gouvernement fédéral ne l’a toujours pas ratifié. Steven et son complice restent perchés sous l’observatoire de la tour pendant environ 4 heures. Avant de procéder à leur arrestation, les policiers les félicitent de leur geste courageux. Steven est détenu quelques jours, mais il est en mesure d’assister à la Conférence de Bonn sur les changements climatiques qui se tient peu de temps après et qui jouera un rôle déterminant dans la survie de l’accord, malgré le retrait des Américains. En décembre 2002, le Canada ratifie le Protocole de Kyoto.

Publications et présence médiatique

Après nombre de réalisations, tant comme directeur de la section québécoise de Greenpeace qu’à titre de participant à des conférences internationales (par exemple, le Sommet mondial sur le développement durable en 2002 et la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques en 2005), Steven Guilbeault fait le choix, en septembre 2007, de retourner chez Équiterre. Il en est présentement le porte-parole et le directeur principal.

En 2009, il publie Alerte! Le Québec à l’heure des changements climatiques, un ouvrage dans lequel il relate les débats et les actions liés aux changements climatiques, une question qui intéresse les scientifiques depuis les années 1980. Il y présente les innovations en matière d’énergie verte et de lutte aux changements climatiques au Québec et y propose un plan d’action pour que la province devienne un véritable modèle à l’échelle mondiale. En 2014, il lance Le prochain virage. Propulser le Québec vers un avenir équitable et durable. Écrit en collaboration avec François Tanguay, l’ouvrage traite des enjeux planétaires en matière climatique et propose des pistes de réflexion sur les choix environnementaux de la société québécoise.

Très sollicité par les médias lorsqu’il est question de changements climatiques, d’énergie propre ou de développement durable, Guilbeault multiplie les entrevues dans les journaux et à la télévision. Cette forte présence médiatique, de même que sa connaissance poussée des dossiers environnementaux et ses conseils pragmatiques, font qu’il est régulièrement consulté par les autorités politiques. Ainsi, il travaille étroitement avec le gouvernement québécois à l’élaboration d’un plan d’action pour lutter contre les changements climatiques. Il est également conseiller stratégique pour le fonds Cycle Capital Management, qui se spécialise dans l’investissement de capitaux de risque au sein de projets et d’entreprises du secteur des technologies propres ou des énergies renouvelables.

Au fil des ans, l’engagement de Steven Guilbeault dans la lutte aux changements climatiques et le développement durable a été souligné par de nombreux prix et distinctions. Membre honoraire de la Société géographique royale du Canada (2010), il a reçu la Médaille de l’Université (Université de Montréal, 2012) ainsi que le prix Blanche-Lemco-Van-Ginkel de l’Ordre des urbanistes du Québec (2014).


Les oeuvres sélectionnées de
Steven Guilbeault