Canadiens tchèques (Tchéco-Canadiens ou Canadiens d’origine tchèque)

Le Canada abrite la troisième plus grande diaspora tchèque, après celles des États-Unis et l’Allemagne. Les Tchéco-Canadiens forment aujourd’hui une communauté ethnique à l’histoire riche, remontant aux années 1880.

Deux jeunes filles tch\u00e8ques cassant des noix \u00e0 table (entre 1930-1960)

Présentation

Les Tchèques sont un groupe ethnique slave originaire d’Europe centrale. Les territoires tchèques comprennent trois régions historiques, la Bohème, la Moravie et la Silésie tchèque. Le Canada abrite la deuxième plus grande diaspora tchèque, après celle de États-Unis. Dans le Recensement canadien de 2016, 104 580 Canadiens ont indiqué avoir une origine ethnique tchèque partielle ou complète. Sur ce groupe, 81 330 ont déclaré avoir des origines multiples, tandis que 23 250 d’entre eux ont déclaré être d’origine uniquement tchèque. Toutefois, 40 715 Canadiens ont indiqué être de descendance tchèque.

Les Tchèques et les Slovaques forment des groupes ethnoculturels distincts. Historiquement, les deux groupes ont souvent été confondus parce que leurs langues et leurs cultures sont similaires, et parce qu’ils ont vécu dans le même État durant l’existence de la Tchécoslovaquie, de 1918 à 1992. Pendant cette période, une majorité de Slovaques s’opposaient à une nationalité commune « tchécoslovaque », souvent promue par les Tchèques et une minorité de Slovaques.

Baumann, Alex
Alex Baumann, deux fois médaillé d'or aux Jeux olympiques de 1984 (avec la permission de Canadian Sports Images).
Baumann, Alex
Alex Baumann aux Jeux olympiques de Los Angeles de 1984. Avec ses deux médailles d'or (aux 200 m et aux 400 m quatre nages individuel; il fracasse les records du monde dans ces deux disciplines), il est l'un des six Canadiens à avoir jamais remporté deux médailles d'or olympiques (photo de Ted Grant; avec la permission des archives de la Presse canadienne).
Rubes, Jan
Jan Rubes, basse, acteur et réalisateur maintes fois primé (avec la permission de Patrick Yang).
Josef Skvorecky and Zdena Salivarova, 1955-1976.
\u00a9 Michel Lambeth/Bibliothèque et Archives Canada/1985-071 NPC.
Josef, Skvorecky
L'oeuvre de Skvorecky témoigne de sa compassion pour des personnages comme des exilés, des amoureux et des artistes, mis en scène dans des sociétés en mouvement constant (photo d'Andrew Danson).
Jan Rubes
Jan Rubes en costume traditionnel morave-slovaque.

Parmi des Canadiens célèbres d’origine tchèque, on retrouve le magnat de la chaussure Tomáš J. Baťa (1914-2008), le nageur olympique Alex Baumann (1964- ), la réalisatrice de documentaires Kateřina Čížek (1969- ), l’entrepreneur et éditeur František Dojáček (1880-1951), la journaliste Hana Gartner (1948- ), l’humanitaire Lotta Hitschmanová (1909-1990), le skieur olympique Jan Hudec (1981- ), le patineur artistique et homme politique Otto Jelínek (1940- ), le magnat du bois Leon J. Koerner (1892-1972), le compositeur Oskar Morawetz (1917-2007), le joueur de hockey professionnel Petr Nedvěd (1971- ), le joueur de tennis professionnel Vašek Pospíšil (1990- ), le chanteur et acteur d’opéra Jan Rubeš (1920-2009), l’écrivain et éditeur Josef Škvorecký (1924-2012) et son épouse, écrivaine et éditrice, Zdena Salivarová (1933- ) ainsi que l’inventeur et ingénieur Karel Velan (1918-2017).

Immigration et établissement au Canada

On peut diviser l’immigration tchèque au Canada en quatre périodes : avant la Première Guerre mondiale (1880-1914), l’entre-deux-guerres (1919-1939), la Guerre froide (1945-1989) et de la chute du communisme à aujourd’hui (1990- ). Durant les deux premières périodes, les immigrants tchèques sont attirés par les opportunités économiques et la disponibilité des terres. Beaucoup d’entre eux sont des voyageurs qui cherchent un emploi en agriculture ou dans l’industrie, dans le but de s’enrichir pour acheter leur propre terre, ou de retourner dans leur pays avec l’argent gagné. La Crise des années 1930 force beaucoup de travailleurs tchèques à rester au Canada. Pendant la Guerre froide, des Tchèques immigrent au Canada en tant que réfugiés politiques fuyant le régime communiste oppressif de leur pays. L’absence de libertés politiques et sociales, la menace de persécution et le climat de stagnation économique amènent beaucoup de Tchèques à se réfugier au Canada. Après la chute du communisme en Tchécoslovaquie, des Tchèques quittent leur pays pour le Canada afin de retrouver des membres de leur famille ou pour profiter de perspectives économiques.

Avant la Première Guerre mondiale

Avant la Première Guerre mondiale, la majorité des immigrants tchèques sont des agriculteurs qui s’installent dans les Prairies pour profiter de l’abondance de terres disponibles. Les premiers immigrants tchèques arrivent au Canada en 1884 et s’installent à Kolin, en Saskatchewan. La majorité des Tchèques d’Europe centrale sont bientôt suivis par leurs compatriotes des États-Unis, qui s’étaient d’abord établis dans l’Illinois, le Minnesota, le Nebraska, l’Oklahoma et le Texas, et sont à la recherche de terres à cultiver. Ils établissent bientôt des communautés dans tout l’ouest du Canada, dont Derdard, Glenside et Dovedale en Saskatchewan et Prague en Alberta. Au tournant du 20e siècle, une petite communauté tchèque, principalement composée de professionnels et d’artisans, s’est installée à Edmonton.

Carte de la North Atlantic Trading Company
Carte en tch\u00e8que, annon\u00e7ant la distribution de terres gratuites de 160 acres au Canada. Au verso se trouve une carte indiquant les routes maritimes possibles de l'Europe au Canada. La North Atlantic Trading Company a distribué cette publicité dans le cadre de ses efforts pour attirer des immigrants \u00e0 s'installer au Canada. Des milliers de ces cartes publiées dans de nombreuses langues européennes ont été envoyées par courrier entre 1900 et 1905.

Les Tchèques qui s’installent dans les régions rurales des Prairies forment rapidement des organisations communautaires qui contribuent à préserver leur identité ethnique et leur culture. En 1912, des Tchèques de Kolin et d’Esterhazy, en Saskatchewan, s’associent pour fonder la première société fraternelle. Son mandat est de prendre soin des malades et des gens dans le besoin, de maintenir une librairie ethnique et de promouvoir l’enseignement de la langue tchèque. Selon le Esterhazy Observer, la société compte 60 membres en 1912.

Fondé en 1862 à Prague, dans l’empire d’Autriche, le mouvement Sokol (faucon) est une association patriotique bénévole qui promeut la gymnastique et le patriotisme non-partisan pour leurs bénéfices spirituels, physiques et éducatifs. En 1911, des immigrants tchèques établissent une première branche de Sokol à Michel, en Colombie-Britannique, et le mouvement s’étend ensuite à d’autres communautés tchèques du Canada. On apprend aux membres de Sokol à se tenir sur la ligne de front de la défense de leur ancien pays et de ses valeurs démocratiques.

Avant la Première Guerre mondiale, Winnipeg devient le noyau de la communauté tchéco-canadienne. En 1913, des immigrants tchèques et slovaques fondent la Czecho-Slavic Benevolent Association, la première association d’aide mutuelle « tchécoslovaque » du Canada. Desservant les Tchèques et les Slovaques, l’association comporte initialement 54 membres. Elle devient rapidement un important foyer d’action patriotique et joue un rôle important dans la formation du détachement bohème du 223rd Battalion (Canadian Scandinavians), pendant la Première Guerre mondiale. Dès son arrivée en Angleterre, en mai 1917, le détachement est intégré dans le 11th Reserve Battalion. Après l’indépendance de la Tchécoslovaquie, en octobre 1918, la Czecho-Slavic Benevolent Association devient la Czechoslovak Benevolent Association.

Période de l’entre-deux-guerres

Pendant l’entre-deux-guerres, certains Tchèques établis dans les Prairies commencent à chercher des opportunités économiques ailleurs. Le Canada s’industrialise et s’urbanise, amenant des cultivateurs à chercher de l’emploi dans les villes. Vers la fin des années 1920, près de 1 000 personnes originaires de Tchécoslovaquie résident à Winnipeg; à peu près 400 d’entre eux sont tchèques. La communauté se compose de cultivateurs et d’entrepreneurs, dont un grand nombre de tailleurs et de fabricants de chaussures. La ville sert également de résidence saisonnière pour les agriculteurs pendant la saison hivernale.

Dans le nord de l’Ontario, des mineurs tchèques établissent des communautés à Haileybury, Fort William et Kirkland Lake, tandis que des agriculteurs industriels s’établissent dans la province, notamment à Hamilton, Kingston, Kitchener, Oshawa, St. Catharines, Toronto, Welland et Windsor. Des immigrants tchèques de Moravie s’engagent dans un projet agricole organisé par le Česká Zahraničová Instituce (Institut international tchèque) et la Sugar Beet Growers Association of Canada; ils font venir des agriculteurs au Canada pour travailler dans l’industrie de la betterave à sucre à Lethbridge, en Alberta, et à Chatham, en Ontario. Durant les années 1920, la population tchèque et slovaque de Montréal s’élève à quelque 3 700 personnes et celle de Toronto à 2 500. La plupart de ces nouveaux arrivants sont des immigrants de Tchécoslovaquie. Selon le recensement de 1931, près de 30 000 résidents du Canada proviennent de Tchécoslovaquie, et moins de la moitié d’entre eux sont tchèques.

En 1938, les accords de Munich, signés entre les gouvernements britannique, français, allemand et italien, autorisent les autorités allemandes à annexer le territoire des Sudètes, une région de la Tchécoslovaquie majoritairement germanophone, puis en mars 1939, les Allemands envahissent le reste de la Tchécoslovaquie, poussant quelque 186 000 réfugiés à quitter leur terre natale (voir Deuxième Guerre mondiale). Un important groupe de réfugiés qui s’établit au Canada est celui des employés de la compagnie de chaussures Bata de Zlín, en Moravie. Avec 82 employés, le magnat de l’industrie Tomáš J. Baťa reconstitue l’entreprise en fondant une ville-compagnie, baptisée Batawa, près de Frankford, en Ontario. L’entreprise produit de l’équipement militaire pour l’effort de guerre des Alliés.

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Bata Shoe Museum
Situé dans Bloor Street, à Toronto, et conçu par Roy Moriyama (photo de Steven Evans).

Deuxième Guerre mondiale

L’occupation des territoires tchèques par l’Allemagne galvanise les Tchèques du Canada, désireux de libérer leur patrie du fascisme. En juin 1939, un groupe de Tchèques, de Slovaques et de Ruthènes subcarpathiques forme la National Alliance of Slovaks, Czechs and Subcarpathian Ruthenians à Toronto. En avril 1940, l’Alliance se fusionne avec la Czechoslovak National Alliance (CNA), basée à Montréal. Elle devient une organisation nationale pour les Tchèques et autres personnes qui soutiennent une orientation « tchécoslovaque ». La CNA joue un rôle central en coordonnant les initiatives pour soutenir l’effort de guerre allié au Canada et outremer. Les activités de la CNA sont annoncées par son journal, Nová vlasť (nouvelle patrie). Les membres de la CNA et de la communauté tchécoslovaque recueillent 330 922 $ pour l’effort de guerre dans le cadre du Czechoslovak War Charities Fund. La CNA envoie des colis de secours, notamment des cigarettes et du chocolat pour les soldats tchèques outremer.

Les Tchéco-Canadiens non naturalisés, considérés comme des résidents étrangers, sont touchés par les Règlements concernant la défense du Canada, qui classent les ressortissants de pays membres de l’Axe comme des « étrangers ennemis ». Ces règlements donnent aux autorités fédérales le droit de détenir et d’arrêter des individus, de saisir leurs biens et propriétés et de leur retirer leurs droits légaux. Étant des ressortissants d’un État qui a cessé d’exister à la suite de l’occupation allemande, les Tchéco-Canadiens sont considérés comme présentant des risques de sécurité. Certains d’entre eux voient leurs libertés civiles réduites.

Puisque le gouvernement canadien ne reconnaît pas l’occupation des territoires tchèques par l’Allemagne, l’ancien consul général de Tchécoslovaquie, le Dr František Pavlásek, est autorisé à rester au Canada, et ses privilèges diplomatiques et droits consulaires sont maintenus. František Pavlásek aide les responsables du gouvernement canadien à déterminer lesquels de ses compatriotes sont des résidents canadiens « dignes de confiance ». L’ancien consul général de Tchécoslovaquie presse les Tchécoslovaques et les Slovaques nationalistes de s’enregistrer auprès de sa mission diplomatique, ce qui leur permettrait d’être considérés comme des « ennemis étrangers libérés » et de recevoir un certificat d’exemption les déclarant membres d’une nation alliée. Les Slovaques canadiens, représentés par la Canadian Slovak League, accusent František Pavlásek d’essayer de créer des listes de loyaux, divisant encore plus la communauté slovaque entre les partisans de la Tchécoslovaquie et les nationalistes slovaques qui s’opposent à son initiative.

En soutenant l’effort de guerre allié, les Tchèques, en tant que membres d’une communauté tchécoslovaque plus large, démontrent activement leur loyauté au Canada. Les Tchécoslovaques et les Slovaques nationalistes font de leur côté des pressions sur le gouvernement fédéral pour être reconnus comme des membres de nations alliées. En avril 1941, le gouvernement canadien reconnaît les Tchèques et les Slovaques comme des peuples alliés.

Jour de la victoire sur le Japon, 15 ao\u00fbt 1945
(De gauche \u00e0 droite): Madame Vivot et Dr. Eduard Vivot, ambassadeur d'Argentine, le premier ministre canadien W.L. Mackenzie King et le Dr. Franti\u0161ek Pavl\u00e1sek, ambassadeur de la République tchécoslovaque

En 1944, Masaryk Hall, un centre culturel et éducatif pour les Canadiens d’origine tchécoslovaque, est fondé à Toronto. Avec la CNA, le hall, qui sera plus tard rebaptisé le Masaryk Memorial Institute, fournit une aide financière et une assistance sociale aux membres de la communauté du Canada.

Masaryk Hall, Toronto
De 1944 \u00e0 1979, le Masaryk Hall a été le coeur de la communauté tch\u00e8que de Toronto.

Après la Deuxième Guerre mondiale

Peu après la fin de la guerre, la CNA recueille nourriture, vêtements et argent pour envoyer dans l’État tchécoslovaque qui vient d’être rétabli. Le programme d’après-guerre de la CNA est d’aider la Tchécoslovaquie dévastée par la guerre, de promouvoir la citoyenneté canadienne et de préserver le patrimoine ethnoculturel. En 1946, la CNA présente un mémoire et témoigne devant le Comité sénatorial permanent de l’immigration et du travail. L’alliance demande qu’on élargisse la catégorie des parents autorisés à entrer au Canada.

La prise de contrôle de la Tchécoslovaquie par les communistes, en février 1948, oblige des milliers de politiciens, de professionnels, d’étudiants et de travailleurs démocrates à fuir leur pays. Un fonds canadien pour les réfugiés tchécoslovaques est mis sur pied afin d’aider plus de 3 000 Tchèques résidant dans des camps de réfugiés allemands à s’établir au Canada. Entre 1948 et 1952, plus de 10 000 réfugiés, en majorité tchèques, dont beaucoup vivaient dans des camps pour personnes déplacées (en Allemagne et Autriche occupées par les Alliés, et en Italie), immigrent au Canada.

Le mouvement Sokol, banni en Tchécoslovaquie à cause de son opposition au communisme, réapparaît outre-mer sous le nom de Czechoslovak Sokol Abroad. De nombreux membres canadiens de Sokol militent pour le rétablissement de la démocratie en Tchécoslovaquie, sensibilisent le public aux conditions existant dans leur pays et aident des réfugiés tchèques à s’établir au Canada. Les branches de la CNA à travers le pays procurent aussi de l’aide à ces nouveaux arrivants en leur trouvant de l’hébergement, en leur fournissant des produits de nécessité courante, en leur procurant des emplois et en les inscrivant à des cours d’anglais et de français.

Moins d’une décennie plus tard, l’invasion soviétique de la Hongrie, en 1956, démontre à beaucoup de Canadiens d’origine tchèque que leur pays ne sera pas facilement libéré du communisme. Les membres de la communauté se tournent davantage vers la citoyenneté canadienne, tout en préservant leur patrimoine ethnoculturel.

Des réfugiés hongrois
Réfugiés hongrois arrivant en 1957 apr\u00e8s l'échec du soul\u00e8vement démocratique contre les Soviétiques en Hongrie (Archives de l'Ontario 476).

En août 1968, l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, conduites par l’Union soviétique, afin d’écraser le mouvement de réforme du Printemps de Prague, entraîne une nouvelle crise de réfugiés. Après l’installation de plus de 38 000 réfugiés hongrois en 1956 et 1957, le gouvernement met en place un autre programme spécial pour réfugiés : il assouplit les critères d’admission, dont les examens médicaux et vérifications de sécurité, permettant à près de 12 000 réfugiés du Printemps de Prague de venir au Canada en 1968 et 1969. Les gouvernements fédéral et provinciaux offrent des cours de langues et aident les nouveaux arrivants à trouver de l’emploi. Ceux qui sont arrivés auparavant, ainsi que les branches de la CNA à travers le pays fournissent de l’aide, comme ils l’avaient fait avec les réfugiés de 1948.

 Jarko Zavi de la Tchécoslovaquie \u00e0 l
Photographie du sculpteur et céramiste canadien d'origine tch\u00e8que, Jarko Zavi, \u00e0 l'oeuvre dans son atelier de Coburg, Ontario en 1947

Pendant les années 1970 et 1980, des réfugiés tchèques continuent d’arriver au Canada. Des personnes font défection pendant les vols des Lignes aériennes tchécoslovaques d’État, entre Prague et La Havane, avec arrêts pour approvisionnement dans les aéroports internationaux de Grander et Mirabel. À d’autres occasions, des Tchèques obtiennent de la documentation pour des « vacances » en Yougoslavie. Une fois là-bas, ils demandent l’asile politique en vertu de la convention de l’ONU sur les réfugiés, dans l’espoir d’être établis en permanence à l’Ouest, où alors ils traversent secrètement la frontière de l’Autriche. Pendant la Guerre froide, la plus grande partie des réfugiés tchèques au Canada s’installent en Ontario, suivie par le Québec, la Colombie-Britannique et l’Alberta.

La chute du régime communiste en Tchécoslovaquie, en novembre 1989, permet aux Tchèques du Canada de renouer avec leurs familles et amis, d’étudier ou de faire affaire dans leur pays d’origine. En 1992, la Tchécoslovaquie est dissolue et en janvier 1993, deux États indépendants sont créés, la République tchèque et la République slovaque. Beaucoup d’organisations tchèques du Canada, qui avaient jusque-là soutenu une orientation « tchécoslovaque », changent alors leur nom pour « tchèque et slovaque » afin de refléter cette nouvelle réalité. Entre 1993 et 2015, 4 696 ressortissants tchèques immigrent au Canada. À partir de 1993, l’immigration tchèque au Canada se stabilise, avec une moyenne de 204 personnes par année qui reçoivent le statut de résidents permanents dès leur arrive au pays.

Vie sociale, culturelle et communautaire

Formant une petite communauté, les Tchèques tendent à préférer des organisations plus petites et informelles que les autres communautés slaves, plus nombreuses, comme les Ukrainiens, les Polonais, et les Russes. Cela vient en partie du fait que beaucoup de Tchèques ont réalisé un plus haut degré d’intégration institutionnelle. Si la plupart d’entre eux préservent leur identité ethnique, ils sont moins portés à participer à des institutions communautaires, préférant se joindre à des organisations non ethniques. Au cours du 20e siècle, malgré que leurs organisations soient plus petites et moins nombreuses, les Tchèques ont établi avec succès des groupes communautaires au Canada. Les plus importants de ceux-ci ont été la Czecho-Slavic Benevolent Association, fondée à Winnipeg en 1913, la National Alliance of Slovaks, Czechs, and Subcarpathian Ruthenians, établie à Toronto en 1939, et le Masaryk Hall, créé à Toronto en 1944.

Comparativement à leurs voisins slovaques, les Tchèques ont également un taux plus élevé de mariages mixtes, particulièrement avec des personnes de culture anglaise ou allemande. Ils quittent souvent les quartiers ethniques pour ne pas se retrouver isolés dans des ghettos. À peu près 75 % des Tchèques du Canada sont catholiques et une minorité d’entre eux appartiennent à des confessions protestantes, dont les brethren moraves, les baptistes et les luthériens. Avant la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup d’immigrants tchèques se joignent aux sociétés de secours mutuels et aux paroisses nationales de leurs voisins européens slovaques, hongrois ou polonais. Après la Deuxième Guerre mondiale, les immigrants tchèques arrivent au Canada avec un niveau plus élevé d’éducation et d’expérience, ce qui leur permet d’améliorer leur statut socioéconomique plus rapidement que ceux qui les ont précédés. Les immigrants tchèques d’après la guerre contribuent aussi à mettre sur pied des écoles du dimanche pour garder vivantes la culture, la langue et l’histoire tchèque au fil des générations. Dans le recensement canadien de 2016, 22 195 personnes ont inscrit le tchèque comme langue maternelle. Parmi ce groupe, 82 % étaient des immigrants (de première génération au Canada).

La presse ethnique joue aussi un rôle important en promouvant la citoyenneté canadienne et en cultivant le patrimoine ethnoculturel dans la communauté tchéco-canadienne. En 1934, Nová vlasť (nouvelle patrie), un « hebdomadaire tchécoslovaque », est lancé à Montréal. Publié principalement en slovaque, le journal devient l’organe semi-officiel du consulat général de Tchécoslovaquie. La publication cesse avant la prise de contrôle communiste de la Tchécoslovaquie, en février 1948. Parmi les autres journaux de la communauté, on retrouve Naše hlasy (nos voix), de 1955 à 1974, Kanadské listy (feuilles canadiennes) de 1973 à 2008 et l’organe officiel du Masaryk Memorial Institute, Nový domov (nouvelle patrie), créé en 1950. Après soixante ans de publication, Nový domov est devenu une publication importante pour tous les expatriés tchèques à travers le monde.

Selon le recensement canadien de 2016, la plus importante population d’origine tchèque est celle de Toronto (16 630), suivie par celles de Vancouver (11 710), Calgary (7 605), Edmonton (6 105), Montréal (5 035), Ottawa (3 700), Hamilton (3 555), Winnipeg (3 140), Kitchener-Cambridge-Waterloo (2 465), Victoria (2 015), London (1 850), Saskatoon (1 335), Windsor (1 290) et Regina (1 160).

Relations bilatérales entre le Canada et la République tchèque

En octobre 1920, le gouvernement tchécoslovaque établit un consulat à Montréal, répondant à l’accroissement des relations économiques et personnelles entre citoyens canadiens et tchécoslovaques. Un mois plus tard, le consul Bohuslav Ryznar prend officiellement son poste à Montréal. En 1923, le consulat est promu consulat général. Les activités du bureau sont supervisées par l’ambassade de Tchécoslovaquie à Londres. Après l’invasion allemande des territoires tchèques en mars 1939, le gouvernement canadien continue de reconnaître l’existence légale d’une Tchécoslovaquie amputée, après l’annexion du territoire des Sudètes, à majorité germanophone. Le 12 octobre 1940, le Canada est le dernier dominion britannique à reconnaître officiellement le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres, en Angleterre, et amorce des relations avec lui. Après des consultations auprès du gouvernement tchécoslovaque en exil, les autorités canadiennes annoncent, le 4 juillet 1942, qu’une ambassade tchécoslovaque sera ouverte à Ottawa avec le consentement du gouvernement canadien.

Moins de deux semaines plus tard, le premier ministre Mackenzie King annonce que le gouvernement canadien et le gouvernement tchécoslovaque en exil se sont entendus pour entreprendre des relations diplomatiques réciproques complètes. En août 1942, le nouveau ministre plénipotentiaire tchécoslovaque au Canada, František Pavlásek, qui vient d’être nommé, présente ses lettres de créance au gouverneur général lord Athlone à Ottawa. En novembre, le gouvernement du Canada nomme le général Georges Vanier ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres. En juin 1962, le gouvernement canadien décide d’accorder à sa mission diplomatique à Prague le statut d’une ambassade (voir Représentation diplomatique et consulaire). Les autorités tchécoslovaques reçoivent le même privilège. Le 30 juillet 1962, les missions d’Ottawa et Prague deviennent des ambassades. Pendant la Guerre froide, un certain nombre de problèmes, dont les restrictions de voyage, la réunification des familles, la compensation pour les propriétés nationalisées et les échanges économiques, sont l’objet de négociations bilatérales entre les représentants diplomatiques du Canada et de Tchécoslovaquie.


Lecture supplémentaire

  • Marek J. Javanovic, « Czechs » Encyclopedia of Canada’s Peoples (1999).

    Laura Madokoro, « Good Material: Canada and the Prague Spring Refugees », Refuge, 26 (2009).

    Jan Raska, « Mistrusted Strangers at Home : Czechs, Slovaks, and the “Enemy Aliens” Registration Issue, 1938-1942 », International Journal of Canadian Studies, 38 (2009).

    Jan Raska, « Freedom Voices : Czech and Slovak Immigration to Canada during the Cold War » PhD diss., University of Waterloo (2013).

    Jan Raska, Czech Refugees in Cold War Canada, 1945-1989 (2018).

    Jan Raska, « Recreating a Homeland : Czechoslovak Diplomats in Canada during the Second World War », Canadian Slavonic Papers, 58, 1 (2016).

    Jan Velinger, « A Look at the History of the Sokol Movement in Canada » Radio Praha, 13 avril 2005.