Thaïs Lacoste-Frémont

​Thaïs Lacoste-Frémont, militante pour les droits des femmes, journaliste et conférencière (née le 18 octobre 1886 à Montréal, Québec; décédée le 6 avril 1963 à Montréal).

Thaïs Lacoste-Frémont, militante pour les droits des femmes, journaliste et conférencière (née le 18 octobre 1886 à Montréal, Québec; décédée le 6 avril 1963 à Montréal). Thaïs Lacoste fait de la promotion des droits des femmes le dossier de sa vie. Toutes ses actions ont convergé vers un même but : inciter les femmes à prendre leur place dans l’élaboration des lois sur le suffrage, le droit civil des femmes mariées, l’éducation et la politique.

Éducation et début de carrière

Thaïs Lacoste naît le 18 octobre 1886 à Montréal. Elle est la 11e d’une famille bourgeoise qui compte 13 enfants. Quatre des filles ont marqué l’histoire du Québec : Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, l’une des plus illustres féministes québécoises, se consacre à l’action sociale; Justine Lacoste-Beaubien est la principale fondatrice de l’hôpital Sainte-Justine pour enfants de Montréal et directrice de l’institution pendant plusieurs décennies; Berthe Lacoste-Dansereau est une femme d’affaires qui crée et exploite une entreprise renommée offrant des services de traiteur à Montréal, toujours en activité; enfin, Thaïs Lacoste-Frémont qui passe sa vie adulte à Québec et y poursuit la tradition familiale en s’engageant dans différents mouvements sociaux et politiques.

Comme ses sœurs, Thaïs Lacoste fait ses études au couvent d’Hochelaga dirigé par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Elle y atteint le plus haut diplôme accessible pour les jeunes filles de l’époque et se distingue en obtenant la médaille de succès du Gouverneur général du Canada. Son père, Alexandre Lacoste, avocat, sénateur et professeur à l’Université Laval à Montréal (aujourd’hui l’Université de Montréal), lui enseigne les rudiments du droit.

En 1907, elle fait partie du comité de fondation de l’hôpital Sainte-Justine à titre de trésorière. Elle a alors 20 ans et a déjà été initiée aux œuvres philanthropiques par sa mère Marie-Louise Globensky.

En 1910, elle épouse l’avocat Charles Frémont de Québec. Pendant la période de 1910 à 1922, elle donne naissance à quatre enfants.

La lutte pour le droit de vote des femmes

Le droit de vote, accordé aux Canadiennes en 1918, ouvre un vaste champ à apprivoiser et à investir afin d’y exercer une influence. Thaïs se joint à d’autres femmes pour la conquête du droit de suffrage à l’échelle provinciale. Il faut savoir qu’en 1922, les Québécoises demeurent les seules à ne pouvoir voter au parlement provincial. La lutte est longue puisqu’elles n’obtiendront ce droit qu’en 1940 sous le gouvernement libéral d’Adélard Godbout.

En 1925, Thaïs est entraînée dans le tourbillon politique au sein du Parti conservateur fédéral et l’aide qu’elle y apporte la conduit vers les tribunes politiques en prononçant des discours et en organisant des réunions partisanes. En 1926, elle fonde l’Association des femmes conservatrices de Québec (AFC). Elle en devient la présidente et le demeure jusqu’en 1936.

En octobre 1927, on la retrouve comme déléguée à la Convention nationale du Parti conservateur qui se tient à Winnipeg au Manitoba. Elle s’y fait remarquer en prenant la parole en français et en anglais. Elle est nommée représentante du Québec au Conseil national du parti.

La même année, elle entreprend une tournée de conférences dans les Women’s Canadian Clubs de diverses villes de l’Ontario, dont Toronto. Ces conférences sont organisées afin de promouvoir la bonne entente entre les Canadiennes de langues française et anglaise à l’occasion du 60e anniversaire de la Confédération.

Représentation internationale et journalisme

En 1930, Richard Bedford Bennett est élu sous la bannière conservatrice. Comme ailleurs au pays, la ville de Québec est durement frappée par la crise économique. Thaïs Lacoste s’active au sein de comités visant à développer l’emploi de chômeurs pouvant occuper un poste au sein la fonction publique fédérale à Québec ou ailleurs.

En 1932, elle est nommée déléguée du Canada à la 13e conférence de la Société des Nations à Genève en Suisse. Elle est la première Canadienne française à faire partie de la délégation et la deuxième femme au pays. Ce voyage est un tournant dans sa vie publique, car elle y développe un réseau important de relations internationales.

Forte de ces nouvelles expériences, elle devient, en 1933, chroniqueuse au journal La Patrie de Montréal. Pendant trois ans, elle publie une ou deux chroniques par semaine. Elle avait déjà collaboré avec Le Journal et, sporadiquement, avec d’autres journaux comme L’Événement de Québec.

En 1933, Thaïs Lacoste est déléguée à la conférence de l’Institut des relations du Pacifique qui se tient à Banff en Alberta. Au fil des ans, elle œuvre aussi au sein de nombreuses associations comme le Cercle des femmes canadiennes, la Ligue catholique féminine, l’École d’Action catholique, le Conseil national de la Ligue de la Société des Nations du Canada, la section de la ville de Québec de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et l’Association canadienne des consommateurs.

Les droits juridiques des femmes mariées

Le couronnement de son travail réside sans doute dans le cours qu’elle donne aux femmes du cercle de l’Amicale de Jésus-Marie de Sillery. Ce cours s’intitule : « Les droits de la femme mariée dans la vie civile et politique de la province de Québec ». Il s’agit d’une série de quatre conférences données à l’automne 1947. Les textes sont entièrement dactylographiés et diffusés auprès des associations de la province. Certains éléments auraient servi à la rédaction du projet de loi 16 présenté par la députée Claire Kirkland-Casgrain à l’Assemblée législative du Québec en 1964. L’adoption de cette loi a mis fin à l’incapacité juridique des femmes mariées et leur permettait d’exercer à l’avenir des actes juridiques sans le consentement de leur mari (voir Femmes et loi).

Héritage social et politique

La foi inébranlable de Thaïs Lacoste envers la cause des femmes a nourri son action tout au long de sa vie. L’établissement d’une véritable démocratie exige une pleine participation à la vie collective qui ne peut exister sans le concours des femmes à la vie sociale et politique.

Éprise de justice sociale, Thaïs Lacoste a voulu intensément pour les femmes québécoises l’équité et la liberté. Mais surtout, cette pionnière du féminisme québécois a contribué, tant par ses paroles que ses actions, à faire évoluer les mentalités. Elle a semé certaines des plus importantes idées qui ont conduit aux réformes sociales de la Révolution tranquille.

L’édifice de la rue Cook à Québec qui abrite les bureaux du Conseil du statut de la femme porte aujourd’hui son nom. En 2008, un fonds de dotation a été créé en son nom au sein de la Fondation de l’Université du Québec en Outaouais. Ce fonds a pour objectif de stimuler la recherche sur la question des femmes et accorde des bourses d’études aux étudiants et étudiantes des cycles supérieurs qui y consacrent leurs travaux.

Les archives de Thaïs Lacoste-Frémont sont conservées au Centre de référence de l’Amérique française des Musées de la civilisation de Québec.


Lecture supplémentaire

  • Denyse Baillargeon, Brève histoire des femmes au Québec (Boréal, 2012).

    Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire biographique des femmes célèbres et remarquables de notre histoire (Guérin, 2007).

    Micheline Dumont, Le féminisme québécois raconté à Camille (Remue-ménage, 2008).

    Denise Girard, Thaïs. La voix de la lutte des femmes 1886-1963 (Septentrion, 2012).

    Karine Hébert, « Une organisation maternaliste au Québec. La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes », Revue d’histoire de l’Amérique française, 52, 3 (printemps 1999) : 315–344.

    Hélène Pelletier-Baillargeon, Marie Gérin-Lajoie. De mère en fille, la cause des femmes (Boréal, 1985).

Liens externes