Anahareo

Anahareo, ou Gertrude Philomen Bernard, C.M., conservationniste et prospectrice (née le 18 juin 1906 à Mattawa, en Ontario ; décédée le 17 juin 1986 à Kamloops, en Colombie-Britannique). Fervente et indépendante militante en faveur de la défense des animaux, Anahareo est reconnue pour avoir converti son mari, le renommé Grey Owl, en défenseur de l’environnement.

Anahareo

Anahareo, ou Gertrude Philomen Bernard, c. 1925.

(avec la permission de Glenbow Archives PD-393-3-59)

Enfance

Anahareo, fille de Matthew et Mary Bernard, naît à Mattawa, en Ontario, dans une petite communauté située à la frontière de l’Ontario et du Québec, au nord du parc provincial Algonquin. Son père est Mohawk et Algonquin et sa mère, Algonquine ; son arrière-arrière-grand-mère paternelle est Écossaise. Durant les guerres iroquoises, la jeune Autochtone est capturée et mariée au chef mohawk Naharrenou, nom à partir duquel le nom Anahareo est dérivé.

Anahareo a quatre ans quand sa mère meurt. On l’envoie chez sa grand-mère paternelle alors que ses trois frères et sœurs partent vivre chez d’autres membres de la famille. Quand sa grand-mère tombe malade, sa tante et ses cousins emménagent. La fillette a 11 ans. Le père d’Anahareo réunit éventuellement sa famille.

Anahareo n’aime pas l’école. Elle préfère courir et s’amuser dans la forêt. « Ces matins d’été, je partais, heureuse comme une alouette, à la conquête d’aventures dans les bois », écrit-elle plus tard.

Grey Owl

En 1925, Anahareo travaille comme serveuse au camp Wabikon, un hôtel situé au lac Temagami, en Ontario. Elle y rencontre Archibald Belaney, plus tard connu sous le nom de Grey Owl, qui travaille au camp à titre de guide. Elle a alors 19 ans et lui, 36. Ils commencent à se fréquenter. Anahareo passe du temps avec Archibald chez lui dans la forêt, tout près de Forsythe, au Québec.

Alors qu’il se trouve à Lac-Simon, au Québec, le couple est invité au festin d’une bande algonquine. Arrivés à destination, Archibald et Anahareo demandent au chef de bénir leur mariage. En vertu de la loi canadienne, Archibald est toujours marié à sa première femme, Angele, mais pour le couple, la cérémonie constitue une reconnaissance officielle de leur union.

Anahareo s’efforce d’en apprendre autant que possible sur la vie en forêt auprès de Grey Owl, qui est trappeur. Vers 1928, alors que le marché de la trappe s’étiole, Grew Owl se met à l’écriture. Il publie d’abord des chroniques sur sa vie pour le magazine britannique Country Life, puis pour Forest and Outdoors, un périodique de l’Association forestière canadienne. Les articles mènent à des conférences et à un contrat de livre et finissent par attirer l’attention de James Harkin, responsable de la division des Parcs nationaux du gouvernement fédéral. Ce dernier commande un documentaire, intitulé Beaver People, portant sur Archibald Belaney et Anahareo et sur leurs efforts pour protéger les populations de castors menacées. James Harkin reconnaît aussi le potentiel de ce couple de plus en plus reconnu. En 1931, il leur offre un logis dans le Parc national du Mont-Riding, au Manitoba, dans l’espoir qu’ils y attirent les touristes. La stratégie fonctionne à merveille. Plus tard la même année, la division des parcs relocalisent le couple au Parc national de Prince-Albert, en Saskatchewan, pour les mêmes raisons.

Anahareo défend l’image publique de Grey Owl en tant qu’Autochtone — qu’elle sait pourtant fausse — car elle croit aider ses efforts de protection de l’environnement. Elle n’apprend les véritables origines britanniques d’Archibald qu’après sa mort : il lui avait dit être en partie Écossais, en partie Autochtone et né au Mexique. Malgré les mensonges, Anahareo travaille avec acharnement pour rétablir la réputation de conservationniste de Grey Owl après sa mort en 1938. « Plus Archie en faisait, plus il devenait Autochtone aux yeux du public, » raconte-t-elle dans son autobiographie Devil in Deerskins, « et il suivait le mouvement jusqu’à devenir plus Autochtone que Tecumseh lui-même. Il vaut aussi bien se rendre à la limite si cela facilite le travail que l’on cherche à accomplir » [traduction libre].

Prospection

Aventureuse et indépendante, Anahareo s’adonne à la prospection (la recherche de dépôts de minéraux, comme l’or) en 1928 quand l’entreprise de trappage de Grey Owl ralentit. Tout au long de leur relation, Anahareo part régulièrement prospecter pendant des mois, laissant Grey Owl à son travail d’écriture. Comme le couple est devenu une figure publique, le Calgary Herald relate les activités d’Anahareo. Dans un article intitulé « La femme de Grey Owl part seule à la conquête de l’or », on affirme qu’Anahareo a « le courage des hommes les plus vigoureux. »

Filles du couple

Anahareo

Anahareo avec sa fille, Katherine Moltke, au Saskatchewan, vers 1942-1943.

(avec la permission de Glenbow Archives PA-3947-15)

La première fille d’Anahareo et de Grew Owl, Shirley Dawn, naît en août 1932 à Prince Albert, en Saskatchewan. Enfant, Shirley Dawn passe le plus clair de son temps avec des amis de la famille, les Winter, à Prince Albert. En tant que nouvelle mère, Anahareo accepte volontiers l’aide que lui offre Mme Winter. À ce sujet, elle écrit : « Je suppose que je n’aurais pas été aussi bête à ce sujet si je ne venais pas de poser mon pic de prospectrice pour ramasser une épingle de sûreté » [traduction libre]. Cet arrangement permet aussi à Anahareo de poursuivre ses aventures de prospection.

À la rupture du couple en 1936, Anahareo est enceinte de sa deuxième fille. En juin 1937, la petite Anne naît à Calgary, en Alberta. De Calgary, Anahareo déménage à Saskatoon où, désespérée de se trouver un emploi, elle demande l’aide du maire. Le maire la met donc en contact avec une institutrice nommée Wilna Moore, qui s’arrange pour qu’Anne soit confiée aux soins de Bethany Home, une résidence pour mères célibataires de l’Armée du Salut. Bien qu’ils semblent bien intentionnés, les gestes de Wilna Moore se fondent sans doute sur une vision de supériorité raciale et morale, partagée par le gouvernement canadien, dont les politiques visant à retirer les enfants autochtones à leurs parents se poursuivraient jusqu’à la fin du 20e siècle (voir Pensionnats indiens ; Rafle des années soixante). Anne vit en résidence jusqu’à l’âge de trois ans, jusqu’à ce qu’Anahareo accepte qu’un couple anglo-canadien l’adopte.

Anahareo

Anahareo et sa fille, Katherine Moltke, le 9 août 1945.

(avec la permission de Glenbow Archives PA-3947-44)

En 1939, Anahareo rencontre son deuxième mari, le comte suédois Eric von Moltke Huitfeldt. En 1942, alors qu’Eric sert outre-mer pendant la Deuxième Guerre mondiale, Anahareo donne naissance à une fille, Katherine. Après la guerre, la relation est houleuse et mène à une séparation, en bons termes, en 1959.

Conservation

Plus que tout autre individu, Anahareo joue un rôle crucial dans la transformation de Grey Owl en un conservationniste dévoué. Dans Pilgrims of the Wild (1934 ; trad. Un homme et des bêtes, 2009), Grey Owl raconte comment Anahareo, en sauvant la vie de deux bébés castors, l’a encouragé à changer sa façon de vivre et de travailler pour la protection des animaux sauvages.

À la suite de sa rupture avec Grey Owl, Anahareo continue de défendre les droits des animaux sauvages. Elle se joint à l’Association pour la protection des animaux à fourrure et milite contre les pièges à mâchoires et l’empoisonnement des loups, entre autres causes. En 1979, Anahareo est admise dans l’Ordre de la nature de la Ligue Internationale des Droits de l’Animal, basée à Paris. Elle est l’auteure de deux livres : My Life With Grey Owl (1940) et l’autobiographie Devil in Deerskins (1972). En 1983, elle est faite membre de l’Ordre du Canada.