Chloe Cooley

Chloe Cooley était l’une des centaines de femmes noires réduites en esclavage dans les colonies françaises et britanniques qui sont devenues le Canada. Bien qu’on ne connaisse que peu de choses au sujet de Chloe Cooley qui a été asservie dans le Haut-Canada, ses luttes contre son esclavagiste, le sergent Adam Vrooman, ont précipité la Loi visant à restreindre l’esclavage de 1793. Cette Loi a été la première législation à restreindre la traite d’esclaves dans les colonies britanniques. (Voir aussi Esclavage des Noirs au Canada.)

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Chloe Cooley était l’une des centaines de femmes noires réduites en esclavage dans les colonies françaises et britanniques qui sont devenues le Canada. Bien qu’on ne connaisse que peu de choses au sujet de Chloe Cooley qui a été asservie dans le Haut-Canada, ses luttes contre son esclavagiste, le sergent Adam Vrooman, ont précipité la Loi visant à restreindre l’esclavage de 1793. Cette Loi a été la première législation à restreindre la traite d’esclaves dans les colonies britanniques. (Voir aussi Esclavage des Noirs au Canada.) Veuillez cliquer ici pour voir les définitions des termes clés utilisés dans cet article.


Loi visant à restreindre l'esclavage

Chloe Cooley, une femme noire asservie

Chloe Cooley est une femme noire asservie dans la région de Niagara, dans le Haut-Canada, au cours de la fin du 18e siècle (voir Esclavage des Noirs au Canada; Communautés noires au Canada). Bien qu’on ne connaisse que peu de choses à son sujet, certains fragments de son histoire ont pu être reconstitués. Chloe Cooley a d’abord été réduite en esclavage par Benjamin Hardison de Bertie Township (maintenant Fort Erie, en Ontario). Il était fermier, meunier et membre de l’Assemblée législative. Chloe Cooley a probablement été relocalisée de force à Bertie Township à la fin de la Révolution américaine. Peu de temps avant 1793, Benjamin Hardison vend Chloe Cooley au sergent Adam Vrooman, un loyaliste de l’Empire-uni, et résident de Queenston, dans le Haut-Canada (voir Loyalistes au Canada). Comme de nombreuses femmes réduites en esclavage dans le Canada colonial, Chloe Coley a probablement travaillé comme domestique pour les familles Hardison et Vrooman.

Son travail forcé à la résidence des Vrooman de Queenston incluait probablement la prise en charge des cinq premiers enfants d’Adam Vrooman et de sa femme Margaret DePeyster Mattice Vrooman, soit Rachel, Solomon Secord, Adam DePeyster, Arent Schuyler DePeyster, et George Laws. Chloe Cooley effectuait aussi probablement une variété de tâches ménagères comme la cuisine, le lavage, la fabrication de savons, de chandelles et de conserves, le barattage du beurre, la récolte, ainsi que l’entretien des animaux de ferme pour la cuisine.

Adam Vrooman a également eu au moins une autre personne asservie à son service, un homme noir nommé Tom. Ce dernier était la propriété d’Adam Vrooman en 1783, et celui-ci a vendu Tom à Adam Krysler en 1792, sept mois avant l’incident de Chloe Cooley.

L’incident de Chloe Cooley

Ce que l’on sait aujourd’hui au sujet de Chloe Cooley est grâce à de la documentation sur sa vente violente par Adam Vrooman qui l’a envoyée de l’autre côté de la rivière Niagara à New York, le 14 mars 1793. Cet incident est rapporté au Conseil exécutif du Parlement du Haut-Canada à Newark (maintenant Niagara-on-the-Lake, en Ontario). Lors de cette journée fatidique, Adam Vrooman ligote violemment Chloe Cooley avec une corde. Il est aidé de deux autres hommes, son frère Isaac Vrooman et l’un des cinq fils de McGregory Van Every, un loyaliste de l’Empire-uni. Les trois hommes embarquent Chloe Cooley sur un bateau et la transportent de l’autre côté de la rivière Niagara pour la vendre dans l’État de New York. Chloe Cooley résiste avec force, mais en vain. Ses cris perçants alertent Peter Martin, un loyaliste noir autrefois réduit en esclavage par John Butler, qui va voir ce qui se passe.

Peter Martin est témoin de la lutte de Chloe Cooley et il entend ses cris. Il est accompagné d’un autre témoin, William Grisley, un homme blanc qui travaille comme ouvrier pour Adam Vrooman et habite à proximité, à Mississauga Point. Les deux hommes rapportent l’incident au lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe et aux autres membres du Conseil exécutif. William Grisley arrive à fournir un compte rendu détaillé des événements parce qu’il se trouvait sur le bateau utilisé pour transporter Chloe Cooley, mais il n’a pas aidé les hommes à la ligoter.

Lieutenant-Governor John Graves Simcoe

Ce n’est pas la première fois que Chloe Cooley résiste à son asservissement et à l’autorité de son esclavagiste. Selon Adam Vrooman, elle proteste régulièrement en se comportant « de manière indisciplinée », elle vole des biens qui lui sont confiés en son nom, elle refuse de travailler et elle fait de l’absentéisme (elle quitte la propriété de son esclavagiste sans permission durant de courtes périodes et elle y retourne ensuite).

La Loi visant à restreindre l’esclavage dans le Haut-Canada

À l’époque de l’incident de Chloe Cooley, des rumeurs sur l’abolition et la liberté circulent dans la région de Niagara parmi les colons esclavagistes blancs et les Noirs réduits en esclavage (voir Esclavage des Noirs au Canada). Ces rumeurs poussent Adam Vrooman et les autres colons qui détiennent des personnes asservies en tant que propriété à liquider leurs biens meubles plutôt que de subir des pertes financières si les rumeurs s’avèrent exactes. William Grisley témoigne également qu’il a vu une autre personne noire ligotée de la même manière que Chloe Cooley, et il mentionne aussi le fait que les autres esclavagistes planifient de vendre leurs personnes asservies aux États-Unis.

Le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe et l’avocat John White veulent mettre fin au violent retrait et à la relocalisation des personnes réduites en esclavage vers l’extérieur de la province, et ils utilisent l’incident de Chloe Cooley pour introduire une loi visant à abolir l’asservissement dans le Haut-Canada. John Graves Simcoe avait déjà commencé à planifier l’introduction d’un projet de loi avant ce jour. En quelques semaines, le procureur général dépose des accusations contre Adam Vrooman pour avoir troublé la paix à la Cour des sessions trimestrielles tenue à Newark. Le 18 avril 1793, Adam Vrooman répond aux accusations en déclarant dans une pétition qu’il a :

[…] été informé qu’une dénonciation avait été déposée contre lui au procureur général concernant les procédures de sa vente de ladite femme noire; votre requérant n’a reçu aucune information relative à la liberté des esclaves dans cette province, à l’exception d’un rapport qui a prévalu entre eux, et s’il a transgressé les lois de ce pays en disposant d’un bien (acheté légalement auprès de Benjamin Hardison) qu’il supposait être naturellement le sien, il l’a fait sans savoir que c’était contraire à une loi qui était en vigueur.


Cette pétition confirme qu’une accusation (appelée « dénonciation ») a été déposée contre Adam Vrooman tel que l’avait recommandé le Conseil exécutif. De plus, Adam Vrooman a identifié la personne de qui il a acheté Chloe Cooley, ce qui ajoute foi à la légalité de l’achat et vente de personnes réduites en esclavage dans le Haut-Canada. Enfin, la pétition d’Adam Vrooman révèle que ce dernier a plaidé l’ignorance concernant sa vente de Chloe Cooley, déclarant qu’il n’a pas enfreint la loi. Selon lui, il était dans son droit, étant donné que Chloe Cooley était sa propriété. Les accusations retenues contre Adam Vrooman sont abandonnées. Chloe Cooley et d’autres Noirs asservis dans la province sont considérés comme des biens meubles (propriété personnelle) et ne détiennent aucun droit pour pouvoir se défendre devant les tribunaux.

Demandes de terres du Haut-Canada (1763-1865)

Deux mois plus tard, John Graves Simcoe et John White présentent un projet de loi pour abolir l’esclavage dans le Haut-Canada. Le 19 juin 1793, le procureur général John White propose un projet de loi d’abolition devant la Chambre d’assemblée. Le projet de loi se heurte à de l’opposition, car entre 1792 et 1816, plusieurs fonctionnaires et politiciens coloniaux asservissent des Noirs dans la province. Le Secrétaire provincial William Jarvis possède six personnes asservies. Du premier Parlement du Haut-Canada jusqu’au sixième Parlement du Haut-Canada, trois des membres du Conseil exécutif, dix des membres du Conseil législatif, et vingt des membres de l’Assemblée législative possèdent des personnes réduites en esclavage. Trois politiciens sont de descendance directe d’ancêtres (père et grand-père) ayant asservi des Noirs dans le Haut-Canada.

Le résultat du projet de loi d’abolition de John Graves Simcoe et John White est un compromis et le projet de loi est amendé. À la suite de la révision, l’Assemblée législative adopte une loi visant à prévenir à l’avenir l’entrée d’esclaves et à limiter la durée du contrat de servitude (également appelée la Loi visant à restreindre l’esclavage dans le Haut-Canada). John Graves Simcoe donne la sanction royale au projet de loi le 9 juillet 1793. La Loi ne libère pas les personnes asservies de la province. Au départ, elle confirme et valide l’institution de l’esclavage. Elle interdit l’importation de personnes réduites en esclavage dans le Haut-Canada, mais elle n’interdit pas la vente de personnes asservies au sein de la province ou de l’autre côté de la frontière avec les États-Unis. Elle jette les fondations pour une abolition progressive, mettant fin à l’esclavage 25 ans plus tard. La nouvelle loi stipule les responsabilités qu’ont les esclavagistes lors de l’affranchissement (libération de l’asservissement) et elle encourage les anciens esclavagistes à employer leurs anciennes personnes réduites en esclavage comme serviteurs sous contrat.

Legs

On ne sait que peu de choses sur la jeunesse de Chloe Cooley ou sur ce qui lui est arrivé après le mois de mars 1793. Pourtant, son difficile sort témoigne des luttes des personnes noires asservies au Canada et dans le monde atlantique, ainsi que des divers moyens qu’elles ont utilisés pour résister à leur asservissement. Bien qu’elle ait été une femme noire sans statut ni droits de citoyen, Chloe Cooley a laissé une marque indélébile sur l’histoire du Canada. Elle était l’une de plus de 200 femmes noires réduites en esclavage dans le Haut-Canada, et l’une des rares qui soient connues. La lutte de Chloe Cooley contre son asservissement et sa vente imminente a attiré une attention qui a contribué à l’adoption de la Loi visant à restreindre l’esclavage. Cette Loi est la première mesure législative des colonies britanniques visant à restreindre la traite d’esclaves et elle a changé la trajectoire de la vie de générations de personnes de descendance africaine qui ont suivi.

Pour sa résistance courageuse, Chloe Cooley a été désignée en tant une personne d’importance historique nationale par le gouvernement du Canada en 2022.

Termes clés

Abolitionniste - une personne qui veut rendre l’esclavage illégal. (Voir aussi Esclavage des Noirs au Canada.)

Conception de l’esclave-chose - une personne noire est traitée comme un bien personnel, qui peut être acheté, vendu ou hérité. (Voir aussi Esclavage des Noirs au Canada.)

Serviteur sous contrat - une personne qui est embauchée pour travailler afin de rembourser une dette.


En savoir plus // l'esclavage

L’Histoire des Noirs au Canada: Guide pédagogique

Lecture supplémentaire

  • Marcel Trudel, Deux siècles d'esclavage au Québec (2009) et Le Code noir : Et autres textes de lois sur l’esclavage (2016).

Liens externes