Édifices gouvernementaux

 La conception des édifices gouvernementaux varie selon les organismes et les fonctions de l'État, ainsi que les goûts architecturaux. Malgré cette diversité, des thèmes ou des traits communs ressortent, quelle que soit la date de construction.

Mississauga, Centre municipal de
Le design du Centre municipal de Mississauga est choisi par voie de concours (avec la permission de la ville de Mississauga).
Édifice de l
Edmonton, 1908-1913 (avec la permission des Provincial Archives of Alberta/Alfred Blyth Coll/BL 1196).
Province House, Halifax
Construit entre 1811 et 1818, le Province House de Halifax est un exemple sophistiqué de l'influence du style palladien (gravure de Charles Torbetts, 1846; avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-108970).
Victoria, édifice du parlement de
Édifice du parlement de la Colombie-Britannique, à Victoria, conçu par l'architecte Francis Rattenbury (photo de J.A. Kraulis).
Province House, Charlottetown
Siège de l'Assemblée législative de l'Île-du-Prince-Édouard (photo de John Sylvester).
Musée canadien des civilisations
Le Musée canadien des civilisations, conçu par l'architecte Douglas Cardinal (avec la permission de Douglas Cardinal).
Édifice du Parlement (le premier)
Photo vers 1880 : Édifice du Parlement (Thomas Fuller et Chilion Jones, 1859-1876), et les immeubles des ministères (Thomas Stent et Augustus Laver, 1859-1865) (avec la permission de Archives nationales du Québec, ville de Québec : P 1000, S4, D20, P13).
Palais de l
Palais de l'Intendant. Plans pour la reconstruction datant de 1727. Gaspard Chaussegros de Léry, ingénieur. (Photo de Holzapfel, avec la permission des Archives nationales de France.)
Château St-Louis
À Québec, en 1647. Modèle réalisé par Denis Tétrault.
Toronto, hôtel de ville de (nouveau)
Le concept et l'architecte du nouvel hôtel de ville de Toronto ont été choisis dans le cadre d'un concours international (photo de Tibor Bognar).
Saskatchewan , parlement de la
Cet édifice illustre le style beaux-arts, mouvement architectural qui a profondément marqué l'architecture d'édifices publics au Canada au XXe siècle (photo de Edward Gifford/Masterfile).

Édifices gouvernementaux

 Au Canada, le gouvernement a toujours été le principal maître d'oeuvre en matière d'ARCHITECTURE, une fonction qui a pris rapidement de l'importance au cours des dernières décennies. À mesure que ses services et ses responsabilités se multiplient, ses besoins en édifices augmentent. De nos jours, tous les ordres de gouvernement contribuent à l'expansion du milieu bâti. Pour loger les divers services gouvernementaux, il faut construire des palais de justice, des écoles, des hôpitaux, des bâtiments militaires, des casernes de pompiers, des marchés publics, des usines, des cinémas, des musées, des postes de police, des centres récréatifs et des logements en tous genres. Ce sont les édifices qui abritent les organes législatifs et administratifs de l'appareil politique que l'on associe le plus volontiers au gouvernement. À l'échelle municipale, l'administration publique s'identifie à l'hôtel de ville, et à l'échelle provinciale, aux édifices du Parlement. Quant au gouvernement fédéral, il appose sa marque sur l'ensemble des bâtiments fédéraux à Ottawa ainsi que les centaines de bureaux de poste, édifices de la douane et immeubles à bureaux disséminés dans toutes les régions du pays.

 La conception des édifices gouvernementaux varie selon les organismes et les fonctions de l'État, ainsi que les goûts architecturaux. Malgré cette diversité, des thèmes ou des traits communs ressortent, quelle que soit la date de construction. Ces édifices sont généralement faits de matériaux durables, comme la pierre ou la brique, qui leur confèrent une impression de lourdeur, de permanence et de solidité. La taille de l'édifice dépend des services qui y sont abrités, mais normalement, ils sont conçus de façon à dominer le paysage environnant, et donc à établir visuellement leur position centrale dans la communauté. C'est seulement au Québec que l'Église a pu concurrencer cette prédominance de l'État.

Question de style, les édifices gouvernementaux respectent les goûts de l'époque, mais leur architecture présente traditionnellement des élévations symétriques et une composition harmonieuse, des qualités esthétiques qui contribuent à refléter l'image d'ordre, de raison et d'équilibre qui sied à l'État. Soulignons toutefois que ce n'est habituellement pas l'audace architecturale qui les caractérise. Pour symboliser le pouvoir établi et incarner leurs traditions politiques, les gouvernements privilégient les styles architecturaux à la fois contemporains et conformes aux normes admises.

Les premiers édifices gouvernementaux du Canada sont élevés au début du XVIIe siècle, pour les établissements français en Nouvelle-France et en Acadie. Vers les années 1650, on construit à Québec un bâtiment destiné à loger le conseil législatif, appelé la Sénéchaussée, mais l'édifice gouvernemental le plus important demeure la résidence du gouverneur : le château Saint-Louis. Typique des débuts de la colonie, sa construction est simple et sans prétention. Situé à l'intérieur des fortifications, au sommet du cap Diamant, il diffère peu sur le plan architectural des bâtiments militaires environnants. Visuellement, il ne se distingue que par ses dimensions imposantes et sa position bien en vue au-dessus de la falaise.

 En 1663, la Nouvelle-France obtient le statut de province française, et l'administration locale passe directement sous le contrôle du gouvernement royal. La colonie, auparavant un simple avant-poste militaire et commercial aux confins de l'empire, accède désormais au rang de centre permanent d'implantation de la culture et de la société française. Cet essor se reflète bientôt dans les principaux édifices gouvernementaux. En 1692, on dessine les plans d'un nouveau château Saint-Louis : le nouvel édifice en pierre de deux étages, de plan symétrique et surmonté d'un toit mansardé, ressemble aux palais français de l'époque.

 L'aspect grandiose qui caractérise les principaux édifices gouvernementaux se traduit aussi dans le palais de l'intendant, construit en 1715. Comme le château Saint-Louis, il s'agit d'un édifice en pierre de deux étages, avec un toit en mansarde; le plan en forme de U, il présente un frontispice en saillie flanqué de deux pavillons. Ce palais comprend une grande salle de réunion destinée au conseil législatif ainsi que de nombreuses pièces privées, une chapelle, des écuries et de magnifiques jardins paysagers.

Après la chute de la Nouvelle-France, l'afflux de loyalistes qui fuient la révolution américaine renforce considérablement la présence britannique. À la fin du XVIIIe siècle, on trouve des centres d'administration coloniale à St. John's, à Halifax, à Fredericton, à Charlottetown, à Québec et à York (Toronto). Parmi les principaux édifices gouvernementaux de l'époque, mentionnons la résidence du gouverneur et les édifices législatifs occupés à la fois par le conseil législatif et l'assemblée législative.

 Au cours des quatre premières décennies du XIXe siècle, ces établissements britanniques connaissent une période de croissance et de stabilité. Dans les colonies de l'Atlantique, on assiste ainsi à l'apparition de plusieurs édifices publics imposants, notamment les nouvelles résidences des gouverneurs à Halifax (1800-1805), Fredericton (1826-1828) et St. John's (1827-1831) de même qu'une série d'édifices abritant les conseils législatifs ou les parlements provinciaux à Halifax (1811-1818), Charlottetown (1839-1848) et St. John's (1847-1850).

 Ces édifices ont beaucoup de points communs. Ils sont tous l'oeuvre d'architectes ou de constructeurs formés en Angleterre dans le génie, en tant que civils ou officiers de l'armée. Ils s'inspirent de la tradition britannique dite « palladienne » en vogue au XVIIIe siècle, une architecture classique caractérisée par un bâtiment central symétrique souvent flanqué d'ailes ou de pavillons en saillie, et par un vaste portique central reposant sur des assises rustiquées ou une arcade. L'emploi de pierre finement taillée rehausse l'allure imposante et digne de ces édifices classiques. Leur masse les distingue des bâtiments voisins, la plupart construits en bois, ce qui accentue leur prestige comme symboles de l'autorité britannique.

À la même époque, les dirigeants du Haut-Canada et du Bas-Canada hésitent à dilapider les fonds publics dans une architecture flamboyante, malgré les divers plans soumis pour la construction d'édifices publics. Par crainte des attaques américaines, l'État accorde la priorité aux constructions militaires tels que les canaux et les fortifications. Au départ, les institutions du Haut-Canada logent dans une longue rangée de bâtiments militaires en bordure du lac Ontario, et par la suite dans un édifice en brique d'un étage (1831) un peu plus raffiné, bien que tout de même assez modeste, dans la rue Front à York. Au Bas-Canada, le corps législatif se réunit dans l'ancien palais épiscopal datant du régime français (Québec), rénové en 1831 selon un goût plus typiquement anglais. L'union du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1841, et l'inaptitude du nouveau gouvernement à choisir un emplacement définitif pour la capitale, retardent la construction d'édifices gouvernementaux permanents.

En 1857, la ville d'Ottawa est choisie comme siège du gouvernement uni et on entreprend alors la construction d'un édifice qui convient au Parlement de la colonie. On adopte en 1859 un projet néogothique, quelque peu fantaisiste, s'appliquant à la fois au Parlement et à deux autres pavillons. Caractérisé par un profil irrégulier, une riche texture, un revêtement en pierre polychrome et des détails médiévaux élaborés, ce concept diffère du classicisme austère et froid propre aux édifices gouvernementaux plus anciens des colonies de l'Atlantique. Pourtant, à maints égards, le complexe d'Ottawa projette une image conforme à l'architecture gouvernementale qui prévaut au Canada. L'utilisation de la pierre et l'ampleur des dimensions donnent l'impression qu'il domine la ville environnante. Malgré le détail de l'ornementation, les architectes ont délibérément évité l'asymétrie habituelle du style gothique et adopté un plan d'ensemble et des élévations de composition symétrique.

À l'instar des anciens bâtiments législatifs, les ÉDIFICES DU PARLEMENT d'Ottawa sont dans une veine typiquement britannique. S'inspirant du nouveau parlement de Londres commencé en 1836, et conformément à l'opinion répandue selon laquelle le néogothique serait le seul style réellement britannique, l'application de ce concept au parlement d'Ottawa confirme les liens culturels et politiques qui unissent la Grande-Bretagne au Canada, et non aux États-Unis.

L'instauration d'un gouvernement fédéral en 1867 oblige à construire des édifices publics dans l'ensemble du pays. Il reste de l'ancien régime colonial de nombreux bureaux de poste et bâtiments des douanes, mais le nouveau gouvernement se rend compte de la nécessité de refléter une image renouvelée et dynamique en construisant des bâtiments publics de grande envergure. Durant cette première phase prédomine le style Second Empire, marqué par une toiture élevée en mansarde ainsi qu'une ornementation classique très ciselée et élaborée. Ce style luxuriant évoque la richesse, l'assurance et la grandeur. Il est appliqué à 24 bureaux de poste et bâtiments des douanes bâtis sous la direction du ministère des Travaux publics au cours des 15 années suivant la Confédération, ce qui donne une unité architecturale aux édifices fédéraux du pays.

De la Confédération à la fin de la Première guerre mondiale, l'architecture fédérale change d'aspect, parallèlement à l'évolution des courants dans ce domaine. Au début des années 1880, le style Second Empire, tombé en désuétude, cède la place à la syntaxe romane de la fin de l'ère victorienne, caractérisée par une lourde maçonnerie en pierre, des arches plein cintres et des clochers massifs décentrés. Cette allure générale devient la marque distinctive des édifices publics fédéraux au point qu'elle persistera jusque dans les années 1920, et même le début des années 1930. Toutefois, le courant est remplacé peu à peu par le style Beaux-Arts qui date des années 1910 et 1920. Mais en dépit de ce changement, les édifices fédéraux conservent leur uniformité. Leur charpente solide en pierre ou en brique et leur situation bien en vue font qu'ils dominent le paysage. De plus, les modèles similaires répétés d'un bout à l'autre du pays en viennent à symboliser le gouvernement fédéral.

Les années 30 constituent une période de transition. En matière de style, cette époque donne lieu à un compromis esthétique entre le classicisme traditionnel et le mouvement moderne. Les édifices fédéraux gardent leur aspect formel et symétrique et demeurent massifs. Toutefois, l'ornementation traditionnelle se modernise, faisant place aux formes sobres et stylisées, aux lignes nettes et aux motifs sculpturaux d'inspiration contemporaine.

Un nouveau type d'édifice fédéral fait son apparition durant cette décennie. Alors qu'auparavant, le gouvernement fédéral administrait, dans les régions, surtout des bureaux de poste ou des douanes et des services d'impôts, durant la Crise, il multiplie ses interventions. Dans les grandes villes comme Halifax, Toronto, Winnipeg et Regina, il fait construire de nombreux immeubles fédéraux, ou immeubles du « Dominion », c'est-à-dire de grands édifices à plusieurs étages où divers bureaux gouvernementaux logent sous un même toit.

La Confédération a également donné naissance aux gouvernements provinciaux, mais ceux-ci tardent à se lancer dans le renouveau architectural. Dans la plupart des provinces de l'Est, plus anciennes, l'Assemblée législative continue à siéger au Parlement datant de l'époque coloniale, ce qui est encore le cas de nos jours pour la Nouvelle-Écosse et l'Île-du Prince-Édouard. À la fin des années 1870, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont les premières provinces à se doter de nouveaux édifices parlementaires dans le style Second Empire, avec toit en mansarde, suivant l'exemple fédéral. Dans la nouvelle province du Manitoba, le gouvernement fédéral fait construire un édifice législatif assez imposant, conformément au pacte de la Confédération. Les autorités provinciales le remplaceront plus tard par un bâtiment de leur cru.

Au moment de la Confédération, les régions de l'Ouest demeurent relativement sous-développées, comme en témoigne leur architecture gouvernementale peu impressionnante. C'est seulement en Colombie-Britannique, dont les origines coloniales remontent au milieu du XIXe siècle, que l'on trouve un édifice législatif d'envergure. Ce complexe curieux, surnommé par les habitants la « cage à oiseaux », est érigé entre 1859 et 1864. Il se compose d'une série de bâtiments séparés formant un ensemble symétrique d'un aspect empreint de formalité, très typique de l'architecture gouvernementale. Cependant, sa légèreté et son exotisme qui se traduisent par une structure apparente à colombage, une série élaborée de supports d'avant-toit ornementés et un toit surmonté d'un clocher manquent de dignité et de décorum. Remplacé en 1898, cet ensemble est détruit par un incendie en 1957.

 L'architecture provinciale connaît un point tournant au début du XXe siècle, lorsque les gouvernements de l'Ontario et de la Colombie-Britannique se dotent de leurs propres édifices parlementaires de prestige selon les goûts éclectiques de la fin de l'époque victorienne. Les édifices législatifs de cette dernière province présentent une synthèse pittoresque des courants roman, médiéval et classique, qui illustre l'extravagance de cette période. Dans les trois provinces des Prairies, on adopte un style architectural très différent. Construits à l'apogée du style Beaux-Arts, ces édifices parlementaires (Edmonton 1908-1912, Regina 1908-1912, Winnipeg 1913-1929) dénotent un classicisme majestueux, avec des portiques monumentaux, des pierres finement taillées et des coupoles centrales massives.

L'architecture provinciale continue à s'inspirer d'un classicisme austère même après la Deuxième Guerre mondiale. En 1959, on construit un nouveau parlement à Terre-Neuve. Quoique moderniste par son absence de détails anciens et ses fenêtres à la verticale, sa symétrie rappelle le formalisme classique des anciens édifices provinciaux.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la construction d'édifices gouvernementaux se multiplie et leur éventail s'élargit rapidement. Durant les années 50, la croissance démographique et la prospérité permettent aux gouvernements d'encaisser des surplus qui sont affectés à des ouvrages de construction coûteux. Avec l'adhésion du Canada à l'OTAN, des dizaines de bases militaires s'élèvent un peu partout au pays, tandis que l'essor phénoménal des vols commerciaux implique l'aménagement d'installations aéroportuaires modernes, par les autorités fédérales ou municipales. L'expansion générale stimule également les nouvelles constructions, particulièrement au fédéral, où le gouvernement exerce de nouvelles responsabilités dans des domaines comme le logement, la santé et le bien-être social, la main-d'oeuvre et la formation professionnelle de même que le développement des ressources.

 Au cours des années 50 et 60, on construit des édifices fédéraux modernes dans des centaines de villes pour recevoir les fonctionnaires de plus en plus nombreux. Les administrations provinciales et municipales consacrent la plus grande part de leur budget d'immobilisations à la construction de nouvelles écoles pour faire face à l'explosion démographique ou « baby-boom ». Au cours des années 50, l'accent est mis sur les écoles primaires, alors qu'à partir du milieu des années 60, les gouvernements provinciaux financent plutôt l'agrandissement des institutions d'enseignement postsecondaire existantes et la construction de nouvelles.

L'architecture de ces édifices gouvernementaux diffère radicalement du style en vogue avant la guerre. Le modèle traditionnel, avec ses coupoles et ses portiques, des tours à horloge et des arches gothiques, est supplanté par le style international, lui-même caractérisé par des volumes cubiques simples et une charpente en acier léger et en béton où s'insèrent des parois en verre transparent. Souvent, ces édifices ne se distinguent en rien des bâtiments commerciaux. Au lieu d'incarner comme autrefois la dignité et la majesté de l'État, ils reflètent plutôt l'efficacité et le fonctionnalisme de la bureaucratie moderne. Certains des concepts les plus osés et les plus révolutionnaires de l'époque s'appliquent aux aéroports, symboles de la nouvelle ère technologique.

 Cette tendance à délaisser la tradition au profit du modernisme s'observe également dans plusieurs municipalités, où l'ancien hôtel de ville est remplacé par un nouvel édifice. C'est le cas à Ottawa, Edmonton et Winnipeg, mais l'exemple le plus frappant est celui de l'HÔTEL DE VILLE DE TORONTOqui, avec son concept futuriste rappelant une soucoupe volante et ses tours en forme de croissant, en vient à symboliser les côtés résolument modernistes, osés et progressistes de Toronto.

À la fin des années 60, le rythme des constructions gouvernementales ralentit globalement, du fait que les revenus n'augmentent pas aussi vite que les coûts. Toutefois, le Centenaire du Canada en 1967 est prétexte à la construction de nombreux édifices publics, dont plusieurs centres artistiques comme le Centre de la Confédération à Charlottetown (1964) et le CENTRE NATIONAL DES ARTS à Ottawa (1965-1968). Conçus dans le style « brutaliste », ces deux complexes témoignent de la tendance à délaisser les boîtes de verre, propres au style International, en faveur d'une architecture plus solide et plus sculpturale axée sur l'agencement asymétrique de masses en béton irrégulières aux surfaces diversement texturées.

 Depuis quelques années, on assiste à un abandon graduel de l'immense parc immobilier que l'État a fait construire au cours du siècle. Les gouvernements ayant sabré dans leurs dépenses et diminué leurs effectifs, il en résulte dans certaines régions un surplus d'édifices et de locaux inutiles dont on ne veut plus assurer l'entretien. Dans certains cas, ce repli est dû au fait que les gouvernements ont modifié leurs façons de faire et désirent être perçus différemment par la population. Ainsi, le bureau de poste, autrefois le symbole quasi universel de la présence fédérale, et aujourd'hui administré par des commerçants indépendants, n'est plus dans bien des cas qu'un comptoir dans un centre commercial ou à l'arrière de la pharmacie du quartier.

 Malgré ces transformations, l'État demeure le plus important maître de l'ouvrage au Canada. Les constructions récentes comme le MUSÉE CANADIEN DE LA CIVILISATION à Ottawa, les tribunaux de Vancouver et le Centre civique de Mississauga comptent parmi les principales réalisations architecturales des deux dernières décennies. Les oeuvres du genre permettent à certains des meilleurs architectes au pays d'exprimer leur créativité. Par leur conception novatrice, leur taille monumentale et leurs grandes places publiques, ces édifices servent de points de convergence et symbolisent la fierté des citoyens, à l'échelle locale, municipale et nationale.


Lecture supplémentaire

  • Janet Wright, Crown Assets: The Architecture of the Department of Public Works, 1867-1967 (1997).