The Handmaid's Tale (La Servante écarlate)

Le sixième roman de Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale (1985; trad. La Servante écarlate, 1987) est une vision dystopique froide du futur. Prenant place dans la république de Gilead – une Amérique totalitaire dans laquelle les chrétiens fondamentalistes ont tué le président et le Congrès et imposé une théocratie puritaine – le roman dépeint un État policier sans cœur qui oppresse les femmes et régule les différents aspects de la vie humaine avec une constante surveillance. The Handmaid’s Tale a gagné un Prix du Gouverneur général et le prix Arthur-C.-Clarke pour la littérature de science-fiction. Il a été adapté en film en 1990, un opéra en 2000, en ballet en 2013 et dans une série télévisée en 2017 ayant gagné un Emmy Awards.

Une pi\u00e8ce d'art publique inspirée du The Handmaid's Tale de Margaret Atwood, con\u00e7u par Paula Scher et Abbott Miller, au parc High Line de New York en avril 2017.

Contexte

Se déroulant à Cambridge, au Massachusetts, le roman est en partie une réponse à la conception puritaine de la Nouvelle-Angleterre de l’Amérique en tant que nation élue – un pays qui se veut avoir une relation singulière et proche de Dieu et devoir propager ces valeurs partout dans le monde (voir aussi Destinée manifeste). Cette narration particulière de The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate) montre l’influence des fortes connaissances de Margaret Atwood sur le puritanisme du 17e siècle, cet intérêt qu’elle justifie comme étant « une connexion personnelle, parce que certains de mes ancêtres étaient de terrifiants néo-anglais puritains du 17e siècle ». Margaret Atwood affirme aussi que le livre est basé sur son opinion : « Le fondement profond des États-Unis […] n’était pas les structures relativement récentes du 18e siècle, avec leurs débats sur l’égalité et la séparation de l’Église et l’État, mais la théocratie lourde puritaine du 17e siècle de la Nouvelle-Angleterre. »

Résumé

Dans un futur proche, leur environnement pollué par les produits chimiques toxiques et les radiations nucléaires, peu de femmes peuvent supporter les enfants, et le taux de natalité a diminué de façon alarmante. Un coup d’État fondamentaliste entraîne la mort du président des États-Unis et transforme le pays en une théocratie puritaine totalitaire plus connue sous le nom « république de Gilead ». Dans cette nation fortement misogyne et répressive, les femmes fertiles sont forcées à devenir « servantes »… les nourrices officielles du pays.

Le récit principal est avant tout une retranscription de cassettes faites par Defred, une servante qui enregistre ses expériences grandissant dans l’ancienne société, son processus d’endoctrinement dans la nouvelle société et son expérience comme servante chez l’un de ses commandants. (Le nom qui lui est donné indique qu’elle n’a que pour but d’être la servante du commandant; il s’appelle Fred, et elle est « de Fred ».) Defred raconte son histoire à la première personne, décrivant la vie quotidienne d’une servante faite de répression et de harcèlement, et intercalant des retours sur son existence avant Gilead. En pleine période d’ovulation de son cycle menstruel, Defred est obligée de s’allonger entre les jambes de la femme du commandant pendant qu’ils font l’amour. Cette pratique est basée sur le chapitre 30 du Livre de la Genèse, dans lequel Rachel offre sa servante, Bilhah, à son mari, Jacob, car elle est incapable d’avoir un enfant.

Alors que Defred n’arrive pas à tomber enceinte, la femme du commandant, Serena Joy, propose que Defred couche secrètement avec le jardinier et chauffeur, Nick, en espérant faire passer l’enfant de Nick comme celui du commandant. Defred et Nick commencent alors une liaison illégale pour de mauvais motifs. Le danger qu’entraîne cette situation pousse Defred à s’enfuir de la maison du commandant. Le lecteur suppose lui-même qu’il s’agit soit de sa libération, soit de son exécution.

Analyse

Defred parle d’une voie désincarnée et se livre souvent aux calembours et aux jeux de mots – une caractéristique des narrateurs de Margaret Atwood. La narration de Defred, cependant, montre constamment sa résistance intérieure à la traite d’humains comme objets. Elle sait que son histoire, comme toute autre histoire, implique la reconstruction et la réorganisation d’événements chaotiques, et que notre accès au passé est forcément déformé par les mots. L’épilogue satirique du roman sert d’avertissement sur les dangers du rejet et de la réécriture de l’Histoire.

Critiques

The Handmaid’s Tale est un succès critique et commercial qui apporte beaucoup d’attention à l’échelle nationale et internationale. Le roman a souvent été comparé aux romans dystopiques classiques tels que Nineteen Eighty-Four (1949; trad. 1984, 1950), de George Orwell, Brave New World (1932; trad. Le Meilleur des mondes, 1932), d’Aldous Huxley, et le roman d’Anthony Burgess A Clockword Orange (1962; trad. L’Orange mécanique, 1972). Margaret Atwood a également été glorifiée pour son style unique et son intelligence dans sa prose. Patrick Parrinder dans le London Review of Books qualifie le roman de « performance unique et profondément individuelle ». Dans le Washington Post, Joyce Johnson proclame que Margaret Atwood « a réussi en trouvant une voie à son héroïne qui soit directe, naïve et totalement convaincante. C’est la voix d’une femme que nous connaissons, quelqu’un de très proche de nous. »

Cependant, les retours concernant le roman n’ont pas tous été positifs. La critique américaine et romancière Mary McCarthy condamne The Handmaid’s Tale dans le New York Times comme une polémique inimaginable, argumentant que l’écriture est « indiscernable de ce que l’on suppose être la façon normale de Margaret Atwood de s’exprimer dans ces circonstances. C’est un défaut grave, impardonnable, peut-être pour le genre : un avenir sans langage inventé, car il manque de personnalité. »

Atwood, Margaret
Atwood a exploré les questions de notre époque, les intégrant sous la forme d'introspection satirique du roman contemporain (photo de Graeme Gibson).

Récompenses

Depuis sa publication, The Handmaid’s Tale a été traduit dans plus de 40 langues, des millions de copies se sont vendues à l’international, et est souvent étudié au lycée et à l’université. En 1985, le roman gagne un Prix du Gouverneur général dans la catégorie fiction littéraire anglophone, et en 1987, le prix Arthur-C.-Clarke pour la catégorie littérature de science-fiction. Il est également nommé dans un grand nombre de récompenses telles que le prix Booker en 1986, le prix Nebula en 1986 et le prix Prometheus en 1987.

Adaptation cinématographique

En 1990, cinq ans après la sortie du roman, une adaptation cinématographique de The Handmaid’s Tale est sortie. Le scénario est écrit et détenu par le dramaturge Harold Pinter, et les films sont réalisés par un Allemand de l’Ouest, lauréat d’un Oscar, Volker Schlöndorff. Sigourney Weaver a été choisie pour interpréter le rôle principal, mais a dû renoncer à son rôle lorsqu’elle est tombée enceinte. L’actrice britannique Natasha Richardson la remplace dans le rôle de Kate (nom de Defred dans le scénario). Comme autres vedettes du film, on retrouve Robert Duvall dans le rôle du commandant et Faye Dunaway pour jouer Serena Joy.

Le récit et l’aspect esthétique du film sont assez différents du roman. L’histoire est racontée de façon linéaire, sans retours en arrière, ne permettant pas à Kate de réfléchir sur sa vie et sa captivité. Stylistiquement parlant, le film est réalisé de sorte à être un thriller érotique : « un conte hanté par la sexualité dans un pays qui a mal tourné », comme il était écrit sur les affiches. Beaucoup de fans de Margaret Atwood se sont plaints que la subtilité, les détails et la puissance du roman ont été perdus dans les films. Le film a obtenu des critiques mitigées et a eu du mal à décoller au box-office.

Opéra

Le roman a également été adapté en un opéra composé par Poul Ruders avec un livret de Paul Bentley, et a fait sa première au Théâtre royal danois, à Copenhague, le 6 mars 2000. L’opéra est orchestré par Michael Schønwandt, réalisé par Phyllida Lloyd et conçu par Peter McKintosh. L’histoire commence en 2195 avec un professeur faisant son cours sur la chute de la république de Gilead. Il est en possession d’un journal intime audio d’une servante s’appelant Defred. Le journal audio conté comme un retour en arrière raconte l’histoire de la servante, supposant être la narration centrale de l’opéra. Le personnage de Defred est représenté par deux femmes : la première Defred la servante, et la deuxième le double, qui n’est autre que Defred dans sa vie avant d’être servante.

En 2003, la production est montée par l’English National Opera au Coliseum Theatre, à Londres, en Angleterre. La même année, l’opéra arrive en Amérique du Nord et fait ses débuts au Minnesota, dirigé par Anthony Walker. En 2004, l’opéra commence à Toronto, où Margaret Atwood vit, en tant qu’œuvre dans la saison 2004-2005 de la Compagnie nationale d’opéra du Canada. La production, qui a pour vedettes Stephanie Marshall dans le rôle de Defred, Krisztina Szabó dans le rôle de son double, Kurt Link en tant que commandant et Jean Stilwell pour Serena Joy, a été récompensée par une critique acclamante.

Ballet

The Handmaid’s Tale a aussi été adapté en ballet, avec les chorégraphies de Lila York et la musique de James MacMillan. Le ballet d’origine, fait par le Royal Winnipeg Ballet (RWB), qui fait sa première en octobre 2013, a été critiqué pour manque de sérieux. Une version revisitée voulant être plus sombre et plus graveleuse, et présentant une partition différente, a obtenu de meilleures critiques lorsqu’elle a été jouée par le RWB au Centre national des Arts, à Ottawa, en janvier 2015.

Série télévisée

En avril 2017, les trois premiers épisodes d’une série en dix parties adaptée du roman The Handmaid’s Tale sont diffusés aux États-Unis sur le site de téléchargement Hulu et au Canada sur Bravo et CraveTV. Ayant pour vedettes Elisabeth Moss en tant que Defred, Alexis Bledel comme Ofglen, Yvonne Strahovsky dans le rôle de Serena Joy et Joseph Fiennes pour le commandant, la série a été saluée pour être l’une des plus captivantes et opportunes de l’année. Suivant l’année d’élection de Donald Trump aux États-Unis, en 2016, beaucoup remarquent que le roman de 1985 est plus d’actualité que jamais, et la série suscite beaucoup d’attention et d’acclamation. Le New York Times la qualifie d’« inébranlable, vitale et effrayante comme l’enfer ».

Même si la série, tournée à Toronto, est très proche de la dystopie du roman de Margaret Atwood, elle parle également des problèmes de notre société comme la crise des réfugiés et l’islamophobie. Contrairement au film de 1990, dans lequel Margaret Atwood a été impliquée créativement, elle n’est qu’une productrice consultante pour la série d’Hulu et apparaît comme rôle (caméo) dans le premier épisode. La série a remporté huit Emmy Awards. Elle est également devenue la première émission produite par un service de téléchargement à


Les oeuvres sélectionnées de Margaret Atwood