Méthodes d'accouchement

Au Canada, les méthodes d'accouchement ont évolué en phases successives, chacune chevauchant la suivante. Au cours du premier tiers du siècle, on se préoccupe avant tout du taux élevé de mortalité des mères à l'accouchement.

Méthodes d'accouchement

Au Canada, les méthodes d'accouchement ont évolué en phases successives, chacune chevauchant la suivante. Au cours du premier tiers du siècle, on se préoccupe avant tout du taux élevé de mortalité des mères à l'accouchement. Vers le milieu du siècle, le soulagement des douleurs de l'accouchement devient la principale préoccupation, et durant le dernier tiers du siècle, on accorde la priorité au bien-être du foetus et du nouveau-né.

Mortalité puerpérale

Au cours des trois premières décennies du siècle, le taux consternant de mortalité des mères qui accouchent (on enregistrait alors un décès par 173 à 210 grossesses) demeure inchangé par rapport à celui du siècle précédent, ce qui inquiète et effraie les femmes enceintes tout comme les médecins. En 1930, le taux de mortalité atteint un niveau sans précédent : 1 441 mères perdent la vie à l'accouchement au cours de l'année, ce qui correspond à 58 décès par 10 000 accouchements. Puis, au cours des années 1930, grâce aux progrès énormes réalisés par la médecine (comme l'utilisation de transfusions sanguines en cas d'hémorragie et la mise au point d'anesthésiques plus sûrs et d'antibiotiques pour combattre les infections), le taux de mortalité des femmes qui accouchent commence à chuter de façon radicale et est maintenant plus de 100 fois moins élevé. En 1992, on a enregistré pour l'ensemble du Canada un total de 19 décès de mères sur près de 400 000 accouchements, soit un taux de 0,5 décès par 10 000 accouchements. De nos jours, un obstétricien peut terminer sa carrière sans avoir jamais connu de décès à l'accouchement, et la peur de mourir en raison de la grossesse ou de l'accouchement est pratiquement inexistante chez les Canadiennes.

Vers le milieu du siècle, la crainte d'un décès à l'accouchement ayant presque disparu, on s'attarde désormais à soulager les douleurs de l'accouchement. L'usage de puissants sédatifs pendant le travail, la somnolence induite par des narcotiques ou des substances amnésiantes, et l'anesthésie générale pendant l'accouchement deviennent des pratiques courantes. Les femmes accouchaient et les bébés naissaient dans un état de torpeur. Au fur et à mesure qu'on reconnaît les effets néfastes sur la santé de ces pratiques dangereuses, celles-ci sont graduellement abandonnées et remplacées par des mesures analgésiques qui permettent aux femmes d'être tout à fait éveillées et conscientes à la naissance, comme la préparation psychologique de la mère pendant la période prénatale, ainsi que l'analgésie et l'anesthésie épidurales. La demande croissante d'anesthésie, particulièrement risquée si elle est administrée à la maison, fait en sorte que l'hôpital devient le lieu de naissance privilégié.

Mortalité périnatale

Au cours du dernier tiers du siècle, l'attention se porte de la mère à l'enfant. La mortalité périnatale (enfants mort-nés et morts durant la première semaine de vie) chute de façon constante, passant de 65 décès par 1 000 naissances en 1921 à 28 décès par 1 000 naissances en 1961, pour finalement tomber à 7 décès par 1 000 naissances en 1992. Contrairement à la baisse marquée et soudaine de mortalité chez les femmes qui accouchent, résultant des progrès immenses réalisés dans le domaine médical, l'amélioration de l'état de santé du bébé se fait de façon graduelle, et est largement attribuable à une meilleure alimentation et à une amélioration générale de la qualité de vie des mères canadiennes. Le développement de la néonatalogie comme spécialité et de meilleurs soins prodigués aux bébés nés avant terme et aux nouveau-nés malades à la naissance ont aussi largement contribué à la réduction du taux de mortalité périnatale.

Bien entendu, ces améliorations entraînent des coûts importants. Études, examens et interventions sont pratiqués de façon quasi routinière et ceux-ci, lorsque non nécessaires, peuvent faire plus de tort que de bien. Presque chaque femme enceinte au Canada passe au moins une échographie, et chez certaines femmes, même celles dont la grossesse se déroule normalement, cet examen peut être répété plusieurs fois. Les naissances par césarienne sont passées de moins de 5 p. 100 en 1960 à près de 20 p. 100 en 1990, et le taux commence à peine à se stabiliser ou à diminuer légèrement. Préoccupés par cette situation, les consommateurs et les personnes prodiguant des soins encadrant la maternité ont commencé à rechercher des solutions de rechange pour assurer la satisfaction des besoins psychologiques sans compromettre la sécurité physique.

Accouchements à la maison

Si quelques Canadiennes choisissent d'accoucher à la maison pour vivre l'expérience de la naissance comme elles le désirent, plus de 99 p. 100 des accouchements au Canada sont pratiqués dans les 572 hôpitaux ayant des services d'obstétrique. Un grand nombre de ces hôpitaux offrent des soins axés sur la famille, mais le degré auquel ces soins sont mis en pratique varie énormément et continue de changer. Selon les données les plus récentes dont nous disposons (un important sondage mené en 1993 et publié en 1995), 60 p. 100 des Canadiennes assistent à des cours prénataux, et près du quart (24 p. 100) des hôpitaux canadiens ont leur propre programme de cours. Environ la moitié (51 p. 100) fournissent aux mères de la documentation écrite sur les soins prodigués par leur unité durant le travail et l'accouchement. Huit pour cent des hôpitaux ont un programme éducatif destiné aux frères et soeurs qui assistent à l'accouchement.

Méthodes d'accouchement

Les installations obstétricales se sont améliorées. Les salles d'accouchement traditionnelles sont remplacées par des chambres de naissance où les femmes qui ont commencé leur travail peuvent donner naissance sans avoir à changer de pièce juste avant l'accouchement. De telles chambres sont maintenant offertes dans 39 p. 100 des hôpitaux canadiens.

Presque tous les hôpitaux encouragent le partenaire de la femme à participer au travail et à l'accouchement vaginal (82 p. 100 sans restrictions, 15 p. 100 avec restrictions) et 87 p. 100 encouragent la présence d'une autre personne pour assister la femme en travail. La présence des grands-parents auprès de la femme en travail est encouragée dans 35 p. 100 des hôpitaux, mais seulement 25 p. 100 des hôpitaux acceptent leur présence lors d'un accouchement vaginal. Neuf pour cent des hôpitaux encouragent la présence des frères et soeurs lors du travail, et 6 p. 100 les incitent à demeurer dans la salle lors de l'accouchement vaginal. Trois quarts des hôpitaux (76 p. 100) encouragent les partenaires à demeurer dans la salle lors d'une césarienne avec anesthésie épidurale, et 16 p. 100 favorisent leur présence même dans le cas où le médecin a recours à l'anesthésie générale.

Seule une minorité d'hôpitaux tiennent à des pratiques de routine comme le rasage périnéal (16 p. 100), le lavement ou les suppositoires (11 p. 100) et les perfusions de soluté par intraveineuse (14 p. 100) pour l'ensemble des femmes. Près des deux tiers (65 p. 100) ont recours de façon courante à une surveillance électronique initiale du foetus pendant 20 à 30 minutes, mais seulement 3 p. 100 ont pour politique d'assurer de manière continue la surveillance électronique du foetus.

Quatre-vingt-quatorze pour cent des hôpitaux permettent aux femmes de se lever et de marcher pendant le travail, et près des trois quarts (72 p. 100) mettent à leur disposition un bain ou une douche pour soulager leurs douleurs. Soixante-huit pour cent des hôpitaux utilisent le protoxyde d'azote pour contrôler la douleur; 94 p. 100 offrent des narcotiques pour soulager les contractions douloureuses pendant le travail, et environ 40 p. 100 des femmes les utilisent. Plus de la moitié des hôpitaux (55 p. 100) offrent l'anesthésie épidurale. De ceux-ci, 61 p. 100 l'offrent 24 heures par jour. Environ 25 p. 100 des femmes qui donnent naissance dans un hôpital offrant l'anesthésie épidurale y ont recours.

Près des deux tiers des hôpitaux (63 p. 100) permettent aux femmes d'adopter la position de leur choix pour accoucher. La majorité (62 p. 100) des femmes donnent naissance en position demi-assise, alors qu'on estime qu'environ 37 p. 100 d'entre elles continuent à accoucher en position gynécologique, les pieds dans les étriers. On a recours à l'épisiotomie pour environ deux tiers (63 p. 100) des femmes qui donnent naissance à leur premier enfant et 42 p. 100 des femmes qui ont déjà accouché auparavant.

Les hôpitaux canadiens encouragent la création des liens affectifs entre la mère et l'enfant, quoique plus des deux tiers (69 p. 100) séparent encore la mère et l'enfant durant la période d'observation de routine de 1 à 4 heures à laquelle sont soumis les bébés en santé après la naissance. Deux tiers (65 p. 100) des hôpitaux permettent à la mère de garder son bébé dans sa chambre pendant 19 à 24 heures, bien qu'en pratique, la plupart des bébés partagent la chambre de leur mère pendant des périodes beaucoup plus courtes. Le séjour à l'hôpital après la naissance est d'environ 3,2 jours, mais la majorité des hôpitaux permettent aux mères de sortir plus tôt. Trois quarts (74 p. 100) des mères allaitent leur bébé au moment où elles quittent l'hôpital.

Sages-femmes

Si la grande majorité des accouchements au Canada sont pratiqués par des médecins, il existe un intérêt marqué pour le travail des sages-femmes. La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a donné son appui aux accouchements pratiqués par des sages-femmes. Bien qu'une seule province (l'Ontario, en 1994) ait reconnu officiellement la fonction de sage-femme comme une profession indépendante, au moment d'aller sous presse, une licence d'exercice était sur le point d'être accordée aux sages-femmes dans les autres provinces. Il existe maintenant pour les sages-femmes un programme d'accès direct au niveau du baccalauréat. Ce programme est offert par les universités McMaster (Hamilton), Ryerson (Toronto) et Laurentian (Sudbury).

Le Canada possède un programme de recherche dynamique sur l'efficacité des soins relatifs à la maternité. Les résultats de ce programme se traduisent rapidement en directives fondées sur des faits qui aideront les personnes qui dispensent des soins et les mères qui donnent naissance à vivre en toute sécurité l'expérience satisfaisante à laquelle elles aspirent et qu'elles sont en droit d'obtenir.


Lecture supplémentaire

  • Murray Enkin et al, A Guide to Effective Care in Pregnancy and Childbirth (1989, rev 1995); Cheryl Levitt and Louise Hanvey, Survey of Routine Maternity Care and Practices in Canadian Hospitals (1995).

Liens externes