La tragédie aérienne de Sault-au-Cochon (l’affaire Albert Guay)

​La tragédie aérienne de Sault-au-Cochon (9 septembre 1949) est le premier attentat contre l’aviation civile en Amérique du Nord. L’explosion en plein ciel d’un DC-3 de la Canadian Pacific Airlines, à 65 kilomètres à l’est de la ville de Québec, fait 23 morts.

La tragédie aérienne de Sault-au-Cochon (9 septembre 1949) est le premier attentat contre l’aviation civile en Amérique du Nord. L’explosion en plein ciel d’un DC-3 de la Canadian Pacific Airlines, à 65 kilomètres à l’est de la ville de Québec, fait 23 morts. La nouvelle de la catastrophe fait rapidement le tour du globe. Un suspect, Albert Guay, est rapidement identifié. Ce crime et son motif marquent l’imaginaire des Québécois et des Canadiens, notamment par les œuvres de fiction qu’ils ont inspirées par la suite.

Les événements

La tragédie aérienne de Sault-au-Cochon (9 septembre 1949) est le premier attentat contre l’aviation civile en Amérique du Nord. L’explosion en plein ciel d’un DC-3 de la Canadian Pacific Airlines (voir Chemin de fer du Canadien Pacifique), à 65 kilomètres à l’est de la ville de Québec, fait 23 morts, dont 19 passagers. L’avion, à destination de Baie-Comeau, s’écrase dans la petite municipalité de St-Joachim (au lieu-dit de Sault-au-Cochon), à proximité du Cap Tourmente, dans Charlevoix. À son bord, se trouvent trois hommes d’affaires New yorkais, dont le président de la Kennecott Copper Corporation. La nouvelle de la catastrophe fait rapidement le tour du globe et les autorités américaines réclament que la lumière soit faite sur cet événement. En ce début de Guerre froide, on craint qu’il s’agisse d’un attentat terroriste orchestré par les communistes.

Sur les lieux de l’écrasement, les services de police découvre des traces d’explosif. L’enquête criminelle révèle qu’une bombe dissimulée dans le compartiment à bagages est à l’origine de l’explosion. Le 14 septembre 1949, un article paru dans Le Canada titre que la Gendarmerie royale est à la recherche d’une femme vêtue de noir qui aurait déposé un colis à bord de l’avion avant son départ. Quelques jours plus tard, cette femme est identifiée : son nom est Marguerite Ruest-Pitre. Lors de son interrogatoire par la police, elle confirme qu’elle a apporté un colis à l’avion, mais qu’elle pensait qu’il contenait une statuette fragile. Il s’agissait d’un service que lui avait demandé un certain Albert Guay, en échange de l’annulation d’une dette de 600 $.

La thèse de l’attentat anti-américain est donc écartée. Le 23 septembre 1949, deux semaines après la tragédie, Albert Guay, 31 ans, résident de Québec est arrêté. Il est accusé de l’homicide de sa femme Rita Morel ainsi que de celui de 22 personnes. Le motif de son crime est on ne peut plus simple : se débarrasser de son épouse et empocher la prime d’assurance-vie de 10 000 $ qu’il a contractée le matin du vol sur lequel elle prenait place.

Le procès d’Albert Guay

Né à Québec le 23 septembre 1918, Albert Guay est un vendeur itinérant de montres et de bijoux. En 1949, son mariage avec Rita Morel bat de l’aile, en raison de ses nombreuses aventures extraconjugales. Guay est alors très amoureux d’une jeune fille de 17 ans, qu’il rencontre à l’occasion dans une maison de chambres du quartier Saint-Roch, appartenant à Marguerite Ruest-Pitre. Or, comme le divorce est un processus complexe à l’époque (et de surcroît interdit par l’Église catholique), il décide de recourir à l’assassinat (voir Mariage et divorce). À l’ouverture de la procédure criminelle, un ami témoigne du fait qu’il lui avait offert 500 $ pour mettre du poison dans le verre de Rita Morel, ce qu’il refusa.

Quelques mois avant la tragédie de Sault-au-Cochon, un avion civil est la cible d’un attentat aux Philippines. Selon l’expert du Laboratoire de médecine légale, appelé à témoigner lors du procès, c’est probablement de cet événement que s’inspire Guay. Pour réaliser son plan, il demande à sa chambrière, Marguerite Ruest-Pitre, d’acheter de la dynamite sous prétexte de déboiser un terrain qu’il vient d’acquérir sur la Côte-Nord. Il sollicite ensuite l’aide du frère de cette dernière, Généreux Ruest, pour fabriquer une bombe à retardement avec la dynamite. La bombe doit être programmée pour faire exploser l’avion alors qu’il survole le Saint-Laurent, ce qui ne laissera aucune trace et camouflera la mort de sa femme. Or, un retard de cinq minutes au décollage eut pour conséquence que l’avion s’écrasa plutôt sur la rive, ce qui permit aux enquêteurs d’examiner les débris.

Pour mettre à exécution ce crime « parfait », Guay convainc son épouse de se rendre en avion à Baie-Comeau afin d’y prendre livraison de bijoux. Le matin du vol, il rencontre Marguerite Ruest-Pitre et lui remet un paquet qu’elle doit apporter pour lui à l’avion. Puis, il accompagne sa femme à l’aéroport.

Les preuves incriminant Guay sont nombreuses et le 14 mars, le jury le déclare coupable de meurtre avec préméditation. Il doit être pendu (voir Peine capitale) le 23 juin 1950, mais, un mois avant son exécution, Guay passe aux aveux et dénonce ses présumés complices. Il soutient que les Ruest étaient tous deux au fait de son intention. Début juin, Marguerite et Généreux Ruest sont mis aux arrêts.

Naïveté ou réelle complicité?

Généreux Ruest est jugé en novembre. Il admet avoir fabriqué la bombe, mais nie avoir été au courant des véritables intentions de Guay. Malgré le manque de preuves, il est reconnu coupable de meurtre. Quant au procès de Marguerite Pitre, il se déroule en mars 1951 et ne dure qu’une dizaine de jours. L’opinion publique joue largement contre elle et plusieurs rumeurs circulent sur son compte. Celle que la presse surnomme « Madame Corbeau » est jugée aussi coupable qu’Albert Guay.

L’enquête et la procédure judiciaire conduisent à l’arrestation et la condamnation à mort de trois personnes. Albert Guay est pendu le 12 janvier 1951 et Généreux Ruest le 25 juillet 1952. Marguerite Pitre est, pour sa part, pendue le 9 janvier 1953. Elle est la dernière femme à avoir été exécutée au Canada. Néanmoins, un mystère plane toujours sur la culpabilité des Ruest. Dans quelle mesure ces derniers étaient-ils informés des intentions de Guay?

La légende

La couverture médiatique de l’affaire Guay, puis les œuvres de fiction qu’elle a inspirées ont largement contribué à la légende qui l’entoure. En 1982, Roger Lemelin, auteur du téléroman populaire La Famille Plouffe (diffusé à la télévision de Radio-Canada de 1953 à 1959) utilise cette histoire pour son roman Le crime d’Ovide Plouffe. Lemelin connaissait personnellement Albert Guay et avait même assisté aux funérailles de son épouse. Comme correspondant du Time Magazine, il avait aussi couvert la tragédie aérienne.

En 1984, ce roman est transposé au grand écran par Denys Arcand. Le crime d’Ovide Plouffe, qui met en vedette Gabriel Arcand (et pour lequel ce dernier se mérite un Prix Génie du Meilleur acteur) est une suite au film Les Plouffe réalisé par Gilles Carle en 1981. Le succès de la mini-série de six épisodes qui en est tirée contribue à faire connaître l’affaire Guay à un public encore plus large. Néanmoins, dans la version romancée de Lemelin, Albert Guay (Ovide Plouffe) est présenté comme un homme trompé par sa femme et une victime de la justice et des médias.

Paru en 2012, le roman Cape Torment du canadien Richard Donovan, s’inspire également de l’affaire Guay comme trame de fond. Enfin, dans la foulée des événements du 11 septembre 2001 et de leur commémoration, la tragédie aérienne du Sault-au-Cochon est souvent rappelée dans les médias comme le premier d’une longue série d’attentats terroristes contre l’aviation civile en Amérique du Nord.


Lecture supplémentaire

  • Hélène-Andrée Bizier, Crimes et châtiments. La petite histoire du crime au Québec, 2 vol. (1982).

    Dollard Dansereau, Causes célèbres du Québec (1974).

    Sylvière Boucher-Lambert, « Le 9 septembre 1949, premier attentat aérien de l’histoire de l’Amérique du Nord », Le Figaro, 11 septembre 2011.

    Roger Lemelin, Le crime d’Ovide Plouffe (1982).

    Jeffrey David Simon, The terrorist trap: America's experience with terrorism (2001).

    Caroline Touzin, « Les grands crimes du XXe siècle : 1949, l’attentat de Sault-au-Cochon », La Presse, 20 juin 2009.

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