Main-d'oeuvre immigrante

Le Canada, pays essentiellement formé d'immigrants, a toujours compté sur l'importation d'ouvriers qualifiés et non qualifiés pour assurer son développement économique.

Main-d'oeuvre immigrante

Le Canada, pays essentiellement formé d'immigrants, a toujours compté sur l'importation d'ouvriers qualifiés et non qualifiés pour assurer son développement économique. Avant la Confédération (1867), un nombre important de travailleurs immigrants, la plupart venant des îles Britanniques, assument déjà un rôle important au sein des économies principalement agricoles et extractives des colonies de l'Amérique du Nord britannique.

Chez les travailleurs immigrants, l'expérience la plus controversée est sans doute celle des IRLANDAIS, qui affluent en Amérique du Nord dans les années 1840 et 1850, désespérément en quête d'une nouvelle vie. Leur tendance naturelle au travail pénible et leur solidarité ethnique leur assurent pratiquement le monopole sur certains emplois dans les camps de bûcherons, sur les docks et dans le réseau tentaculaire de chantiers ferroviaires et de canaux qui s'étend du lac Supérieur à l'océan Atlantique.

Au Canada, la main-d'oeuvre immigrante est aussi largement à l'oeuvre dans la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique. Des milliers de terrassiers britanniques, américains et européens poussent avec détermination le ruban d'acier vers l'ouest. Les terrassiers CHINOIS, dont bon nombre sont spécialement recrutés à l'étranger à cette fin, exécutent la tâche encore plus ardue de prolonger le chemin de fer vers l'est en traversant la chaîne de montagnes de la Colombie-Britannique.

La tendance à l'importation de travailleurs est particulièrement marquée après 1870, au moment où le Canada se lance de plus en plus activement sur le marché du travail transatlantique. L'expansion rapide du transport par bateau et par train permet aux travailleurs britanniques et européens de partir, sur une large échelle, à la recherche d'emplois en Amérique du Nord. Selon une source, entre 1907 et 1930, environ 900 000 travailleurs non qualifiés et qualifiés (autres que les travailleurs agricoles) entrent au pays. Les artisans britanniques, dotés d'une expérience industrielle et de compétences spécialisées, sont très recherchés, particulièrement dans les industries en plein essor du centre du Canada et de la Colombie-Britannique.

Officiellement, le Canada soutient qu'il n'importe que des travailleurs agricoles, mais en réalité, des milliers d'immigrants arrivés d'Europe centrale et méridionale (1880-1930) deviennent des travailleurs industriels non qualifiés à plein temps ou à mi-temps, car les industriels et les fermiers réussissent à unir leurs intérêts économiques pour demander une POLITIQUE D'IMMIGRATION de libre admission.

Le Canada continue de s'afficher comme pays d'accueil pour les immigrants à la recherche d'un emploi, mais le genre d'emploi disponible dépend souvent de l'origine ethnique. Les « immigrants privilégiés » (p. ex. les Britanniques, les AMÉRICAINS de souche anglaise et les travailleurs qualifiés d'Europe occidentale) sont moins victimes de PRÉJUGÉS ET DE DISCRIMINATION que les immigrants d'Europe de l'Est et du Sud. En tant que « résidants étrangers », ceux-ci ne sont décidément pas accueillis à bras ouverts par tout le monde, l'attitude de leurs hôtes variant avec le temps et les conditions économiques. Les Asiatiques et les NOIRS ont la vie encore plus dure et bon nombre d'entre eux ne se font offrir que les emplois les plus exigeant physiquement.

Cependant, à partir de 1945, l'avènement de la prospérité d'après-guerre et l'évolution des attitudes à l'égard des droits de la personne modifient considérablement la situation des immigrants non britanniques. À cette même époque, trois nouvelles vagues de travailleurs immigrants arrivent au Canada, à savoir des personnes déplacées en provenance d'Europe, dont bon nombre sont très scolarisées et quittent le marché de la main-d'oeuvre non spécialisée peu après leur arrivée pour occuper des emplois professionnels et spécialisés; des immigrants provenant de « pays privilégiés » (Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, etc.), qui, pour la plupart, passent à des emplois prestigieux dès leur arrivée au pays; et des travailleurs immigrant des pays pauvres d'Europe du Sud et, de plus en plus, des Antilles (voirANTILLAIS). C'est d'ailleurs ce dernier groupe d'immigrants, principalement non qualifiés, qui occupent la plupart des emplois mal rémunérés, dangereux et itinérants ou les emplois saisonniers que les Canadiens refusent. Toutefois, la plupart de ces emplois n'existent plus dans les régions nouvellement colonisées, et c'est donc vers les usines urbaines, les chantiers de construction et les industries de service, notamment à Toronto et à Montréal, que tend à se diriger la grande majorité des travailleurs immigrants non qualifiés.

À l'aube du XXIe siècle, le débat refait surface au Canada concernant l'importation de travailleurs pour occuper les emplois que rejettent les Canadiens. Certains employeurs continuent d'avoir besoin d'une main-d'oeuvre peu chère et disposée à travailler; c'est peut-être le plan d'autorisation d'emploi temporaire élaboré pendant les années 70 qui favorise le plus cette pratique. Par contre, les mouvements syndicaux et les groupes humanitaires soutiennent que ce genre d'arrangement pour les travailleurs étrangers est à la fois exploitant et ethnocentrique, étant donné que bon nombre de travailleurs immigrants ne sont pas de race blanche. De plus, on se demande si le Canada ne devrait pas déployer plus d'efforts pour attirer une plus grande proportion d'immigrants hautement qualifiés et professionnels, mieux préparés à affronter les défis technologiques de la nouvelle ère. À cette question, se greffe celle à savoir comment les réfugiés et les demandeurs d'asile, qui représentent environ 20 p. 100 de tous les nouveaux venus, réussiront à s'adapter à l'économie changeante du Canada, particulièrement ceux venant de milieux ruraux des pays du Tiers-Monde.

Même si, par le passée, le Canada s'est souvent montré peu accueillant envers les personnes qui ne respectaient par ses normes raciales et ethnoculturelles ainsi que ses normes relatives aux classes sociales, il y a peu de chances qu'il revienne à ses anciennes politiques d'exclusion.


Lecture supplémentaire

  • Donald H. Avery, Reluctant Host (1995); Roxanna Ng, Immigrant Women, Class and the State (1987).

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