Musique de chambre - Pratique et enseignement

Musique de chambre - Pratique et enseignement. Les premiers documents attestant de la pratique de musique de chambre classique au Canada, exécutée principalement par des amateurs, à la fois comme activité de loisir enrichissante et dans des concerts publics, remontent à la période 1790-1820.

Quatuor Amati
Le Quatuor Amati (Université de la Saskatchewan), 1969. Murray Adaskin, Norma Lee Bisha, Robert Klose, Edward Bisha (Archives, Université de la Saskatchewan, A-4659).

Musique de chambre - Pratique et enseignement. Les premiers documents attestant de la pratique de musique de chambre classique au Canada, exécutée principalement par des amateurs, à la fois comme activité de loisir enrichissante et dans des concerts publics, remontent à la période 1790-1820. À Québec, Jonathan Sewell, Frédéric Glackemeyer et d'autres prirent part à des lectures de quatuors et de quintettes de Mozart, alors des nouveautés, dans les années 1790. Une collection de parties reliées en volumes, certaines ayant appartenu aux familles Desbarats et Sheppard et maintenant conservée à la bibliothèque de l'Université Laval, suggère qu'une activité musicale au foyer au début du XIXe siècle pouvait inclure des oeuvres pour orchestre dans des arrangements pour ensemble réduit. Par exemple, dans un des titres, « Les grandes symphonies de Haydn [les 12 symphonies de Londres]... arrangées pour cinq instruments, viz : deux violons, une flûte allemande, un ténor et un violoncelle : avec un accompagnement pour le piano forte ad libitum... », les couvertures séparent les volumes du « ténor » (c'est-à-dire l'alto), du violoncelle et du piano, tous inscrits « Ex Libris Miss Desbarats ». Les partitions et parties de trios avec piano et de quatuors à cordes d'Ignace Pleyel appartiennent à la même collection. À Halifax, des exécutions publiques d'oeuvres de musique de chambre de Pleyel, Haydn et de compositeurs à la mode comme Vanhal et Avison auraient pris place avant 1800.

Dès le milieu du XIXe siècle, il y avait eu des tentatives régulières et plus répandues pour organiser de telles activités dans le cadre de séries de concerts publics (voir Concerts), souvent autour d'une personnalité dynamique : par exemple Griebel à Toronto, Jehin-Prume à Montréal, et Dessane à Québec La formation de conservatoires stimula encore davantage l'activité d'ensembles : le calendrier de 1887-88 du TCM (RCMT) promet que les étudiants « seront formés pour jouer dans les classes d'ensembles.... et seront capables d'étudier la musique de chambre pour piano, cordes et autres instruments ».

L'ensemble le plus exigeant, le quatuor à cordes, est aussi celui qui a continué à attirer le plus grand nombre de groupes, peut-être à cause du défi qu'il pose au plan du raffinement sonore et, évidemment, de son répertoire d'une inépuisable richesse - un répertoire auquel les compositeurs canadiens ont contribué de façon significative à partir du début du XXe siècle. Le Griebel Quartet (Toronto, milieu des années 1850), l'Ottawa String Quartette Club (brève existence à partir de 1886), le Conservatory String Quartet (Toronto, de façon intermittente, 1889-v. 1905), le Quatuor à cordes Dubois (Montréal, 1910-38), le Quatuor Gilbert (Québec, 1911-27), le Heins Quartet (Ottawa, 1914-27) et l'Academy String Quartet (Toronto, 1914-24) comptent parmi les plus éminents pionniers. Le dernier nommé fut le précurseur immédiat du « premier ensemble [canadien] à se consacrer exclusivement à la musique de chambre » (Elliott, p. 20), à savoir le Quatuor à cordes Hart House (1924-46), dont d'autres premières à son crédit ont inclus de longues tournées au Canada et à l'étranger ainsi que des émissions à la radio et des disques (à partir du milieu des années 1920). Le quatuor de Ridder et le Quatuor de Rimanoczy de Vancouver, le Tudor Quartet de Winnipeg, le Quatuor à cordes Parlow, le Quatuor à cordes Dembeck et le Quatuor à cordes Solway de Toronto ont été actifs au concert et à la radio dans la période 1930-60. Le Solway se fit une spécialité des arrangements de musique pop et du folklore qu'il jouait dans ses concerts dans les écoles, faisant ainsi revivre la tradition des programmes populaires en vogue par les ensembles à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. De même, l'accent mis sur les oeuvres nouvelles par le Quatuor à cordes de Montréal (1955-v. 63) rappelait les efforts de l'Academy Quartet pour faire connaître le répertoire moderne au cours de la période de la Première Guerre mondiale.

Le premier quatuor en résidence dans une université canadienne fut le Canadian String Quartet à l'Université de Toronto (1961-63). Dans les décennies qui ont suivi, tous les principaux ensembles ont assumé un tel rôle, à savoir le Quatuor à cordes Amati (Université de la Saskatchewan), le Quatuor à cordes Brunswick (Université du Nouveau-Brunswick), le Quatuor tchèque (Université McMaster), le Quatuor Lafayette (Université de Victoria), le Quatuor Laval (Université Laval), le Quatuor à cordes Orford (Université de Toronto), le Quatuor à cordes Purcell (Université Simon Fraser), le Quatuor à cordes de l'Université de l'Alberta et le Quatuor à cordes Vághy (Université Queen's). Rappelant la disparition de deux des plus éminents ensembles en 1991 - l'Orford et le Vághy - le critique Robert Everett-Green faisait remarquer qu'à l'avenir, compte tenu des risques financiers que comportent les tournées et l'incertitude de l'industrie du disque, de telles affiliations allaient probablement constituer un soutien indispensable.

Au nombre des nouveaux quatuors à cordes qui se sont signalés dans les années 1980 et au début des années 1990 figurent les Accordes (Toronto), l'Atlantic (Halifax), le Quatuor Morency (Montréal), le Quatuor à cordes de Québec et le Saint Lawrence (Toronto). Le concours international de quatuor à cordes tenu tous les trois ans à Banff (Banff International String Quartet Competitions) à partir de 1983 a suscité un intérêt assez exceptionnel.

Le Hambourg Trio était au début du siècle à Toronto un groupe professionnel qui se consacrait au répertoire pour trio avec piano. Fondé par trois des quatre frères Hambourg, il fut actif durant plus de 30 ans à compter de 1915; il y eut de nombreux changements de personnel mais c'est le violoncelliste Boris Hambourg qui détient le record de longévité. Un autre trio canadien éminent - qui avait justement pour nom le Canadian Trio - regroupait les soeurs Nelson de Winnipeg et fut actif de 1928 à 1939. La violoncelliste du groupe, Zara Nelsova, fit partie d'un second Canadian Trio à Toronto. D'autres groupes éminents ont été le Trio de l'Université de Brandon, le Hidy Trio et le Rolston Trio, ainsi que One Third Ninth, le Trio de Montréal et le Trio Victoria.

Pendant les années 1970, l'accent fut mis sur des formations assez inusitées. Ainsi, deux quintettes à vent - le Quintette à vent du Québec et les York Winds - ont accédé à une notoriété internationale, tout comme le Lyric Arts Trio et trois autres ensembles toujours très actifs en 1991 : le Canadian Brass, le Quatuor de saxophones Gerald Danovitch et le Canadian Electronic Ensemble (ce dernier étant un trio d'exécutants de musique électroacoustique en direct, mais qui utilise parfois divers instruments à vent et à clavier). Des groupes de formation récente à la fin des années 1980 étaient Amici (clarinette, violoncelle et piano, avec des invités à l'occasion), qui fut en résidence à l'Université de Toronto à compter de 1989, et l'Atlantic Trio de Saint-Jean, T.-N. (soprano, clarinette et piano). (Au sujet de la prolifération d'ensembles spécialisés dans les répertoires ancien et d'avant-garde, voir Instruments d'époque, Musique nouvelle - Sociétés et ensembles de.)

L'attrait de la musique de chambre auprès des exécutants amateurs - une très bonne raison pour commencer tôt à la cultiver - s'est maintenue. Une telle activité est toutefois difficile à documenter, étant donné qu'elle se pratique surtout pour le bénéfice et le plaisir des participants et de leurs amis, sans chercher à attirer l'attention du public. De plus, en dépit de la passion que vouent les Canadiens et la ferveur qu'il déploient pour mettre sur pied des associations nationales pour coordonner et défendre leurs intérêts particuliers, il n'existe pas d'organisme pour unir les musiciens de chambre du pays, qu'ils soient professionnels ou amateurs (bien que leurs intérêts soient encouragés par CAMMAC et des groupes locaux, comme le Home Music Club de Toronto, fondé en 1897 et toujours actif en 1990). Un quatuor de médecins, un quatuor familial pour piano et un ensemble d'instruments à vent formé de professeurs pourraient être typiques de nombreux groupes qui se réunissent régulièrement, et même si leurs lectures n'atteignent qu'un public limité, leur franche appréciation et parfois même leur expertise constituent un apport non négligable à la vie culturelle de leur milieu.

Un exemple d'un tel groupe de chambristes dont l'activité fut modeste est le Padberg Trio actif entre 1930 et 1940 à Trail, C.-B. Il comprenait deux violons et un piano, avec une soprano et un violoncelle à l'occasion. L'ensemble se retrouvait une fois la semaine pour jouer « des classiques comme les concertos de Bach et Vivaldi, les sonates de Haendel, Vivaldi, Paganini et Mozart, des trios avec piano dont la partie de violoncelle est arrangée pour violon..., des extraits de comédies musicales, des extraits d'opéras, des pièces de Kreisler et des danses hongroises de Brahms, la suite de l'Arlésienne de Bizet, etc... », autant de pièces que l'on retrouvait aux programmes du Trail Women's Musical Club, à des banquets et autres occasions de même que dans des émissions radiophoniques à l'échelle locale et au réseau provincial. Parfois, les arrangements étaient l'oeuvre du dir., Theodore Padberg. Ainsi qu'un membre le rapportait, « nous nous réunissions et jouions pour le seul plaisir » (History of Music in British Columbia, p. 223-224).

Les festivals-concours, qui mettent l'accent principalement sur l'activité des amateurs, ont régulièrement inclus des catégories musique de chambre dès leur création au début du XXe siècle - non seulement des trios et des quatuors à cordes mais aussi des formations diverses. L'une des favorites : des extraits de cantates de Bach pour une ou plusieurs voix solistes, un ou deux instruments obligato et un clavier, généralement un piano. L'enseignement de la musique de chambre et sa pratique ont figuré à divers programmes d'été, notamment à l'Okanagan Summer School of the Arts, au Kelso Music Centre et à l'Instrumental Music Camp de l'Université Mount Allison (voir Camps et écoles d'été).


Lecture supplémentaire

  • Bridle, Augustus. 'Chamber music in Toronto,' The Year Book of Canadian Art 1913 (Toronto and London 1913)

    Laurendeau, Arthur. 'Musique de chambre et musique d'église en Montréal,' ibid

    Harriss, C.L.M. 'Chamber music in Hamilton,' CanJM, vol 1, Jul-Aug 1914

    Loudon, J.S. 'Reminiscences of chamber music in Toronto during the past forty years,' ibid

    Colgrass, Ulla and Moss, Lee. 'Few chamber groups live happily ever after,' Music, vol 1, Nov-Dec 1978

    Elliott, R.W.A. 'The string quartet in Canada,' PH D thesis, University of Toronto 1990

    Everett-Green, Robert. 'Canada's string quartets face uphill battle,' Toronto Globe and Mail, 30 Jul 1991

    Adeney, Marcus. 'Chamber music,' Music in Canada