Tsetsaut

Les Tsetsaut (aussi appelés Wetaɬ) sont un peuple déné qui vivait dans l’intérieur des terres, derrière les Tlingit (Łingít) sur la côte ouest de la Colombie-Britannique et dans le sud-est de l’Alaska. Hormis la tradition orale Nisga'a et les recherches linguistiques de l’anthropologue Franz Boas, qui a vécu parmi les Tsetsaut dans les années 1890, on sait peu de choses à leur sujet. Les Tsetsaut ont été décimés par la guerre et les maladies dans les années 1800, et ils n’étaient plus que 12 survivants à la fin du siècle. On a longtemps cru que le dernier Tsetsaut était mort en 1927 et que leur langue ancienne n’était plus parlée. Toutefois, en 2019, une trentaine de membres de la nation Tsetsaut/Skii km Lax Ha, en Colombie-Britannique, s’identifient comme des Tsetsaut.

Chenal Portland

(avec la permission de Shawn/Wikimédia, CC)

Avant les premiers contacts

On connaît peu l’histoire des Tsetsaut avant leurs premiers contacts avec les Européens, dans les années 1860. Les Tsetsaut étaient des chasseurs, pêcheurs et cueilleurs nomades qui vivaient le long de la côte du Pacifique en Colombie-Britannique. Ils avaient des ancêtres communs avec les Nisga’a de la côte nord-ouest du Pacifique, et pratiquaient le commerce des fourrures avec eux. Comme d’autres peuples autochtones de la région, il semble qu’ils jouissaient d’une plus grande abondance de nourriture et de ressources que les peuples autochtones vivant à l’est des Rocheuses. Par conséquent, ils n’étaient pas dans la nécessité de se déplacer constamment à la recherche de nourriture, ce qui leur a permis de développer des établissements plus permanents. Il est aussi probable que beaucoup de Tsetsaut ont été tués par la maladie avant d’avoir des contacts directs avec les Européens dans les années 1860. Les historiens estiment que l’ensemble de la population autochtone de la côte du Pacifique, qui s’élevait à 200 000 personnes avant les contacts, a été réduite à 13 000 par les épidémies de rougeole et de variole qui se sont répandues à travers les réseaux de commerce, et à la suite de l’exploration européenne, frappant durement les peuples autochtones de la côte du Pacifique dans les années 1780 et 1830 (voir Épidémie).

Population et territoire

Avant la colonisation européenne, la côte du Pacifique abrite un grand nombre de peuples autochtones florissants. En fait, on estime qu’un tiers de la population autochtone du Canada vivait dans l’actuelle Colombie-Britannique avant que l’explorateur et trafiquant de fourrure Alexander Mackenzie n’atteigne la région en 1793 (voir Traite des fourrures). Plusieurs Premières Nations qui vivaient sur la côte du Pacifique avant l’arrivée des Européens, comme les Haïdas, sont encore prospères aujourd’hui. Toutefois, tous les peuples autochtones n’ont pas eu cette chance. Les Tsetsaut, dont la population était, selon la tradition orale, de quelque 500 personnes au milieu du 19e siècle, sont presque disparus au début du 20e siècle, décimés par la maladie, la guerre et la perte de leurs terres ancestrales.

Dans les années 1830, les Tsetsaut quittent la région du Plateau (voir Peuples autochtones du Plateau au Canada) afin de fuir les attaques et les menaces des peuples Łingít (Tlingit) et Tahltan, plus puissants. Ils sont contraints de migrer vers l’ouest, traversant le sud de la rivière Stikine et la source nord des rivières Nass, Iskut et Skeena, jusqu’à la côte du Pacifique. Par la suite, ils vivent autour du canal Portland.

Après les contacts

Robert Tomlinson, un missionnaire anglican, visite les Tsetsaut à la source du canal Portland en 1867. Il décrit un peuple prospère, qui ne possède pas de canots, mais beaucoup de fourrures. Il échange des canots contre des fourrures aux Tsetsaut, qui à l’époque entretiennent une solide relation commerciale avec les Nisga’a, avec qui ils ont des ancêtres communs.

Durant l’hiver 1894-1895, l’anthropologue allemand Franz Boas vit au sein d’une bande Tsetsaut à Portland Inlet, à la frontière entre l’Alaska et la Colombie-Britannique, étudiant et documentant leur langue, leur histoire, leurs coutumes et leurs mythes. À cette époque, les Tsetsaut sont proches de l’extinction. L’anthropologue note que « dans cette région, on dit que vivent les quelques survivants d’une tribu qui n’a jamais été étudiée auparavant. La tribu est appelée Ts’ets’aut par les Tsimshian et par les Indiens de la rivière Nass ». Franz Boas note aussi qu’une « tribu » Tsetsaut distincte, appelée « Laq’uyi’p » (ce qui signifie « sur la prairie » ou « un grand terrain plat ») vit à la « source de la rivière Stikeen [Stikine] ». Ils sont les ancêtres des « Laxwiiyip » (nation Tsetsaut/Skii km Lax Ha) de la Colombie-Britannique actuelle.

Franz Boas interroge un ancien Tsetsaut du nom de Levi, la seule personne qui se souvient de la langue et de l’histoire de son peuple. Levi lui raconte qu’ils étaient plus de 500 Tsetsaut 50 ans auparavant, mais qu’ils ont été forcés de partir quand les Łingít (Tlingit) ont menacé de tuer les hommes Tsetsaut et de réduire leurs femmes et leurs enfants en esclavage (voir Esclavage des Autochtones au Canada). Selon Levi, les Tsetsaut sont aussi harcelés et attaqués par les Premières Nations voisines, comme les « Sa’nak’oan » (les Sanyakoan, membres d’un village Tlingit voisin). Pendant leur migration, les Tsetsaut voient leur nombre diminuer; ils tombent ensuite sous le contrôle des Nisga’a vers la fin des années 1800. En 1895, il reste seulement 12 Tsetsaut de la bande de Levi.

Société et culture

L’économie Tsetsaut reposait sur la chasse dans l’arrière-pays. Les Tsetsaut vivaient dans la région entourant le lac Meziadin, où ils pêchaient le saumon. Les Tsetsaut avaient une histoire et une culture riches, vivant dans la région de la côte du Pacifique depuis des millénaires. Grâce au témoignage des anciens Tsetsaut et à l’histoire orale des Nisga’a, il est clair que les Tsetsaut formaient une société matriarcale, avec une puissante tradition de pêche et de commerce de fourrure. Les enfants appartenaient à la famille de leur mère et étaient élevés par elle, les hommes ne coupaient jamais leurs cheveux (de crainte de vieillir) et les Tsetsaut formaient deux grands clans, les Loups et les Aigles. On a longtemps cru que seul le clan des Loups avait survécu, jusqu’aux années 1890; toutefois, des Tsetsaut vivant aujourd’hui en Colombie-Britannique affirment descendre des Loups et d’un autre clan, les Corbeaux.

Langue

Les Nisga’a appellent les Wetal Tsetsaut, un mot Tsimshian qui signifie « ceux de l’intérieur ». Le terme désigne aussi généralement les nombreux peuples de langue dénée vivant dans l’intérieur du nord de la Colombie-Britannique, incluant certains des peuples Sekani et Tahltan. La langue Tsetsaut était d’origine dénée, et était appelée Wetalh, et on la parlait dans la région du canal Portland, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique (voir Langues autochtones au Canada). On dit que cette langue est similaire à celle des Tahltan, mais il y a des preuves que les Tsetsaut étaient plus proches culturellement des Kaska. Les linguistes modernes soutiennent que le Wetalh est similaire aux langues Han et Kutchin (Gwich’in) du Yukon.

En 1894, l’anthropologue allemand Franz Boas a transcrit une partie de la langue Tsetsaut après avoir interrogé trois hommes Tsetsaut réduits à l’esclavage par les Nisga’a. Les deux plus jeunes parlaient surtout Nisga’a, tandis qu’un homme plus âgé, Levi, « était le seul qui parlait bien la langue ». Franz Boas a noté beaucoup de mots Tsetsaut, ainsi qu’une « chanson à danser » destinée aux shamans. Le dernier locuteur Tsetsaut (Wetalh) est mort vers 1927, et la langue est disparue.

Religion et spiritualité

Les Tsetsaut étaient un peuple d’une grande richesse spirituelle, où les croyances ancestrales étaient relayées par les anciens depuis des générations. Les Tsetsaut avaient de magnifiques récits de la création, notamment un grand déluge qui aurait couvert la terre, et « les origines des saisons et des montagnes », évoquant une époque où « il n’y avait pas de pluie, pas de neige et pas de vent. Le soleil brillait continuellement ». La Terre aurait été créée durant cet âge d’or. Grâce aux témoignages oraux recueillis dans les années 1890 auprès des quelques Tsetsaut survivants, les anthropologues ont transcrit une partie de l’histoire et de la mythologie, la mémoire finale des Tsetsaut, avant que leur mode de vie ancien et traditionnel

Époque contemporaine

Quand l’anthropologue Franz Boas a visité les Tsetsaut en 1894, ils étaient presque disparus. En 1895, les quelques survivants Tsetsaut du clan des Loups se sont assimilés aux Nisga’a. Le chef du grand clan de l’Aigle Nisga’a, Sganism Sim’oogit  (« chef de la montagne »), qui avait commercé avec les Tsetsaut durant les décennies précédentes, les a pris sous sa protection. On a d’abord cru que les Tsetsaut se sont éteints comme peuple à la fin des années 1920 ou au début des années 1930. Toutefois, une trentaine de personnes de la nation Tsetsaut/Skii km Lax Ha vivant aujourd’hui le long des rivières Nass, Stikine et Skeena sont les descendants matrilinéaires du clan Tsetsaut du Corbeau.


Guide pédagogique perspectives autochtones

Collection des peuples autochtones

Liens externes