Albert Jackson

Albert Jackson, facteur (né vers 1857-1858 dans le Delaware; mort le 14 janvier 1918 à Toronto, en Ontario). On croit qu’Albert Jackson a été le premier facteur noir du Canada (voir Service postal). Il est né esclave aux États-Unis, et il s’est évadé au Canada avec sa mère et ses frères et sœurs quand il était tout petit, en 1858. En 1882, Albert Jackson a été embauché comme facteur à Toronto, mais ses collègues ont refusé de le former pour le travail. Tandis que l’affaire défrayait les manchettes des journaux, la communauté noire de Toronto s’est organisée pour le soutenir, faisant appel au premier ministre sir John A. Macdonald pour qu’il retrouve son poste. Albert Jackson a récupéré son poste quelques jours plus tard. Il a été facteur pendant presque 36 ans.



Albert Jackson
(avec la permission de Toronto Public Library)

Jeunesse

Albert Jackson est un des neuf enfants auxquels Ann Maria Jackson a donné naissance au Delaware. Albert et sa famille sont esclaves. Alors qu’il est tout petit, ses grands frères James et Richard sont vendus (voir aussi Esclavage des Noirs au Canada). Cet événement traumatisant sépare la famille et, à ce qu’on dit, entraîne la mort du père d’Albert. Après avoir appris que d’autres de ses enfants pourraient être vendus, Ann Maria s’évade de son esclavage dans le Delaware avec sept d’entre eux. Ils arrivent d’abord à Philadelphie, où ils sont aidés par William Still, un Afro-Américain abolitionniste qui assure le fonctionnement d’une station du Chemin de fer clandestin.

LE SAVIEZ-VOUS ?
La Loi des esclaves fugitifs de 1850 est une loi américaine qui décrétait que les réfugiés de l’esclavage pouvaient y être retournés s’ils étaient capturés. La loi amène des milliers d’esclaves à la recherche de liberté à se réfugier au Canada, où l’esclavage a été aboli en 1834 par la Loi d’abolition de l’esclavage. Entre 1850 et 1860, on estime qu’entre 15 000 et 20 000 Afro-Américains se sont installés au Canada, amenant la population noire à près de 60 000 personnes.


Les Jackson traversent au Canada, arrivant à St. Catharines, au Canada-Ouest (Ontario), puis ils s’installent à Toronto. Ils demeurent pendant une courte période avec Thornton et Lucie Blackburn, qui se sont évadés de l’esclavage au Kentucky plusieurs années plus tôt, et ont lancé le premier service de taxi de Toronto. Plus tard, Ann Maria loue des chambres pour sa famille à St. John’s Ward, un quartier défavorisé où habitent beaucoup d’immigrants récents. Elle gagne un salaire en lavant des vêtements et elle parvient à envoyer Albert à l’école.

Premier facteur noir au Canada

Après avoir terminé ses études, Albert Jackson postule un emploi de facteur, un poste accordé par le gouvernement. À l’époque, la plupart des hommes noirs de Toronto sont travailleurs agricoles ou dans l’industrie des services, n’ayant pas beaucoup d’autres possibilités (voir aussi Porteurs de wagons-lits au Canada).

Le 12 mai 1882, Albert Jackson est embauché, ce qui fait de lui le premier facteur noir au Canada. Cependant, lors de sa première journée de travail, ses collègues refusent de le former pour livrer le courrier, et son supérieur assigne Albert à une tâche subalterne de portier.

Rapidement, l’embauche d’Albert Jackson défraie les manchettes. Le 17 mai, The Evening Telegram publie un article intitulé « The objectionable African » (l’africain indésirable). Albert Jackson y est décrit comme un « homme de couleur détestable » qui a suscité « le profond dégoût du personnel existant du bureau de poste ».

Quelques jours plus tard, le Telegram publie un éditorial soutenant que « l’opposition au jeune homme en raison de sa couleur est indéfendable […] Les taxes ne sont pas réduites d’un penny pour un homme parce que sa peau est foncée ». L’affaire occupe la presse pendant des semaines, accompagnée d’incidents racistes et de débats publics à savoir si les personnes noires sont inférieures. Un éditorial explique que malgré que « les races inférieures sont un fait », l’égalité politique est une réalité au Canada. Le 29 mai, la communauté noire met sur pied un comité pour enquêter sur l’affaire. Un membre du comité publie une lettre ouverte dans laquelle il explique que les personnes noires sont aussi aptes que les autres, quand elles disposent des mêmes possibilités.

Le 30 mai, une délégation de Torontois noirs rencontre le premier ministre sir John A. Macdonald pour demander qu’Albert Jackson soit formé en tant que facteur. À l’approche d’une élection fédérale qui doit avoir lieu dans moins d’un mois, le premier ministre est désireux d’obtenir l’appui du vote noir (voir aussi Droit de vote des Noirs au Canada). Trois jours après la réunion, Albert Jackson retrouve son poste de facteur.

Facteurs de Toronto, vers 1882

Albert Jackson, le premier facteur noir de Toronto, est un des facteurs présents sur cette photo prise vers 1882. Albert Jackson est debout dans la cinquième rangée, huitième personne à partir de la gauche.

(avec la permission de Kennedy & Bell/Bibliothèque et Archives Canada/e010963829)

Après une brève annonce dans le Globe qu’il est retourné au travail « sans soulever d’objection », Albert Jackson se met au travail. Il travaille comme facteur pendant près de 36 ans, de 1882 jusqu’à sa mort en 1918, livrant le courrier dans le quartier Harbord Village.

Vie personnelle

Albert Jackson épouse Henrietta Jones en mars 1885. Le couple a quatre enfants : Alfred, Richard, Harold et Bruce. Pendant sa vie, Albert Jackson achète deux maisons dans le centre-ville de Toronto. Après sa mort, Henrietta et ses fils achètent plusieurs autres maisons dans Harbord Village.

Postérité

L’histoire d’Albert Jackson est bien connue de sa famille pendant des générations, mais elle est également mentionnée dans le livre de l’historienne Karolyn Smardz Frost I’ve Got a Home in Glory Land: A Lost Tale of the Underground Railroad (2007), qui est le résultat de recherches documentaires et archéologiques.

En 2013, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes publie une affiche commémorative sur Albert Jackson. La même année, une ruelle d’Harbord Village reçoit son nom. En 2015, The Postman, une pièce de théâtre en plein air, est présentée sur les pas de porte mêmes où il livrait le courrier. En 2017, une plaque commémorative est installée là où se trouvait autrefois le bureau de poste général de Toronto, où Albert Jackson ramassait son courrier à livrer. En février 2019, Postes Canada émet un timbre en l’honneur d’Albert Jackson.

Timbre post d'Albert Jackson

Timbre poste à l’effigie d’Albert Jackson, émis par Postes Canada en février 2019.

(avec la permission de Postes Canada)