Louie, Alexina

Louie revient au Canada en 1980 et s'établit à Toronto. Depuis, l'objectif premier de sa carrière est la composition, mais elle enseigne aussi les matières théoriques et la composition au Conservatoire royal de musique, à l'Université York et à l'Université de Western Ontario.


Louie, Alexina

 Alexina (Diane) Louie. Compositrice, pianiste, professeure (Vancouver, 30 juillet 1949). A.R.C.T. 1966, B.Mus. (Colombie-Britannique) 1970, M.A. (San Diego) 1974, LLD honorifique (Université de Calgary) 1997. Alexina Louie est la fille d'une famille de chinois canadiens depuis deux générations. Elle commence à prendre des leçons de piano à sept ans avec Jean Lyons. Elle continue ses études de piano à l'Université de la Colombie-Britannique avec Barbara Custance et Frances Marr Adaskin, et étudie la composition avec Cortland Hultberg. Elle gagne sa vie comme pianiste de bar-salon aux hôtels Devonshire et Georgia de Vancouver. Grâce à une bourse Regent de l'Université de la Californie à San Diego, elle entreprend en 1970 des études doctorales en composition. Ses principaux professeurs sont Robert Erickson et Pauline Oliveros. De 1971 à 1974, elle est membre du Women's Ensemble, un groupe de huit femmes qui, sous la direction d'Oliveros, s'adonnent à la méditation par l'entremise d'exercices de sons et de mouvements. Cette exploration des aspects moins tangibles de la musique et de la vie continue à influencer l'approche compositionnelle de Louie. Son but dans Molly, une œuvre pour bande quatre pistes, inspirée du dernier segment d'Ulysse de James Joyce, est de faire en sorte qu'une composition électroacoustique produise un son « humain ». Louie enseigne le piano, les matières théoriques et la musique électroacoustique au Pasadena City College (1974-1980) et au Los Angeles City College (1976-1980). Durant ces années, elle continue à étudier la musique orientale, particulièrement la tradition chinoise avec Tsun-Yuen Lui. Lotus, une commande de Days, Months and Years to Come (Magnetic Band), et Lotus II incorporent des sons et des éléments de structure des gamelans indonésiens.

Compositions après 1980

Louie revient au Canada en 1980 et s'établit à Toronto. Depuis, l'objectif premier de sa carrière est la composition, mais elle enseigne aussi les matières théoriques et la composition au Conservatoire royal de musique, à l'Université York et à l'Université de Western Ontario. Après une première commande de la SRC, Refuge pour Joseph Macerollo, et une autre du Conseil des arts du Canada, Incantation pour Music Inter Alia, Louie est de plus en plus sollicitée pour des œuvres symphoniques et de musique de chambre, qui sont fréquemment exécutées au Canada et à l'étranger. Parmi ses œuvres effectuées sur commande, nommons Music for a Thousand Autumns pour la Société de musique contemporaine du Québec, The Eternal Earth et Music for Heaven and Earth pour l'Orchestre symphonique de Toronto, The Ringing Earth pour la Banque royale du Canada à l'ouverture de l'Expo 86 à Vancouver, le Concerto for Piano and Orchestra pour la SRC, Star-filled Night pour Christina Petrowska, Winter Music pour la Vancouver New Music Society, Scenes from a Jade Terrace pour Jon Kimura Parker et Thunder Gate pour le Concours international de musique de Montréal. En 1983, elle est directrice fondatrice de l'Esprit Orchestra.

Parmi les nombreuses commandes de Louie dans les années 1990 figurent Gallery Fanfares, Arias and Interludes pour le Musée des beaux-arts de l'Ontario, Glance pour l'Orchestre philharmonique de Dayton et Shattered Night, Shivering Stars pour le Centre national des arts et la SRC. Cet enregistrement de la SRC remporte un prix Juno en 2000. Louie est nommée compositrice en résidence en 1996 par la Canadian Opera Company. Pendant cet engagement de six ans, elle compose The Scarlet Princess (inspiré d'un texte adapté par David Hwang). La première mondiale de l'opéra est donnée en avril 2002. Les œuvres de Louie sont interprétées par plusieurs orchestres canadiens, dont l'Orchestre symphonique de Montréal et l'Orchestre philharmonique de Hamilton, et par des orchestres à l'extérieur du Canada comme l'Orchestre symphonique de San Francisco, l'Orchestre symphonique de la BBC et l'Orchestre symphonique de Saint-Louis. L'Orchestre symphonique de Toronto interprète ses compositions en tournée, tout comme l'Esprit Orchestra. Elle est compositrice en résidence pour le Scotia Festival of Music et les festivals musicaux de Vancouver, de Boris Brott et de Banff. Elle compose également pour le Festival MNM (Montréal/Nouvelles Musiques) de l'Université McGill et l'Orchestre symphonique de Montréal en 2002

Louie considère Pearls (1980) comme une rupture consciente d'avec ses compositions antérieures, qui cherchaient avant tout à combiner les sons de la musique orientale avec les techniques de l'avant-garde. Son style intègre dorénavant les structures traditionnelles, comme celles que l'on trouve dans la musique de ses compositeurs favoris, Bach, Mozart et Mahler, combinées à un langage contemporain constamment orienté vers l'expression et la communication. O Magnum Mysterium pour 44 instruments à cordes divisi inclut des citations d'œuvres de Bach et de Der Abschied de Mahler à l'intérieur d'une texture de sons influencés par l'Orient et créés par les seuls instruments à cordes qui, parfois, rappelle la musique électronique. Songs of Paradise, prix Juno 1989 pour la meilleure composition classique, The Eternal Earth et Music for Heaven and Earth, entre autres, continuent, chez Louie, l'exploration de sonorités souvent atmosphériques et évocatrices de l'Orient, rappelant les cloches et les gongs, souvent produites par un effectif important de percussions. Dans plusieurs de ses compositions récentes, Louie exprime ses préoccupations face à un environnement menacé. Jon Kimura Parker écrit dans SoundNotes (automne 1992) que « la musique d'Alexina Louie n'est pas, du point de vue théorique, exceptionnellement originale, mais elle est honnête et pleine de sens. Plutôt que d'expérimenter de nouvelles idées bizarres qui, souvent, n'intéressent que leur créateur, elle atteint les autres par un mélange unique et personnel de pratiques établies orientales et occidentales ».

Parmi ses oeuvres marquantes du XXe siècle, on trouve son Quatuor à cordes no 2, joué en première au Festival des grands compositeurs d'Ottawa en 2003, et Bringing the Tiger Down from the Mountain II, que l'orchestre du CNA donne en première en 2004 pour la présenter ensuite en tournée. En 2006, la première de son Infinite Sky With Birds est jouée au CNA et, en 2007, le Ballet national du Canada joue le ballet Wolf's Court sur une chorégraphie de Matjash Mrozewski pendant la saison inaugurale du Four Seasons Centre à Toronto; c'est la première composition canadienne importante à y être jouée. Le 7 mars 2009, Louie's Pursuit, un concerto pour orchestre et quatuor à cordes, est joué en première par l'Orchestre symphonique de Toronto et le Quatuor à cordes de Tokyo dans le cadre du festival des nouvelles créations de l'OST.

Louie épouse le compositeur et chef d'orchestre Alex Pauk. Ensemble, ils composent des trames sonores pour Last Night (v.f. Last Night), qui obtient une nomination pour un prix Génie en 1998, The Five Senses (v.f. Les Cinq sens), After the Harvest, Ravel's Brain (v.f. Le Cerveau de Ravel) et des documentaires de l'Office national du film du Canada. En 2002, ils remportent le prix des compositeurs Louis Applebaum pour leur travail dans l'industrie du film.

Prix et activités

Lors de l'Année internationale de la musique canadienne (1986), le Conseil canadien de la musique nomme Louie compositrice de l'année. En 1990, elle reçoit le premier prix de la SOCAN pour la musique de concert de la compositrice dont les œuvres sont le plus souvent interprétées en 1990, 1992 et 2003. En 1994, elle est honorée du Prix Chalmers (voir Fonds Chalmers) pour Gallery Fanfares. Elle devient la première femme récipiendaire du Prix Jules Léger de composition, pour Nightfall, en 1999 et, cette même année, elle reçoit un doctorat honorifique de l'Université de Calgary. Elle est nommée membre de l'Ordre de l'Ontario en 2001 et officière de l'Ordre du Canada en 2005. Elle devient membre de la Société royale du Canada en 2006.

Elle est membre de la Ligue canadienne des compositeurs et compositrice agréée du Centre de musique canadienne. Elle fait aussi partie des conseils de la CAPAC, de la SOCAN, du Massey Hall, du Roy Thomson Hall, de l'Esprit Orchestra et d'autres organisations artistiques.

COMPOSITIONS (Sélection)

Théâtre et multimédias
Journal a.k.a. New York Times, danse : 1980; 10 ex; ms.

Toothpaste : Opera bouffe; 2001; libretto de Dan Redican.

Burnt Toast : huit mini-opéras comiques pour la télévision; livret de Don Redican.

Wolf's Court : musique de ballet; 2007; chorégraphie de Matjash Mrozewski.

Orchestre

O Magnum Mysterium : In Memoriam Glenn Gould : 1982; orch cdes; ms.

Music for a Thousand Autumns : 1983 (rév 1985); ms.

Songs of Paradise : 1983; ms; CBC SM-5080 (Orchestre symphonique de Winnipeg).

Concerto : 1984; p, orch; ms.

Music for a Celebration : 1985; ms.

The Eternal Earth : 1986; ms.

The Ringing Earth : 1986; ms; RCI 656 (Orchestre national des jeunes du Canada).

Music for Heaven and Earth : 1990; ms.

Thunder Gate : 1991; vn, orch; ms.

Bringing Down the Tiger from the Mountain II: 2004.

Infinite Sky With Birds : 2006.

Musique de chambre

Lotus : 1977; 5 ex, bande; ms.

Lotus II : 1978; 10 ex; ms.

Pearls : 1980; 5 ex; ms.

Incantation : 1980; cl, bande; ms.

Refuge : 1981; acc, hp, vib; ms.

Cadenzas : 1985 (rév 1987); cl, perc; ms; Centredisques CMC-2786 (B. Johnston, J. Campbell).

From the Eastern Gate : 1985 (rév 1987); hp; ms.

Earth Cycles : 1987; acc, bande; ms.

Music from Night's Edge : 1988; p, quat cdes; ms.

Winter Music : 1989; al, 12 ex; ms.

Bringing the Tiger Down from the Mountain II : 1991; vc, p; ms.

Quatuor à cordes no 2 : 2003.

Piano

Afterimages : 1981; 2 p; ms.

Music for Piano : 1982; ms.

Star-filled Night : 1987; ms.

Scenes from a Jade Terrace : 1988; ms.

I Leap through the Sky with Stars : 1991; ms.

Star Light, Star Bright : 1995.

Aussi 2 œuvres pour ch dont Love Songs For a Small Planet (1989); 2 pour mezzo dont Songs of Enchantment (1987) pour mezzo et quat cdes; 2 œuvres pour bande dont Molly (1972) chorégraphiée pour Ann Ditchburn en 1985; partitions pour le cinéma et la télévision.

Discographie

Shattered Night, Shivering Stars : Orchestre du Centre national des arts, Bernardi chef, Beaver vn, Braun baryton; 1999; CBC Records SMCD 5190.

Music for Heaven and Earth : Orchestre Esprit, Pauk chef d'orchestre; 1995. CBC Records SMCD 5154.

Erica Goodman Plays Canadian Harp Music : 1994; BIS CD 649.

Last Night : 1998; Sony Classical SK 60830.

Filmographie

Eternal Earth. (ONF - Rhombus 1987).

W5« Beyond the Call »(CTV 1987).

Last Night(CBC 1998).

The Five Senses; v. f. Les cinq sens (New Line 1999).

After the Harvest (Lifetime Channel 2001).

Ravel's Brain; v.f. Le cerveau de Ravel (Rhombus 2001).

Perfect Pie; v.f. La voie du destin (Rhombus 2002).

Bibliographie

Michael SCHULMAN, « Les Influences occidentales et orientales en musique moderne », Compositeurs canadiens, CL (avr. 1980).

Colleen GOULET, « Ode à la difficulté d'écrire », ibid., CVIIC (sept. 1984).

Robin ELLIOTT, « A young composer : Alexina Louie is remarkably successful », Toronto Symphony Magazine, vol. 41, mars-avril 1986

Roxanne SNIDER, « New music's rising star », Maclean's, 19 mai 1986.

Emslie DICK, « Alexina Louie, composer of the year, crusades for contemporary music », Performing Arts in Canada, sept. 1986.

Liam LACEY, « A young composer's remarkable quest », Globe and Mail (Toronto, 21 mars 1987).

Jon Kimura PARKER, The Solo piano music of Alexina Louie : a blend of east and west, thèse de D.Mus. (Juilliard 1989).

-« East and West in the music of Alexina Louie », SoundNotes (aut. 1992).

Ann FRANCIS, « Scoring big », Toronto Life (mai 1990).

Richard FLOHIL, « L'Évangéliste de la nouvelle musique », Compositeurs Canadiens, I (été 1990).

Esther Yu-Hui CHU, On the musical silk route : piano music of Alexina Louie, thèse de D.Mus. (Alberta 1997).

Eleanor STUBLEY, « Educators' Enclave : Alexina Louie's The Eternal Earth: A Video Documentary », International Association of Women in Music Journal (hiver 2002).

Ulla COLGRASS, « It was the best of years for Alexina Louie », Globe and Mail (Toronto 23 déc. 2002).

Paul STEENHUISEN, « Composer to composer: Alexina Louie », Wholenote (1er mars 2002).

William LITTLER, « Princess true to Kabuki spirit », Toronto Star (Toronto, 25 avr. 2002).

Colin EATOCK, « At home with Alexina Louie », Wholenote, XIV, no 6 (mars-avril 2009).