Incident du lac Gustafsen

L’incident du lac Gustafsen est un conflit entre un petit groupe d’Autochtones participant à une danse du soleil et la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L’incident a duré un mois (du 18 août au 17 septembre 1995). Il s’est déroulé dans le centre de la Colombie-Britannique, dans le territoire des Secwepemcs (Shuswap), près de 100 Mile House. Provoquée par une dispute entre un propriétaire de ranch local et un camp de danseurs, au sujet de l’accès à un terrain privé pour des cérémonies, la confrontation armée a soulevé des questions plus fondamentales sur les droits territoriaux des Autochtones en Colombie-Britannique. Le 11 septembre 1995, dans ce qu’on appellera plus tard la plus grande opération paramilitaire de l’histoire de la province, la GRC a entouré le camp et une fusillade a éclaté, pendant laquelle, par miracle, personne n’a été gravement blessé. L’incident du lac Gustafsen est sans doute le moins connu parmi une série de conflits armés localisés mettant en cause les peuples autochtones au cours des années 1990, notamment les crises d’Oka et d’Ipperwash, au Québec et en Ontario, respectivement.



Historique

Pendant plusieurs années avant l’incident, les Autochtones de la région, surtout des Secwepemc, ont l’habitude de se rassembler au lac Gustafsen (que le peuple secwepemc appelle Ts’Peten) au mois de juillet pour participer à une cérémonie religieuse appelée la danse du soleil, sur les pâturages d’un propriétaire de ranch étatsunien du nom de Lyle James. Celui-ci habite dans la région et embauche des Autochtones de plusieurs réserves pour travailler sur sa propriété. Au commencement, la relation entre Lyle James et les danseurs secwepemc est amicale. Le propriétaire du ranch accorde chaque année aux danseurs un accès à ses pâturages pour la durée de la cérémonie de 10 jours, à condition qu’ils ne construisent pas de structures permanentes. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.)

Danse du soleil

Cependant, leur relation se détériore pendant la préparation de la danse du soleil de l’été 1995. Les danseurs, dirigés par un aîné, Percy Rosette, érigent une petite structure et une clôture pour empêcher le bétail de Lyle James d’aller dans le lieu sacré. Le propriétaire du ranch est en colère, et il leur envoie un avis d’expulsion vers la mi-juin, exigeant que la vingtaine de personnes qui occupent le camp s’en aillent, avant la fin du mois que dure le cycle cérémonial de la danse du soleil. Selon certaines allégations, des employés du ranch auraient harcelé les danseurs en utilisant un langage raciste et en tirant des coups de feu d’avertissement en direction des campeurs.

La cérémonie de la danse du soleil se déroule sans incident au mois de juillet, mais à ce moment la tension est déjà vive entre Lyle James, ses employés et les danseurs, qui se nomment les « défenseurs de Ts’Peten ». Certains gouvernements tribaux associés au conseil tribal des Caribous (CTC) n’appuient pas les défenseurs, affirmant que très peu parmi eux viennent de la région. En juin et juillet, les représentants de la GRC, du CTC, des défenseurs et de la famille de Lyle James se rencontrent à plusieurs reprises pour des négociations de paix, mais chaque camp perçoit l’autre comme un occupant illégal. Les danseurs demeurent au camp tout au long du mois d’août, ignorant l’avis d’expulsion. Les escarmouches entre les campeurs armés, les employés du ranch et des agents d’infiltration de la GRC s’intensifient pendant le mois d’août, tout comme l’attention des médias nationaux. (Voir aussi Autochtones : organisations et activisme politiques.)

À ce moment, ce qui n’était au début qu’une affaire d’accès à une aire de camping à des fins cérémoniales prend une importance accrue, quoique vague. Les défenseurs de Ts’Peten soutiennent que le peuple secwepemc possède des droits souverains sur les terres, qui n’ont jamais été cédés et auxquels ils n’ont jamais renoncé par la conclusion de traités avec la Couronne. Ils soutiennent que les peuples autochtones doivent protéger leur compétence exclusive à l’égard des terres disputées. Cependant, la police et le procureur général de la Colombie-Britannique, Ujjal Dosanjh, affirment que la confrontation n’est rien de plus qu’une dispute sur des droits de propriété privée qui a dégénéré en anarchie de la part des activistes autochtones. (Voir aussi Titre autochtone et Territoire autochtone.)

Début des violences

Au début de septembre, la rhétorique politique s’intensifie dans la province et les négociations en vue de démonter le camp s’avèrent infructueuses, malgré l’intervention d’Ovide Mercredi, à l’époque chef national de l’Assemblée des Premières Nations. La GRC commence à organiser des plans pour déloger les campeurs par la force, et fait venir des hélicoptères et des véhicules de transport blindés appartenant à l’Armée canadienne pour entourer le site.

Le 11 septembre, un camion conduit par deux défenseurs de Ts’Peten près du périmètre du camp roule sur un engin explosif placé par la GRC. Les deux défenseurs s’enfuient à pied, mais un échange de coups de feu éclate entre la GRC et les défenseurs. Cet échange dure 45 minutes, pendant lesquelles plusieurs milliers de balles sont tirées. Un partisan non autochtone est touché au bras, mais les défenseurs de Ts’Peten et la police ne subissent aucune blessure. Le seul décès est celui d’un chien appartenant à un défenseur.

À ce moment, plusieurs des 20 campeurs originaux ont déjà accepté de partir. Le 18 septembre, les défenseurs de Ts’Peten qui restent se rendent à la police, suivant les conseils d’un conseiller spirituel autochtone.

Au final, la confrontation coûte environ 5,5 millions de dollars et mobilise au moins 400 agents de la GRC.

Procès et répercussions

À la suite de l’incident, la police porte des accusations contre 14 Autochtones et quatre partisans non autochtones, pour un total de 60 infractions, y compris deux accusations de tentative de meurtre. Un procès compliqué qui dure une année commence à l’été 1996 à Surrey, en Colombie-Britannique. Les preuves présentées au procès amènent des accusations selon lesquelles la GRC aurait mené une campagne d’intoxication médiatique ciblée en interdisant aux journalistes de se rendre sur les lieux pour interviewer les défenseurs et en entachant la réputation des dirigeants autochtones.

À la fin du procès, le jury rejette les deux accusations les plus sérieuses, des tentatives de meurtre, mais prononce 21 condamnations contre 15 participants à l’affrontement, qui reçoivent des peines d’emprisonnement allant de six mois à huit ans. (Voir aussi Gustafsen Lake Standoff: 15 Charged [en anglais seulement].)

Un des dirigeants de l’affrontement armé est William (Wolverine) Jones Ignace, un membre de la Nation secwepemc et un militant des droits territoriaux. Ayant participé à l’échange de coups de feu du 11 septembre, il est condamné à huit ans d’emprisonnement après avoir été reconnu coupable de plusieurs accusations de méfait, de possession d’armes et de voies de fait. Il obtient une libération conditionnelle après cinq ans et décède en 2016.

James Pitawanakwat, un jeune homme anishinaabe qui se trouvait dans le véhicule qui a roulé sur l’engin explosif posé par la GRC le 11 septembre, reçoit également une peine d’emprisonnement de trois ans pour le rôle qu’il a joué dans l’affrontement. En 1998, il obtient une libération conditionnelle de jour après avoir purgé une année de sa peine. Il s’enfuit aux États-Unis. Le gouvernement canadien soumet une demande d’extradition, mais celle-ci est rejetée par un tribunal de l’Oregon, qui accorde l’asile politique à James Pitawanakwat aux États-Unis, où il habite encore aujourd’hui.

Répercussions durables

Même si ce n’est pas la première manifestation ni le premier blocus autochtone, l’affrontement sert de mise en garde en Colombie-Britannique, surtout en ce qui a trait à l’opposition des Autochtones aux projets d’oléoduc et de gazoduc.

En 2016, certains membres des défenseurs de Ts’Peten, y compris William Jones Ignace, demandent au gouvernement fédéral de lancer une enquête sur les tactiques policières employées dans l’incident du lac Gustafsen. À ce jour, le gouvernement fédéral n’a pas répondu à cette demande.


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