Langues en usage au Canada

Il existe deux langues officielles au Canada (voir LANGUE ANGLAISE et LANGUE FRANÇAISE), mais la richesse linguistique du pays ne se limite pas à ces deux langues.

Langues en usage au Canada

Il existe deux langues officielles au Canada (voir LANGUE ANGLAISE et LANGUE FRANÇAISE), mais la richesse linguistique du pays ne se limite pas à ces deux langues. Au premier chef, il y a les langues les plus anciennes : le Canada compte pas moins de 50 langues autochtones, dont quelques-unes semblent toutefois en voie de disparaître. Le recensement de 1996 dénombre environ 800 000 autochtones au Canada, mais seulement 207 000 d'entre eux, soit le quart, ont désigné l'une des langues traditionnelles autochtones comme langue maternelle et, de ce nombre, environ 120 000 l'ont indiquée comme la langue la plus souvent utilisée à la maison (voir AUTOCHTONES, LANGUES DES).

Historique des langues française et anglaise au Canada

Les langues dominantes au Canada (l'anglais et le français) sont celles des colonisateurs. En 1763, quand la Nouvelle-France a été cédée à l'Angleterre, 80 000 francophones et 20 000 Britanniques environ vivaient sur le territoire du Canada actuel. Quarante ans plus tard, la population anglaise a dépassé la population francophone et, au milieu du XIXe siècle, les deux groupes ont atteint un équilibre. Bien que la taille relative des deux groupes linguistiques ait fluctué par la suite, l'équilibre est demeuré relativement constant. Par ailleurs, ce n'est que depuis 1931 que les recensements canadiens procurent des renseignements sur les langues maternelles pour l'ensemble de la population. Avant cette date, pour en avoir une idée, il fallait recourir aux données existantes sur la répartition des groupes ethniques au sein de la population. Au premier recensement national de 1871 et au cours des décennies suivantes, la corrélation était probablement assez forte entre la langue maternelle et l'origine ethnique. Ainsi, pour 1871, on obtient 62 p. 100 d'anglophones, 30 p. 100 de francophones, 2 p. 100 de citoyens parlant une langue autochtone et 6 p. 100, autre langue.

Récents changements historiques en matière de langue

Après avoir connu un certain déclin jusqu'en 1941, la proportion d'anglophones est presque revenue à sa valeur de 1871 (60 p. 100 en 1996). Quant aux francophones, leur proportion a oscillé entre 27 et 31 p. 100 jusqu'en 1961, pour ensuite décroître (23,5 p. 100 en 1996). La taille relative des autres groupes linguistiques a augmenté jusqu'en 1931, puis elle a diminué jusqu'en 1971 avant d'augmenter de nouveau (16,7 p. 100 en 1996). Trouver une justification à ces variations est un exercice complexe, mais on peut dégager trois principaux facteurs. D'abord, l'arrivée d'immigrants allophones a accru l'importance du groupe parlant une « autre » langue. Ensuite, leurs descendants ont adopté l'anglais, ce qui a produit un impact plus décisif à long terme. Enfin, les francophones vivant ailleurs qu'au Québec, en Acadie et en milieu franco-ontarien ont une assez forte tendance à adopter l'anglais comme langue d'usage.

Langue utilisée à la maison et langue maternelle

De nombreux Canadiens en viennent au cours de leur vie à utiliser à la maison une autre langue que leur langue maternelle; c'est surtout le cas de ceux dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français. Le tableau suivant répartit la population canadienne en trois groupes linguistiques (anglais, français et autre), selon le type de langue (maternelle et celle la plus souvent utilisée à la maison) :

Langue maternelle - Langue parlée à la maison

Anglais 59,8 p. 100 68,0 p. 100

Français 23,5 p. 100 22,6 p. 100

Autre 16,7 p. 100 9,4 p. 100

Total 100 p. 100 100 p. 100

Ces statistiques (Recensement du Canada, 1996) révèlent que l'anglais a gagné du terrain comme langue utilisée à la maison aux dépens du français et des « autres » langues maternelles. Toutefois, en y regardant de plus près, on constate que l'abandon de l' « autre » langue comme langue utilisée à la maison, surtout au profit de l'anglais, est encore plus grand. Ainsi, 60 p. 100 des adultes ayant une « autre » langue maternelle parlent le plus souvent une langue différente à la maison. Chez les adultes de langue maternelle anglaise et nés au Canada, 1 p. 100 seulement n'utilisent pas l'anglais de façon courante à la maison, tandis que 6 p. 100 des adultes de langue maternelle française parlent habituellement une autre langue à la maison. La capacité de survie à long terme des « autres » langues paraît donc faible. Certaines d'entre elles n'en demeurent pas moins assez fortes. Selon le recensement de 1996, 3 langues (le chinois, l'italien et l'allemand) sont parlées par plus de 400 000 personnes chacune, et 7 autres (l'espagnol, le portugais, le polonais, le pundjabi, l'ukrainien, l'arabe et le tagalog ou philipino) sont utilisées chacune par un groupe de 150 000 à 228 000 personnes.

Survie de la langue au Québec

Le Québec se distingue du reste du Canada sur le plan linguistique. Au Québec, 98 p. 100 des francophones conservent leur langue maternelle durant toute leur vie et il en va de même pour 90 p. 100 des anglophones. Cependant, bien que près de 83 p. 100 de la population du Québec soit francophone, environ 66 p. 100 des immigrants venus s'y établir avant 1980 et ayant appris l'une des deux langues officielles ont choisi l'anglais. Depuis l'application de la LOI 101, cette situation a changé : après 1980, moins de la moitié des nouveaux arrivants ont opté pour l'anglais. Ailleurs au Canada, la situation est encore plus nette : presque tous les anglophones conservent leur langue; presque toutes les personnes de langue maternelle autre que l'anglais et qui abandonnent leur langue maternelle choisissent l'anglais; et 44 p. 100 des adultes allophones parlent le plus souvent l'anglais à la maison. En 1996, 91 p. 100 des anglophones (langue utilisée à la maison) vivent à l'extérieur du Québec. Par ailleurs, 86 p. 100 de tous les francophones du pays vivent au Québec. La proportion d'anglophones au Québec (14,7 p. 100 en 1971) se situera à environ 10 p. 100 en l'an 2000, tandis que celle des francophones dans le reste du Canada (4,4 p. 100 en 1971) aura alors diminué à près de 2,5 p. 100.

Bilinguisme

Une personne dite bilingue peut soutenir une conversation aussi bien en anglais qu'en français. Le pourcentage de personnes bilingues n'est pas très élevé, mais il augmente tout de même (17 p. 100 de la population). C'est parmi les francophones et la population anglo-québécoise qu'elles sont le plus nombreuses. Dans l'ensemble du Canada, 9 p. 100 des anglophones et 41 p. 100 des francophones (pour ce qui est de la langue maternelle) sont bilingues. Au Québec, ces proportions atteignent 62 et 34 p. 100 respectivement, tandis que dans le reste du Canada, elles sont de 7 et de 84 p. 100. On observe ici un autre aspect du caractère dominant de la langue anglaise au Canada : si une forte minorité d'anglophones du Québec peuvent se permettre d'ignorer le français, ce n'est pas le cas pour les francophones des autres provinces à l'égard de l'anglais. Il est toutefois permis de croire que de moins en moins d'anglophones au Québec pourront y vivre exclusivement en anglais s'ils souhaitent y demeurer.


Lecture supplémentaire

  • Réjean Lachapelle and Jacques Henripin, The Demolinguistic Situation in Canada: Past Trends and Future Prospects/La situation démolinguistique au Canada: évolution passée et prospective (1982).

Liens externes