Thèse laurentienne

 La thèse laurentienne est une théorie influente de développement national et économique énoncée par plusieurs historiens canadiens-anglais majeurs des années 30 jusque dans les années 50.

Creighton, Donald Grant
Recevant un dipl\u00f4me honorifique, en 1974. Un des plus illustres historiens canadiens, il est reconnu particuli\u00e8rement en raison de la qualité de son écriture (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/123984).

Thèse laurentienne

La thèse laurentienne est une théorie influente de développement national et économique énoncée par plusieurs historiens canadiens-anglais majeurs des années 30 jusque dans les années 50. Les principaux appuis à cette théorie figurent dans les oeuvres de Donald CREIGHTON, surtout dans son volume THE COMMERCIAL EMPIRE OF THE ST. LAWRENCE (1937). Creighton, en étudiant le développement économique national du Canada, conclut que celui-ci provient essentiellement de l'exploitation progressive de produits essentiels (fourrures, bois d'oeuvre et blé) par des négociants de la colonie dans les centres métropolitains majeurs du système du FLEUVE SAINT-LAURENT. Ce système permet de créer deux économies de marché, l'une transatlantique, l'autre transcontinentale. En accentuant le lien avec les capitales métropolitaines d'Europe, Creighton contredit le CONTINENTALISME implicite dans la THÈSE DES FRONTIÈRES de l'historien américain Frederick Jackson Turner, tout en insistant sur les influences de l'environnement immédiat.

Selon Creighton, l'achèvement du CANADIEN PACIFIQUE en 1885 marque l'extension du potentiel de développement national inhérent au système du Saint-Laurent. La théorie de Creighton vient en partie de la THÉORIE DES PRINCIPALES RESSOURCES avancée par H.A. INNIS, particulièrement dans The Fur Trade in Canada (1930), dans lequel Innis accentue l'importance des liens européens et l'effet de l'environnement.

Cette thèse laurentienne, à laquelle Innis et Creighton donnent son expression la plus riche dans les années 40, exerce une influence majeure sur les historiens qui vont publier après la Deuxième Guerre mondiale. Elle fait cependant face à des critiques. Dans une conférence de 1946 intitulée « Clio in Canada: the Interpretation of Canadian History » (parue dans la revue University of Toronto Quarterly), W.L. MORTON met en garde contre les risques de domination régionale et culturelle inhérents au phénomène d'expansion des institutions et des entreprises commerciales du Canada central, reconnaissant néanmoins comme fait historique, ici comme dans The Kingdom of Canada (1963), le développement qu'a rendu possible la voie navigable du Saint-Laurent. Le volume de J.M.S. CARELESS, Canada: A Story of Challenge (1953), repose aussi sur cette théorie, bien que Careless fasse plus attention à la différentiation régionale et à l'influence métropolitaine (voir METROPOLITAN-HINTERLAND, THÈSE).

Depuis les années 60, la thèse laurentienne a fait l'objet de nombreuses discussions par des spécialistes, surtout parce qu'elle repose (comme Morton l'avait indiqué) sur le contrôle et la domination d'empires mondiaux sur des arrière-pays régionaux. Avec la régionalisation de la profession historique et avec les progrès de l'HISTOIRE SOCIALE, plus sensible aux questions régionales et à l'exploitation des autres classes par les classes dominantes, la discussion plus récente de cette thèse a surtout été critique. Même critiquée, cependant, elle continue à être le mécanisme de synthèse historique fondamental contre lequel tous les autres doivent concourir pour tenter d'expliquer l'histoire du Canada.


Lecture supplémentaire

  • Carl Berger, The Writing of Canadian History (1976).