Continentalisme

Le continentalisme est un terme employé pour désigner une théorie de liens plus étroits avec les États-Unis (p. ex., sous la forme de liens commerciaux plus étroits, de partage de l'énergie ou d'utilisation commune de l'eau).

Continentalisme

Le continentalisme est un terme employé pour désigner une théorie de liens plus étroits avec les États-Unis (p. ex., sous la forme de liens commerciaux plus étroits, de partage de l'énergie ou d'utilisation commune de l'eau). Un nombre important de virages déterminants dans l'histoire de la politique canadienne ont opposé les forces du NATIONALISME à celles du continentalisme. En 1866, la résiliation par Washington du traité de RÉCIPROCITÉ de 1854 prive les Canadiens du large accès au marché américain dont ils jouissaient jusqu'alors et contribue aussi à la décision des colonies britanniques de l'Amérique du Nord de se fédérer pour résoudre leurs problèmes économiques. La célèbre POLITIQUE NATIONALE de 1879 est la réponse de sir John A. MACDONALD à son échec dans la réalisation de sa politique préférée, un accord de libre-échange avec les États-Unis. Lorsque le gouvernement de sir Wilfrid LAURIER propose la signature d'un traité de libre-échange avec les États-Unis, ce sera l'élément décisif de sa défaite aux élections de 1911, au profit des conservateurs qui exploitent le nationalisme antiaméricain.

Une grande partie du développement canadien peut être perçue comme une interaction dynamique entre les forces contraires de l'autonomie nationale et de l'intégration continentale. Bien que la forme extrême du continentalisme canadien prône l'absorption politique complète du Canada par les États-Unis, de telles positions sont défendues seulement par des éléments marginaux depuis que le mouvement d'annexion a disparu en tant que force politique significative au XIXe siècle. La meilleure articulation de la pensée continentaliste en cours se retrouve dans les écrits des économistes du courant dominant canadien qui identifient un but et un programme concernant les relations du Canada avec les États-Unis. Le but est l'intégration continentale maximale. Je crois qu'une intégration plus étroite des deux économies dans une économie continentale serait profitable aux deux pays et n'entraînerait la perte d'aucun des objectifs importants des nationalistes canadiens, écrit feu Harry Johnson, un éminent économiste canadien, en 1965. Le programme consiste essentiellement à s'opposer aux politiques qui mettent des obstacles à l'INVESTISSEMENT ÉTRANGER et à promouvoir fortement la réduction des droits de douane jusqu'à la réalisation du libre-échange continental.

Un libre-échange sans restrictions est un autre composant important du continentalisme. Une situation de libre-échange total constitue la meilleure réponse aux problèmes de l'industrie canadienne, puisque nos niveaux de vie s'élèveraient de façon permanente d'un seul coup, suggère le CONSEIL ÉCONOMIQUE DU CANADA en 1975.

Une forte hostilité au nationalisme est une troisième caractéristique du continentalisme. Le nationalisme complique les RELATIONS CANADO-AMÉRICAINES, selon l'opinion du Comité canado-américain (CCA), un groupe de pression en faveur des intérêts corporatifs américains et canadiens. En 1971, le CCA écrit que, avec un nationalisme économique qui augmente à nouveau en Europe de l'Ouest et ailleurs dans le monde, le Canada et les États-Unis peuvent difficilement se permettre des mesures qui impliquent de sacrifier les bénéfices de l'interdépendance économique. L'interdépendance, le concept visé, est l'état naturel économique avec lequel la politique gouvernementale ne devrait pas interférer. Un mécanisme clé pour assurer l'interdépendance est le maintien d'un marché commun des capitaux sans égard pour le pays qui dirige les compagnies dominantes.

Le continentalisme n'est pas seulement un phénomène économique. Culturellement, la propagation des valeurs américaines au Canada par l'intermédiaire des médias de masse joue un rôle puissant en insufflant les valeurs et les attitudes américaines dans la psyché canadienne. L'intégration du Canada dans la planification de la défense américaine et dans le complexe industriel-militaire américain a été institutionnalisée par le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) de 1958 et l'Accord sur le partage de la production de défense de 1959.

La politique du continentalisme est un produit complexe des interactions des gouvernements américain et canadien, des intérêts des compagnies, de l'opinion publique et des partis politiques. En 1971, à la suite du coup porté à l'harmonie nord-américaine, provoqué par le programme radical de PROTECTIONNISME du président Richard Nixon, Ottawa répond par une série de mesures nationalistes conçues pour protéger les intérêts canadiens, par exemple, l'AGENCE D'EXAMEN DE L'INVESTISSEMENT ÉTRANGER, la CORPORATION DE DÉVELOPPEMENT DU CANADA et PÉTRO-CANADA. L'inauguration de l'ambitieux PROGRAMME ÉNERGÉTIQUE NATIONAL, en 1980, représente le point extrême auquel se rend le nationalisme de la période de Trudeau (voir POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE). Vers la fin des années 80, les réactions à ces politiques par les intérêts à la fois américains et canadiens font revenir le balancier canadien vers le continentalisme.

Le virage des conservateurs est spectaculaire dans l'histoire. Repoussant la position nationaliste dont John DIEFENBAKER a été le dernier défenseur, ils se tournent, à partir du début des années 1970, vers une position encore plus continentaliste que celle des libéraux. Le premier ministre conservateur, Brian MULRONEY, et les membres les plus influents de son cabinet adoptent des positions continentalistes. Ils favorisant, en pratique, l'investissement américain sans restriction, en appuyant la planification militaire continentale d'un armement de l'ère spatiale et, de façon plus significative, en négociant en 1987 un accord de LIBRE ÉCHANGE avec les États-Unis. Cet accord cherche à créer un marché de l'énergie nord-américain, à abolir tous les droits de douane et à accélérer l'expansion du capital américain dans l'industrie canadienne des services. En réponse à ce qu'il voit comme une « liquidation » qui laisse peu de bénéfices aux industries canadiennes, John TURNER, le successeur de Trudeau comme chef libéral, s'oppose à l'accord entre Mulroney et l'administration Reagan. Il ramène ainsi son parti vers une position proche du nationalisme du NPD.

Bien que le continentalisme ait été l'objet de beaucoup moins d'analyses théoriques que le nationalisme, il doit être reconnu comme une force qui continue d'avoir un impact puissant sur la POLITIQUE ÉCONOMIQUE du Canada.

Voir aussi SCIENCES ÉCONOMIQUES.