Le basketball aux Jeux olympiques d'été de 1936

Ayant rapidement gagné en popularité après son invention par le Canadien James Naismith, le basketball a fait son entrée officielle en tant que discipline admissible à des médailles aux Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin, en Allemagne. La première partie pour la médaille d’or a été disputée entre le Canada et les États-Unis, sur un terrain de tennis olympique en plein air, au beau milieu d’un orage. La partie a été désordonnée et boueuse et s’est terminée avec le faible compte final de 19 à 8. Cette partie de basketball a été la dernière à se tenir en plein air aux Olympiques. La médaille d’argent remportée par le Canada en 1936 demeure la seule médaille olympique du pays en basketball.




Flickr CC/Steve Johnson

De sport populaire à sport olympique

Le berceau du basketball se trouve à Springfield, au Massachusetts, où le jeu a été inventé par le Canadien James Naismith. Il s’agit d’un professeur d’éducation physique qui est né et qui a grandi près de la ville d’Almonte, dans la vallée de l’Outaouais, en Ontario, et qui a fait ses études à l’Université McGill, à Montréal. La première partie de basketball est organisée par James Naismith le 21 décembre 1891, à son lieu de travail, l’International YMCA Training School (qui s’appellera plus tard Springfield College).

Le sport devient rapidement populaire dans les campus collégiaux partout aux États-Unis. En 1904, dans les Jeux olympiques de Saint-Louis, au Missouri, le basketball est présenté comme sport de démonstration. Trente-deux ans plus tard, le basketball masculin fait son entrée comme épreuve officielle admissible aux médailles aux Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin, en Allemagne.

Initialement, 23 pays doivent participer à l’épreuve, mais deux d’entre eux, la Hongrie et l’Espagne, se retirent avant le début de la compétition. Les 21 autres pays participants, la Belgique, le Brésil, le Canada, le Chili, la Chine, la Tchécoslovaquie, l’Égypte, l’Estonie, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, la Lettonie, le Mexique, le Pérou, les Philippines, la Pologne, la Suisse, la Turquie, les États-Unis et l’Uruguay, font tout de même du basketball la plus grande épreuve par équipe des Jeux.

Équipe canadienne

Tandis que les Grads d’Edmonton dominent le basketball féminin au Canada et à l’étranger, le foyer du basketball masculin canadien se trouve à Windsor, en Ontario. La proximité de la ville de Detroit, au Michigan, permet à de nombreux joueurs de Windsor de jouer pour les collèges étatsuniens, où la compétition est généralement d’un niveau supérieur. Cela leur permet de perfectionner leurs habiletés avant de revenir chez eux. 

En 1926, Gordon Fuller fonde une équipe locale appelée Windsor Collegiate Alumni. Deux ans plus tard, l’équipe se montre la meilleure du pays lorsqu’elle remporte le championnat du basketball masculin du Canada, la coupe de Montréal de 1928. Cette équipe, qui compte trois étoiles de l’Université de Detroit, soit Bill Butcher, Eddie Dawson et Frank Dowd, vainc la Toronto Riverdale Collegiate Institute Grads, la Hamilton YMCA et le club de basketball d’Ottawa, dans la région de l’Ontario. Ses victoires lui méritent une participation aux finaux de l’Est canadien à Sackville, au Nouveau-Brunswick, où elle dispute deux parties contre l’équipe représentant l’Université Mount Allison. Chacune des équipes remporte une victoire, mais Windsor passe au tournoi national grâce à son résultat combiné de 41 à 39. 

Au tournoi de championnat, Windsor l’emporte sur l’équipe de l’Université de la Colombie-Britannique. Le titre de meilleure équipe canadienne est donc solidement acquis pour Windsor. Puisque l’équipe s’améliore, Gordon Fuller cherche un commanditaire pour son club. Il en trouve un à l’usine manufacturière locale de Ford. L’équipe est rebaptisée Windsor Ford V-8 et participe de nouveau au championnat national en 1936. Cette fois, l’équipe championne aura l’occasion de représenter le Canada aux prochains Jeux olympiques.

Windsor Ford V-8 bat l’équipe championne de l’Ouest canadien, les Dominoes de Victoria, lors de la partie pour le titre, disputée à domicile, au Hon. W.C. Kennedy Collegiate, à Windsor, déterminant ainsi la participation de Windsor aux Jeux olympiques.

Trois des meilleurs membres de l’équipe de Victoria sont ajoutés à l’équipe V-8 pour défendre le Canada. Doug Peden, de la Colombie-Britannique, est une vedette dans plusieurs sports et a été couronné champion de tennis en double parmi les joueurs de moins de 15 ans de la province, en 1929. En 1936, il devient le premier joueur canadien de rugby à compter des points contre les All Blacks de la Nouvelle-Zélande. Il gagne ensuite le titre national en sprint à bicyclette, en 1939, et, après avoir signé un contrat avec les Pirates de Pittsburgh dans la ligue majeure de baseball, en 1941, il joue dans la ligue mineure de baseball pendant les années 1940. En 1950, les votes classent Doug Peden en deuxième position pour le titre de l’athlète canadien de la première moitié du siècle, derrière Lionel Conacher. Les deux autres joueurs de Victoria sont les frères Charles et Art Chapman. Ce dernier, d’une taille de 190 cm, est le plus grand joueur canadien.

Les autres membres de l’équipe canadienne sont Malcom « Red » Wiseman, James Stewart, Thomas Pendlebury, Robert Osborne, Stanley Nantais, Irving « Toots » Meretsky, P.P. McCallum, Don Gray, Norman Dawson, Edward Dawson, Gordon Aitchison et Ian Allison. Ce dernier servira plus tard comme major dans le 14e Régiment blindé de l’armée canadienne (les Calgary Tanks) pendant la Deuxième Guerre mondiale, et jouera quatre parties avec les Argonauts de Toronto dans la Ligue canadienne de football. Malheureusement, une septicémie mettra fin à sa carrière.

Composition de l’équipe olympique canadienne de basketball masculin de 1936

  • Gordon Aitchison (né le 14 juin 1909 à North Bay, en Ontario; mort le 6 janvier 1990)
  • Ian Allison (né le 26 juillet 1909 à Greenock, en Écosse; mort le 4 août 1990)
  • Art Chapman (né le 28 octobre 1912 à Victoria, en Colombie-Britannique; mort le 3 février 1986)
  • Charles Chapman (né le 21 avril 1911 à Vancouver, en Colombie-Britannique; mort le 7 mars 2002)
  • Edward Dawson (né le 10 octobre 1907 à Alford, au Royaume-Uni; mort le 24 octobre 1968)
  • Norman Dawson (né le 8 octobre 1911; mort le 15 février 2003)
  • Don Gray (né le 4 janvier 1916)
  • P.P. McCallum (né le 1er janvier 1899; mort le 6 avril 1958)
  • Irving Meretsky (né le 17 mai 1912 à Windsor, en Ontario; mort le 18 mai 2006)
  • Stanley Nantais (né le 25 juillet 1913 à Windsor, en Ontario; mort le 26 janvier 2004)
  • Robert Osborne (né le 10 avril 1913 à Victoria, en Colombie-Britannique; mort le 8 mai 2003)
  • Doug Peden (né le 18 avril 1916 à Victoria, en Colombie-Britannique; mort le 11 avril 2005)
  • Thomas Pendlebury (renseignements non disponibles)
  • James Stewart (né le 10 juillet 1910 à Kingsville, en Ontario; mort le 12 août 1990)
  • Malcom Wiseman (né le 12 juillet 1913 à Winnipeg, au Manitoba; mort le 11 avril 1993)

Jeux olympiques de l’Allemagne nazie

L’Allemagne organise pour la première fois les Jeux olympiques d’été lors des Jeux de Berlin, après avoir été bannie, suite à la Première Guerre mondiale, des Jeux de 1920 à Anvers et des Jeux de 1924 à Paris.

Les Jeux de Berlin représentent une tribune de propagande pour l’Allemagne nazie et Adolf Hitler, qui a pris le pouvoir en 1933. Les Jeux ont lieu alors que l’Allemagne connaît une poussée de politiques antisémites, sous la direction d’Hitler. Dans plusieurs pays, des athlètes juifs tentent sans succès de lancer un mouvement de boycott des jeux. Sur les édifices et dans les rues de Berlin, les drapeaux olympiques côtoient les drapeaux à croix gammée. Lors des cérémonies d’ouverture, une foule estimée à 100 000 personnes salue Hitler.

Cet environnement est très pénible pour un membre juif de l’équipe de basketball du Canada. À l’instar de nombreux athlètes juifs venant des 49 pays participant aux Jeux, Irving « Toots » Meretsky est confronté à un dilemme moral en acceptant de participer aux Jeux, qui seront plus tard connus comme les Olympiques d’Hitler. En 2000, M. Meretsky racontera à la CBC : « En fait, j’ai dû demander la permission à mes parents de me rendre là-bas, car j’étais Juif […] Dans le train allant de France en Allemagne, j’ai rencontré un vendeur itinérant juif […] Je lui ai demandé de me parler de ce qui se passait là-bas […] Il m’a dit, “ne sortez pas le soir, et ne courez pas après les filles allemandes.” »

Julius Goldman, un entraîneur adjoint juif de l’équipe du Canada, se rappelle avoir dû cacher son origine juive. « J’ai fait de l’autostop et j’ai embarqué avec deux jeunes hommes membres de l’équipe olympique allemande […] des nazis, se rappelle-t-il. Le yiddish ressemble beaucoup à l’allemand, alors j’ai pu m’exprimer un peu […] Un des jeunes hommes m’a demandé où j’avais appris à parler allemand. Je n’allais surtout pas lui dire que je parlais yiddish, car ils m’auraient chassé de la voiture. »

Route vers la finale

La première partie officielle de basketball olympique se déroule le 7 août 1936. Elle est disputée en plein air, sur le terrain en argile du stade de tennis de Berlin. L’inventeur du jeu, le Canadien James Naismith, alors âgé de 74 ans, est présent et a l’honneur de lancer le ballon pour débuter la première partie de la compétition, entre la France et l’Estonie.

La première partie du Canada se déroule plus tard le même jour et se solde par une victoire de 24 à 17 contre le Brésil. Art Chapman et James Stewart mènent l’équipe canadienne avec huit points chacun. L’équipe reste imbattable à la demi-finale, où elle vainc la Pologne 42 à 15, en partie grâce aux 18 points de Doug Peden (un record pour ce joueur), garantissant une médaille à l’équipe, qui passe alors à la finale contre les États-Unis.

Les résultats de l’équipe canadienne sont les suivants avant la partie pour la médaille d’or :

  • Canada 24 Brésil 17 (7 août 1936)
  • Canada 24 Lettonie 23 (9 août 1936)
  • Canada 27 Suisse 9 (11 août 1936)
  • Canada 43 Uruguay 21 (12 août 1936)
  • Canada 42 Pologne 15 (13 août 1936)

Partie de la médaille d’or

Comme le Canada, les États-Unis entrent dans la partie de la médaille d’or avec un record parfait, mais après un cheminement un peu plus facile pour accéder à la finale. En effet, lors de la première partie, l’adversaire des États-Unis, l’Espagne, a déclaré forfait car l’équipe a dû rentrer au pays en raison de la Guerre civile d’Espagne. Les Étatsuniens se qualifient facilement pour la troisième ronde et arrivent à la partie du championnat avec un écart de 133 à 61 par rapport à leurs adversaires.

L’équipe des États-Unis est composée de sept membres de l’équipe Universal Pictures de la Californie et de six membres des McPherson Globe Refiners du Kansas, les deux équipes qui se sont affrontées lors de la partie finale des épreuves de qualification étatsuniennes pour les Jeux olympiques en avril 1936.

C’est la Fédération internationale de basketball amateur (FIBA), l’instance dirigeante au niveau mondial du basketball, qui a décidé d’organiser les parties en plein air. Cette décision s’avère désastreuse ; en effet, le jour de la partie de la médaille d’or, un orage laisse le terrain boueux, et il devient difficile de faire rebondir le ballon.

« Il a plu très fort pendant 24 heures avant la finale, et le lendemain, la météo n’ayant pas changé, nous avons cru que les Allemands reporteraient sûrement la partie », se rappelle le capitaine de l’équipe étatsunienne, Bill Wheatley. « Le terrain d’argile était devenu tellement boueux et glissant que personne ne pouvait courir comme il faut ni dribler le ballon ! Mais les Allemands voulaient simplement en finir avec le championnat, alors nous avons joué deux mi-temps de 20 minutes, devant 500 parapluies, avec des spectateurs en dessous, je suppose ! »

C’était « presque comme regarder une partie de water-polo », écrit un journaliste présent à l’événement. En fait, on estime que la foule de spectateurs trempés comprend près de 2 000 personnes, mais l’orage et les problèmes liés à l’équipement font en sorte que la partie pour la médaille d’or entre le Canada et les États-Unis présente peu de ce type d’action pour laquelle le basketball est aujourd’hui reconnu.

« Le ballon était beaucoup plus grand et lourd que ceux d’aujourd’hui […] Peu importe à quel point on serrait le lacet de cuir, il était impossible de lui donner une forme parfaitement ronde, raconte Bill Wheatley. Cela, combiné au terrain d’argile, faisait en sorte qu’il était presque impossible de dribler […] Ce que nous faisions surtout, c’était nous passer le ballon pour remonter le terrain du mieux que nous pouvions. À part les tirs déposés, nous avons fait tous nos lancers à deux mains. C’est ce que tout le monde faisait à l’époque. »

Les Étatsuniens mènent le jeu à la mi-temps avec un score de 15 à 4. Le Canada finit par perdre la partie avec le faible score de 19 à 8. Ian Allison mène l’équipe canadienne en inscrivant 4 points dans le jeu perdu.

À la fin de la partie, James Naismith remet lui-même les médailles aux participants. Ayant remporté la médaille d’argent, l’équipe de basketball masculin du Canada compte pour 15 des 28 médaillés olympiques canadiens des Jeux de Berlin. 

Les Grads d’Edmonton

Il est certain que le compte des médailles aurait été encore plus élevé si le comité international olympique avait reconnu le basketball féminin comme une épreuve olympique admissible aux médailles.

En effet, le Canada possède l’équipe de basketball qui a connu le plus grand nombre de victoires au monde : les Grads d’Edmonton. Au cours de son existence, de 1915 à 1940, cette équipe féminine a remporté 96 % de ses parties, et s’est mérité, à partir de 1923, le trophée international Underwood (États-Unis – Canada) pendant 17 années consécutives.

Les Grads d’Edmonton ont participé aux trois Jeux olympiques précédant Berlin, à partir de 1924, et ont conservé leur record parfait 27-0 intact même après les Jeux olympiques de Berlin en 1936. Mais à l’époque, le basketball féminin est considéré comme un sport de démonstration; des parties sont organisées par la Fédération sportive féminine internationale lors des jeux Olympiques, mais aucune médaille n’est décernée aux équipes gagnantes.

« Bien entendu, nous étions déçues, raconte l’ancienne joueuse des Grads d’Edmonton, Betty Bowden, à la CBC, en 2000, mais le fait de jouer en même temps et d’être reconnues championnes du monde compensait un peu le fait de ne pas être admises aux Olympiques. Cependant, nous aurions bien aimé pouvoir rapporter une médaille d’or au Canada, ce que nous aurions fait, j’en suis certaine. »

Ce n’est que lors des Jeux olympiques d’été de 1976, à Montréal, que le basketball féminin sera reconnu comme épreuve olympique admissible aux médailles.

Postérité

Même s’il faudra beaucoup de temps avant qu’il ne suscite un intérêt généralisé comme c’est le cas aujourd’hui, l’inclusion du basketball comme sport admissible aux médailles lors des Jeux olympiques de 1936 a beaucoup contribué à faire connaître le sport à l’échelle internationale. En 2018, la Fédération internationale de basketball amateur (FIBA) estime que plus de 450 millions de personnes jouent au basketball dans le monde.

Plusieurs membres de l’équipe olympique canadienne de 1936 ont été honorés au cours des années suivantes. Malcom « Red » Wiseman a fait carrière comme arbitre de basketball et, en 1975, a reçu le prix du mérite de la National Association of Basketball Coaches. En 1981, il a été nommé membre à vie du Naismith Memorial Basketball Hall of Fame à Springfield, au Massachusetts. 

Doug Peden, vedette canadienne de plusieurs sports, a été intronisé au BC Sports Hall of Fame and Museum en 1967 et au Panthéon des sports canadiens en 1979.

En 1981, l’équipe a été intronisée au Temple de la renommée du basketball du Canada sous le nom « Olympic Ford V-8s team ».

Depuis les Jeux de Berlin, les équipes masculines et féminines du Canada ont participé aux compétitions de basketball olympique huit fois et six fois respectivement, mais la médaille d’argent remportée en 1936 demeure la seule médaille canadienne en basketball. Ce n’est qu’à l’occasion des Jeux de Londres, en 2012, que le Canada a remporté une autre médaille dans un sport d’équipe aux Jeux olympiques d’été, lorsque Christine Sinclair et l’équipe de soccer féminine ont remporté la médaille de bronze olympique.