Red Ensign canadien

Le Red Ensign canadien est le drapeau national du Canada de 1868 à 1965, alors remplacé par l’Unifolié, le drapeau arborant la feuille d’érable. Dérivés du pavillon des navires marchands britanniques, dont l’origine remonte à 1707, les trois Red Ensign canadiens officiels portent les armoiries du Canada, renouvelées en 1868, en 1921 et en 1957.

Red Ensign canadien (1957-1965)
Souvent appelé Red Ensign canadien, il s'agit du drapeau reconnu du Canada jusqu'en 1965. Image: CC Wikimedia Commons.

Bien que jamais officiellement adopté comme le drapeau national, la version canadienne du Red Ensign (le « Red Ensign canadien ») représente le pays comme une nation au pluriel jusqu’en 1965, alors remplacée par le drapeau national à la feuille d’érable. En effet, elle est « le drapeau canadien par défaut », et est décrite par le gouverneur général, Lord Stanley, en 1891, comme « le drapeau qui est à présent considéré le drapeau du Dominion reconnu en mer et à terre ».

Le « pavillon », terme générique qui désigne un drapeau utilisé pour identifier l’origine d’un bateau, est souvent « dérivé du drapeau national et, donc, lui est subordonné ». Dans le cas du Red Ensign canadien, il s’agit d’un dérivé du Red Ensign arboré par la marine marchande britannique. Se faisant, le Red Ensign canadien est alors, dans les mots d’un historien, « sans aucun doute le dérivé d’un dérivé ».

Adoption initiale et usages

Le Red Ensign d’origine, drapeau rouge présentant l’Union Jack dans le coin supérieur gauche près du mât (canton), est arboré par les navires marchands britanniques depuis 1707. Dans le Canada colonial, le pavillon symbolise l’autorité royale, et ses variantes sont arborées par les forts et les canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson utilisés pour la traite des fourrures (avec les lettres « HBC ») à partir de 1682, et de la Compagnie du Nord‑Ouest (« NWCo ») à partir de 1779.

Un mandat de l’Amirauté, émis le 2 février 1892, autorise les navires marchands immatriculés au Canada à utiliser le Red Ensign canadien avec les armoiries de 1868, soit celles de l’Ontario, du Québec, du Nouveau‑Brunswick et de la Nouvelle‑Écosse, sur la moitié opposée du mât (battant).

En 1892, le Red Ensign représente le Canada à titre officieux depuis au moins deux décennies en mer et à terre. De façon non officielle, on envisage plusieurs autres concepts avant et après 1892, y compris avec les armoiries de toutes les provinces de la Confédération de l’époque (non seulement celles des quatre provinces originales) ou avec les armoiries entourées d’une guirlande de feuilles d’érable, ou de feuilles d’érable et de chêne, surmontée d’un castor, ou d’une couronne avec une guirlande de roses, de chardons et de trèfles.

Toutefois, au début du XXe siècle, on décroche le Red Ensign canadien du sommet des édifices du Parlement et le remplace par l’Union Jack sous la montée de l’empire impérial, entraînée, en partie, par le 60e anniversaire du règne de la reine Victoria et par la guerre des Boers.

De nombreux vétérans affirment que les soldats canadiens brandissaient le Red Ensign canadien durant la Première Guerre mondiale, et ce, malgré que le Canada se battait officiellement sous l’Union Jack. À titre d’exemple, le lieutenant-colonel Lorn Tudor, à la tête du cinquième bataillon d’infanterie, avait un drapeau, sans doute dans son sac, lors de plusieurs batailles en 1917, dont l’assaut de la crête de Vimy. Donné au Musée impérial de la guerre, le drapeau en question est prêté au Musée canadien de la guerre de 2005 à 2008, avant d’être retourné à Londres.

Nouveaux concepts et usages

Donnant suite à une autorisation de créer des armoiries canadiennes distinctes en 1921, un décret, émis le 26 avril 1922, permet l’apposition de l’écusson des armoiries sur le Red Ensign canadien, qui devient alors le deuxième drapeau officiel.

Le 26 janvier 1924, un nouveau décret autorise l’usage du Red Ensign canadien sur « tous les édifices appartenant au gouvernement canadien ou occupés par ce dernier, à l’intérieur du Canada ». Alors, le Red Ensign canadien remplace le pavillon bleu du Canada, longtemps agité par le Haut-commissariat du Canada à Londres.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’Aviation royale canadienne (ARC) ordonne, le 10 novembre 1943, que le Red Ensign canadien « soit brandi avec le pavillon de l’ARC par toutes ses unités qui servent avec les forces armées d’autres nations ». Quelques mois plus tard, le 22 janvier 1944, l’Armée canadienne impose le Red Ensign canadien à toutes ses unités en service « avec les forces armées d’autres nations ».

Le 5 septembre 1945, un décret élargit l’autorisation pour les édifices fédéraux à l’intérieur du Canada et à l’étranger. Il autorise aussi le gouvernement à enlever l’Union Jack du sommet de la Tour de la Paix à Ottawa, là depuis plus de 40 ans, et à relever le Red Ensign canadien (malgré la nouvelle version de 1921, avec les armoiries canadiennes) à sa place. De plus, il indique que le drapeau peut être arboré « à n’importe quel moment où il est souhaitable de hisser un drapeau canadien distinct », une disposition en vigueur jusqu’à l’adoption du drapeau national par le Parlement un peu plus tard.

Le 8 octobre 1957, le gouvernement canadien apporte des modifications aux armoiries, changeant la couleur des trois feuilles d’érable, passant du vert (des armoiries de 1921) au rouge, question de respecter les couleurs nationales (rouge et blanc). Les nouvelles armoiries sont apposées sur le Red Ensign, créant la troisième et dernière version officielle du drapeau.

Controverse et patrimoine

Durant sa campagne électorale au fédéral en 1963, le chef du Parti libéral, Lester B. Pearson, promet d’introduire un drapeau national distinct pour le Canada. L’exécution de cette promesse, menant à la conception et à l’adoption du drapeau à la feuille d’érable, fait l’objet d’un différend : d’un côté, il y a les défenseurs du Red Ensign canadien et de sa symbolique (lien à l’Angleterre), comme le chef du Parti progressiste‑conservateur et l’ancien premier ministre John Diefenbaker, qui demandent de le conserver; de l’autre, on propose une multitude de concepts pour remplacer le Red Ensign canadien et adopter comme bannière nationale. Finalement, le drapeau national unifolié est adopté le 15 février 1965. Le Red Ensign est alors enlevé de façon officielle, décroché de la Colline parlementaire et de centaines d’autres endroits, puis remplacé par le nouveau drapeau.

Toutefois, l’usage du Red Ensign ou de l’Union Jack ne disparaît pas complètement au Canada : les gouvernements provinciaux du Manitoba et de l’Ontario introduisent des drapeaux basés sur le Red Ensign dans leur province quelques mois après la levée du nouveau drapeau canadien; la Colombie‑Britannique introduit une variante de l’Union Jack comme drapeau provincial en 1960; et Terre‑Neuve‑et‑Labrador, qui utilise toujours l’Union Jack à l’époque, remplace ce dernier par une version stylisée de l’Union Jack et l’adopte comme drapeau en 1980.


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