Bataille de Kapyong

Quoique méconnue, la bataille de Kapyong constitue l’une des plus grandes victoires militaires du Canada. En avril 1951, un bataillon formé d’environ 700 soldats canadiens a aidé, pendant 2 jours, à défendre une colline d’importance stratégique située sur la ligne de front de la guerre de Corée contre environ 5 000 soldats chinois. Alors qu’ils étaient assiégés par des vagues d’assaillants, les Canadiens ont maintenu leur position en plein cœur de l’horreur d’un combat rapproché, et ce, jusqu’à ce que l’assaut prenne fin et qu’ils soient relevés. Leur combat déterminé a grandement contribué à l’échec de l’offensive communiste en Corée du Sud cette année là.

En Cor\u00e9e 1951
Princess Patricia's Canadian Light Infantry en Cor\u00e9e 1951.

2e Bataillon du PPCLI

Sous la direction du lieutenant‑colonel Jim Stone, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, le 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI) arrive en Corée en décembre 1950 (voir Guerre de Corée). Le bataillon est à l’origine déployé à un moment d’accalmie de la guerre, alors que les forces nord‑coréennes sont retranchées de leur côté de la frontière, au Nord. Les Canadiens ne sont pas prêts pour beaucoup plus que les tâches de garnison. Cependant, la guerre évolue rapidement. Le lieutenant‑colonel Stone entraîne sur‑le‑champ ses hommes pour combattre, en compagnie d’autres forces de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce qui deviendra une nouvelle offensive ennemie au printemps 1951, après l’entrée en guerre de la Chine aux côtés des communistes (voir Chronologie historique de la guerre de Corée).

L'avant-garde canadienne, les premières troupes ayant posé pied en Corée en octobre 1950. Lyle McIvor pose sur la première rangée avec une cigarette à la bouche. À sa droite, Robert Tolver, qui trouvera la mort lors de la bataille de Kapyong.

Le bataillon est jumelé à la 27e Brigade d’infanterie du Commonwealth britannique et est rapidement lancé dans une série d’escarmouches et de batailles pendant l’hiver 1951, ce qui lui permet d’apprendre comment se battre sur les terres montagneuses ingrates de la Corée, alors que les forces onusiennes tentent à nouveau de déloger du sud de la Corée les Chinois et les Coréens du Nord.

Défense de la colline 677

À la mi‑avril, les Chinois se retirent juste après le 38e parallèle dans le cadre d’un plan visant à entraîner les forces onusiennes dans une position vulnérable en vue d’une contre‑attaque majeure contre l’armée de la Corée du Sud le 22 avril 1951. L’offensive chinoise déloge les Coréens du Sud et, le lendemain, la brigade britannique reçoit l’ordre de protéger le retrait de la Corée du Sud par la vallée de la rivière Kapyong, située à environ 20 kilomètres au sud du 38e parallèle, au centre de la Corée.

LE SAVIEZ‑VOUS?
Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la péninsule coréenne, tenue par les Japonais, est libérée par les forces soviétiques et américaines. Les Soviétiques occupent le pays au nord du 38e parallèle; les Américains l’occupent au sud. Après la guerre, la République de Corée pro‑occidentale est ensuite fondée dans le sud. Un peu après, la République populaire démocratique de Corée communiste est déclarée dans le nord (voir Guerre de Corée).

Le 2 PPCLI et le 3e Bataillon du Royal Australian Regiment sont affectés dans des positions d’avant‑garde au sommet des collines, les Canadiens du côté ouest de la vallée et les Australiens du côté est.

Les Australiens soutiennent tout le poids de la première attaque et, le 24 avril, ils sont forcés de battre en retraite après avoir perdu 155 hommes lors de combats intenses. Pendant que les Australiens se battent, Jim Stone ordonne à ses hommes, environ 700 soldats, de se retrancher sur la colline 677 et de se préparer à repousser une grande brigade des forces chinoises, qui comptait environ 5 000 hommes. Après avoir attaqué les Australiens, les Chinois se tournent alors contre le 2 PPCLI qui, au cours d’un combat acharné dans la nuit du 24 au 25 avril, parvient à bloquer l’avance chinoise.

Encerclés

À un certain moment de la bataille, 400 soldats chinois font une descente sur une seule compagnie canadienne d’une centaine d’hommes, mais cette attaque est repoussée avec plusieurs exemples de bravoure. Entre autres, le soldat Wayne Mitchell charge l’ennemi à trois reprises avec sa mitrailleuse Bren malgré ses blessures. Il obtient la médaille de conduite distinguée pour ses efforts (voir Médaille).

Les attaques des Chinois ont le plus souvent lieu la nuit, en vagues successives d’assaut, par une approche intensive et agressive à l’aide de mortiers, de grenades et de mitrailleuses près du front canadien. Durant la nuit du 24 avril, le poste de commandement du bataillon canadien est attaqué. L’assaut est repoussé par des tirs nourris.

Les vagues implacables de soldats chinois sont près d’envahir la position de la compagnie D. Ayant mis ses hommes en sécurité dans des tranchées, le capitaine J. G. W. Mills, commandant de compagnie, désespéré et dépassé par les événements, demande une intervention de l’artillerie sur la position de son propre peloton 10, sous l’insistance du lieutenant Mike Levy, qui s’était retranché avec ses hommes dans de petits trous de tirailleurs sur la colline. Une batterie d’artilleurs néo‑zélandais répond à l’appel et tire 2 300 obus en moins d’une heure, détruisant les forces chinoises de cette position. Bien que les obus n’aient tombé qu’à quelques mètres de l’emplacement du lieutenant, Mike Levy et ses hommes s’en tirent indemnes. C’est seulement en 2003 que la bravoure du lieutenant sera reconnue et qu’il recevra ses armoiries de la gouverneure générale Adrienne Clarkson.

La nuit suivante, le soldat Kenneth Barwise retrouve la mitrailleuse Vickers de la compagnie D, s’en empare et court rejoindre son peloton. De plus, il tue à lui seul six soldats chinois lors de l’attaque contre la compagnie D, ce qui lui vaut une Médaille militaire.

Pendant la bataille, Jim Stone refuse de permettre à ses hommes de se retirer, car il croit que la colline est un endroit stratégique sur le front de l’ONU, freinant ainsi l’offensive chinoise. Pendant qu’ils défendent la colline, les Canadiens sont isolés et doivent être ravitaillés par largage, ce qui leur permet de continuer à se battre jusqu’à ce que les Chinois battent en retraite. Le soldat canadien Gerald Gowing se rappelle : « Nous étions encerclés sur les collines de Kapyong, sous un feu nourri. Nous n’avions presque plus de munitions ni de nourriture. On nous a largué des vivres, mais nous étions encerclés… Je peux vous dire que nous avons eu peur. »

La 1re Division de cavalerie américaine prend finalement la relève du 2 PPCLI sur la ligne de front.

Tournant de la guerre

La défensive des Australiens et des Canadiens à Kapyong permet aux forces onusiennes de se consolider pour l’étape suivante des opérations. Les Canadiens se battent avec ténacité contre une armée chinoise d’une taille fort supérieure à la leur. Jim Stone et d’autres vétérans de la Deuxième Guerre mondiale mettent à profit leur expérience de combat sur le sol accidenté de la Sicile et de l’Italie (voir Campagne d’Italie) et l’appliquent sur les collines de la Corée à bon escient. Il y a cependant un prix à payer : on compte 23 soldats canadiens blessés et 10 morts, et environ 2 000 victimes chinoises.

La bataille joue un rôle déterminant dans la défaite de l’offensive générale des Chinois contre le Sud ce printemps‑là. Elle permet de protéger Séoul, la capitale, d’une nouvelle occupation et de combler le vide dans la ligne onusienne pour donner le temps aux Coréens du Sud de se replier. L’offensive plus vaste des communistes en 1951 est interrompue une semaine après la bataille. À partir de ce moment‑là, la guerre de Corée se métamorphose pour ainsi dire en guerre de patrouilles et de harcèlement de l’ennemi, sans attaques d’envergure, alors que les lignes de front se stabilisent et que les deux camps entament des pourparlers de paix.

Les unités canadiennes et australiennes se voient toutes deux décerner la décoration United States Presidential Unit Citation du gouvernement américain. C’est la première fois qu’une unité canadienne reçoit un tel honneur.


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Lecture supplémentaire

  • Dan Bjarnason. Triumph of Kapyong: Canada's Pivotal Battle in Korea (2011).