Garneau, François-Xavier

Excellent élève à l'école primaire, il ne peut cependant faire son cours classique, faute d'argent. Sa formation autodidacte et sa réserve naturelle expliquent la « fière indépendance » qui impressionne ses contemporains.


Garneau, François-Xavier

 François-Xavier Garneau, notaire, fonctionnaire, poète et historien (Québec, 15 juin 1809 - id., 3 févr. 1866). Le plus grand écrivain du Canada français du XIXe siècle et son historien le plus important, Garneau exerce une influence considérable sur la pensée et les lettres de son temps. Né d'un père illettré et pauvre, le jeune François-Xavier manifeste très tôt sa vive intelligence.

Excellent élève à l'école primaire, il ne peut cependant faire son cours classique, faute d'argent. Sa formation autodidacte et sa réserve naturelle expliquent la « fière indépendance » qui impressionne ses contemporains. En 1825, il décide de devenir notaire et travaille cinq ans comme stagiaire pour l'étude d'Archibald Campbell. Celui-ci possède une bibliothèque remarquable et il encourage Garneau à étudier l'histoire et la littérature de l'Angleterre et de la France. Il l'aide aussi à faire un voyage aux États-Unis où il découvre la démocratie à l'américaine et se reconnaît comme Nord-Américain.

En 1831, le jeune notaire se rend à Londres où il travaille deux ans comme secrétaire pour Denis-Benjamin Viger, envoyé en Angleterre afin de défendre les droits des Canadiens français. Il apprend beaucoup sur la politique et sur la société britannique et visite Paris deux fois. De retour à Québec en 1833, il exerce sa profession sans enthousiasme, écrit des poèmes, lance une revue culturelle et suit avec passion les débats de la Chambre d'assemblée et du Conseil législatif, dominés respectivement par les nationalistes canadiens-français et l'élite anglo-canadienne.

Il amorce son oeuvre d'historien à la fin des années 1830, travaillant surtout à sa vaste synthèse de l'histoire des Canadiens français, l'HISTOIRE DU CANADA DEPUIS SA DÉCOUVERTE JUSQU'À NOS JOURS en trois volumes, publiée entre 1845 et 1848. Un supplément publié en 1852 étend la période étudiée à 1840. Garneau présente l'histoire des Canadiens français comme un combat pour la survie, d'abord contre les autochtones et les Anglo-Américains sur le champ de bataille, puis contre l'oligarchie anglo-canadienne dans l'arène parlementaire. Son ouvrage remporte un immense succès et lui vaut d'être acclamé de son vivant en tant qu'« historien national ».

Pendant plus d'un siècle, romanciers, poètes et penseurs politiques empruntent à sa documentation et à ses interprétations. Son style fougueux et passionné assurent à l'Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours un succès durable. Après 1845, certains aspects gallicans et libéraux de son oeuvre commencent à inquiéter le clergé, si bien que Garneau adopte des vues nationalistes plus conservatrices sur les questions religieuses. Pendant 100 ans, l'interprétation historiographique du Canada français est une synthèse de son interprétation de la politique et, pour les historiens catholiques tels que l'abbé Ferland, de son interprétation de la religion.

Il mène une vie tranquille, d'abord comme notaire et, plus tard, comme secrétaire municipal de 1844 à 1864. Bien que pacifiste et timide, il défend fermement ses opinions. Sa capacité de travail est légendaire. Malgré sa passion pour la politique, il n'en fera jamais activement. Selon lui, l'Église doit ou bien se soumettre à l'autorité de l'État ou bien ne pas s'immiscer dans les affaires sociopolitiques, mais il considère que le catholicisme fait partie intégrante de l'identité nationale des Canadiens français. Pour son interprétation nationaliste de l'histoire et pour son style imprégné de l'amour de sa patrie, Garneau demeure une figure marquante de la littérature canadienne-française.