Karl Lévêque

Karl Lévêque, militant communautaire, prêtre jésuite, professeur de philosophie et de karaté (né le 10 janvier 1937 à Cap-Haïtien, Haïti; mort le 18 mars 1986 à Montréal, Québec). Il est sans aucun doute l’un des plus grands militants communautaires haïtiens qui aient vécu à Montréal.

Karl Lévêque, militant communautaire, prêtre jésuite, professeur de philosophie et de karaté (né le 10 janvier 1937 à Cap-Haïtien, Haïti; mort le 18 mars 1986 à Montréal, Québec). Il est sans aucun doute l’un des plus grands militants communautaires haïtiens qui aient vécu à Montréal.


Éducation

Bien que Karl Lévêque effectue ses études primaire et secondaire en Haïti, c’est au Québec qu’il termine ses études théologiques pour devenir prêtre jésuite. Il part pour la France par la suite où il entreprend des études en philosophie jusqu’à l’obtention de son doctorat à l’Université de Strasbourg en 1967. De retour au Québec à la fin des années 1960, il suit des cours en sciences politiques à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Montréal.

Militantisme

Après un bref passage au Collège Ahuntsic et au Cégep Saint-Laurent (voir CÉGEP) comme professeur de philosophie, Karl Lévêque s’engage dans des actions sociales critiques dénonçant l’injustice et l’inégalité sociales. (Voir Justice sociale; Classes sociales.) En 1977, il joint l’Entraide missionnaire, qui envoie des religieux dans les « pays pauvres », et en 1983, avec d’autres prêtres jésuites, il fonde le Centre justice et foi (Cjf). Ces deux organismes luttent et dénoncent les injustices dans le monde et dans la société. Leurs interventions reflètent le courant de la théologie de libération — théologie qui considère que la pauvreté n’est ni naturelle ni une fatalité, mais bien le résultat d’une situation mondiale et sociale.

Karl Lévêque s’implique particulièrement dans trois causes qui lui sont importantes. Il s’oppose à la dictature de Duvalier qui opprime le peuple en Haïti. Il lutte également contre les discriminations dont sont victimes plusieurs membres de la communauté haïtienne à Montréal. De plus, il intervient activement en tant que citoyen dans différentes discussions portant sur la société québécoise.

Toutefois, son engagement va au-delà du Québec et d’Haïti. En particulier, la situation en Amérique latine est pour lui une préoccupation constante. (Voir Communauté latino-américaine au Canada.) Il entretient des relations étroites avec les églises du sous-continent, en prenant notamment position pour le théologien de libération brésilien Leonardo Boff en conflit avec le Vatican. Il prend conscience de la situation sociale difficile des peuples de l’Amérique latine qui lui rappelle celle du peuple haïtien. En 1984, il participe à une rencontre à Barcelone (Espagne) préconisant la solidarité entre les églises des pays du Sud et celles des pays riches. L’objectif est de contrer la montée d’une théologie conservatrice dont le Vatican, à l’époque, fait la promotion.

Activités communautaires

Sur le plan communautaire, Karl Lévêque s’engage à fond. En tant que prêtre, il célèbre des messes, des mariages, des baptêmes. Au cours des années 1970, il participe activement à des réunions sur la situation des immigrants et immigrantes (voir Immigration au Canada) d’origine haïtienne qui font face à la déportation. En 1972, il fonde avec Paul Déjean et Joseph Augustin, deux anciens prêtres, le Bureau de la Communauté Chrétienne des Haïtiens de Montréal (BCCHM). Avec la Maison d’Haïti, fondée la même année, le BCCHM devient le premier centre communautaire haïtien au Canada. S’y déroulent différentes activités : danse folklorique haïtienne, sport, musique. On y organise également des rencontres, des conférences portant sur la situation en Haïti et la communauté. Karl Lévêque y joue un rôle de premier plan.

Il s’adonne également avec ferveur et discipline à l’apprentissage du karaté. Il atteint le grade de ceinture noire, troisième dan. Il devient professeur de karaté et contribue à fonder, en 1975, la Fédération Yoseikan Karate-Do, une organisation d’arts martiaux très réputée. Au BCCHM, il organise un dojo où il reçoit de grands maîtres des arts martiaux, dont Yoshinao Nanbu, dixième dan. Il forme pendant huit ans une dizaine de ceintures noires, dont Ducarmel Cyrius qui deviendra l’un des premiers champions québécois du monde en kick-boxing. 

À partir de 1977, il anime deux émissions, l’une à la télévision communautaire et l’autre à la station radiophonique CIBL. Ces émissions sont très appréciées dans la communauté. Avec rigueur, Karl Lévêque se sert de cette tribune médiatique pour effectuer de profondes analyses sur de multiples sujets: la situation politique de son pays d’origine, en particulier il dénonce ouvertement la brutale dictature de Duvalier, la réalité difficile que vivent plusieurs membres de la communauté haïtienne, en particulier les chauffeurs de taxi qui font face à un racisme ouvert. Il défend également plusieurs immigrants et immigrantes d'origine haïtienne qui réclament le statut de réfugié politique et qui font face à la déportation. (Voir aussi Politique canadienne sur les réfugiés; Immigration irrégulière au Canada.)

Au cours des années 1982-1983, la dictature de Duvalier accentue l’oppression sur la société civile haïtienne. Plusieurs journalistes sont emprisonnés et plusieurs autres sont exilés. Des organisations sociales et de droits de la personne sont interdites. C’est au cours de cette période que le nombre de personnes fuyant la dictature augmente de façon dramatique. Les « boat people » haïtiens arrivent en grand nombre sur les plages de Floride et occupent une place importante dans la grande presse. Dans la diaspora, plusieurs activités sont organisées pour dénoncer les crimes du régime de Duvalier. Karl Lévêque et plusieurs autres compatriotes coordonnent des rencontres pour dénoncer la situation en Haïti. Le BCCHM devient un centre où s’organisent de multiples évènements en solidarité avec le peuple haïtien.

Fin de vie et héritage

En février 1986, dès la chute de la dictature de Duvalier en Haïti, Karl Lévêque se prépare pour rentrer définitivement dans son pays d’origine. Après un bref séjour en Haïti, il retourne à Montréal et prépare ses bagages. Mais avant de faire ses adieux à sa ville d’adoption, il doit se faire opérer pour une tumeur bénigne à l’Hôpital Royal Victoria de Montréal. C’est suite à des complications au cours de l’anesthésie qu’il y meurt le 18 mars 1986. La nouvelle de son décès est une onde de choc pour la communauté. Des milliers de personnes assistent à ses funérailles. (Voir aussi Pratiques Funéraires au Canada.)

Karl Lévêque est l’un des plus éminents Haïtiens qui ont vécu à Montréal au cours des années 1960 et 1970. Ses engagements sur les plans politique, théologique et social ont marqué l’histoire de la communauté haïtienne au cours de cette période.

En 1989, l’Institut culturel Karl Lévêque est fondé. Cet organisme est dédié à l’éducation populaire et aux réflexions liées à la politique haïtienne.