Justice sociale

 Avec l'INDUSTRIALISATION dans le courant du XIXe siècle, les premières tentatives faites pour aider les pauvres découlent d'idées de réforme morale et sociale et sont étroitement liées à la religion.

McClung, Nellie
Nellie McClung fait avancer la cause du féminisme de son temps et reconnaît la nécessité de l'indépendance économique des femmes (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-30212).
District ouvrier
Près du canal Lachine à Montréal, en 1896. À la fin du XIXe siècle, des familles d'ouvriers commencent à affluer dans les quartiers situés à proximité des usines (avec la permission des Archives photographiques Notman, Musée McCord/2942).
Grève générale de Winnipeg (manifestation)
Manifestation contre les procès de Russell et d'autres dirigeants syndicaux, pendant la grève générale de Winnipeg, en 1919 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-37329).
Charte canadienne des droits et libertés
Copie de la Charte canadienne des droits et libertés (avec la permission du Secrétariat d'État du Canada).

Justice sociale

  Au Canada, l'apparition de la justice sociale, notion souvent liée à l'idée de créer une société plus équitable et donc plus juste socialement, remonte au XIXe siècle. Aujourd'hui, bon nombre des groupes et des institutions qui la défendent sont nés lors de l'entrée du Canada dans le monde industriel.

Industrialisation et réforme sociale

 Avec l'INDUSTRIALISATION dans le courant du XIXe siècle, les premières tentatives faites pour aider les pauvres découlent d'idées de réforme morale et sociale et sont étroitement liées à la religion. Dans les zones urbaines naissantes du Canada, à l'action sociale chrétienne se mêlent de nouvelles idées sur l'ordre urbain et cette action se concentre sur la promotion d'une « discipline » personnelle pour guérir les maux de la ville. Nombre de ces premiers réformateurs portent injustement leur attention sur les femmes, ce qui est le cas de Women's Home et des Sisters of the Good Sheppard, présentes dans des villes comme Halifax. Les premiers réformateurs sont convaincus de pouvoir résoudre la plupart des problèmes sociaux en faisant en sorte que les femmes épousent les valeurs victoriennes et, donc, réfrènent leur sexualité. Les ligues antialcooliques progressent aussi beaucoup au Canada en faisant valoir qu'il existe un lien entre la consommation d'alcool et la désintégration sociale. Certaines organisations féminines sont nationales et luttent à la fois contre l'alcoolisme, la prostitution et la délinquance, par exemple. La WOMAN'S CHRISTIAN TEMPERANCE UNION (WCTU), qui fait partie de ces organisations, s'efforce de mieux faire connaître les femmes qui œuvrent pour les réformes sociales. Les régies des alcools actuelles doivent leur création au MOUVEMENT POUR LA TEMPÉRANCE du XIXe et du début du XXe siècle.

Religion et justice sociale

 Durant les années 1880, d'autres groupes se créent à travers tout le Canada, groupes qui commencent à faire le lien entre la religion et l'aide apportée ainsi qu'à la réforme de la société inéquitable produite par le capitalisme industriel. Il y a ainsi l'ARMÉE DU SALUT, qui associe enseignements chrétiens et aide aux pauvres; avec ses « soldats du Christ », elle se retrouve présente dans de nombreuses communautés, où elle porte les enseignements chrétiens et aide les pauvres au quotidien dans le cadre de différentes activités qu'elle organise, comme des bals communautaires. Avec l'émergence d'une classe ouvrière arrive aussi au Canada, dans les années 1870, une organisation américaine des Chevaliers du Travail of Labour à laquelle adhèrent environ 20 000 ouvriers. Ce syndicat industriel, qui allie vie économique et principes socio-démocrates, compte parmi les groupes les plus importants qui, à l'époque, militent pour une société plus juste.

Plus généralement, les années 1880 sont également marquées par la montée du MOUVEMENT SOCIAL GOSPEL au Canada. Mêlant au christianisme des éléments de Darwin et de Herbert Spencer, des membres de ce mouvement tels que Philips Thompson et J.S. Woodsworth aspirent à créer une « cité de Dieu » sur Terre. Cette cité incarnerait une évolution de la nature humaine; pour la créer cependant, on ne pouvait ignorer le monde matériel, il fallait donc bannir inégalité et injustice sociale. À mesure que le mouvement lui-même évolue, le monde religieux se mêle au laïque, pour donner ce que J.S. Woodsworth pense être un « christianisme pratique ». Parmi les groupes qui approuvent en partie ces idées figurant la Single Tax Association, l'Anti-Poverty Society, le Congrès du Travail du Canada, les Chevaliers du Travail, les Patrons of Industry et la Toronto Suffrage Association.

Socialisme

 Tandis que les idées de réforme sociale et de justice sociale font leur chemin dans le monde laïque; le XXe siècle naissant et la Première Guerre mondiale voient apparaître de nouveaux groupes socialistes prônant une société plus équitable, comme le ONE BIG UNION et les INDUSTRIAL WORKERS OF THE WORLD (IWW). Après la Révolution russe de 1917, certains de ces groupes, comme le Social Democratic Party (SDP) et le PARTI COMMUNISTE DU CANADA (PCC), considèrent que seule la révolution peut guérir les maux du capitalisme et créer une société juste. Des heurts violents opposent les partisans de la justice sociale et l'État tout au long de la Première Guerre mondiale et en particulier pendant la révolte ouvrière de 1917-1919 dont la célèbre GRÈVE GÉNÉRALE DE WINNIPEG marque l'apogée (voir égalementSOCIAL-DÉMOCRATIE).

Des réformateurs sociaux plus modérés connaissent également de grands succès dans le régime parlementaire. Durant les années 1920, J.S. Woodsworth collabore avec d'autres réformateurs sociaux animés des mêmes idées et forme avec eux le Ginger Group, qui préconise des politiques axées sur la justice sociale, comme celle des pensions de vieillesse, obtenant leur adoption au terme d'âpres négociations politiques avec les partis au pouvoir, comme le Parti libéral sous Mackenzie King. Pendant la CRISE DES ANNÉES 30, les questions de justice sociale occupent le devant de la scène dans tout le pays et des groupes comme le Parti communiste du Canada font souvent campagne pour l'instauration de services sociaux tel que l'assurance-chômage. En 1931-1932, d'éminents universitaires et membres de professions libérales, comme l'historien Frank Underhill et le professeur F.R. Scott, forment la LEAGUE FOR SOCIAL RECONSTRUCTION. Le groupe critique le capitalisme monopolistique et, contrairement aux communistes, recherche des réformes sociales et des changements par des moyens démocratiques. Il joue aussi un rôle clé dans le jeune mouvement canadien de défense des droits de la personne.

En 1932, avec les membres de la League, du Ginger Group et des FERMIERS UNIS DE L'ALBERTA, Woodsworth fonde la CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION (CCF). Le nouveau parti politique demande la nationalisation d'industries importantes et la création d'un État-providence. La CCF devient une force politique importante dans tout le pays et sous la direction de T.C. DOUGLAS, il accède au pouvoir en Saskatchewan en 1944. Le parti gagne en popularité pendant la Deuxième Guerre mondiale et voit certaines de ses politiques de justice sociale, comme la création de l'assurance-chômage en 1941 et le droit aux négociations collectives, réalisées par le gouvernement libéral de Mackenzie King. En Saskatchewan, la CCF instaure en 1961 le premier régime d'assurance-maladie provincial subventionné par l'État. La CCF, parti socialiste, commence à perdre de son influence dans l'ensemble du pays durant la guerre froide, au cours de laquelle elle est souvent accusée d'être en faveur du communisme. En 1961, les dirigeants de la CCF et du CTC forment ensemble le Nouveau Parti démocratique et portent Douglas à sa tête.

Droits de la personne

Pendant la GUERRE FROIDE, les partisans de la justice sociale reportent leur attention sur des questions relatives aux droits de la personne. Les événements des années 1960 et 1970 accentuent cette tendance. La « peur des rouges » de la guerre froide, les émeutes de Gastown, les violences policières à Toronto, les droits des toxicomanes, la CRISE D'OCTOBRE de 1970, les droits des détenus et des demandeurs d'aide sociale, le mouvement des droits civils et des droits de la femme des années 1960 et 1970, ainsi que le mouvement pour les droits des homosexuels sont autant de causes qui contribuent à la création de nombreux groupes de défense des droits de la personne au Canada. Parmi ces groupes se trouvent la British Columbia Civil Liberties Association, la Ligue des droits de l'homme, l'Association canadienne des libertés civiles et la Newfoundland-Labrador Human Rights Association. Bon nombre d'entre eux existent encore aujourd'hui. Dans la société canadienne contemporaine, les défenseurs de la justice sociale travaillent au sein de plusieurs organisations publiques et privées. Beaucoup adoptent aussi une approche internationale dans la promotion d'un Canada et d'une communauté mondiale plus égalitaire et plus juste sur le plan social.

Voir égalementDROITS DE L'HOMME, DÉCLARATION CANADIENNE DES DROITS,CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS.


Lecture supplémentaire

  • Dominique Clement, Canada's Rights Revolution: Social Movements and Social Change, 1937-82 (2008); Ramsay Cook, The Regenerators: Social Criticism of Late Victorian English Canada (1997); Judith Fingard, The Dark Side of Life in Victorian Halifax (1989); Lynn Marks, "Religion, Leisure and Working Class Identity," Labouring Lives: Work and Workers in Nineteenth-Century Ontario (1995); Ian McKay, Reasoning Otherwise: Leftists and the People's Enlightenment in Canada, 1890-1920 (2008); Bryan D. Palmer, Working-Class Experience: Rethinking the History of Canadian Labour, 1800-1991 (1992); Joan Sangster, Regulating Girls and Women: Sexuality, Family, and the Law in Ontario, 1920-1960 (2001); Carolyn Strange, Toronto's Girl Problem: The Perils and Pleasures of the City, 1880-1930 (1995); James Struthers, "No Fault of Their Own": Unemployment and the Canadian Welfare State, 1914-1941 (1983).

Liens externes