Le Vieux-Québec

Le Vieux-Québec est un arrondissement historique de la ville de Québec, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. Il est essentiellement divisé en deux secteurs; celui de l’ancienne basse-ville, regroupé autour de Place Royale et des installations portuaires, puis celui de l’ancienne haute-ville, délimité par ses remparts, la Citadelle et autres ouvrages défensifs. Le tout couvre une superficie d'environ 135 hectares de terrain (1,35 km). Du site initialement choisi par Samuel de Champlain pour fonder sa première Abitation en 1608, la cité s’étend au cours des 17e et 18e siècles et prend pied sur le promontoire du cap Diamant, qui offre des avantages stratégiques et militaires, avant de s’emmurer dans d'épaisses fortifications qui marquent aujourd'hui les limites de cet arrondissement. Malgré son évolution du 19e siècle à aujourd’hui, le Vieux-Québec constitue un ensemble architectural cohérent et bien structuré, faisant de Québec un des exemples les mieux préservés de ville coloniale fortifiée.



Habitation à Québec
Champlain fait construire, en 1608, son Abitationqui sert a la fois de fort et de logis, et l'emplacement actuel de la ville de Québec.
(avec la permission de la collection John Ross Robertson/Metropolitan Toronto Library)

Le régime français (1608-1763)

Samuel de Champlain fonde Québec le 3 juillet 1608. Il s'agit du premier établissement français permanent au Canada, car depuis cette date la présence française en Amérique du Nord est ininterrompue. Le premier ensemble construit est l'Habitation (Abitation de Quebecq, en vieux français), édifié sur le site de l'actuelle Place Royale, en bordure du fleuve et près d'une anse que Champlain nomme Cul-de-Sac. L’ensemble sert de logis, d’entrepôt, de poste de traite et de défense. L'habitation en bois ne résiste pas aux hivers et, en 1624, Champlain en fait construire une deuxième sur le même emplacement, en pierre cette fois. Elle est construite en forme de U flanquée de deux tourelles d'angle et ceinturée d'une palissade. Incendiée par les frères Kirke, Champlain la rebâtit en 1633, elle servira alors de magasin. Une place bordée de maisons et de commerces se développe autour du site dès 1640 et on octroie les premières concessions de lots de grève en bordure du fleuve Saint-Laurent.

En basse-ville commence à se concentrer une population dont les occupations reflètent la prédominance des métiers de la mer. Ouvriers des quais et des chantiers navals, fournisseurs de produits destinés aux équipages, marchands et hommes d'affaires se partagent cet espace au moment où sont aménagés des ouvrages défensifs comme la batterie Royale en 1690, la batterie Dauphine en 1709 et celle de la Pointe-à-Carcy, pendant la guerre de Sept Ans. Le port a alors une vocation essentiellement militaire et ses installations commerciales se résument à quelques endroits où un va-et-vient incessant de chaloupes et de canots s'affairent à décharger les cargaisons venant de France, comme des tissus, des vêtements, du vin, des outils, des clous et de la vaisselle, mais aussi des produits des colonies du Sud, notamment du rhum, du sucre et de la mélasse.

Vieux Québec
(© Natalia Pushchina/Dreamstime)

La basse-ville : un milieu prospère

Au milieu du 18e siècle, Québec est la capitale d'un vaste territoire qui s'étend de la vallée du Saint-Laurent jusqu'au golfe du Mexique et devient un pôle économique important dont vont profiter les grands marchands comme Charles-Aubert de la Chesnaye (1632-1702), un riche homme d'affaires, ou encore Louis Prat (1662-1726), armateur et capitaine du port de Québec. Les terrains proches du fleuve sont particulièrement recherchés pour la construction de résidences et d'entrepôts de marchandises, comme la maison de Jean-Baptiste Chevalier (1715-1763), un marchand spécialisé dans l'import-export qui exploite les berges de l'anse du Cul-de-Sac dès 1752. Sa demeure, qu’on appelle aujourd’hui la Maison Chevalier, a changé au fil du temps, mais on peut toujours la voir en bordure du boulevard Champlain qui reprend le tracé de l'anse.

La haute-ville : zone administrative, religieuse et militaire

En haute-ville, la cité se développe autour de ses marchés et de ses bâtiments administratifs comme le fort Saint-Louis, que Champlain fait construire en 1620 sur le cap Diamant; il sera transformé à maintes reprises, notamment après l'attaque de William Phips en 1690. Au cœur de ce dispositif, les édifices religieux, comme l'église Notre-Dame-de-Recouvrance (1633), le Collège des Jésuites (1635), le Séminaire de Québec (1663) et les hôpitaux comme l'Hôtel-Dieu (1639), cimentent l’ensemble autour duquel s’édifient les habitations, notamment dans le secteur de la rue Couillard (autrefois nommée Saint-Joachim). On y trouve encore au numéro 17 une des plus vieilles maisons de la ville, construite pour le serrurier André Bouchard en 1728.

Cet ensemble urbain à faible densité est rapidement délimité par la construction de remparts, comme l’enceinte de bois de l’ingénieur Josué Dubois Berthelot de Beaucours en 1693, puis les fortifications de pierre que l’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry édifie à partir de 1745. À l’angle nord-ouest du mur dominant la basse-ville, Léry fait construire l’un des édifices les plus longs sous le régime français, les Nouvelles Casernes, qui logeront les soldats et les services auxiliaires de l’armée.

Au début du 18e siècle, on compte près de 1 900 habitants à Québec et environ 15 000 répartis dans une dizaine de postes de la vallée du Saint-Laurent.

Église Notre-Dame-des-Victoires
En 1763, Église Notre-Dame-des-Victoires fut construite sur les ruines de l'Abitation de Samuel de Champlain. (Photo © Wangkun Jia/Dreamstime)

Le régime anglais (1763-1867)

Sous le régime anglais, le port de Québec est entièrement désarmé pour laisser place aux entrepôts et usines qui essaiment sur les quais au 19e siècle et aux anses à bois tout autour et dont les possibilités d’emplois incitent de nombreux immigrants à s’installer près du vieux port. Le commerce du bois bat son plein au même rythme que celui de la construction navale, dont les chantiers sur la rivière Saint-Charles embauchent près de la moitié des habitants du quartier Saint-Roch pendant le premier quart du 19e siècle. Le commerce stimule la création des premières halles couvertes constituées en marchés. Le marché Finlay en 1817 et le marché Champlain en 1858, essentiellement destinés au commerce local de denrées alimentaires comme les viandes, les légumes et les fruits, en sont des exemples.

À deux pas du port, la rue Saint-Pierre devient le centre des affaires et de la finance, le « Wall Street » de Québec, alors que de riches entrepreneurs anglophones y installent la Quebec Bank, l’Union Bank  ou encore la Quebec Stock Exchange, une bourse fondée au début du 19e siècle. L’élite canadienne-française y créera la Banque Nationale. 

En haute-ville, la fondation de l’Université Laval (1852) donne lieu à la création du Quartier latin, nommé ainsi, car on y parle autant latin que français, dont l’artère principale est la rue Couillard. Les professionnels qui y habitent font de ce quartier le cœur de la vie intellectuelle de la cité. Québec compte alors près de 50 000 habitants.

Québec, ville politique : 1867 à aujourd’hui

Certains bâtiments perpétuent la vocation militaire de Québec, comme la Citadelle, une base toujours active dont les murs extérieurs ont été construits de 1820 à 1831, ou encore le manège militaire construit à partir de 1885. Toutefois, la ville haute se pare surtout de bâtiments administratifs qui reflètent son statut de capitale du Bas-Canada avant 1840, puis de la province de Québec à partir de 1867, comme le premier Palais de Justice (1804), puis le deuxième (1887), sur la rue Saint-Louis.

Ce dernier est d’ailleurs construit sur le site de l’ancien bâtiment du Conseil souverain, qui administrait la justice sous le régime français. Les lieux témoignent ainsi de l’évolution du système judiciaire au Canada pendant plus de 300 ans, jusqu’en 1979 alors que débutent les travaux de l’actuel Palais de justice situé en basse-ville.

Sur cette même rue Saint-Louis, le Château Frontenac ouvre ses portes en 1893. Il est augmenté d’une tour centrale en 1924, qui lui donne la silhouette si singulière qu’on lui connaît aujourd’hui. Construit par le Canadien Pacifique, son emplacement se trouve sur les lieux où résidaient les gouverneurs jusqu’en 1834. Les grandes compagnies ferroviaires souhaitent alors encourager le tourisme de luxe. Un des hôtels les plus photographiés du monde, il est un des symboles les plus marquants de la ville de Québec et un pôle touristique majeur.

À l’instar de ce joyau architectural, la compagnie Price Brothers, une compagnie d’exploitation forestière et de transformation du bois, fait ériger au cœur de la haute-ville son siège social en 1929, l’édifice Price. C’est le premier gratte-ciel de Québec et le seul construit à l’intérieur de l’enceinte du Vieux-Québec. De style architectural Art déco, il abrite aujourd’hui, entre autres, l’appartement de fonction du premier ministre du Québec.

Château Frontenac
(© Songquan Deng/Dreamstime)

L'arrondissement historique : une réglementation stricte

Ce patrimoine historique est protégé depuis 1963 par la Loi des monuments historiques. L’année suivante, un décret provincial établit les limites de l’arrondissement historique de Québec. Son aménagement repose sur une réglementation très stricte, destinée à perpétuer ce patrimoine. Toute construction doit y être approuvée par la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec, composée de conseillers municipaux et d'architectes. Le gouvernement du Québec et la Ville de Québec se partagent les responsabilités d'aménagement urbain des quartiers résidentiels et commerciaux. Par ailleurs, la gestion des lieux historiques nationaux, comme les remparts, la redoute Dauphine ou encore le site des Forts-et-Châteaux-Saint-Louis sous la terrasse Dufferin, relève quant à elle de Parcs Canada qui œuvre à la mise en valeur de ces lieux de mémoire dans le cadre de programmes éducatifs et culturels.

La population de la ville de Québec se chiffre aujourd’hui à plus de 530 000 habitants. Possédant toujours ses fortifications, le Vieux-Québec représente l'exemple le plus complet d'une ville coloniale fortifiée au nord du Mexique, ce qui fait de Québec une ville au caractère historique exceptionnel et au patrimoine universel.

Fresque du Petit-Champlain
La Fresque du Petit-Champlain est située au 102, rue du Petit-Champlain. (© Ronniechua/Dreamstime)

Lecture supplémentaire

  • Jean-Marie Lebel. Le Vieux-Québec : Guide du promeneur (nouvelle édition) (2015).

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