Raids des fenians

Les fenians sont une société secrète de patriotes immigrants irlandais aux États-Unis. Certains membres nord-américains de ce mouvement fomentent le projet d’envahir le Canada par la force et de l’échanger avec les Britanniques contre l’indépendance de l’Irlande.

John O
Membre fondateur de la Fraternité des Fenians aux Etats-Unis, date inconnue (avec la permission de University College Cork, Ireland).

Les fenians sont une société secrète de patriotes immigrants irlandais aux États-Unis. Certains membres nord-américains de ce mouvement fomentent le projet d’envahir le Canada par la force et de l’échanger avec les Britanniques contre l’indépendance de l’Irlande. De 1866 à 1871, les fenians lancent une série de petites incursions armées au Canada qui sont toutes repoussées par les forces gouvernementales au prix de dizaines de tués et de blessés des deux côtés.

Croissance du mouvement américain

Les fenians sont baptisés ainsi par John O’Mahony en hommage aux Fianna Eirionn, les anciens guerriers irlandais. En 1865, la société est durement touchée lorsque les Britanniques écrasent le mouvement indépendantiste irlandais de l’intérieur et dispersent ses chefs. Cette situation laisse de nombreux anciens combattants irlandais de la guerre de Sécession remplis de rancœur vis-à-vis des Britanniques et ils sont nombreux à rejoindre le mouvement fenian dont les effectifs grimpent rapidement à 10 000 hommes.

L’indépendance de l’Irlande constitue l’objectif premier des fenians; toutefois, ils sont divisés sur les moyens de l’atteindre. Certains privilégient l’organisation d’un soulèvement massif en Irlande, tandis que d’autres se prononcent en faveur d’une action militaire transfrontalière contre le Canada.

Les fenians ciblent le Canada

Les autorités britanniques et canadiennes prennent au sérieux la menace représentée par les fenians et donnent pour instruction aux espions postés à l’origine pour surveiller les sympathisants confédérés dans le nord des États-Unis de porter leur attention sur les fenians. En novembre 1865, un petit nombre de milices sont appelées à rejoindre différents points de garnison dans le Canada-Ouest qui correspond aujourd’hui à l’Ontario (voir : Province du Canada), notamment à Sarnia, à Windsor, à Niagara et à Prescott.

En mars 1866, il est devenu évident que les fenians se préparent à intervenir contre le Canada, ce qui entraîne le rappel en service actif de 10 000 volontaires canadiens, un chiffre qui sera ultérieurement porté à 14 000. Toutefois, rien ne se passe et les volontaires sont renvoyés dans leurs foyers. Cependant, en avril, les fenians lancent une attaque contre l’île Campobello au Nouveau-Brunswick, avec pour seul résultat la destruction de quelques constructions.

En mai 1866, de nouvelles preuves indiquent une attaque possible contre le Canada. Les fenians ont des plans ambitieux pour frapper en différents points du Canada-Ouest et du Canada-Est, qui correspond au Québec d’aujourd’hui. Vingt-quatre mille volontaires canadiens sont rapidement mobilisés tandis que treize petits vapeurs sont réquisitionnés et patrouillent sur les Grands Lacs et sur le Saint-Laurent. Heureusement pour le Canada, le plan des fenians s’écroule, les effectifs rejoignant les forces concentrées notamment à Chicago, à Cleveland et à Buffalo s’avérant inférieurs aux attentes et les chefs fenians se montrant également incapables de réquisitionner les navires dont ils ont besoin pour transporter leurs forces. En outre, les autorités américaines, inquiètes des répercussions d’une éventuelle invasion sur les relations anglo-américaines, interviennent et arrêtent un certain nombre de candidats à la conquête du Canada. Leur plan réduit en miettes, les fenians envisagent des solutions de rechange et se mettent d’accord sur une traversée de la rivière Niagara de Buffalo à Fort Érié au Canada-Ouest.

Officiers du Bataillon des volontaires de Saint John, raid des Fenians, 1866.

La bataille de Ridgeway

Début juin, 850 fenians conduits par le Lieutenant-colonel John O’Neill traversent la rivière Niagara et établissent une tête de pont proche de Fort Érié. À partir de cette position, ils progressent vers l’ouest en direction de Port Colborne. À ce moment-là, le Major général George T.C. Napier, commandant des forces britanniques pour le Canada-Ouest, a pris conscience de la situation. Dans un délai très court, 22 000 soldats canadiens sont mobilisés, prêts à combattre, et les régiments britanniques sont en marche. Quelque 920 hommes des 2e (Queen’s Own Rifles) et 13e bataillons ainsi que des compagnies de carabiniers York et Caledonia sont envoyés à Dunville sous le commandement du Lieutenant-colonel Alfred Booker. Une autre colonne armée, sous le commandement du Lieutenant-colonel britannique George Peacocke, fait route vers Chippawa pour y prendre le commandement des troupes britanniques et canadiennes. En vue de contenir la menace représentée par les fenians, Peacocke ordonne à Booker de se diriger vers Port Colborne.

Après avoir reçu l’ordre, le 2 juin 1866, de rejoindre Fort Érié, Booker tombe sur 600 fenians à Ridgeway où il déploie ses hommes. La bataille de Ridgeway commence bien pour les Canadiens qui, en dépit de leur inexpérience, se montrent, au feu, d’excellents combattants. Ce n’est qu’après avoir reçu l’ordre de se préparer pour une attaque de cavalerie que le vent tourne, les miliciens canadiens se plaçant alors dans une formation défensive conçue pour repousser une charge de cavalerie. Cependant, la cavalerie est purement imaginaire et les fenians sont en mesure d’exploiter la situation et de mettre en fuite les Canadiens. Le bilan de la bataille est de neuf morts et trente-deux blessés chez les Canadiens et de dix morts et un nombre inconnu de blessés chez les fenians.

Plus tard dans la journée, le vapeur W.T. Robb, avec pour équipage la brigade navale de Dunnville, débarque la compagnie d’artillerie volontaire du canal Welland à Fort Érié où éclatent de violents accrochages avec des éléments de l’armée d’O’Neill faisant six blessés et trente-six prisonniers chez les Canadiens. Neuf fenians sont blessés et quatorze tués. Peu après, d’autres troupes canadiennes et une partie des 16e et 47e régiments britanniques arrivent sur les lieux, forçant O’Neill et ses hommes à se retirer aux États-Unis où ils sont immédiatement arrêtés. (O’Neill est rapidement remis en liberté conditionnelle.)

Les fenians frappent à nouveau quelques jours plus tard. Le 8 juin, environ 200 d’entre eux traversent la frontière près de Huntington en direction du sud de Montréal. Après avoir progressé sur plusieurs kilomètres, ils rebroussent chemin rapidement en découvrant qu’une importante troupe de Canadiens et de Britanniques converge dans leur direction. Les défenseurs réussissent à rattraper et à défaire les fenians à Pidgeon Hill, ce qui met fin à cette série d’attaques pour quelques années.

Les raids au Québec

En dépit de nombreux échecs, les fenians font une nouvelle tentative d’invasion du Canada en 1870. Dans l’intervalle, la Confédération a été établie et le nouveau gouvernement canadien est en mesure d’appeler 13 000 volontaires pour sécuriser la frontière de l’Ontario et du Québec.

Le 25 mai 1870, John O’Neill (qui est devenu un héros depuis la bataille de Ridgeway et a été nommé inspecteur général des forces fenianes) quitte le Vermont en direction du Québec accompagné de 600 fenians. À Eccles Hill, juste au nord de la frontière, ils sont attendus par un détachement du 60e bataillon Missisquoi, par des éléments des volontaires de Dunham et par une autre unité volontaire, connue sous le nom de Home Guard, commandée par le Lieutenant-colonel canadien Brown Chamberlain. Les fenians sont défaits lors d’un engagement incisif et violent faisant cinq morts et dix-huit blessés de leur côté. Aucune perte n’est à signaler du côté des Canadiens.

Deux jours plus tard, un autre groupe de fenians traverse la frontière pour pénétrer au Québec à Trout River, à l’ouest d’Eccles Hill. Le 50e bataillon canadien, l’artillerie volontaire de Montréal, et le 69e régiment britannique maîtrisent rapidement cette tentative d’invasion et les fenians s’enfuient de l’autre côté de la frontière. Une nouvelle fois, il n’y aura pas de victimes canadiennes.

Le chant du cygne des fenians au Manitoba

En octobre 1871, les fenians font une ultime tentative : cette fois, O’Neill, avec une quarantaine d’hommes, traverse la frontière du Manitoba à Emerson et s’empare du bureau de la douane canadienne. Le lendemain, des soldats canadiens de Winnipeg et de Saint-Boniface apprennent, alors qu’ils sont en route pour les affronter, que l’armée américaine a arrêté O’Neill et ses hommes. Cet épisode met fin, une bonne fois pour toutes, à la menace feniane sur le Canada.

Les raids des fenians trouvent leur origine dans les aspirations irlandaises à l’indépendance. Bien que les fenians n’aient pas atteint leur but, leurs attaques ont révélé des failles dans le leadership, la structure et l’instruction des milices canadiennes conduisant, durant les années suivantes, à un certain nombre de réformes et d’améliorations. Mais surtout, la menace que l’armée irrégulière des fenians a fait peser sur l’Amérique du Nord britannique, conjointement avec une inquiétude croissante vis-à-vis de la puissance économique et militaire américaine, ont conduit les dirigeants britanniques et canadiens sur le chemin de la Confédération et de la formation du Dominion du Canada en 1867.


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