Peuplement de la Nouvelle-France

Pendant toute l’histoire de la Nouvelle-France, ce sont surtout des soldats et des travailleurs, appelés des « engagés », qui traversent l’Atlantique et colonisent le Canada. Ces jeunes militaires et artisans viennent essentiellement des régions côtières et urbaines de la France, tout comme les femmes immigrantes qui espèrent s’y marier. Ce flux migratoire, qui varie en fonction des périodes de guerre ou de prospérité, fournit l’essentiel des colons avant 1670, après quoi la natalité canadienne prend le dessus. Les familles canadiennes comptent généralement de 7 à 8 enfants au 17siècle et de 4 à 6 au 18e, si bien que la population de la Nouvelle-France atteint environ 70 000 personnes à la fin du régime français.

Pendant toute l’histoire de la Nouvelle-France, ce sont surtout des soldats et des travailleurs, appelés des « engagés », qui traversent l’Atlantique et colonisent le Canada. Ces jeunes militaires et artisans viennent essentiellement des régions côtières et urbaines de la France, tout comme les femmes immigrantes qui espèrent s’y marier. Ce flux migratoire, qui varie en fonction des périodes de guerre ou de prospérité, fournit l’essentiel des colons avant 1670, après quoi la natalité canadienne prend le dessus. Les familles canadiennes comptent généralement de 7 à 8 enfants au 17e siècle et de 4 à 6 au 18e, si bien que la population de la Nouvelle-France atteint environ 70 000 personnes à la fin du régime français.


Samuel de Champlain supervise la construction de son habitation de Québec, 1608

(Bibliothèque et Archive Canada/2835209)

Le recrutement des immigrants

Bien que la France soit le pays le plus peuplé d’Europe à l’époque de la Nouvelle-France, elle peine à mettre en place des politiques migratoires efficaces. En conséquence, la France laisse partir moins de colons que l’Espagne, le Portugal ou la Grande-Bretagne vers l’Amérique. Les dangers de la mer, le climat hostile et la présence d’ennemis sont des facteurs qui réduisent l’attrait du Canada aux yeux des Français, qui lui préfèrent les Antilles. De 1535 à 1763, on estime à environ 10 000, y compris 2 000 femmes, le nombre de Français qui se sont établis en Nouvelle-France. Ce sont ces migrants qui donnent naissance au peuple canadien.

L'habitation de Québec, 1613

(Bibliothèque et Archives Canada/5012228)

Samuel de Champlain

C’est principalement le travail qui attire les colons. D’abord, les compagnons des grands explorateurs comme Jacques Cartier ou Samuel de Champlain, et plus tard ceux qui s’établissent durablement. Ces derniers sont généralement des « engagés », des travailleurs embauchés pour une durée de trois ans d’où leur surnom de « trente-six mois ». Ce sont des hommes, généralement dans la mi-vingtaine, qui viennent majoritairement des zones côtières du nord-ouest de la France (dans 65 % des cas), comme la Normandie, la Bretagne ou l’Île-de-France. Environ 25 % de ces colons proviennent de grandes villes comme Paris, Rouen, La Rochelle, Poitiers et Bordeaux. Le recrutement est d’abord assuré par la Compagnie des Cent-Associés (1627), puis la Communauté des Habitants (1645), avant de passer sous la tutelle des autorités coloniales et du Conseil souverain en 1663. Il existe alors plusieurs façons de recruter des colons. Certains sont engagés par des seigneurs qui cherchent de la main-d’œuvre. D’autres sont encouragés par leurs amis à venir s’établir au Canada ou sont recrutés par des marchands et des fonctionnaires du ministère de la Marine. Ceux-ci recrutent surtout des soldats, des ouvriers spécialisés, des filles à marier, mais aussi des condamnés pour petits délits, tels des braconniers et des faux-sauniers. Des affiches et des roulements de tambours annoncent leur présence sur les places publiques des grandes villes, promettant des emplois réguliers et bien rémunérés en Nouvelle-France.

L'arrivée de madame Champlain à Québec, 1620

(peinture de Frank Craig/Bibliothèque et Archives Canada/2895899)

Frank Craig

Les premiers colons

Aussitôt arrivés, les engagés sont dirigés vers des habitants ou des marchands. Les soldats sont affectés à des compagnies en garnison dans les trois principales villes de Québec, Trois-Rivières et Montréal, ou encore sont envoyés dans un fort des Pays-d’en-Haut.

La colonisation du pays impose un certain ordre dans l’arrivée des métiers. Il y a une hiérarchie des tâches imposées par les administrateurs coloniaux et les marchands, car il y a une hiérarchie des besoins. Avant 1650, construire et défricher le pays pour s’y nourrir constituent les premiers objectifs. La plupart des engagés sont des ouvriers, charpentiers, maçons, matelots, laboureurs, domestiques. À la fin du 17e siècle, une nouvelle société se dessine avec l’accroissement de la population, dont les besoins se diversifient. Les tailleurs, par exemple, deviennent plus nombreux, aux côtés des forgerons, tonneliers, taillandiers et cordonniers.

Une jeune colonie est un lieu essentiellement masculin. Lors du premier recensement, en 1666, les femmes représentent seulement le tiers d’une population d’environ 3 200 âmes; il y a huit hommes célibataires pour une seule femme. Le roi Louis XIV s’attaque à ce problème avec vigueur. Entre 1663 et 1673, près de 800 « Filles du roi » viennent combler cet écart. Dans les mêmes années, près de 400 soldats du régiment de Carignan-Salières restent au pays après la guerre contre les Haudenosaunee. Ils seront 283 à se marier en Nouvelle-France. Ces efforts extraordinaires donnent des résultats prometteurs. En dix ans, la population du Canada triple, passant à près de 10 000 personnes vers 1680. Alors qu’avant cette date, la principale source de colons provient de l’immigration française, c’est désormais la natalité canadienne qui fournit le bassin des habitants de la Nouvelle-France.

L'arrivée des Filles du roi
Vue représentant l'arrivée de femmes destinées à marier les cultivateurs canadiens-français, à Québec, en 1667. Talon et Laval attendent l'arrivée de ces femmes (Aquarelle par Eleanor Fortescue Brickdale, 1871-1945. Avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada, Acc. no. 1996-371-1).

La natalité canadienne

Au 17e siècle, les familles canadiennes comportent en moyenne 7 ou 8 enfants, un nombre qui passe à 4 ou 6 enfants au 18e siècle. Vers 1700, la population de la Nouvelle-France atteint les 16 000 personnes. Les époux ont habituellement autour de 25 ans lors du mariage, un âge bien trop tardif aux dires des autorités coloniales soucieuses du peuplement. Dans les années 1710, celles-ci pressent le gouverneur Vaudreuil et les intendants Jacques Raudot, puis Michel Bégon de faire respecter la politique de 1668 faisant « défense aux pères et mères de s’opposer au mariage de leurs enfants, acavoir [sic] les garçons à 20 ans et les filles à 16».

L’évolution de la population canadienne suit une ascension constante et atteint près de 25 000 personnes en 1720. Il y a désormais plus de jeunes filles que de jeunes garçons dans la colonie, ce qui est encourageant pour l’avenir. Toutefois, ces chiffres n’impressionnent pas Versailles, qui s’inquiète de l’expansion fulgurante des colonies britanniques voisines dont la population est dix fois plus élevée. À la veille de la conquête de 1760, ces colonies excèdent déjà un million et demi d’habitants. La population du Canada est passablement augmentée par la présence de régiments de soldats français envoyés pour défendre la Nouvelle-France dans le cadre de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Or, bien peu de ces militaires s’établiront au pays. À la signature du Traité de Paris en 1763, quand la France cède officiellement le territoire à la Grande-Bretagne, la population totale de la Nouvelle-France est d’environ 70 000 personnes.