Filles du roi

Femmes célibataires dont le roi favorise la migration en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. Comme les intérêts privés favorisent la migration d'engagés mâles, le gouvernement français et les communautés religieuses tentent de corriger la disproportion entre les sexes dans les colonies.

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Vue représentant l'arrivée de femmes destinées \u00e0 marier les cultivateurs canadiens-fran\u00e7ais, \u00e0 Québec, en 1667. Talon et Laval attendent l'arrivée de ces femmes (Aquarelle par Eleanor Fortescue Brickdale, 1871-1945. Avec la permission de Biblioth\u00e8que et Archives Canada, Acc. no. 1996-371-1).
Femmes célibataires dont le roi favorise la migration en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. Comme les intérêts privés favorisent la migration d'engagés mâles, le gouvernement français et les communautés religieuses tentent de corriger la disproportion entre les sexes dans les colonies. Avec l’envoi des « Filles du roi », le ministre Colbert veut inciter les engagés mâles qui ont terminé leur contrat et les militaires du régiment de Carignan-Salières qu’on vient de démobiliser à s’établir dans la colonie.

Définition

Les Filles du roi sont des femmes célibataires et quelques veuves dont le roi favorise la migration en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. Comme les intérêts privés favorisent la migration d'engagés mâles, le gouvernement français et les communautés religieuses tentent de corriger la disproportion entre les sexes dans les colonies. Au Canada, même si les premières femmes commencent à arriver dans les années 1630, seules les quelque 800 qui débarquent au cours des 11 premières années du gouvernement royal sont appelées « Filles du roi ».

Origine et recrutement

Au Canada, les premières immigrantes, celles qui ne sont pas des religieuses, arrivent avec d’autres membres de leur famille. Des recruteurs privés, des communautés religieuses et des seigneurs font aussi passer, par petits groupes, des femmes célibataires dont on espère qu’elles vont fonder des familles. Le nombre de ces « filles à marier » est bien insuffisant pour répondre aux besoins de la colonie.

L’expression « Filles du Roy » est utilisée à une seule occasion au XVIIe siècle par Marguerite Bourgeoys pour désigner les 17 « filles à marier » que sa communauté d’enseignantes héberge en attendant qu’elles trouvent un époux. Avec l’envoi des Filles du roi, le ministre Colbert veut inciter les engagés mâles qui ont terminé leur contrat et les militaires du régiment de Carignan-Salières qu’on vient de démobiliser à s’établir dans la colonie.

Le roi prend en charge le recrutement, l’habillement, les frais de voyage en France et la traversée de l’Atlantique de ces pupilles royales. Il accorde d’abord une somme de 100 livres, dont 10 livres pour les frais de levée de recrue, 30 livres pour réunir un modeste trousseau et 60 livres pour payer la traversée de chaque fille. Elles sont recrutées dans les régions de La Rochelle, de Rouen et de Paris. Ces orphelines sans fortune sont majoritairement des citadines. On estime qu’elles avaient entre 16 et 40 ans, pour une moyenne de 24 ans, à leur arrivée. Entre 1667 et 1672, en plus du trousseau, on accorde à plusieurs de ces filles (41 %) une dot royale de 50 livres tournois. Quelques-unes reçoivent des montants plus importants (100 ou 200 livres). Certaines années de pénurie en numéraire, cette somme de 50 livres est remplacée faute d’argent, par des denrées tirées des magasins du roi dans la colonie.

Migration et défis de la vie en Nouvelle-France

Comme en France, on attend de ces femmes qu’elles soient en mesure de nourrir et d’habiller leur famille. On raconte que chacune a reçu une cassette (sorte de coffre) contenant des accessoires personnels : un peigne, deux coiffes (sorte de capuchon), l’une de taffetas et l’autre de gaze, une ceinture, une paire de bas, une paire de souliers, une paire de gants, un bonnet, des cordons de souliers et quatre lacets de fil. Ce sont des objets qu’il sera difficile de trouver sur les bords du Saint-Laurent. Le coffre renferme aussi de quoi coudre : une centaine d’aiguilles, un étui et un dé, du fil blanc et du gris, une paire de ciseaux, un millier d’épingles et de la toile assez fine pour faire des mouchoirs, des cols, des cornettes et des manches plissées, ainsi que deux couteaux.

À leur arrivée au Canada, ces filles sont logées et nourries jusqu’à leur mariage. Presque toutes se marient rapidement. Selon les rapports des administrateurs, bon nombre d'entre elles étaient mal préparées aux difficultés de la vie paysanne canadienne. Elles ont cependant relevé le défi. L’environnement canadien plus riche en ressources alimentaires et la faible densité de population leur a permis d’avoir de nombreux enfants et de vivre plus longtemps que leurs cousines demeurées en France.

Héritage et commémoration

Les Filles du roi qui ont eu une nombreuse descendance sont les ancêtres maternelles de milliers d’individus qui vivent en Amérique du Nord. Le fait qu’elles provenaient d’institutions et de régions de France où le français était la langue commune a pu contribuer à l’unification de la langue française tant souhaitée par Louis XIV en sol canadien au XVIIe siècle.

On trouve des plaques commémoratives en leur honneur dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec (Maison Barbel) et à Montréal (Maison Saint-Gabriel). En 2013, le 350e anniversaire du départ et de l’arrivée des premières Filles du roi a été souligné par l’entremise de différentes activités de commémoration tant en France qu’au Québec. L’arrivée des Filles du roi en Nouvelle-France a été désignée événement historique le 11 juillet 2013 par le ministère de la Culture et des Communications. Leur rôle dans le peuplement est également souligné dans le cadre d’une exposition temporaire à l’occasion du 350e anniversaire de l’arrivée des soldats du régiment Carignan-Salières et présentée au Château Ramezay en collaboration avec la Commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs.


Lecture supplémentaire

  • Émilia Chicoine (cnd), La métairie de Marguerite Bourgeoys à la Pointe-Saint-Charles (Montréal : Fides, 1986).

    Leslie Choquette, De Français à paysans. Modernité et tradition dans le peuplement du Canada français (Québec/Paris : Septentrion/Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2001).

    Silvio Dumas, Les Filles du roi en Nouvelle-France. Étude historique avec répertoire biographique (Québec : Société historique de Québec, 1972).

    Yves Landry, Orphelines en France, pionnières au Canada. Les Filles du roi au XVIIe siècle ; suivi d’un répertoire biographique des Filles du roi (Montréal : Leméac, 1992).

    Marcel Fournier, « Des Filles du roi qui n’en sont probablement pas? », Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, vol. 65, cahier 281 (automne 2014) : 227–232.

    Maud Sirois-Belle, « Les Filles du Roy, des bords de Seine au Saint-Laurent », Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoires communs, Mémoires vives, Bulletin n° 32 (juin 2011).

Liens externes