Robert Markle

Robert Markle, peintre, écrivain, musicien et enseignant (né en 1936 à Hamilton, en Ontario; décédé en 1990 à Mount Forest, en Ontario). Robert Markle, d’ascendance mohawk, entretient au cours de sa vie une relation complexe avec ses origines. Ce n’est que plus tard en carrière que l’artiste incorpore activement différents aspects de son identité autochtone dans son art. Surtout connu pour ses nus féminins, Robert Markle peint généralement son épouse, Marlene, ou des danseuses de cabaret. À la suite d’une descente de police dans une galerie d’art torontoise exposant son travail en 1965, certains des dessins de l’artiste sont qualifiés d’obscènes par un juge. Robert Markle demeure connu pour ses œuvres d’art empreintes de sensualité et de passion.

Robert Markle

Scolarité

Robert Markle quitte Hamilton à l’âge de 18 ans. Il est admis à l’Ontario College of Art (OCA) (aujourd’hui, l’École d’art et de design de l’Ontario) de Toronto en 1954, duquel il se voit expulser avant d’obtenir un diplôme pour avoir lancé une bouteille d’acide contre un mur. Tandis qu’il étudie à l’OCA, Robert Markle fait la connaissance de Marlene Shuster, qui y fait elle aussi ses études. Le couple se marie en 1958. Marlene ne tarde pas à devenir le principal modèle et la muse pour les peintures de son mari, des nus féminins expressionnistes. En plus de son épouse, Robert Markle peint également, en début de carrière, des danseuses de cabaret. Un exemple en est sa Burlesque Series (1962, tempera sur papier).

Travail artistique

Les sujets des nus féminins de Robert Markle, qu’ils soient en couleur ou en noir et blanc, sur acrylique ou par tempera sur papier, sont impossibles à identifier. En effet, les visages sont souvent flous et génériques. C’est le cas, notamment, de Lovers II (1963, tempera sur papier), ainsi que de certains des dessins de l’artiste à la plume et à l’encre montrant des femmes en talons hauts (à partir du début des années 1970). Dans les œuvres représentant Marlene, toutefois, le nom de celle-ci est souvent inclus dans le titre, par exemple dans les dessins et les peintures faisant partie de la série Pale Blue Marlene (1968). L’intérêt marqué de Robert Markle pour le nu féminin lui inspire d’autres œuvres bien connues, comme Snakes Galore (1987, acrylique sur papier), qui montre une femme vue de profil qui ne porte que du rouge à lèvres et des talons hauts et qui est encerclée de deux serpents.

L’une des œuvres de Robert Markle, Hanover Hustle (1988, acrylique et pastel sur papier), est un diptyque (tableau composé de deux panneaux fixés au moyen d’une charnière) qui fait aujourd’hui partie de la collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario. Cette œuvre montre huit ou neuf personnages entassés dans l’espace pictural. Le personnage tout à gauche est partiellement coupé par le cadre de l’image; seuls son postérieur nu et sa jambe droite font saillie dans la peinture. À ses côtés se trouve un homme vêtu, assis à une table sur laquelle repose une bouteille d’alcool. On croit que ce personnage pourrait être une représentation de Robert Markle lui-même, portant une casquette à l’envers. Le reste de la peinture montre une série de danseuses de cabaret nues ou partiellement nues. Enfin, à l’extrême droite de l’image, on voit un personnage androgyne vêtu assis face à l’une des danseuses, chaussée de talons hauts très fins. 

Au cours de sa carrière, Robert Markle produit principalement des peintures à la tempera et à l’acrylique et des dessins à l’encre, bien qu’il explore également d’autres supports comme la photographie, le collage, la gravure, la sculpture sur bois et le néon. Sa collection d’art populaire influence certaines de ses œuvres « tourbillonnantes », dont Creation (1988, acrylique sur bois). Dans certaines de ces œuvres et certaines autres créées ultérieurement, l’artiste commence à explorer ses racines autochtones, utilisant divers thèmes et symboles culturels dans son art.

Vie professionnelle

La première exposition personnelle de Robert Markle a lieu en 1963 à la galerie Isaacs de Toronto. À cause du type d’œuvres qu’il réalise, on associe le peintre au « groupe Isaacs », réunissant des artistes connus pour leurs œuvres avant-gardistes et leur consommation d’alcool. Certains de ces artistes, y compris Robert Markle, sont membres de l’Artists Jazz Band, formé vers 1962.

Trois ans plus tard, les œuvres de Robert Markle sont incorporées à l’exposition Eros ’65, mise sur pied par la galerie d’art Dorothy Cameron de la rue Yonge à Toronto. La police des mœurs saisit alors certaines œuvres de la série Lovers de l’artiste, jugées obscènes. L’une de ces pièces, Lovers I, semble illustrer des activités lesbiennes, ce qui donne lieu à beaucoup d’attention médiatique pour Robert Markle.

L’artiste écrit à l’occasion pour différents magazines et journaux, dont Maclean’s et Toronto Life. En outre, il produit de nombreuses illustrations pour des magazines et revues littéraires.

Autour de 1970, Robert Markle est impliqué dans un accident de motocyclette qui réduit pendant quelque temps sa capacité à utiliser ses mains dans la création artistique. Il se met alors à créer, un gros blaireau entre les mains, des œuvres d’art de style expressionniste, explorant toujours les mouvements et les courbes du corps féminin.

Robert Markle enseigne à la New School of Art (fondée en 1965) de 1966 à 1976 environ. Se voulant une solution de remplacement pour l’Ontario College of Art, l’école ne prend pas les présences de ses étudiants, n’exige aucun cours préalable et ne décerne pas de diplômes. En 1977, Robert Markle est au nombre des membres fondateurs d’Art’s Sake Inc., une école d’art postsecondaire gérée par des artistes à Toronto où il est aussi enseignant. Enfin, Robert Markle enseigne pendant un certain temps à l’ Université de Guelph.

Principales commandes et expositions

Vers 1970, Robert et Marlene Markle s’installent dans une ferme aux abords de Holstein. Toutefois, le couple ouvre à nouveau un studio à Toronto au début des années 1980, probablement en raison d’une commande reçue par Robert Markle pour la décoration d’un restaurant de hamburgers en ville. Pour cet établissement, nommé Markleangelo en son honneur, Robert Markle utilise de la peinture acrylique et des néons sur bois; il incorpore à ses créations artistiques plusieurs anges.

D’autres importantes commandes passées auprès de l’artiste en Ontario comprennent des sculptures murales pour l’édifice Ellen Fairclough à Hamilton (1981) et le Palais des congrès du Toronto métropolitain (vers 1984). Robert Markle peint également des murales extérieures à Mount Forest (1986) et à Owen Sound (1987).

En plus de son exposition personnelle de 1963 à la galerie Isaacs et d’Eros ’65, les œuvres de Robert Markle font partie d’une exposition présentée la même année au Musée des beaux-arts de Montréal. En 1989, on présente The Painter and his Model: Markle since ’85 à la galerie d’art de Thunder Bay.

Plus de 10 ans après la mort de Robert Markle en 1990, Tony Massett organise une rétrospective à la galerie d’art de Durham (décembre 2002 à janvier 2003), puis, un an plus tard, la conservatrice et historienne d’art Anna Hudson met sur pied une exposition intitulée Woman as Goddess: Liberated Nudes by Robert Markle and Joyce Wieland. L’exposition est par la suite présentée au Musée des beaux-arts de l’Ontario de novembre 2003 à février 2004.

En août 2011, l’exposition Blazing Figures: A Retrospective of Robert Markle est inaugurée à la galerie de Boer à Owen Sound, faisant suite à la parution de l’ouvrage Blazing Figures: A Life of Robert Markle par J.A. Wainwright l’année précédente. L’exposition présente la dernière œuvre de Robert Markle installée sur un chevalet, de même qu’une centaine d’autres créations de l’artiste, dont plusieurs dessins, peintures et pièces de poterie. Cinq dessins de la série Lovers, autrefois retirés de l’exposition Eros ’65, sont également présentés dans le cadre de Blazing Figures. La saisie des œuvres d’art de Robert Markle en 1965, qui entraîne un débat national sur la censure et la distinction à faire entre l’art érotique et la pornographie, fait de l’artiste un véritable ambassadeur – quoique controversé – de la liberté artistique au Canada.

Décès

Robert Markle meurt des suites d’un accident de voiture en 1990, après que son véhicule ait heurté un tracteur à Mount Forest, en Ontario, non loin de la ferme où son épouse et lui habitaient à une certaine époque.

Importance

Robert Markle demeure une importante personnalité de l’art canadien. La biographie de l’artiste écrite par J.A. Wainwright, intitulée Blazing Figures (2010) souligne l’importance de la carrière de Robert Markle (années 1960 à 1990) pour l’art au pays, ainsi que la contribution du groupe Isaacs au milieu artistique torontois.


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