Traité de Niagara de 1764

En juillet et août 1764, sir William Johnson et environ 2 000 représentants de quelque 24 Premières Nations, se réunissent à Niagara pour discuter d’une « alliance avec les Anglais ». (Voir aussi Péninsule du Niagara.) Ces discussions débouchent sur l’acceptation de la Proclamation royale de 1763, sur l’une des premières cessions de terres, en vertu des protocoles de ladite proclamation, sur un retour des prisonniers et sur un accord concernant une présence britannique dans la région des Grands Lacs. Le traité qui en résulte est consigné sur un wampum. À notre époque, bien que le gouvernement canadien ne reconnaisse pas le Traité de Niagara de 1764, les Premières Nations le considèrent comme un document fondamental pour toutes leurs relations ultérieures avec les Britanniques et pour tous les traités qu’elles ont ensuite signés. (Voir aussi Relations entre les Autochtones et les Britanniques avant la Confédération).

En juillet et août 1764, sir William Johnson et environ 2 000 représentants de quelque 24 Premières Nations, se réunissent à Niagara pour discuter d’une « alliance avec les Anglais ». (Voir aussi Péninsule du Niagara.) Ces discussions débouchent sur l’acceptation de la Proclamation royale de 1763, sur l’une des premières cessions de terres, en vertu des protocoles de ladite proclamation, sur un retour des prisonniers et sur un accord concernant une présence britannique dans la région des Grands Lacs. Le traité qui en résulte est consigné sur un wampum. À notre époque, bien que le gouvernement canadien ne reconnaisse pas le Traité de Niagara de 1764, les Premières Nations le considèrent comme un document fondamental pour toutes leurs relations ultérieures avec les Britanniques et pour tous les traités qu’elles ont ensuite signés. (Voir aussi Relations entre les Autochtones et les Britanniques avant la Confédération).


Traité de Niagara

Wampum de la Chaîne d’alliance, présenté par sir William Johnson à la fin du Conseil de Niagara. Cette réplique a été commandée par Nathan Tidridge et créée par Ken Maracle de la Nation Cayuga.

(Avec la permission de Tidridge/Wikimedia, sous licence Creative Commons.)

Contexte

Dans le cadre de la Conquête de la Nouvelle‑France, en 1760, la Grande‑Bretagne doit mettre en place un cadre politique permettant un règlement des différends avec les Premières Nations et la mise en place de relations pacifiées. En 1763, les Premières Nations poursuivent leur conflit avec les Britanniques en s’emparant de plusieurs forts à l’intérieur des terres, ainsi qu’en assiégeant Fort Detroit et Fort Pitt. Dans le même temps, le gouvernement britannique précise ses politiques « indiennes » dans la Proclamation royale de 1763. Sir William Johnson, le surintendant des Affaires indiennes pour les colonies du Nord, reçoit, comme consigne, de faire la paix avec les Premières Nations de l’intérieur et de l’Ouest. Dès la fin de 1763, il fait circuler, par l’entremise de messagers algonquins et nipissing, à l’intention des Premières Nations, de la Nouvelle‑Écosse à la Baie d’Hudson, et, vers le sud, jusqu’au golfe du Mexique et au Mississippi, des copies de la Proclamation royale, accompagnées de chaînes de wampum. En outre, en décembre 1763, il présente la Proclamation, en expliquant les clauses, à la Confédération Haudenosaunee. Il demande la tenue d’une grande réunion à Niagara, à l’été 1764.

Pourparlers sur les traités

En juillet 1764, environ 2 000 personnes, provenant de quelque 24 Premières Nations, se rassemblent à Niagara pour rencontrer William Johnson. Il y a là, notamment, des représentants des Haudenosaunee, des Wyandots de Detroit (voir aussi Hurons‑Wendats), des Anichinabés, des Menominees, ainsi que des Sept Nations du Canada et de la Confédération de l’Ouest. Cependant, les Odawas de Detroit, les Wyandots de Sandusky et les Shawnees de l’Ohio refusent d’assister à la conférence. Inquiet de la malhonnêteté de l’ennemi, Pontiac, l’un des chefs principaux du renouveau de la guerre avec les Britanniques, refuse également de participer à ces discussions. Cependant, en dépit de cette absence, il signe tout de même un traité de paix préliminaire, en 1765, ainsi que le traité définitif l’année suivante. (Voir aussi Traités autochtones au Canada.)

Tout au long du mois de juillet, William Johnson et le British Indian Department fournissent de la nourriture aux participants et les divertissent, tout en discutant de la Proclamation royale, de la paix, des prisonniers, de la terre et du rétablissement des relations entre les Anglais et les Premières Nations. Au départ, le négociateur britannique cherche à obtenir des ententes séparées avec les différentes nations présentes; toutefois, un front uni autochtone l’empêche d’atteindre son objectif. En effet, en son absence, les chefs des différentes nations discutent régulièrement entre eux. Tout au long des négociations, il propose, en cas d’accord, une reprise du commerce avec les Britanniques. Il menace, toutefois, les Premières Nations présentes de destruction, aux mains des Haudenosaunee et de l’armée britannique, en cas d’échec des discussions. Bien que, dans l’esprit des représentants autochtones, la menace que représente l’armée britannique soit discutable, celle d’une interruption des échanges commerciaux est certainement beaucoup plus efficace. Plusieurs Premières Nations sont, en effet, devenues tributaires des produits commerciaux occidentaux, et une interruption des échanges avec les colonisateurs peut être, pour leurs différentes collectivités, à l’origine de graves difficultés sociales et de nombreuses perturbations. Indépendamment de l’efficacité des menaces de William Johnson, il parvient, le 1er août 1764, à un accord avec les Premières Nations représentées.

Promesses et résultats

Une partie de l’accord, conclu en août, consiste en la cession, par les Sénécas, d’une bande de terre de quatre milles, le long de la rivière Niagara, permettant de sécuriser le sentier de portage et un accès routier au fort. L’entente permet également aux Sénécas, qui avaient attaqué les troupes britanniques le long de cette voie, en septembre 1763, de faire la paix et de rétablir des relations amicales avec la puissance coloniale. Cette cession et ce transfert de terres par les Sénécas, parmi les premiers effectués en vertu des protocoles de la Proclamation royale, semblant avoir été entérinés par l’ensemble des chefs réunis lors de la conférence, marquent également une acceptation plus large, par les Autochtones, de la Proclamation en elle‑même (Voir aussi Les cessions de terres du Haut‑Canada.)

L’acceptation des clauses de la Proclamation royale de 1763 relatives aux Premières Nations et à leurs terres et leur compréhension constituent le résultat le plus notable obtenu par les Britanniques à Niagara. William Johnson, en expliquant le contenu de ce texte aux représentants des Premières Nations présents, leur garantit que les terres intérieures resteraient des « terres indiennes », que les échanges commerciaux avec les Britanniques seraient réglementés et qu’ils bénéficieraient de la protection de la Couronne. Les Premières Nations acceptent, en outre, de rapatrier les prisonniers capturés en 1763 et de mettre fin à tout contact avec les ennemis de la Grande‑Bretagne, en particulier les Français, sur la rive ouest du Mississippi. Au nom de la Grande‑Bretagne, William Johnson promet de remettre en place le système des cadeaux, de payer des compensations pour les pertes subies par les négociants à la suite du conflit de 1763, d’autoriser les Premières Nations et les commerçants à traverser librement la frontière déterminée par la Proclamation et de poursuivre les colons ayant commis des crimes contre les Premières Nations. Ce traité étend la Chaîne d’alliance, mise en place à l’origine entre les Haudenosaunee et les Britanniques, aux Premières Nations vivant en « pays indien ».

Traité de Niagara et wampums

L’accord de Niagara est retranscrit sur un wampum. Environ 84 ceintures de wampum, représentant les négociations avec les différentes Premières Nations présentes, sont échangées pendant le « Conseil des traités », à l’issue duquel Wiliam Johnson présente une ceinture de wampum de la Chaîne d’alliance à la Confédération de l’Ouest. Les deux personnages se tenant les mains sur la ceinture symbolisent l’amitié et l’alliance qui lient les nations autochtones et la Couronne, tandis que les hexagones représentent les feux du Conseil. William Johnson remet aux participants le wampum des vingt‑quatre nations, montrant symboliquement les relations qu’elles entretiennent toutes entre elles. Les Premières Nations lui présentent, quant à elle, une ceinture de wampum à deux rangs, indiquant qu’elles ont compris le traité et la Proclamation. Le négociateur britannique offre également aux nations présentes 24 médailles, datées de 1764, représentant un Autochtone et un colon fumant paisiblement sous un arbre. Les ceintures de wampum, les médailles, ainsi que les cadeaux qui les accompagnent, établissant une alliance entre toutes les parties présentes au Conseil et la Couronne britannique, scellent officiellement la paix entre la puissance coloniale et les Autochtones.

Influence et importance

Les Premières Nations ayant accepté le Traité de Niagara se sont battues aux côtés des Britanniques lors de la révolution américaine et de la guerre de 1812. La participation autochtone à ces deux conflits, en particulier au dernier, a permis de garantir la survie de l’Amérique du Nord britannique. (Voir aussi Participation des Premières Nations et des Métis à la guerre de 1812.) En 1836, lors de la négociation d’un traité, le chef Assickinack de l’île Manitoulin rappelle à sir Francis Bond Head les termes du Traité de Niagara.

Bien que le Canada ne reconnaisse pas officiellement le Traité de Niagara de 1764, les Premières Nations le considèrent comme le fondement de leur compréhension de la Proclamation royale et de l’établissement d’une relation, de nation à nation, avec la Couronne britannique. Selon John Borrows, un universitaire et théoricien du droit anichinabé, la Proclamation royale ne peut être comprise indépendamment du Traité de Niagara. Il explique qu’en elle‑même, la Proclamation ne représente que la compréhension de la Couronne de cette relation, alors que, conjointement avec le Traité de Niagara, elle en incarne une interprétation beaucoup plus complète. Il fait remarquer qu’en fait, ces deux documents réunis imposent à la Couronne une non‑ingérence dans la gouvernance autochtone et sur les terres des Premières Nations, ainsi que la reconnaissance de leur souveraineté. La Couronne ne partage toutefois pas cette opinion.