Université d'Ottawa

L’Université d’Ottawa est créée en 1848, à Bytown, au Canada‑Ouest, sous le nom de Collège de Bytown. L’évêque Joseph Bruno Guigues, premier évêque de la future Ottawa, en Ontario, en est le fondateur. À l’origine, le collège est situé à côté de la résidence épiscopale, qui reste, aujourd’hui, installée dans la cathédrale Notre‑Dame, sur la promenade Sussex. Toutefois, après s’être agrandi, il doit déménager sur l’emplacement actuel de l’Université d’Ottawa, dans le quartier Côte‑de‑Sable, sur la rue Main. Le campus de la rue Main, situé à 2,5 km au sud du campus principal, abrite désormais l’Université Saint‑Paul.

L’Université d’Ottawa est créée en 1848, à Bytown, au Canada‑Ouest, sous le nom de Collège de Bytown. L’évêque Joseph Bruno Guigues, premier évêque de la future Ottawa, en Ontario, en est le fondateur. À l’origine, le collège est situé à côté de la résidence épiscopale, qui reste, aujourd’hui, installée dans la cathédrale Notre‑Dame, sur la promenade Sussex. Toutefois, après s’être agrandi, il doit déménager sur l’emplacement actuel de l’Université d’Ottawa, dans le quartier Côte‑de‑Sable, sur la rue Main. Le campus de la rue Main, situé à 2,5 km au sud du campus principal, abrite désormais l’Université Saint‑Paul.


Pavillon Tabaret
(avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-034331)

Origines

Le Collège de Bytown se distingue, dès sa fondation, en 1848, par l’accent mis par l’évêque Joseph Bruno Guigues sur le bilinguisme. Il espère qu’une éducation bilingue permettra de combler le fossé entre les protestants et les catholiques, ainsi qu’entre les populations anglophone et francophone. (Voir également Relations francophones‑anglophones.)

Le collège est officiellement constitué par le Parlement provincial l’année suivante, en 1849. Dès le début, l’établissement répond aux besoins éducatifs de la population de la vallée de l’Outaouais, mais également à ceux du diocèse et de l’Église catholique pour la formation d’un clergé canadien.

Dessin représentant le premier édifice du Collège de Bytown vers 1848

(avec la permission des archives de l'Université d'Ottawa/AUO-NEG-NB-38AH-1-6)

Les premières années sont marquées par des difficultés financières et la survie de l’établissement ne tient qu’à un fil. L’évêque Guigues cherche, sans succès, en dépit d’un appel à Londres en 1848, à obtenir des financements gouvernementaux et une autorisation d’utilisation des terres. Finalement, en 1857, le collège reçoit 300 £ du gouvernement, une somme à peu près équivalente à 35 000 $ d’aujourd’hui. En revanche, le Collège Regiopolis den Kingston, un autre établissement d’enseignement catholique, privilégiant l’enseignement en anglais, obtient, lui, 500 £ du gouvernement, en 1847, des fonds lui étant, ultérieurement, régulièrement attribués chaque année. En 1868, Regiopolis se voit offrir 4 500 $ du gouvernement nouvellement formé de la Province de l’Ontario.

Ces difficultés financières amènent le diocèse d’Ottawa à s’endetter auprès de l’ordre missionnaire des Oblats de Marie Immaculée. En 1856, l’évêque cède le collège aux Oblats pour régler la dette.

Après en avoir pris le contrôle, l’ordre français des Oblats enrichit l’établissement de ressources recrutées à l’étranger. En 1857, le collège accueille 8 professeurs et 90 étudiants, trois ans plus tard, il forme 160 étudiants.

Ces changements s’accompagnent d’évolutions du cadre législatif régissant l’établissement. Le Collège de Bytown est renommé Collège d’Ottawa, en 1861. En 1866, le collège, alors dirigé par le père Timothy Ryan, demande, avec succès, à l’Assemblée législative des pouvoirs universitaires. Environ six ans plus tard, Thomas Foran, qui deviendra ultérieurement l’un des avocats les plus renommés au pays de cette époque, obtient le premier baccalauréat délivré par la nouvelle université, avant d’également décrocher, en 1875, la première maîtrise qu’elle décernera.

Bilinguisme et tensions linguistiques

Le père Joseph‑Henri Tabaret, dont le séjour au Canada est consacré à la croissance de l’établissement créé par l’évêque Guigues, ouvre la voie à sa survie au 20e siècle. Jusqu’en 1874, il poursuit la mission du fondateur, privilégiant un enseignement bilingue. Toutefois, à compter de cette date, le nombre toujours plus grand d’étudiants anglophones rend une telle démarche pratiquement impossible. Bien que des cours de littérature et de religion continuent d’être dispensés en français, le restant des enseignements se fait désormais en anglais.

Sous la houlette du père Tabaret, le collège poursuit son expansion jusqu’à accueillir plus de 300 étudiants, en 1886. Une Société des débats anglais, la première du genre au Canada, est créée en 1880. Son équivalent francophone, la Société des débats français, est établie en 1887. L’établissement investit, en outre, dans des équipes sportives, avec la création d’une équipe de football, en 1881, et d’un club d’athlétisme, en 1885. Ces équipes arborent le grenat et le gris, qui restent, à ce jour, les couleurs de l’Université d’Ottawa. Le nom des équipes sportives de l’université, les « GeeGees », fait, en fait, référence au double « G » (grenat et gris) des couleurs de l’établissement.

La croissance du collège, à la fin du 19e siècle, lui vaut, en outre, une charte ecclésiastique, en 1889. Ce document, publié par le pape, reconnaît les diplômes du collège à l’échelle de l’ensemble de l’Église catholique. Entre‑temps, une loi adoptée en 1891 permet au collège de s’affilier à d’autres collèges et universités du Canada. Toutefois, ce pouvoir ne sera pas utilisé pendant une vingtaine d’années.

En 1898, le bilinguisme est lentement rétabli à l’université, lorsque les étudiants oblats du juniorat font pression sur le père Henri Constantineau, le recteur de l’établissement, pour que le français soit réintroduit dans le programme. Cette tentative échoue et accroît les tensions entre les populations catholiques ottaviennes d’origine française et irlandaise (voir Ottawa). De fait, au début du 20e siècle, le Collège d’Ottawa subit, de plein fouet, les conséquences du conflit franco‑irlandais et de la question des écoles de l’Ontario. L’affaire est finalement résolue avec la démission, en 1915, de tous les professeurs oblats irlandais du collège, qui sont les partisans les plus virulents d’un enseignement purement anglophone. (Voir également Relations francophones‑anglophones.)

Photo de l'incendie qui détruit l'édifice principal de l'université en 1903

(avec la permission des archives de l'Université d'Ottawa/AUO-PHO-NB-38A-1-78)

Au milieu de ces difficultés, le collège perd son bâtiment principal, à la suite d’un incendie, le 2 décembre 1903, qui fait trois morts et détruit la plupart des archives historiques de l’établissement, avant qu’un nouveau bâtiment, le pavillon Tabaret, ne soit érigé en 1904, en remplacement de l’ancien édifice détruit par le feu.

Expansion et programmes

La Première Guerre mondiale aura très peu de répercussions sur le collège. Cependant, les années qui suivent, de l’entre‑deux‑guerres, vont s’avérer très importantes. La croissance de l’établissement, au cours de cette période, est largement marquée par l’influence du collège en tant que seule université catholique, au Canada, à l’extérieur du Québec, à offrir des cours en français. Cette situation pousse 24 couvents et collèges de l’Ontario et des provinces de l’Ouest à s’affilier au collège. Beaucoup de ces nouveaux établissements affiliés sont francophones et cherchent à bénéficier de l’expertise linguistique de l’université.

À compter de 1923, le collège élargit son offre éducative, en créant une école normale pour former des enseignants. En 1933, c’est une école d’infirmières qui s’ajoute aux programmes de l’établissement. Ces deux écoles desservent les francophones d’Ottawa et attirent un nouveau groupe démographique : les étudiantes, qui continuent à fréquenter le collège, dans d’autres programmes menant à un grade, après avoir obtenu leur diplôme de premier cycle. Une faculté de droit canonique est créée en 1926 et la Faculté des arts propose le premier cours de traduction au Canada, en 1936.

En 1933, le collège est réorganisé en vertu d’une loi provinciale, pour tenir compte de la nouvelle taille de l’établissement. Il s’appelle désormais officiellement l’Université d’Ottawa, ses différentes facultés étant également reconnues dans le cadre de ces nouvelles dispositions législatives.

La Deuxième Guerre mondiale et le boum économique de l’après‑guerre stimulent puissamment la croissance de l’Université d’Ottawa. L’École de médecine est fondée en 1945, une École des sciences appliquées suivant, peu après. Les diplômes des cycles supérieurs, suivant le modèle allemand de l’enseignement supérieur, deviennent de plus en plus populaires, une École des études supérieures étant créée en 1949. L’année 1953 voit l’établissement de la Faculté de droit qui comprend une section de droit civil, issue de la Faculté de droit canonique de l’université, la section de common law suivant, en 1957.

L’Université d’Ottawa se voit dotée de pouvoirs d’expropriation, en 1959, en vue de l’expansion de son campus de Côte‑de‑Sable, où se trouvent la plupart de ses facultés. Cependant, le fardeau financier qu’imposent cette croissance du nombre d’étudiants et cet agrandissement du campus débouchent sur des dépenses, culminant dans les années 1960, au cours desquelles l’établissement accuse un déficit chaque année. Les négociations avec le gouvernement provincial s’avèrent peu fructueuses, ce dernier exigeant que les Oblats abandonnent le contrôle de l’université.

Les Oblats consentent à abandonner ce rôle, en 1965. La Loi sur l’Université d’Ottawa, 1965 crée une nouvelle université, nommée Université d’Ottawa, tandis que l’ancien Collège d’Ottawa continue ses activités sous le nom d’Université Saint‑Paul, les deux universités restant étroitement liées.

Les Oblats mènent, en vain, un combat d’arrière‑garde pour préserver l’influence religieuse à l’Université d’Ottawa. Roger Guindon, un recteur oblat de l’ancienne université, nommé en 1964, continue toutefois d’assumer ce rôle dans le cadre de la nouvelle université, jusqu’en 1984, le nouvel établissement se modernisant largement au cours de son mandat. Des professeurs laïques et du personnel de soutien sont embauchés en grand nombre, tandis que les recrutements de femmes se multiplient, à compter des années 1970. Le nombre de professeurs passe de 300, en 1965, à 1 000, en 1990.

L’aide financière du gouvernement provincial favorise l’expansion du campus, jusqu’en 2000.

L’influence durable de l’Université d’Ottawa constitue un pilier de l’éducation bilingue dans la vallée de l’Outaouais, et en Ontario, en général. L’approche bilingue de l’université, héritée des Oblats, perdure encore aujourd’hui, malgré des budgets provinciaux limités et une concurrence croissante. En 2020, l’Université d’Ottawa compte plus de 37 449 étudiants de premier cycle et 7 244 étudiants des cycles supérieurs. L’université emploie 1 223 professeurs réguliers parmi son personnel enseignant.

Influence

Au fil des ans, de nombreuses personnalités ont fréquenté cette université et y ont occupé différentes fonctions. Le juge en chef de la Cour suprême, Gérald Fauteux, fondateur de la Faculté de droit de l’université, deviendra le premier président du conseil d’administration, à la création de la nouvelle université, avant d’en occuper les fonctions de chancelier, en 1973. La première femme à occuper ce poste, madame Pauline Vanier, sera chancelière de 1965 à 1973.

L’ancien président de l’Université d’Ottawa de 2008 à 2016, Alan Rock, décroche un grade de l’établissement, en 1968, avant d’y poursuivre ses études en vue de l’obtention d’un diplôme supérieur en droit. Alors qu’il est encore étudiant, il rencontre John Lennon et Yoko Ono, à Montréal, qu’il invite à Ottawa, leur faisant visiter la ville dans sa Volkswagen. Le jeune Alan Rock sera ensuite ministre fédéral de la Justice, dans le gouvernement de Jean Chrétien.

Parmi les anciens élèves célèbres de l’Université d’Ottawa, on compte le juge en chef de la Cour Suprême du Canada, Richard Wagner, ainsi que l’ancien premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty. Le premier avocat inuit du Nunavut et ancien premier ministre du territoire, Paul Okalik, a également obtenu son diplôme en droit à l’Université d’Ottawa.

Parmi les autres anciens élèves, citons l’ancien maire de Montréal, longtemps politicien fédéral, Denis Coderre, ainsi qu’Alex Trebek, ancien animateur de l’émission télévisée Jeopardy! L’ancien chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, et la chef du Parti vert du Canada, Annamie Paul, sont tous deux diplômés de l’Université d’Ottawa.


Lecture supplémentaire

  • Coexistence Féconde : la dualité linguistique à l’Université d’Ottawa 1936‑1965. Vol. 3. 4 vols. Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 1995.

  • Carrière, Gaston. L’Université d’Ottawa 1848‑1861. Ottawa : Éditions de l’Université d’Ottawa, 1960.

  • Coexistence Équitable : la dualité linguistique à l’Université d’Ottawa depuis 1965. Vol. 4. 4 vols. Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 1998.

  • Coexistence menacée : la dualité linguistique à l’Université d’Ottawa 1898‑1936. Vol. 2. 4 vols. Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 1992.

  • Simard, Georges. L’Université d’Ottawa. Early Canadiana Online 99,022. Quebec : Impr. de l’Évènement, 1915.

  • Guindon, Roger. Coexistence difficile : la dualité linguistique à l’Université d’Ottawa 1848‑1898. Vol. 1. 4 vols. Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 1989.

Liens externes