Denis Coderre

Denis Coderre, homme politique, ministre fédéral, maire de Montréal de 2013 à 2017 (né le 25 juillet 1963 à Joliette, au Québec). Après une carrière politique au fédéral de 16 ans, Denis Coderre s’engage dans la politique municipale et est élu maire de Montréal en novembre 2013. Bien qu’il soit reconnu pour l’assainissement de l’administration de la ville, il est défait aux élections de novembre 2017 par Valérie Plante, ce qui fait de lui le premier maire de Montréal à être renversé après un seul mandat en 57 ans.

Denis Coderre
Denis Coderre, maire de Montréal, photographié ici en juillet 2016.

Formation et début de carrière

Fils d’un charpentier, Elphège Coderre, et d’une femme au foyer, Lucie Baillargeon, Denis Coderre naît à Joliette, au Québec, le 25 juillet 1963. Il grandit dans le petit village de Saint‑Adolphe‑de‑Rodriguez, à environ 100 kilomètres de Montréal, et déménage à Montréal‑Nord en 1973. Très tôt, il attrape le virus de la politique lorsqu’il est à la tête de l’association des élèves de son école secondaire, la polyvalente Henri‑Bourassa.

À 17 ans, Denis Coderre fait campagne pour le camp du « oui » qui milite pour la souveraineté‑association lors du référendum de 1980, une position largement due à son admiration pour René Lévesque, alors premier ministre du Québec à la tête d’un gouvernement du Parti Québécois. Toutefois, quelques années plus tard, il deviendra un fédéraliste convaincu. Il décroche un diplôme en sciences politiques à l’Université de Montréal et obtient une maîtrise en administration des affaires pour les cadres à l’Université d’Ottawa. En 1985, il est élu président de la section québécoise des Jeunes libéraux du Canada.

Politique fédérale

Denis Coderre se présente comme candidat du Parti libéral lors des élections fédérales générales de 1988 et 1993, ainsi que lors d’une élection partielle en 1990. Il est battu en ces trois occasions, bien qu’il soit passé près d’être élu en 1993 puisqu’il ne lui manque alors que 53 voix. Il est finalement élu à la Chambre des communes en 1997 et représente la circonscription montréalaise de Bourassa en tant que député libéral lors des 16 années suivantes.

En 1999, le premier ministre Jean Chrétien nomme Denis Coderre secrétaire d’État au Sport amateur. Dans un poste habituellement plutôt obscur, il réussit à briller en jouant un rôle actif dans le transfert, en 2002, de l’Agence mondiale antidopage (AMA) de Lausanne en Suisse à Montréal. Cette même année, il est nommé ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, ce qui lui octroie des responsabilités en matière de sécurité nationale dans les mois qui suivent les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Il exerce également son influence lors de l’adoption de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés et de la mise en œuvre des mesures de réglementation de la profession de consultant en immigration.

Denis Coderre doit toutefois faire face à la controverse, en 2006, lorsque le capitaine des Coyotes de Phoenix, Shane Doan, dépose une plainte de 250 000 $ contre lui, affirmant qu’il l’a faussement accusé d’insultes à caractère ethnique contre des arbitres francophones lors d’un match de la Ligue nationale de hockey (LNH) entre Phoenix et Montréal. Le député libéral demande alors au président de Hockey Canada, Bob Nicholson, d’exclure le capitaine des Coyotes de l’équipe olympique canadienne s’il ne consent pas à s’excuser officiellement. La LNH examine les allégations portées contre Shane Doan et conclut qu’elles sont sans fondement.

Le 22 janvier 2009, Denis Coderre est nommé lieutenant du chef libéral fédéral Michael Ignatieff pour le Québec, devenant ainsi responsable des activités du parti dans la province. Toutefois, après un désaccord sur le choix d’un candidat dans la circonscription montréalaise d’Outremont, il démissionne de son poste quelques mois plus tard, critiquant Michael Ignatieff pour avoir tenté de régir la politique québécoise à partir de l’Ontario.

Maire

En juin 2013, Denis Coderre démissionne de son siège au Parlement pour se présenter au poste de maire de Montréal. Il est élu le 3 novembre, rassemblant sur son nom 32 % des suffrages, soit le plus faible pourcentage jamais obtenu par un maire élu de Montréal. Il prend ses fonctions à l’issue d’une période d’un an particulièrement tumultueuse dans la vie politique montréalaise qui voit non seulement le maire de longue date, Gérald Tremblay, être contraint de démissionner après la découverte de la participation de son parti à un système de financement illégal, mais également son successeur, le maire par intérim Michael Applebaum, devoir également quitter ses fonctions après avoir été arrêté pour des accusations de corruption. L’une des premières mesures prises par le nouveau maire consiste à recruter Denis Gallant, procureur de la Commission Charbonneau mise en place dans le but de lutter contre la corruption, en tant qu’inspecteur général de la Ville de Montréal dont le mandat consiste à surveiller les processus de passation de contrats et l’exécution de ceux‑ci par la Ville.

Dès sa prise de fonctions, Denis Coderre s’évertue à instiller un nouveau sentiment d’optimisme, répétant fréquemment le slogan « Montréal est de retour ». Durant son mandat, il fait campagne sans relâche pour le retour des Expos de Montréal, l’équipe de baseball qui a quitté la ville en 2004. Il introduit une politique municipale du baseball visant à moderniser les terrains de la ville souvent peu entretenus et rencontre le commissaire de la Major League Baseball, Rob Manfred, afin de souligner l’intérêt que porte la Ville à l’arrivée d’une franchise à Montréal. Au sujet du retour des Expos, le maire précise : « Dans ma tête, ce n’est pas un si, c’est un quand. »

Le bureau de Denis Coderre à la mairie, outre des objets souvenirs des Expos, est meublé d’un bureau ayant appartenu à l’ancien maire de Montréal Jean Drapeau qui a présidé à la mise en œuvre de projets comme la construction du métro et du Stade olympique. Dans ses critiques, l’opposition se plaint du fait que le nouveau maire ne s’est pas contenté d’utiliser le bureau de Jean Drapeau, mais qu’il a également adopté et réintroduit à la mairie le style autocratique de son lointain prédécesseur!

À la recherche de publicité

Être l’objet de l’attention des médias et du public n’est pas pour déplaire à Denis Coderre, bien au contraire : en 2015, muni d’un marteau‑piqueur, il entreprend d’enlever une dalle de béton coulée par Postes Canada, un coup publicitaire pour attirer l’attention contre les dirigeants de l’entreprise ayant décidé d’installer des boîtes aux lettres collectives à Montréal en dépit de l’opposition de la Ville. La même année, il met en œuvre, malgré une opposition acharnée, un plan de déversement d’environ 8 milliards de litres d’eaux usées brutes dans le Saint-Laurent afin de pouvoir mener à bien les réparations nécessaires du système municipal de traitement des eaux usées. Revêtu de vêtements et d’un masque de protection, il effectue une inspection de la zone où doivent se dérouler les travaux de réparation, indiquant que cela l’a pleinement convaincu de la nécessité d’aller de l’avant.

Denis Coderre attire également l’attention lorsqu’en janvier 2016, il s’en prend au projet d’oléoduc Énergie Est, un pipeline devant transporter du pétrole brut en provenance de l’Alberta jusqu’au Nouveau‑Brunswick en traversant le Québec, expliquant qu’il présente des risques inacceptables pour l’environnement. Dans ce cadre, il fait la déclaration suivante : « Ne nous [les maires des grandes villes du Canada] voilons pas la face. Nous sommes devenus des acteurs essentiels […] je crois vraiment que désormais, nous définissons le monde par l’entremise des villes. »

Place Bonaventure
La Place Bonaventure (architectes Vecsei, Affleck, et. al., 1964-1967), de Montréal, est, au Canada, le premier ensemble immobilier \u00e0 fins multiples \u00e0 créer un salon commercial permanent avec installations de congr\u00e8s et d'exposition \u00e0 grande échelle.

Défaite de 2017

Au début de la campagne électorale de l’automne 2017, Denis Coderre détient une avance sur sa rivale Valérie Plante dans les sondages. Il fait alors valoir que Montréal connaît « un bilan exceptionnel » et énumère certaines de ses réalisations comme l’atteinte d’une économie urbaine prospère, l’investissement dans les infrastructures, la conception d’un réseau de train léger sur rail et la création d’un poste d’inspecteur général pour combattre la corruption.

Toutefois, Denis Coderre s’attire les foudres du public avec son air arrogant et son régime autocratique. En juillet 2017, le Grand Prix de Formule E, une course de voitures électriques au coût de 24 millions de dollars, engendre la fermeture de rues de la ville pour plusieurs semaines, causant le mécontentement de bien des résidents. Après la course, Denis Coderre refuse de divulguer le nombre de billets vendus à l’événement jusqu’aux derniers jours de la campagne. Par ailleurs, nombre de propriétaires de chiens sont outrés par l’interdiction des pitbulls. Denis Coderre semble tenir pour acquise sa réélection avant que les sondages l’affichent à égalité avec Valérie Plante, une conseillère municipale. Après tout, la ville n’a pas connu de maire à mandat unique depuis 1960, lorsque Jean Drapeau a défait le maire sortant Sarto Fournier.

Le jour des élections, le 5 novembre 2017, Denis Coderre perd contre Valérie Plante, obtenant 5 % moins de voix. Après sa défaite, il dit « fier », « humble » et s’estime « privilégié » d’avoir été maire. Il affirme que sous son administration, l’hôtel de ville, qui était rongé par la corruption, a retrouvé sa stabilité, que les finances de la ville se sont améliorées et que l’investissement à l’étranger a augmenté : « […] on peut dire “mission accomplie”. Montréal est dans une position extraordinaire aujourd’hui […] ».