Andrew Scheer

Andrew James Scheer, chef du Parti conservateur du Canada et leader de l’opposition depuis 2017, président de la Chambre des communes, député, courtier d’assurances (né le 20 mai 1979 à Ottawa, en Ontario). Andrew Scheer a été le plus jeune président de la Chambre lorsqu’il a été élu à ce poste en 2011. Six ans plus tard, il est devenu le deuxième chef conservateur depuis la reconstitution du parti en 2004.

Jeunesse

Andrew Scheer naît le 20 mai 1979. Il est le deuxième enfant d’une fratrie de trois qui comprend également ses sœurs Catherine et Anne‑Marie. Sa mère, Mary Scheer, est infirmière pédiatrique, et son père, James (Jim) Scheer, travaille comme bibliothécaire à l’Ottawa Citizen, tout en exerçant les fonctions de diacre au sein de l’archidiocèse d’Ottawa.

À l’âge de neuf ans, le jeune Andrew décroche un emploi de camelot dont il dira plus tard qu’il a contribué à faire naître chez lui le goût de la politique et des sujets d’actualité. Il déclarera également se souvenir de ce lendemain de Noël, en 1989, où il a vu la photo du dictateur roumain Nicolae Ceaușescu, en première page du journal, tué par ses propres soldats. Il précisera avoir gardé en mémoire les longues discussions que cet épisode avait suscitées au sein de la famille, non seulement au sujet de l’incident lui‑même, mais également pour savoir si une telle chose pourrait arriver au Canada.

Le jeune Andrew Scheer fréquente l’école secondaire Immaculata à Ottawa, une école catholique où il suit un programme d’immersion en français. À l’adolescence, il travaille en parallèle dans des kiosques commerciaux lors de manifestations sportives se tenant à Ottawa et comme serveur dans un restaurant de la ville.

Débuts en politique

La première rencontre formelle d’Andrew Scheer avec la politique survient à l’école secondaire lorsque, dans le cadre d’un cours sur la programmation en ligne, il s’intéresse au site Web du Parti réformiste. Le contenu du site retient son attention et, curieux, il entre en contact avec ce parti, puis participe, en 1999, au congrès de l’Alternative Unie, une coalition de conservateurs cherchant à former un nouveau parti de droite unifié. Ce processus débouche sur la formation de l’Alliance canadienne.

À cette époque, Andrew Scheer étudie l’histoire et les sciences politiques à l’Université d’Ottawa. Il est également responsable du club universitaire de l’Alliance canadienne et contribue à la campagne de Preston Manning à la chefferie du parti. Ce dernier perd toutefois cette course face à Stockwell Day qui devient leader de l’opposition à la Chambre des communes et recrute Andrew Scheer pour travailler dans l’unité de la correspondance du Bureau du chef de l’opposition.

À Ottawa, Andrew Scheer rencontre Jill Ryan, une jeune femme originaire de Regina. Il déménage alors en Saskatchewan afin de terminer ses études à l’Université de Regina. Après avoir obtenu son diplôme, il décroche un emploi dans la vente d’assurances. En 2003, il épouse Jill avec laquelle il aura cinq enfants.

Parti conservateur

Andrew Scheer quitte l’entreprise qui l’emploie dans le domaine des assurances pour travailler au bureau de circonscription du député de l’Alliance canadienne Larry Spencer. Fin 2003, l’Alliance fusionne avec les progressistes‑conservateurs pour former le Parti conservateur du Canada avec à sa tête Stephen Harper. Le natif d’Ottawa décide alors de tenter sa chance dans la course à un siège de député.

En vue des élections de 2004, Andrew Scheer bat un ancien joueur de ligne de la Ligue canadienne de football et obtient l’investiture des conservateurs dans la circonscription de Regina‑Qu’Appelle. Toutefois, les observateurs estiment alors que ses chances seront plutôt minces, lors des élections elles‑mêmes, face au néodémocrate Lorne Nystrom qui détient cette circonscription, en totalité ou en partie, depuis 32 ans. Pourtant, le 28 juin 2004, il remporte le siège avec une marge de 861 voix et devient l’un des 99 députés conservateurs, provenant de tout le Canada, élus à la Chambre à Ottawa, qui formeront l’opposition officielle.

Député

Andrew Scheer fait son premier discours au Parlement en réponse au discours du Trône du gouvernement libéral, y exposant notamment la façon dont il conçoit le rôle du gouvernement :

J’estime qu’il y a certaines limites à l’étendue du pouvoir du gouvernement, que certains problèmes doivent être réglés par des Canadiens individuellement, des collectivités ou des organismes de la base. Nous avons besoin d’un gouvernement qui admet ses propres limites.

En 2005, Andrew Scheer s’oppose farouchement à la légalisation sur le mariage entre personnes du même sexe. À l’occasion de débats particulièrement vifs, il soutient que puisque les couples de même sexe ne peuvent pas procréer naturellement, ils ne peuvent pas non plus se marier, avant de voter contre le projet de loi à l’étude. Il ajoute qu’en tant que catholique, le fait que l’on ait dit aux prêtres qu’il leur était interdit de faire part de leur opposition au mariage entre personnes du même sexe, lui répugne profondément.

En dépit de ses opinions, Andrew Scheer fera partie de ceux qui, lors du congrès d’orientation du Parti conservateur de 2015, estimeront que le moment est venu d’éliminer l’opposition explicite au mariage entre personnes du même sexe du document d’orientation stratégique du parti, expliquant qu’il faut désormais que les politiques conservatrices traduisent mieux les valeurs de la société canadienne.

Président de la Chambre

Andrew Scheer est réélu député en 2006. Les conservateurs forment alors un gouvernement minoritaire et il devient vice‑président adjoint de la Chambre des communes, puis vice‑président après les élections de 2008. Il explique que ce poste l’a attiré parce qu’il avait observé la façon dont les libéraux avaient exploité, à leur avantage, le processus et les procédures de la Chambre des communes au cours de leurs années de gouvernement minoritaire.

Lors des élections de 2011, les conservateurs obtiennent un gouvernement majoritaire et, réélu député, Andrew Scheer prend le meilleur sur sept autres députés et décroche le poste de président de la Chambre des communes. Il devient, à 32 ans, le plus jeune titulaire du poste de l’histoire. Deux ans plus tard, il prend l’une de ses plus importantes décisions de président lorsqu’il statue que les députés devraient être libres de faire des déclarations à la Chambre ou de poser des questions sans être inscrits sur une liste d’intervenants établie par un parti, une pratique qui était devenue habituelle dans le cadre d’un contrôle de plus en plus étroit exercé par les chefs et les whips des partis.

Campagne pour la chefferie du Parti conservateur

En 2015, Andrew Scheer est réélu député une nouvelle fois; toutefois, à l’échelon national, ce sont les libéraux qui se retrouvent au pouvoir et il perd son poste de président de la Chambre. Lorsque Stephen Harper démissionne de son poste de chef conservateur, Andrew Scheer envisage d’être nommé chef intérimaire du parti; toutefois, encouragé par des amis, il se lance plutôt dans la course pour obtenir le poste permanent. En attendant le choix d’un chef titulaire, Rona Ambrose, qui exerce les fonctions de chef intérimaire à la suite du départ de l’ancien premier ministre, le nomme leader de l’opposition à la Chambre.

Au printemps 2016, on commence à parler ouvertement d’Andrew Scheer comme d’un candidat potentiel au poste de chef conservateur. À l’automne, il démissionne de son poste de leader de l’opposition à la Chambre pour se lancer officiellement dans la course à la chefferie.

En dépit du gain rapide du soutien de plusieurs membres du caucus conservateur, Andrew Scheer ne parvient pas, lors de sa campagne, à décoller de la troisième place jusqu’à ce que le célèbre homme d’affaires Kevin O’Leary abandonne la course en avril 2017. On estimait alors que ce dernier terminerait en seconde position derrière le député québécois Maxime Bernier qui faisait la course en tête. Son retrait fournit toutefois une ouverture à l’ancien président de la Chambre. Il met notamment en place une stratégie concertée de séduction des agriculteurs québécois rebutés par la position de Maxime Bernier qui s’est prononcé en faveur de l’abolition de la gestion de l’offre dans l’industrie laitière, une politique que de nombreux acteurs de cette industrie considèrent comme vitale pour sa survie.

Andrew Scheer bénéficie également du soutien de nombreux conservateurs sociaux, bien que certains d’entre eux aient suggéré de ne pas l’appuyer compte tenu de son refus, s’il devenait premier ministre, de rouvrir les débats sur des enjeux comme l’avortement ou le mariage entre personnes de même sexe, et ce, en dépit de son opposition personnelle sur ces deux sujets.

La plate‑forme politique de l’ancien leader de l’opposition comprend, par ailleurs, un engagement d’éliminer les taxes fédérales sur le chauffage domestique, d’annuler les financements fédéraux pour les universités qui ne garantissent pas la liberté d’expression sur leur campus et d’offrir des crédits d’impôt pour les parents qui assurent la scolarisation de leurs enfants à domicile ou les envoient dans des écoles privées.

Pendant sa campagne, Andrew Scheer se voit souvent comparé à Stephen Harper, sans que cela ne lui pose aucun problème. En effet, il explique que si les conservateurs ont été battus lors des élections précédentes, c’était uniquement pour des raisons de forme et non pas de fond : « Nous devons juste tout faire pour que nos politiques trouvent, à l’échelon le plus concret, un écho favorable auprès des simples citoyens. »

Victoire étroite dans la course à la chefferie

Lors du vote, le 27 mai 2017, au cours duquel les membres du Parti conservateur doivent classer les candidats dans le cadre d’un scrutin préférentiel, Andrew Scheer est finalement déclaré vainqueur avec près de 63 000 voix lors du dépouillement du dernier tour de scrutin face à Maxime Bernier, arrivé en deuxième position, qui rassemble sur son nom pratiquement 56 000 voix. Il s’agit d’une victoire par la plus faible des marges, le vainqueur ne récoltant que 50,95 % des « points pondérés » disponibles en vertu des règles de cette élection.

On estime que ce sont les conservateurs sociaux, qui avaient soutenu le candidat Brad Trost comme leur premier choix, qui ont fait pencher la balance en faveur d’Andrew Scheer lors du scrutin préférentiel. Ce n’est qu’après le retrait du nom de Brad Trost, lors du 11e tour, qu’Andrew Scheer semble ne plus pouvoir être battu.

En tant que chef, Andrew Scheer promet de ne pas bouleverser les orientations du parti par rapport aux positions et aux politiques de l’ère Harper.