Cowboy Junkies

Les Cowboy Junkies est un groupe alternatif rock, country et folk de Toronto. L’album qui les a fait connaître, The Trinity Session (1988), a établi leur signature musicale, une mixture mélancolique de folk et de blues marqué par une instrumentation dépouillée et la voix feutrée mais envoûtante de la chanteuse Margo Timmins. Un des groupes canadiens les plus populaires de la fin des années 1980 et des années 1990, les Cowboy Junkies ont reçu deux albums platine et trois albums or au Canada, et ont vendu plus de 5 millions d’albums dans le monde. Ils ont été intronisés dans le Temple de la renommée de l’industrie canadienne de la musique et dans le Panthéon de la musique canadienne.



Cowboy Junkies
Michael Timmins (à gauche), Margo Timmins, Alan Anton et Peter Timmins (à droite).
(avec la permission de Geffen Records Inc.)

Origines et premiers enregistrements

Les Cowboy Junkies sont formés à Toronto en 1985 par Michael Timmins (auteur-compositeur, guitariste), Peter Timmins (percussionniste), Margo Timmins (chanteuse) et Alan Anton (bassiste). Frères et sœur, les Timmins sont les arrière petits enfants du magnat de l’exploitation minièreNoah Timmins, qui a donné son nom à la ville de Timmins, en Ontario.

Michael et Alan se sont connus à l’école maternelle à Montréal, et sont amis depuis l’âge de cinq ans. Ils étaient aussi des amis de Greg Keelor, de Blue Rodeo, qui a grandi dans le même quartier. Michael et Alan ont auparavant joué ensemble dans le groupe d’influence punk Hunger Project et dans le groupe expérimental Germinal. Ce dernier a enregistré Din sous étiquette Latent, propriété de Michael Timmins, en 1984.

Les Cowboy Junkies se produisent pour la première fois en public dans les clubs de la rue Queen West, à Toronto, notamment à la Beverley Tavern (où ils font leur début) et au Rivoli. À l’époque, Margo Timmins, dont la timidité est proverbiale, travaille comme secrétaire, et elle n’a jamais chanté en public auparavant.

À l’aide d’un microphone ambisonique Calrec de 9 000 $, le producteur canadien Peter Moore enregistre leur premier album d’inspiration blues, Whites Off Earth Now!!, dans le garage de la famille Timmins. Après le lancement de l’album, en 1986, le groupe effectue une tournée dans le sud des États-Unis. La musique country commence à influencer leur travail. « Nous nous sommes mis à écouter du Hank Williams, raconte Michael Timmins. […] Il y a tant de cœur et d’âme dans la bonne musique country. Et les paroles sont si simples et directes. »


The Trinity Session (1988)

Le deuxième album du groupe, The Trinity Session, est enregistré le 27 novembre 1987 dans la Church of the Holy Trinity, à Toronto. À nouveau, ils utilisent le microphone ambisonique Calrec. L’album est produit par Moore pour 250 $ et enregistré dans une session de 14 heures (à l’exception de la piste d’ouverture « a capella », enregistrée par Margo quelques jours plus tard). L’album comprend quatre titres originaux de Michael Timmins et des chansons d’autres artistes, dont « I’m So Lonesome I Could Cry » de Hank Williams, « Walking After Midnight » de Patsy Cline et une version de « Sweet Jane » de Velvet Underground.

Parmi les fans présents aux concerts des Junkies à Toronto, se trouve Graham Henderson, un jeune juriste en droit du spectacle. Il jouera un rôle clé en aidant le groupe à obtenir un contrat de distribution pour The Trinity Session. « Nous l’avons rencontré, raconte Michael Timmins à Exclaim! en 2000, et il nous a dit : “Donnez-moi 20 bandes et on verra bien ce qui arrivera.” Nous nous sommes dit : “Bien sûr, mon pote, pourquoi pas, voici 20 bandes, bonne chance.” C’était son initiative, et à partir de ce moment, nous avons commencé à recevoir des appels. » Graham Henderson et Margo Timmins commencent aussi à se fréquenter. Ils s’épousent en 1988 et adoptent un enfant. (Graham Henderson est vice-président des affaires commerciales et du commerce en ligne chez Universal Music Canada jusqu’en 2000, lorsqu’il devient président de l’Association de l’industrie canadienne de l’enregistrement.)


The Trinity Session est lancé sous étiquette Latent, la maison de disques de Michael, au début de 1988. Le groupe signe alors avec RCA (BMG Music Canada Inc.), qui lance l’album dans le monde entier un peu plus tard dans l’année. « Sweet Jane » devient un succès surprise aux États-Unis, atteignant la 5e position dans le classement du rock alternatif Billboard. Lou Reed, de Velvet Underground, déclare que l’interprétation des Junkies « est la version la meilleure et la plus authentique » qu’il ait jamais entendue. William Goodman, de Billboard, la qualifie de « feutrée, tendre, angélique et tout simplement superbe. C’est là que le cœur prend le pas sur l’esprit ». « Misguided Angel », une composition originale de Michael, devient aussi une chanson phare pour le groupe, se plaçant dans le Top 40 au Canada.

The Trinity Session est encensé par la critique et abondamment diffusé en audio et vidéo sur les ondes, particulièrement dans les campus collégiaux et universitaires. Il atteint la 26e place dans le classement des 200 albums les plus vendus de Billboard, et la 28e place dans le classement des albums canadiens. Il se classe aussi très bien en Nouvelle-Zélande et en Australie. La mixture mélancolique de blues, de country, de folk et de rock fait des Junkies un groupe culte et noté par la critique aux États-Unis. Plusieurs publications, dont le Los Angeles Times, saluent en lui un des meilleurs albums de 1988. Plus de 1,5 million de copies sont vendues dans le monde. L’album est certifié platine aux États-Unis et double platine au Canada.

The Trinity Session expose le remarquable talent d’auteur-compositeur de Michael Timmins, mais l’élément le plus marquant du son des Cowboy Junkies reste la voix de Margo Timmins. Au début de leur carrière, les Junkies pratiquent dans un petit garage en ville, et gardent le volume bas. Margo chante aussi doucement, et commence à réaliser que sa voix tendre est très efficace. Elle devient la signature sonore du groupe. Les images des chansons de Michael Timmins contiennent « une juxtaposition d’éléments » (The Record, 29 novembre 1993). Des chansons comme « Misguided Angel » (que le groupe interprète pour la première fois lors de l’enregistrement) et « To Love Is to Bury » utilisent cette juxtaposition de paroles fortes et introspectives avec la voix douce et expressive de Margo.


1990–1995

En 1989, le groupe effectue une tournée aux États-Unis, en Europe, en Australie et au Japon. The Trinity Session est suivi par The Caution Horses (1990). L’album possède un son country folk plus étoffé, grâce à l’ajout des musiciens invités Kim Deschamps (steel pedal guitar, aussi membre de Blue Rodeo) et Jaro Czerwinec (accordéon) ainsi que du multi-instrumentiste Jeff Bird (violon, harmonica, orgue, basse 8 cordes, percussion, mandoline). The Caution Horses introduit les grands succès canadiens « Sun Comes Up (It’s Tuesday Morning) », « Cause Cheap Is How I Feel » et « Rock and Bird ». « Sun Comes Up (It’s Tuesday Morning) » remporte le prix vidéo MuchMusic pour meilleur vidéo en 1990. L’album est certifié platine au Canada.

Les Cowboy Junkies sont en nomination pour le Groupe de l’année du Prix Juno en 1990 et en 1991. Au début des années 1990, Margo Timmins, devenue à son corps défendant la figure de proue du groupe, est adoptée par l’industrie de la mode. Elle est proclamée « une des cinquante plus belles personnes au monde » par People Magazine. Elle est aussi photographiée par le photographe américain primé Herb Ritts pour une campagne de vêtements Gap.

En 1990, le légendaire auteur-compositeur-interprète Townes Van Zandt, qui a exercé une forte influence sur l’écriture de Michael, accompagne le groupe dans une tournée. « Cowboy Junkies Lament » figure à la fois dans son album No Deeper Blue (1994) et dans celui des Junkies Black Eyed Man (1992). Black Eyed Man inclut aussi un duo de Margo et de la vedette country John Prine sur la piste « If You Were the Woman and I Was the Man ». Les musiciens invités Ken Myhr (guitare solo), David Houghton (percussion) et Dave Allen (violon) ont également contribué à l’album.


Vers 1992, le style des Junkies a évolué. Le volume, le tempo et l’instrumentation se sont amplifiés sur Black Eyed Man, qui consolide leur son country folk. Toutefois, leur album suivant, Pale Sun, Crescent Moon (1993), est plus abrupt, davantage dans la veine du rock alternatif. On y trouve la piste inhabituellement joyeuse « Anniversary Song », qui atteint le top 10 au Canada. Black Eyed Man et Pale Sun, Crescent Moon sont tous deux certifiés or au Canada.

Après avoir enregistré Pale Sun, Crescent Moon, le groupe met fin à son contrat avec RCA (BMG Music Canada Inc.). En 1995, RCA lance 200 More Miles, une compilation d’enregistrements en concert.

 1996–2000

En 1996, les Junkies signent avec la maison de disques Geffen (MCA Records Canada) et lancent Lay It Down, où figure le single du top 20 « A Common Disaster » et le succès du top 10 « Angel Mine ». Cette chanson peut être considérée comme une suite de leur précédent succès « Misguided Angel ». L’album est coproduit par John Keane (R.E.M., Indigo Girls). Il signale un retour à un son plus minimaliste, avec moins de musiciens invités. Lay It Down se vent à plus de 600 000 exemplaires dans le monde et est certifié or au Canada.

En hommage à Townes Van Zandt, après son décès en 1997, Michael écrit « Townes’ Blues » (Black Eyed Man) et « Blue Guitar » (Miles from Our Home). Les paroles des deux chansons sont empruntées à des compositions jamais publiées de Van Zandt.

L’album Miles from Our Home (1988) est produit par le prolifique producteur britannique John Leckie (George Harrison, Pink Floyd, The Stone Roses, Grapes of Wrath, Radiohead) et enregistré dans le célèbre studio Abbey Road de EMI. Après son lancement, la nouvelle de la fusion de PolyGram et Universal est annoncée (sous le nom de Universal Music Group). En conséquence, le contrat du groupe chez Geffen est annulé.

Bien qu’ayant peu d’appuis d’une maison de disque, les Junkies se lancent dans la tournée de Miles from Our Home. Celle-ci est un succès et permet au groupe de constater l’importance de son audience aux États-Unis. Les Junkies décident de relancer leur label indépendant, Latent Records, refont leur site Internet et négocient des ententes avec MapleMusic.com (Canada) et Amazon.com (États-Unis) pour assurer leurs ventes en ligne.

Tout en poursuivant leur tournée, les Junkies lancent Rarities, B-Sides and Slow, Sad Songs (1999) ainsi que l’album live Waltz Across America (2000) à partir de leur site Internet. Les deux albums connaissant un tel succès que Universal offre un contrat de distribution au groupe.


De 2001 à aujourd’hui

Lancé en 2001, Open comporte une tonalité plus sombre. Il se mérite une nomination aux prix Juno pour le meilleur album pop. Open est rapidement suivi de la sortie de Best of Cowboy Junkies (2001) chez BMG/RCA.

En 2001, le groupe se produit sur 108 scènes, dans 15 pays. Open Road (2002), un album double, contient une recension détaillée d’une de leurs tournées en Amérique du Nord et en Europe. Les deux enregistrements qui suivent, Radio One Sessions (2002) et In the Time Before Llamas (2003), présentent des classiques originalement réalisés pour la radio de la BBC dans les années 1990. Platinum & Gold Collection, lancé en 2003, regroupe de vieilles chansons des Cowboy Junkies. La publication des albums, en 2002 et 2004, est suivie par de grandes tournées en Europe et en Amérique du Nord.

En 2004, les Junkies reviennent à leurs origines. Sans l’aide d’un producteur ou d’un ingénieur, ils enregistrent l’album One Soul Now. Ce titre reflète l’état du groupe : après 20 ans, les Junkies forment un ensemble bien uni. One Soul Now est vendu avec un CD-ROM intitulé Anatomy of an Album. Il décrit l’écriture, l’enregistrement et la production de One Soul Now.

L’album suivant du groupe, Early 21st Century Blues (2005), est le premier depuis Whites Off Earth Now!! à comporter plus de reprises que de chansons originales. Les deux compositions de Michael Timmins accompagnent des chansons de Bob Dylan, Bruce Springsteen, George Harrison et U2 et plusieurs autres. Lancé au milieu de la guerre d’Irak, le disque a une thématique résolument pacifiste. On y retrouve aussi l’aîné des Timming, John, à la guitare et au banjo.


Avec At the End of Paths Taken (2007), le groupe revient à des compositions originales, mais d’un ton et d’un style très différents. Jason Schneider, du magazine Exclaim!, remarque que l’album est centré sur le thème d’un « lent effritement des liens familiaux ». Selon lui, il s’agit de leur « enregistrement le plus captivant d’un bout à l’autre depuis Lay It Down, en 1996 ».

En 2007, les Junkies lancent Trinity Revisited, une reprise de leur album phare The Trinity Session. Comme l’original, il est enregistré à la Church of the Holy Trinity de Toronto. On y retrouve les artistes invités Natalie Merchant, Vic Chesnutt et Ryan Adams.

Trinity Revisited est suivi de quatre albums, dont la série Nomad, durant les années qui suivantes. Renmin Park (2010) est inspiré par un voyage que Michael Timmins et sa famille ont fait en Chine, où sont nés deux de ses enfants adoptés. Demons (2011), entièrement composé de chansons de Vic Chesnutt, est un album hommage réalisé à la suite de son décès à la fin de 2009. Sing in My Meadow (2011) et The Wilderness (2012) complètent la série, qui est suivie par The Kennedy Suite (2013), un album concept collectif autour de l’assassinat de John F. Kennedy. On y retrouve des artistes comme Sarah Harmer, Hawksley Workman ainsi qu’Andy Maize et Josh Finlayson, des Skydiggers.

All That Reckoning (2018) est le premier album studio des Junkies en quatre ans. Il est question, dans les mots de Michael, de « cœurs vides, nids vides, chemins perdus, vies perdues, et tous ces bilans qui amènent la fin des choses, et le début de quelque chose de nouveau ». Il s’agit d‘un des albums les plus politiques du groupe, et un des plus appréciés par la critique. Daniel Sylvester, du magazine Exclaim! le qualifie de « simple, passionné et viscéral », tandis que Michael Bonner, de Uncut, croit y entendre « le disque que les Cowboy Junkies ont préparé tout au long de leur carrière ».

Distinctions

En 2015, The Trinity Session reçoit le Prix du Patrimoine Polaris pour le meilleur album canadien des années 1980. (Voir aussiPrix de musique Polaris.) En 2016, Margo Timmins est faite membre de l’Ordre de l’Ontario. Le groupe est intronisé dans le Panthéon de la musique canadienne le 27 octobre 2019.


Prix

Discographie

  • Whites Off Earth Now!! (1986)
  • The Trinity Session (1988)
  • The Caution Horses (1990)
  • Black Eyed Man (1992)
  • Pale Sun Crescent Moon (1993)
  • 200 More Miles (1995)
  • Lay It Down (1996)
  • Miles From Our Home (1998)
  • Rarities, B Sides and Slow, Sad Waltzes (1999)
  • Waltz Across America (2000)
  • Open (2001)
  • Best of Cowboy Junkies (2001)
  • Radio One Sessions (2002)
  • Open Road (2002)
  • In the Time Before Llamas (2003)
  • Platinum & Gold Collection (2003)
  • One Soul Now (2004)
  • Early 21st Century Blues (2005)
  • Long Journey Home (2006)
  • At the End of Paths Taken (2007)
  • Trinity Revisited (2008)
  • Renmin Park (2010)
  • Demons (2011)
  • Sing in My Meadow (2011)
  • The Wilderness (2012)
  • Notes Falling Slow (2015)
  • All That Reckoning (2018)

Lecture supplémentaire

  • DeCurtis, Anthony. 'The Trinity Session,' Rolling Stone, 9 Feb 1989

    Stoute, Lenny. 'The agony and the ecstacy,' Network, Feb-Mar 1990

    Stern, Perry. 'Back in the saddle,' Music Express, 145, Mar 1990

    Reynolds, Bill. 'Riding high in the big time, their new album throws Caution to the wind with move from folk to pop,' Toronto Metropolis, 15 Mar 1990

    Macfarlane, David. 'When the Cowboy Junkies play, mourning becomes electric,' SatN, Oct 1991

    The Record, 17 Feb 1992

    Jennings, Nicholas. 'Let a little sunshine in,' HMV, Feb 1992

    McLean, Steve. 'Stripped down Junkies,' The Record, 29 Nov 1993

    Leblanc, Larry. 'Cowboy Junkies get back to basics,' Billboard, 20 Jan, 1996

    Hubbard, Stephen. 'Purified Vision,' Network, Spring 1996

    Rayner, Ben. 'Junkies go extra mile,' Toronto Star, 30 Aug 1999

    Dufour, Valérie. 'La liberté retrouvée des Cowboy Junkies,' Le Devoir, 21 mai 2000

    Sterdan, Darryl. 'Junkies go back to their roots,' Winnipeg Sun, 11 May 2001

    Varty, Alexander. 'Open for Business,' Words & Music, Summer 2001

    The Canadian Press. 'Cowboy Junkies urge CD boycott,' Ottawa Citizen, 19 Aug 2001

    Armstrong, Denis. 'Junkies get up close and personal,' Ottawa Sun, 6 Feb 2003

Liens externes