Politique municipale

Ce qui distingue le plus la politique municipale de la politique provinciale et fédérale au Canada est l'absence des grands partis politiques.

Jean Drapeau, homme politique
En qualité de maire de Montréal, Jean Drapeau a présidé \u00e0 nombre de grands projets, dont les Jeux olympiques de 1976 et l'Expo 67 (avec la permission de la Presse canadienne).

Politique municipale

Ce qui distingue le plus la politique municipale de la politique provinciale et fédérale au Canada est l'absence des grands partis politiques. Bien que les candidats comptent souvent sur l'appui de partis politiques pour mener leur campagne électorale, ils se présentent habituellement à titre d'indépendants. La scène politique municipale ne donne pas lieu à l'affrontement entre le gouvernement et l'opposition qui caractérise communément le Parlement et les assemblées législatives.

Les maires n'ont pas le pouvoir que possède le Cabinet de dominer le Parlement et de le diviser entre les partisans et les opposants. Le conseil municipal s'apparente plutôt aux assemblées législatives du XVIIIe siècle : tous les membres qui participent à la conduite des affaires publiques se liguent avec les uns ou avec les autres en différentes occasions. Il y a consensus sur la plupart des questions, mais de vives disputes sur des points particuliers viennent souvent troubler cette entente de fond entre les conseillers municipaux. Puisque les politiciens n'y sont pas soumis à la discipline de parti, les disputes naissent souvent de conflits de personnalités, de rivalités, de divergences d'intérêts et parfois de questions idéologiques. La complexité et la futilité apparente de ces disputes nuisent à la structure et à la portée de la politique locale.

De nombreux conflits importants en politique municipale concernent les biens immobiliers, les terrains et les immeubles. Les principaux services des municipalités (voir GOUVERNEMENT MUNICIPAL ) sont la réglementation de l'usage du sol urbain et la prestation de services matériels tels que les rues et les égouts. Les conseils municipaux tirent la majorité de leurs recettes de l'impôt prélevé sur les terrains et les immeubles qu'ils desservent et réglementent. Du point de vue juridique, les municipalités sont créées par les provinces et sont soumises à toute une série de contrôles législatifs, judiciaires et administratifs. Après la Crise des années 30 et la Deuxième Guerre mondiale, les municipalités ont fortement compté sur l'aide financière fédérale et provinciale pour assurer les services publics, alors en pleine expansion. Plus récemment, le fédéral et les provinces ont réduit leur financement de façon draconienne tout en transférant de nouvelles responsabilités aux municipalités, ce qui a eu pour effet de les inciter fortement à trouver une formule plus économique de prestation des services. On a aussi observé un regain des campagnes de promotion de la part des municipalités, qui estiment devoir utiliser tous leurs pouvoirs, et particulièrement en matière de réglementation et d'imposition des terrains, dans le but d'attirer les investissements d'entreprises.

En règle générale, les élus municipaux trouvent que leur champ d'action est limité. Les municipalités ont peu de moyens d'obtenir des recettes et assument une lourde responsabilité en matière de services essentiels. Néanmoins, ce sont elles qui détiennent le plus de pouvoir et la plus grande liberté d'action pour ce qui est de l'aménagement des terrains. Aujourd'hui plus que jamais, on s'attend à ce qu'elles encouragent le développement pour favoriser la croissance économique. Les pressions en ce sens viennent surtout du milieu des affaires. Les gens d'affaires et ceux qui ont des intérêts dans l'IMMOBILIER ont joué un rôle prépondérant dans la politique municipale canadienne. En revanche, l'implication du gouvernement municipal dans des questions commerciales a toujours rencontré de l'opposition chez les contribuables, qui s'inquiètent de la hausse des impôts, et chez les propriétaires, qui craignent les effets du développement sur la valeur de leurs propriétés et sur leur qualité de vie. On peut soutenir que l'affrontement entre le milieu des affaires et les intérêts des consommateurs sont au coeur même de la politique municipale, bien qu'il ne se traduise pas toujours par un conflit ouvert (voir MOUVEMENTS POPULAIRES URBAINS).

Cet affrontement s'est manifesté avec plus d'acuité après le long boom économique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Les politiciens réformistes, au nom des intérêts des consommateurs, se plaignaient des effets de la rapidité du développement urbain aux mains de conseillers municipaux ayant traditionnellement des liens étroits avec le milieu des affaires (voir RÉFORMES URBAINES). Dans quelques villes, dont Winnipeg, Toronto et Ottawa, le Nouveau Parti démocratique (NPD) est parvenu à s'imposer comme la principale organisation de gauche en politique municipale. Le plus souvent, cependant, les réformistes ont formé une coalition exempte de toute affiliation partisane.

Dans les faits, de telles coalitions sont des partis municipaux, mais leur organisation est moins resserrée et moins soumise à la discipline que les partis provinciaux. À cet égard, la gauche a suivi l'exemple de la droite. Les partis locaux qui ont connu le plus de succès sont des organisations ayant une structure souple, formées par des conservateurs pour résister aux incursions politiques de la gauche. Les plus anciennes organisations de ce genre, telles que l'Independent Citizens' Election Committee de Winnipeg (1921) et la Civic Non-Partisan Association de Vancouver (1934), ont vu le jour entre les deux guerres. Ironiquement, un de leurs objectifs consistait à préserver le gouvernement municipal de la politique partisane.

 Montréal constitue un cas particulier en ce sens que son conseil municipal est dominé depuis le début des années 60 par des partis communautaires organisés. Il est rare qu'un maire domine un conseil municipal comme l'ont fait Jean DRAPEAU et Jean Doré à Montréal. Les comités du conseil tendent à partager les pouvoirs, tandis que le pouvoir exécutif est divisé ou confié à un conseil composé de plusieurs membres au sein duquel le maire ne possède qu'un seul vote. Les conseillers municipaux sortants s'appuient généralement sur leur réputation et sur leur organisation pour briguer leur réélection et demeurent ainsi indépendants des partis et des chefs politiques. Cela est vrai en particulier des politiciens conservateurs traditionnels qui détiennent la plupart des sièges dans pratiquement tous les conseils municipaux.

Les réformistes acceptent peut-être plus facilement la discipline de parti, mais ils sont divisés sur des questions de politique et tirent leur appui d'organisations communautaires aux intérêts contradictoires. En fait, le désir des réformistes - que la municipalité soit plus sensible aux demandes de la population de chaque quartier - a contribué à la poursuite de la fragmentation de la politique municipale, malgré les efforts pour regrouper les forces de la gauche et de la droite.

Les élections municipales mobilisent moins de la moitié des électeurs qui participent aux élections provinciales et fédérales, peut-être en raison de l'absence des grands partis, du manque de publicité ou de l'apparente insignifiance des dossiers. D'autres formes de participation des citoyens sont plus courantes et plus accessibles au niveau municipal, que ce soit par des contacts directs avec les représentants, ou en intervenant directement dans les décisions d'ordre public. Pour bien des gens, ce qui compte, c'est l'écoute des conseillers municipaux aux demandes de la population en dehors des campagnes électorales. Le faible taux de participation aux élections municipales peut d'ailleurs inciter les politiciens à prêter une oreille plus attentive aux requêtes des petits groupes et des particuliers, en raison de la marge étroite qui détermine souvent la victoire.

Par ailleurs, les gens sont moins enclins à prendre part à la politique municipale en raison du nombre relativement restreint de dossiers qui lui incombent. Jusqu'à récemment, le droit de vote était réservé aux propriétaires. De récents bouleversements dans la politique municipale canadienne n'ont pas réussi à élargir suffisamment ses possibilités d'action pour susciter l'engagement massif souhaité par les défenseurs de l'autonomie gouvernementale locale.


Lecture supplémentaire

  • Warren Magnusson and A. Sancton, eds, City Politics in Canada (1983); Michael Keating, Comparative Urban Politics: Power and the City in the United States, Canada, Britain and France (1991); James Lightbody, ed, Canadian Metropolitics: Governing Our Cities (1995).