Arrivée des épouses de guerre et de leurs enfants au Canada

De 1942 à 1947, le gouvernement a fait venir au Canada 47 783 « épouses de guerre » et leurs 21 950 enfants. La plupart de ces femmes viennent de Grande-Bretagne, où les forces canadiennes sont postées pendant la Deuxième Guerre mondiale. Bien que le voyage et la transition s’avèrent difficiles pour beaucoup de ces femmes, la plupart ont réussi à s’adapter et à aimer leur patrie d’adoption.



Épouse de guerre et enfant

Une épouse de guerre et son enfant arrivent à la station Bonaventure à Montréal, au Québec, le 4 mars 1947..

(avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada)

En juillet 1940, l’adolescente anglaise June Watkins rencontre le jeune soldat canadien qui deviendrait bientôt son mari. Jack King, du West Nova Scotia Regiment, est arrivé en Angleterre l’année précédente. « Nous nous sommes rencontrés à une fête à Londres, alors qu’il jouait du tambour dans la fanfare militaire. Nous avons partagé une danse et c’est ce qui a commencé une histoire splendide et sans fin », se rappelle-t-elle plus tard. Dès 1943, le couple se marie et, en mars 1945, Mme June (Watkins) King arrive au quai 21 de Halifax, en Nouvelle-Écosse, pour entamer sa nouvelle vie de Canadienne.

Une épouse de guerre se souvient

« Le navire était plein d’épouses de guerre et de soldats de retour au pays », raconte June (Watkins) King en se remémorant sa traversée de l’Atlantique. « J’avais 21 ans, j’étais seule et terrifiée, ma famille et mes amis me manquaient déjà… Encore à ce jour, je m’ennuie de ma grande famille unie. »

Jack King figure parmi les quelque 48 000 militaires canadiens à s’être mariés à l’étranger pendant la Deuxième Guerre mondiale. De 1942 à 1947, le gouvernement fait venir au Canada 47 783 épouses de guerre et leurs 21 950 enfants. Ils sont peu nombreux à venir avant la fin de la guerre. Ils commencent vraiment à arriver avec le Mauretania qui, le 10 février 1946, accoste au quai 21 à Halifax avec 943 femmes et enfants à son bord.

Épouses de guerre sur un bateau

Épouses de guerre et leurs enfants en route vers le Canada. Photo prise en Angleterre, le 17 avril 1944.

(photo prise par lieutenant W.J. Hynes, Défense nationale et Forces armées canadiennes, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada / PA-147114)

Tout comme ses sœurs, elles-mêmes épouses de guerre, June King émigre par amour. Le contexte émotionnel de la guerre, renforcé par l’anxiété et nourri par la crainte, rend leur histoire particulièrement poignante. Les jeunes soldats, aviateurs et marins, qui, pour beaucoup, quittent la maison pour la première fois, se sentent seuls et ont le mal du pays. Même les affres de la guerre ne suffisent pas à dompter l’exubérance de la jeunesse. Tout naturellement, les hommes cherchent du réconfort auprès des jeunes femmes qui sont d’ailleurs lasses d’avoir peur et de manquer de l’indispensable, surtout que leurs amoureux sont au loin. Elles ne demandent pas mieux que de s’amuser un peu.

Il est difficile pour une femme de vaquer à ses occupations quotidiennes sans tomber sur des militaires étrangers. La plupart des couples se rencontrent dans les dancings et les pubs. Comme June et Jack, beaucoup se rencontrent à l’occasion des soirées organisées pour soutenir le moral des troupes. Leur attirance mutuelle se change rapidement en amour. Sachant que le temps qu’ils auront à passer ensemble est compté, une grande partie de ces couples se marient après une brève fréquentation. La première union entre un militaire canadien et une Anglaise a lieu le 28 janvier 1940, moins de 40 jours après l’arrivée des premiers Canadiens en Angleterre.

Les épouses de guerre font le voyage sans leur mari qui a déjà été rapatrié ou qui est encore cantonné outre-mer. La majorité, soit 44 886 d’entre elles, vient de Grande-Bretagne. Les autres sont d’origines diverses : des Pays-Bas et d’autres pays européens, ainsi que de l’Afrique, de la Russie, de l’Inde, de l’Australie et des Caraïbes. Femmes et enfants sont initialement transportés aux frais de la division de l’immigration du ministère canadien de l’Énergie, des Mines et des Ressources. En août 1944, le ministère de la Défense nationale en prend la responsabilité et crée le bureau des épouses canadiennes. La Croix-Rouge aide aussi les femmes et les enfants dans leur voyage vers le Canada.

Épouse de guerre en Angleterre

L'assistante Matron Kathleen Hurley aide l'épouse de guerre Mme H.F. Whitmore et son fils Mervin, qui sont en route vers le Canada. Photo prise au Maple Leaf Club à Londres, en Angleterre, le 4 décembre 1944.

(photo de lieutenant Charles H. Richer, Défense nationale et Forces armées canadiennes, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada / PA-128181)

On s’occupe des épouses de guerre du début à la fin. Le bureau des épouses canadiennes planifie le transport, les conduit à leur bateau et leur fournit l’information nécessaire. Les bénévoles de la Croix-Rouge prennent soin d’elles alors qu’elles attendent, dans les auberges, le jour du départ. Une fois à bord, les femmes et les enfants relèvent de la responsabilité du personnel de l’Armée responsable du transport, qui inclut des médecins, des infirmières et des aides-soignants du Corps de service de l’Armée royale canadienne. Des bénévoles du Corps canadien de la Croix-Rouge offrent également une aide importante à bord, faisant de nombreuses traversées pour accompagner les femmes.

Épouses de guerre et leurs enfants sur un bateau

Les agentes accompagnatrices Helen Drope et Patricia Keene de la Croix-Rouge canadienne servent le souper aux enfants des épouses de guerre en route vers le Canada embarqués sur le bateau SSLetitia.(Photo prise le 2 avril 1946 à Liverpool en Angleterre.)

(photo de Barney J. Gloster, Défense nationale et Forces armées canadiennes, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-175792)

Pour certaines épouses de guerre, les escortes et la relative abondance de nourriture (beaucoup de denrées sont rationnées en Angleterre) font de ce voyage de deux semaines une véritable croisière de luxe. Pour d’autres, c’est un périple ponctué de nausées occasionnées par le mal de mer ou la grossesse. Les pleurs des enfants malades mettent les nerfs à vif. Après le premier voyage, il est évident que les navires de troupes ne conviennent pas à des femmes et des enfants souffrant du mal de mer. Les installations sanitaires ne sont pas appropriées, et l’odeur du vomi et des couches sales est insupportable. Vers 1946, toutefois, les conditions à bord s’améliorent. Les épouses de guerre et leurs enfants voyagent en effet désormais dans des paquebots luxueux, comme l’ Aquitania et le Queen Mary.

Épouse de guerre et son enfant sur un bateau

Mme J.W. Perry, une épouse de guerre, et sa fille Sheila à bord du S.S. Letitia en route vers le Canada, où Mme Perry rejoindra son mari.(Photo prise le 2 avril 1946 à Liverpool en Angleterre.)

(photo de Barney J. Gloster, Défense nationale et Forces armées canadiennes, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-175790)

À leur arrivée au Canada, les femmes se rendant plus loin que la Nouvelle-Écosse continuent en train, toujours escortées par la Croix-Rouge. Rejoindre un mari qu’on connaît à peine et dont on n’a jamais rencontré la famille est éprouvant pour les nerfs, surtout quand on se retrouve dans un nouveau pays. La crainte d’être mal reçu n’est pas rare.

La vie au Canada est un choc culturel pour bon nombre, particulièrement pour celles qui habitaient une grande ville et qui se retrouvent soudainement dans des fermes rustiques sans eau courante ni toilette intérieure. Certaines retrouvent le fringant militaire qu’elles avaient rencontré en Europe, cassé par la guerre, étranger à sa propre famille et à sa nouvelle femme. La pénurie de logements de l’après-guerre oblige bien des jeunes mariées à vivre avec la famille de leur mari... des étrangères en terrain inconnu.

Tout comme June, la plupart sont chaudement accueillies dans les familles des hommes pour qui elles ont quitté leur chez-soi. Alors que June et Jack fondent un foyer, June, à l’instar des autres épouses de guerre, s’adapte, persévère et s’attache à son pays d’adoption.


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