Lincoln MacCauley Alexander

Lincoln MacCauley Alexander, C.C., O. Ont, C.R., lieutenant-gouverneur de l’Ontario de 1985 à 1991, député de 1968 à 1980, avocat et fonctionnaire (né le 21 janvier 1922 à Toronto, en Ontario; décédé le 19 octobre 2012 à Hamilton, en Ontario). Lincoln Alexander est le premier Canadien noir à devenir député (1968), ministre du Cabinet (1979) et lieutenant-gouverneur (Ontario, 1985). En reconnaissance de ses nombreuses réalisations importantes, le 21 janvier devient la Journée Lincoln Alexander, soulignée partout au Canada depuis 2015.



Lincoln M. Alexander
Lincoln Alexander, lieutenant-gouverneur de l'Ontario.

Jeunesse et service militaire

Lincoln Alexander est le fils aîné de parents immigrants des Caraïbes. Sa mère, Mae Rose, arrive de la Jamaïque tandis que son père, Lincoln, vient de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. À l’époque, les possibilités d’emploi pour les Canadiens noirs sont limitées. Même s’il est charpentier de métier, son père travaille comme porteur de wagons-lits pour le Chemin de fer du Canadien Pacifique. Sa mère, quant à elle, travaille comme bonne.

Après la séparation de ses parents alors qu’il est adolescent, Lincoln Alexander vit avec sa mère à Harlem, à New York, pendant quelques années. Il y rencontre des gens inspirants occupant des postes plus importants que ceux offerts aux hommes noirs au Canada. Il écrira plus tard que son expérience à Harlem « a accentué son désir de devenir plus qu’un simple porteur ».

Lincoln Alexander revient à Toronto en 1939, peu après le début de la Deuxième Guerre mondiale. Bien qu’il soit trop jeune pour se joindre à l’armée, il travaille comme machiniste dans une usine d’Hamilton où sont fabriqués des canons antiaériens alimentant l’effort de guerre.

En 1942, Lincoln Alexander rejoint l’Aviation royale canadienne, une division des Forces armées qui interdit souvent l’enrôlement de personnes de couleur. Cependant, en raison de sa mauvaise vision, le jeune homme n’est pas admissible au combat. Il suit donc une formation de radiotélégraphiste et fait son service pour le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, à Portage la Prairie, au Manitoba. Lorsqu’il est libéré avec mention honorable en 1945, il détient le grade de caporal.

Droit et politique

Après la Deuxième Guerre mondiale, Lincoln Alexander se tourne vers les études supérieures. Il décroche un baccalauréat ès arts de l’Université McMaster en 1949, puis un diplôme de l’Osgoode Hall Law School en 1953 (voir Osgoode Hall). Il pratique tout d’abord le droit dans un petit cabinet d’Hamilton, puis ouvre son propre cabinet. En 1965, il reçoit le titre du Conseil de la reine, titre honorifique servant à reconnaître la contribution d’un avocat au monde juridique.

Plus tard, l’ambition de Lincoln Alexander le fait passer du droit à la politique. Dans son mémoire, Go to School, You’re a Little Black Boy (2006), il mentionne avoir fait en 1960 la tournée de 23 pays africains, ce qui change radicalement sa façon de voir les choses :

« Cette expérience m’a ouvert les yeux. Pas seulement en tant qu’avocat, mais aussi en tant qu’être humain. J’ai commencé à voir ce que les personnes noires pouvaient accomplir. J’ai vu que, contrairement au discours hollywoodien, ces femmes et ces hommes africains avaient de grands talents. Je suis devenu conscient de mon identité d’homme noir. Je viens d’un monde de Blancs. J’étais maintenant en Afrique, et j’ai compris que nous étions des gens remplis d’aptitudes et de créativité. J’étais un homme noir et j’étais quelqu’un. J’ai commencé à me tenir droit. »

En 1965, Lincoln Alexander fait son entrée en politique lorsqu’il se présente comme candidat pour devenir député d’Hamilton West pour le parti conservateur. Il perd l’élection par moins de 2 500 voix. Trois ans plus tard, cependant, le 25 juin 1968, il remporte le siège et devient ainsi le premier Canadien noir à siéger à la Chambre des Communes. Dans son premier discours à la Chambre, le 20 septembre 1968, il déclare :

« Je ne suis pas le porte-parole des Nègres; je n’ai pas reçu cet honneur. Ne me laissez jamais donner cette impression à qui que ce soit. Cependant, je tiens à dire que j’accepte la responsabilité de parler au nom de tous ceux qui, dans ce grand pays, se sentent discriminés en raison de leur race, de leurs croyances ou de leur couleur de peau. »

Le politicien est ensuite réélu quatre fois, ce qui le fait siéger pendant 12 ans.

Un des nombreux moments mémorables de la présence de Lincoln Alexander à la Chambre des Communes a lieu en février 1971. Lui et le député de Terre-Neuve John Lundrigan prétendent que le premier ministre Pierre Trudeau leur aurait dit à voix basse pendant la période des questions : « f--- off » (allez vous faire foutre). D’une manière qui marque les esprits, Pierre Trudeau nie avoir juré dans la Chambre et affirme que ce qu’il a marmonné était plutôt « fuddle duddle ». Dans son mémoire de 2006, Lincoln Alexander est cependant catégorique : « Il nous a sans aucun doute dit d’aller nous faire foutre ».

En 1979, Lincoln Alexander est nommé ministre du Travail pour le gouvernement de Joe Clark et devient ainsi le premier Canadien noir à intégrer le Cabinet. L’année suivante, il donne sa démission lorsque le premier ministre provincial Bill Davis le nomme président de la Commission des accidents du travail de l’Ontario, un poste qu’il occupe pendant cinq ans (voir Loi sur les accidents du travail).

Mandat de lieutenant-gouverneur

Le 20 septembre 1985, Lincoln Alexander devient officiellement le 24e lieutenant-gouverneur de l’Ontario, ce qui fait de lui le premier Canadien noir à obtenir un poste vice-royal au Canada (voir Lieutenants-gouverneurs de l’Ontario). En tant que lieutenant-gouverneur, il réussit à participer activement aux affaires multiculturelles de l’Ontario. Son mandat consiste à lutter contre le racisme, à faire progresser la cause des jeunes et à défendre les personnes âgées.

En 1991, lorsque son mandat arrive à échéance, Lincoln Alexander accepte un poste de chancelier à l’Université de Guelph. Ses fonctions durent alors cinq mandats, ce qui est sans précédent. En 2007, Pamela Wallin lui succède et il est nommé chancelier émérite.

En 2000, Lincoln Alexander est nommé président de la Fondation canadienne des relations raciales, un organisme œuvrant pour l’élimination du racisme et de la discrimination raciale au Canada.

Vie personnelle

En 1948, Lincoln Alexander épouse Yvonne Harrison, fille d’Edythe (nom de naissance Lewis) et de Robert Harrison, un porteur de wagons-lits. Le couple n’a qu’un seul enfant, Keith, né en 1949. En 1999, après avoir souffert d’Alzheimer pendant plusieurs années, Yvonne rend l’âme. Bien des années plus tard, Lincoln Alexander rencontre Marni Beal, qu’il épouse en 2011.

Héritage

Lincoln Alexander meurt dans son sommeil le 19 octobre 2012. On le connaît surtout pour son jugement éclairé, sa compassion et son humanité. Des écoles sont nommées en son honneur à Hamilton (1989), à Ajax (1992) et à Mississauga (2000), de même qu’une autoroute d’Hamilton, communément appelée « the Linc », en référence au surnom du politicien (1997).

Le 28 novembre 2013, l’Assemblée législative de l’Ontario déclare le 21 janvier de chaque année Journée Lincoln Alexander, soutenant que l’avocat a « fait preuve de dévouement envers les autres, de détermination et d’humilité. En luttant constamment en faveur de l’égalité des droits pour toutes les races dans notre société, et ce sans malveillance aucune, il a changé les mentalités et a largement contribué à l’esprit d’inclusivité et de tolérance qui règne au Canada de nos jours. » Le 21 janvier 2015, pour la première fois, la Journée Lincoln Alexander est soulignée partout au pays.

Prix et distinctions

Lincoln Alexander reçoit des diplômes honorifiques de six universités canadiennes – Toronto (1986), McMaster (1987), Western (1988), York (1990), le Collège militaire royal (1991) et Queen’s (1992) – et se voit décerner de nombreux prix, notamment :

  • Prix pour les réalisations dans le milieu culturel, Caribana Cultural Committee (1984)
  • Membre de l’Ordre de l’Ontario (1992)
  • Compagnon de l’Ordre du Canada (1992)
  • Décoration des Forces canadiennes (1994)
  • Prix pour l’ensemble des réalisations, Association des avocats noirs du Canada (1997)
  • Prix pour l’ensemble des réalisations, Prix Harry Jerome (2001)
  • Médaille du Jubilé d’or de la reine Elizabeth II (2002)
  • Médaille du Jubilé de diamant de la reine Elizabeth II (2012)