Conquête

La Conquête est l’expression utilisée pour désigner la prise du Canada par la Grande-Bretagne durant la guerre de Sept Ans. Le terme est aussi utilisé pour faire référence aux changements qui en ont résulté dans les conditions de vie des 60 000 à 70 000 habitants francophones et de nombreux peuples autochtones. Québec capitule devant les forces britanniques le 18 septembre 1759, quelques jours après la décisive bataille des plaines d’Abraham. La résistance française prend fin un an plus tard avec la capitulation de Montréal. En vertu du Traité de Paris, la Nouvelle-France devient une possession britannique en 1763. La Proclamation royale de 1763 prévoit des politiques d’assimilation qui ne réussissent pas à s’implanter et qui sont remplacées par les dispositions de l’Acte de Québec en 1774. Bien que l’Acte soit l’un des facteurs de la Révolution américaine (1775-1783), il offre aussi aux Canadiens des conditions de vie désirables qui mènent à une certaine stabilité pendant plusieurs générations.

La Conquête est l’expression utilisée pour désigner la prise du Canada par la Grande-Bretagne durant la guerre de Sept Ans. Le terme est aussi utilisé pour faire référence aux changements qui en ont résulté dans les conditions de vie des 60 000 à 70 000 habitants francophones et de nombreux peuples autochtones. Québec capitule devant les forces britanniques le 18 septembre 1759, quelques jours après la décisive bataille des plaines d’Abraham. La résistance française prend fin un an plus tard avec la capitulation de Montréal. En vertu du Traité de Paris, la Nouvelle-France devient une possession britannique en 1763. La Proclamation royale de 1763 prévoit des politiques d’assimilation qui ne réussissent pas à s’implanter et qui sont remplacées par les dispositions de l’Acte de Québec en 1774. Bien que l’Acte soit l’un des facteurs de la Révolution américaine (1775-1783), il offre aussi aux Canadiens des conditions de vie désirables qui mènent à une certaine stabilité pendant plusieurs générations.


Les plaines d'Abraham : les sentiers de la gloire

Contexte

La victoire britannique sur les plaines d’Abraham en septembre 1759 place la ville de Québec sous l’autorité de la Grande-Bretagne. Montréalcapitule l’année suivante. Un régime militaire temporaire est alors mis en place en attendant les résultats des négociations entre la Grande-Bretagne et la France.

Selon les dispositions signées le 8 septembre 1760, la Grande-Bretagne garantit au peuple de la Nouvelle-France les conditions suivantes : immunité contre la déportation ou les mauvais traitements; droit de retourner en France avec toutes leurs possessions; maintien des droits de propriété; droit de poursuivre le commerce des fourrures au même titre que les Britanniques; et liberté de religion.

Lors de la signature du Traité de Paris le 10 février 1763, la Nouvelle-France devient une possession britannique. Peu après, la Proclamation royale de 1763 est adoptée pour organiser politiquement les territoires nouvellement acquis.

Administration britannique

En vertu des politiques énoncées dans la Proclamation royale de 1763, le gouverneur devient la figure d’autorité dans la nouvelle province de Québec. Il est alors nommé par le gouvernement britannique et est soumis à ses directives. Les droits criminel et civil français sont remplacés par les lois britanniques et le serment d’allégeance devient obligatoire pour tous les employés de la fonction publique, ce qui empêche les catholiques d’occuper ces postes.

Ces politiques à tendance assimilatrice entrent rapidement en conflit avec la réalité d’une société catholique française, et les gouverneurs britanniques sont les premiers à les abandonner. Ce changement se voit notamment dans les dispositions de l’ Acte de Québec de 1774, selon lesquelles la superficie de la province de Québec est étendue, la loi civile française est restaurée et le prélèvement de la dîme est autorisé à nouveau. Ces nouvelles modifications permettent alors aux Britanniques d’obtenir l’approbation des classes dirigeantes du pays, notamment le clergé catholique et les seigneurs.

Acceptation du régime britannique

L’histoire est parsemée de conquêtes militaires jamais acceptées par les peuples conquis et ayant mené à une résistance, violente ou non. La Conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques, cependant, ne cause aucune révolte acharnée.

La guerre de Sept Ans, longue et difficile, cause beaucoup de destruction. La Conquête amène avec elle un certain niveau de paix et de stabilité, absentes depuis longtemps. Le peuple l’accepte donc relativement bien. Au début du 20e siècle, André Siegfried écrit que rares ont été les dominations étrangères aussi bien acceptées par les personnes conquises. De nombreux facteurs contribuent à cette acceptation.

Conquête et abandon de la Nouvelle-France

En plus d’être conquise, la Nouvelle-France est aussi abandonnée. La France aurait pu essayer de récupérer le Canada par des négociations diplomatiques : elle l’avait fait en 1629 après la conquête de Québec par sir David Kirke, même si cela l’obligeait à abandonner ses colonies dans les Indes occidentales. Mais lorsque le Traité de Paris est signé en 1763, la France décide plutôt d’abandonner le Canada, et ce, principalement parce que la colonie avait généré plus de dépenses que de revenus.

La France ne fait ensuite aucune tentative pour récupérer le Canada. Même à l’apogée de son pouvoir, Napoléon renonce à la dernière part de l’empire français en Amérique lorsqu’il vend la Louisiane aux États-Unis. Ce retrait total de la France s’avère plutôt difficile émotionnellement pour les colons, qui peinent à l’accepter. Les Canadiens sont donc forcés de se résoudre au rapport de force qui les entoure.

Absence de nationalisme

La Conquête se déroule avant la Révolution française (1789-1799) et la naissance du concept de nationalisme. Le 18e siècle représente une période où les monarques s’échangent des territoires comme de la marchandise. Les nations se définissent alors par la religion et l’allégeance commune à un souverain, et non par la langue ou la culture des habitants, ni même par les valeurs sociales et politiques qui en émanent.

Dans les traités de capitulation de Québec et de Montréal et dans le Traité de Paris, la langue française n’est jamais mentionnée. Les traités garantissent cependant le libre exercice de la religion.

Dimension catholique

La communauté conquise du Canada est catholique. Le clergé est l’une des quelques autorités qui demeurent sur place après le départ des marchands français et des administrateurs de la colonie. Au fil des années suivant la Révolution française (1789-1799), de nombreux Canadiens considèrent la Conquête comme une intervention divine leur ayant permis d’échapper au chaos. Cette notion conserve longtemps son influence. Les générations suivantes tendent également à considérer la Conquête comme un événement positif puisqu’elle a notamment mené à la tolérance religieuse et à un gouvernement représentatif.

L’Église, bien traitée par les conquérants, prêche le respect de l’autorité en place. Cette dynamique est également présente dans les temps difficiles, notamment pendant les invasions américaines de 1775 et 1812, la Rébellion de 1837 et la Crise de la conscription de 1917. Les Canadiens accueillent toutefois moins bien la dualité ethnique découlant de l’établissement d’un gouvernement britannique et de l’arrivée d’immigrants dans une colonie française.

Guy Carleton, 1er baron Dorchester

Conditions améliorées sous le régime britannique

Les dernières années du régime français sont marquées par la corruption à grande échelle et évoquent des souvenirs douloureux. La Conquête permet ainsi l’arrivée d’un état de paix plutôt inconnu des habitants de la Nouvelle-France. Les conquérants offrent également à la colonie des conditions de vie désirables selon les standards de l’époque.

Parmi les Britanniques, deux philosophies s’affrontent quant à la gestion du peuple conquis : certains désirent imposer leur joug et renforcer la conquête, tandis que d’autres préfèrent faire des concessions et rendre la vie sous le régime britannique plus acceptable pour les Canadiens.

La première approche (qui l’emporte en Irlande) se manifeste clairement dans la Proclamation royale de 1763, qui oblige le serment d’allégeance et impose le droit civil britannique. Elle est également présente dans le rapport Durham de 1839. Toutefois, cette stratégie connaît toujours un échec. Par exemple, l’unilinguisme anglais imposé à la suite du rapport Durham est aboli à peine quelques années plus tard.

La deuxième approche se révèle notamment dans l’attitude des premiers gouverneurs (James Murray et Guy Carleton) et est intégrée à la loi en 1774 avec la signature de l’Acte de Québec. L’Acte de Québec représente une mesure exceptionnellement libérale pour l’époque : il garantit aux Canadiens catholiques une liberté que les catholiques britanniques n’obtiennent pas avant 1829. Cette mesure, qui réussit ainsi à rallier le clergé et les seigneurs à la Couronne britannique, découle notamment d’une appréhension quant à la rébellion des colonies américaines.

Les Canadiens refusent de se joindre à la Révolution américaine. S’ils l’avaient fait, il est peu probable qu’ils aient été en mesure de survivre à une américanisation totale. La force militaire britannique est longtemps perçue comme une garantie contre une invasion des voisins du sud.

Les conquérants amènent également avec eux de nouvelles idées qui représentent un réel progrès. C’est en tant que peuple conquis que les Canadiens français découvrent des systèmes plus avancés de démocratie parlementaire et de loi criminelle. Les personnes désirant obtenir un régime politique plus démocratique de leurs gouverneurs britanniques disent devoir suivre l’exemple de l’Angleterre. Cette perspective prédomine au Canada français jusqu’au début du 20e siècle.

Murray, James
Portrait du général James Murray par un artiste inconnu, vers 1770-1780, huile sur toile. Les commerçants anglais réussissent à faire rappeler le premier gouverneur de la province de Québec. L'application de la loi britannique et la création d'une Assemblée sont au coeur de la dispute.

Nationalisme canadien-français au 20e siècle

Les Canadiens français s’opposent à la notion selon laquelle ils sont tenus de participer à la défense de l’Empire britannique. La guerre des Boers et la Crise de la conscription de 1917 les amènent à considérer la Grande-Bretagne comme une menace plutôt que comme une garantie de sécurité contre l’expansionnisme américain de moins en moins préoccupant. Le traitement réservé aux minorités francophones à l’extérieur du Québec suggère également que la tolérance britannique se limite aux frontières de la province.

L’Empire britannique connaît un déclin après 1918, et surtout après 1945, lorsque l’Église commence elle aussi à perdre son emprise sur la société québécoise (voirRévolution tranquille). Le sens original insinué par la devise « Je me souviens. Né sous le lys, j’ai grandi sous la rose » s’efface peu à peu et laisse place à une vision pessimiste de l’histoire canadienne-française. La Conquête commence alors à être perçue comme un événement catastrophique responsable d’un long déclin qui peut seulement se résoudre par l’indépendance (voirNationalisme canadien-français).

Héritage et importance

Des historiens modernes, comme Michel Brunet, considèrent la Conquête comme un désastre pour les Canadiens français. Il affirme que le monopole des hauts niveaux de gouvernement et des entreprises par les nouveaux arrivants anglophones prouve que la Conquête a transformé les Canadiens français en citoyens de deuxième classe. D’autres, comme Fernand Ouellet, ont tendance à dédramatiser les effets négatifs et à souligner un développement plutôt continu des bases économiques, des institutions et de la culture.

Pour les peuples autochtones, la fin des hostilités entre les Anglais et les Français mène à un déclin fatidique de leur importance en tant qu’alliés et guerriers. Ils deviennent ainsi de moins en moins essentiels pour la société blanche.

La Conquête est encore aujourd’hui sujet de débat. Son influence se manifeste aussi clairement dans la Révolution américaine, qui est seulement devenue possible lorsque les colonies américaines n’ont plus eu besoin de la protection des Britanniques contre les forces françaises de l’Amérique du Nord.


Lecture supplémentaire

  • Dale Miquelon, Society and Conquest (1977).

Liens externes

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