Conrad Black

Conrad Moffat Black, baron Black de Crossharbour, éditeur de presse, auteur, chroniqueur et historien (né le 25 août 1944 à Montréal, au Québec). Entre 1969 et 2004, Conrad Black a possédé et publié un grand nombre de journaux au Canada et à l’étranger. En 2007, il a été reconnu coupable de fraude postale et d’obstruction à la justice et a été emprisonné aux États‑Unis. Cependant, en 2019, il a été gracié par le président américain Donald Trump. Conrad Black est un célèbre auteur et chroniqueur, spécialisé en histoire et en politique.

Conrad Black

Dans le secteur des publications, l'empire de Black englobe le З London Daily Telegraph И et 58 quotidiens canadiens.
(avec la permission de Maclean's)

Mots clés

Appel : demande de révision d’une décision d’un tribunal auprès d’une cour supérieure.

Fraude : tromperie en vue de gagner de l’argent ou d’autres avantages; la fraude est illégale.

Société de portefeuille : société créée pour acheter et détenir des actions dans d’autres sociétés en vue d’en prendre le contrôle.

House of Lords (Chambre des lords) : chambre haute du Parlement du Royaume‑Uni composée de membres non élus, pairs du Royaume et évêques de l’Église d’Angleterre. Indépendante de la Chambre des communes élue, elle contribue à façonner les lois et à responsabiliser le gouvernement.

Entrave à la justice : ingérence dans le processus judiciaire, notamment en menaçant ou en tentant d’influencer des témoins, des jurés, des avocats ou des juges.

Grâce/Pardon/Réhabilitation : pardon officiel pour un crime. Une grâce efface généralement la condamnation du casier judiciaire (la personne est réputée n’avoir jamais commis le crime pour laquelle elle a été condamnée) (voir également Prérogative royale de clémence).

Filiale : société détenue par une autre société, généralement appelée société mère.

Jeunesse et formation

Conrad Black est le deuxième fils de George Montegu Black et de Jean Elizabeth Riley. George était président des Canadian Breweries et a servi dans l’Aviation royale canadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Conrad Black fait ses études à l’Upper Canada College, à la Trinity College School, au Thornton Hall et à l’Osgoode Hall. Il obtient un baccalauréat ès arts de l’Université Carleton en 1965, un diplôme en droit de l’ Université Laval en 1970 et une maîtrise en histoire de l’Université McGill en 1973.

Université McGill
Complété en 1843, le Pavillon des Arts de l'U. McGill a été dessiné par John Ostell. Il est le plus ancien bâtiment qui a été conservé sur le campus.
(par Paul Lowry [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons)

Carrière dans les affaires

Alors qu’il est encore étudiant en droit, Conrad Black commence à acheter des journaux ruraux avec ses associés Peter White et David Radler. En 1969, ils acquièrent l’Eastern Townships Advertiser et le Sherbrooke Daily Record.

À la mort de ses parents, Conrad Black hérite d’une participation dans une société de portefeuille, la Ravelston Corporation Limited. Il utilise cet héritage pour prendre le contrôle d’Argus Corporation et de sa filiale, Hollinger International.

Conrad Black vend progressivement les participations traditionnelles d’Argus jusqu’à ne conserver, comme filiale, que la seule Hollinger. En 1985, il se lance dans l’acquisition de journaux dits « de qualité », dont le Daily Telegraph, le Jerusalem Post, le Chicago Sun‑Times et le Sydney Morning Herald. En 1996, il organise la prise de contrôle de la chaîne Southam qui détient de nombreux titres canadiens.

En 1998, Conrad Black lance le National Post pour concurrencer le Globe and Mail. Ayant son siège à Toronto, le National Post devient le journal le plus important de la Southam.

Plusieurs années plus tard, Conrad Black vend sa chaîne de journaux canadiens à Canwest Global Communications Corporation pour un montant de 3,2 milliards de dollars. Dans le cadre cette transaction, il reçoit un montant de 74 millions de dollars en vertu d’une clause de nonconcurrence visàvis de Canwest Global. Peu de temps après, des administrateurs de Hollinger affirment que Conrad Black et David Radler se versent des salaires non autorisés. Plus tard, Conrad Black fait l’objet d’autres accusations selon lesquelles il aurait obtenu des millions de dollars, payés sur les fonds de l’entreprise, par l’entremise d’une série de transactions conclues dans son intérêt personnel.

Conrad Black démissionne de son poste de président et de chef de la direction de Hollinger International en 2003. Peu de temps après, il perd le contrôle de son empire de presse.

Accusations criminelles et emprisonnement

En 2005, David Radler, l’associé de longue date de Conrad Black, accepte de coopérer avec les enquêteurs américains en échange d’une peine plus légère. Conrad Black est accusé de fraude postale et d’entrave à la justice. En 2007, il est condamné, en grande partie du fait du témoignage de David Radler contre lui. La juge du tribunal de district de Chicago le déclare coupable d’avoir escroqué des actionnaires et entravé la justice, le condamnant à une peine de 78 mois de prison.

Conrad Black fait appel de sa condamnation devant la Cour suprême des États‑Unis. Il allègue que la juge de première instance n’a pas correctement transmis ses directives au jury quant à l’interprétation de certains aspects des accusations de fraude.

Dans une décision de juin 2010, la Cour suprême des États‑Unis annule trois de ses condamnations pour fraude. Le mois suivant, Conrad Black est libéré sous caution. En octobre, une cour d’appel américaine annule deux de ses trois condamnations pour fraude criminelle. Cependant, elle confirme le verdict de culpabilité pour entrave à la justice.

En juin 2011, le tribunal de district de Chicago aux États‑Unis condamne à nouveau Conrad Black pour entrave à la justice et pour fraude. Il substitue à sa peine de 78 mois de prison, prononcée en 2007, une condamnation à 42 mois (3,5 ans) d’emprisonnement, ce qui lui laisse encore 13 mois à effectuer.

Conrad Black purge sa peine dans une prison fédérale américaine en Floride de septembre 2011 à mai 2012. Ayant renoncé à sa citoyenneté canadienne pour intégrer la Chambre des lords du Royaume‑Uni en 2001, il lui est impossible de revenir au Canada. Toutefois, on lui octroie un permis de résident temporaire lui permettant de rentrer chez lui à Toronto. Dès sa première inculpation, il n’a de cesse que de clamer son innocence.

Grâce

En mai 2019, Conrad Black est intégralement gracié par le président américain Donald Trump pour ses condamnations prononcées en 2007. Dans un communiqué, la Maison Blanche mentionne ses contributions au monde des affaires ainsi que ses écrits sur la politique et l’histoire. L’homme d’affaire déclare alors que son amitié de longue date avec le président américain et le soutien public qu’il lui a apporté, notamment en publiant un livre faisant son éloge, n’ont joué aucun rôle dans sa réhabilitation.

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Le président américain Donald Trump lors d'une tournée post-électorale à Hershey, en Pennsylvanie, le 15 décembre 2016.

(avec la permission de Michael Vadon, Wikimedia)

Auteur et journaliste

Conrad Black rédige plusieurs ouvrages sur l’histoire du Canada et des États‑Unis. Il publie également des biographies de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec, et des présidents américains Franklin Delano Roosevelt et Richard Nixon. Dans Donald J. Trump: A President Like No Other, il analyse la carrière politique de Donald Trump.

En 1993, il publie son autobiographie, A Life in Progress. En 2011, il sort A Matter of Principle, un livre dans lequel il décrit son procès, sa condamnation, son emprisonnement et la procédure d’appel.

Conrad Black est également l’auteur de diverses chroniques sur la politique, l’économie et l’histoire pour plusieurs organes de presse, notamment le National Post. Il publie aussi des analyses et des commentaires sur les programmes radiophoniques et télévisés. Dans ses écrits sur l’histoire et la politique, il prend souvent des positions de droite sur des enjeux d’actualité. Il est vivement critiqué par certains journalistes pour ses opinions, en particulier sur les questions autochtones et sur le racisme.

Vie personnelle

Conrad Black a été marié deux fois. Tout d’abord, en 1978, à Shirley Gail Walters, avec laquelle il a eu trois enfants, puis, en 1992, à la journaliste Barbara Amiel.

Photo de Conrad Black et Barbara Amiel

Barbara Amiel et Conrad Black au gala annuel et à la vente aux enchères de 2013 du Centre canadien du film (6 février 2013).

(avec la permission du Canadian Film Centre/flickr, CC)

Distinctions

Conrad Black est intronisé à l’Ordre du Canada en 1990 pour « ses diverses réalisations dans les domaines du commerce, de l’éducation, de la littérature et des arts canadiens ». En janvier 2014, il est cependant exclu de l’Ordre du Canada ainsi que du Conseil privé de la Reine pour le Canada en raison de ses condamnations.

En 1999, le gouvernement britannique propose de lui octroyer le titre de baron. Cependant, le premier ministre canadien Jean Chrétien bloque cette nomination. Il invoque, pour ce faire, la résolution Nickle, votée en 1919 par la Chambre des communes, ayant pour effet de mettre fin à la pratique de l’attribution de titres honorifiques à des Canadiens par des gouvernements étrangers. Conrad Black renonce à sa citoyenneté canadienne pour accepter le titre de baron. En 2001, il est assermenté à la Chambre des lords sous le nom de baron Black de Crossharbour, Crossharbour étant le nom d’un quartier de Londres situé près du bâtiment abritant le quotidien londonien Daily Telegraph.


Lecture supplémentaire

  • George Tombs, Le baron Black (2007).

Liens externes