Haïdas

Les Haïdas sont un peuple autochtone ayant traditionnellement occupé les criques et les anses côtières de l’archipel Haida Gwaii en Colombie Britannique. Lors du recensement de 2016, 501 personnes ont déclaré être d’ascendance haïda, tandis que 445 personnes ont indiqué être des locuteurs de la langue haïda.

Charme du chaman
Charme haïda en os, provenant de Haida Gwaii (archipel également appelé îles de la Reine‑Charlotte), Colombie‑Britannique.
Canot haïda
Certains canots haïdas peuvent embarquer jusqu’à 40 personnes.
Cuivre
Cuivre haïda provenant de Haida Gwaii (archipel également connu sous le nom des îles de la Reine‑Charlotte), Colombie‑Britannique. Les cuivres étaient l’une des offrandes les plus prisées lors des potlatchs.
Hochet haïda
Hochet en bois datant d’avant 1880, 25,3 x 12,6 cm.
Village haïda
Village autochtone Skidegate des Haïdas à Haida Gwaii (archipel également connu sous le nom des îles de la Reine‑Charlotte), Colombie‑Britannique, juillet 1878.
Habitation haïda
Les Haïdas affirment publiquement leur appartenance au clan par le biais d’un affichage sophistiqué d’emblèmes familiaux, sculptés sur des totems ou dressés devant leur maison.
Masque de lune
Masque de lune en bois, provenant de Haida Gwaii (archipel également appelé îles de la Reine‑Charlotte), Colombie‑Britannique.

Population et territoire

Les Haïdas sont un peuple autochtone ayant traditionnellement occupé les criques et les anses côtières de l’archipel Haida Gwaii en Colombie‑Britannique. Des preuves archéologiques confirment que ces îles ont été habitées en permanence depuis au moins 6 000 à 8 000 ans. (Voir également Préhistoire.) La relation qu’ils entretiennent avec Haida Gwaii, qui signifie « les îles du peuple », joue un rôle fondamental dans la vie traditionnelle et contemporaine des Haïdas. Les deux principaux centres de population sont Old Masset, dans la partie nord de l’île Graham, et Skidegate, dans le sud‑est. Lors du recensement de 2016, 501 personnes ont déclaré avoir une ascendance haïda.

Territoire traditionnel des Haïdas.
(avec la permission de Victor Temprano / Native‑Land.ca)

Vie avant l’arrivée des Européens

Traditionnellement, chaque village haïda constitue une unité politique indépendante et, dans une grande mesure, chaque famille d’un village est également une entité indépendante. Sur le plan économique, les Haïdas commercent, en échangeant par exemple des eulakanes, avec d’autres nations autochtones en Colombie‑Britannique, notamment les Nisga’a. En ce qui concerne leur alimentation, ils consomment souvent du saumon et chassent du gibier, dont le grizzli.

Société et culture

Tous les Haïdas appartiennent à l’un de deux groupes sociaux, parfois appelés « moitiés » ou « clans » : celui de l’Aigle et celui du Corbeau. Les Haïdas épousent toujours un membre du groupe opposé. L’appartenance au clan est matrilinéaire et chaque groupe est composé de plus de vingt lignages. Les individus affirment publiquement leur appartenance au clan par le biais d’un affichage sophistiqué d’emblèmes familiaux dont ils ont hérité, qui peuvent être sculptés sur des mats totémiques ou dressés devant leur maison, mais également être sculptés ou peints sur des canots, des boîtes de cèdre, des masques et sur toutes sortes d’objets utilitaires et décoratifs. Bien qu’il s’agisse là de pratiques culturelles et artistiques distinctes, elles présentent un certain nombre de similitudes avec les pratiques des Tsimshians et des Tlingits voisins.

Les potlatchs constituent un élément central de la vie des Haïdas. Ces cérémonies constituent le moyen de renforcer l’organisation sociale et économique ainsi que l’interdépendance des moitiés, des lignages et des villages. Le nom des lignages provient généralement de l’endroit dont le groupe est originaire. Les lignages sont constitués en groupes détenteurs d’un certain nombre de biens et de droits. Ces actifs détenus par le lignage peuvent comprendre des droits sur certains cours d’eau à saumons, sur des sites de trappage, sur des parcelles de terrain où sont cultivés des végétaux comestibles et du tabac, sur des peuplements de cèdre, sur des roqueries d’oiseaux, sur des bandes côtières et sur des sites d’habitation dans le village d’hiver. C’est le chef du lignage qui assure la gestion des biens du groupe.

Langue

La langue des Haïdas constitue un isolat comprenant deux dialectes : le xaad kil (masset), parlé dans le nord de l’île et dans certaines régions du sud‑est de l’Alaska, et le xaayda kil (skidegate), parlé dans le sud. Cette langue est en voie de disparition. Lors du recensement de 2016, 445 personnes ont déclaré être des locuteurs de la langue haïda, dont 98,9 % vivant en Colombie‑Britannique. Cependant, ce chiffre ne précise pas le nombre de personnes parlant couramment la langue. Selon la Haida Nation, il y a moins d’une douzaine de personnes parlant couramment le dialecte masset, toutes étant aujourd’hui âgées. L’organisation mentionne également une vingtaine d’anciens parlant couramment le dialecte xaayda kil. Le Conseil de Old Massett Village et le Conseil de la bande de Skidegate soutiennent des programmes linguistiques intégrant plus de cinquante personnes apprenant ces deux langues. (Voir également Langues autochtones au Canada et Familles des langues autochtones de la côte du Nord‑Ouest.)

Histoire coloniale

On estime en général que le premier contact attesté avec les Européens a lieu en 1774, avec l’explorateur espagnol Juan Pérez; toutefois, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que des explorateurs russes auraient pu être en contact avec les Haïdas dès 1741. En 1787, le capitaine britannique George Dixon commence à faire le commerce des peaux de loutre de mer avec les Haïdas, ces derniers restant au centre de la très lucrative traite des fourrures de loutre de mer à destination du marché chinois jusqu’au milieu du 19e siècle.

Pratiquement jusqu’à la fin du 19e siècle, très peu de colons européens se sont installés dans l’archipel Haida Gwaii. Le Conseil de la Nation Haïda estime que la population de l’archipel Haida Gwaii, avant les premiers contacts avec les Européens, s’élevait à plusieurs dizaines de milliers de personnes, une estimation corroborée par les premiers négociants de fourrure qui mentionnent des estimations similaires quoiqu’imprécises par nature. Bien que les Haïdas se soient engagés dans des conflits avec d’autres nations autochtones, utilisant à cet effet de grands canots aptes à la navigation maritime avec lesquels ils menaient des expéditions aussi loin au sud que l’État de Washington, les confrontations violentes avec les Européens sont relativement peu nombreuses. Néanmoins, en 1915, leur population a décliné, se voyant réduite à 588 personnes, et ce, essentiellement du fait de la variole et d’autres maladies.

À mesure que les Européens empiètent sur leurs territoires, les Haïdas se voient refoulés sur des terres de moins en moins étendues. Afin d’assimiler les populations autochtones, le gouvernement canadien envoie les enfants haïdas dans des pensionnats indiens où il leur est interdit, tout comme aux autres enfants autochtones, de parler leur langue et de pratiquer leurs coutumes culturelles. Lancée officiellement en 2008, la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVRC) a pour objectif de guider la population canadienne dans le difficile processus de découverte de la réalité derrière le système des pensionnats indiens et de poser ainsi les bases d’une réconciliation durable partout au Canada.

Constitution haïda

La Nation Haïda a déposé une revendication de titre ancestral sur l’ensemble de l’archipel Haida Gwaii, sans être, toutefois, en mesure de conclure une entente officielle avec le gouvernement de Colombie‑Britannique sous la forme d’un traité formel, ce qui l’a amenée à se retirer des négociations. Les Haïdas ont cependant poursuivi les négociations avec le gouvernement provincial sur une base intergouvernementale et ont obtenu un certain nombre de succès importants, notamment en ce qui concerne la protection de zones ayant une importance culturelle non négligeable, la réduction de moitié de l’exploitation forestière, l’accès aux ressources et aux revenus induits, l’augmentation des protections environnementales et une participation permanente dans le cadre d’un modèle de gouvernement partagé, plutôt qu’une autonomie gouvernementale directe.

La constitution de la Nation Haïda de 2010 stipule :

La Nation Haïda est l’héritière légitime de l’archipel Haida Gwaii. Notre culture est faite de respect et d’une relation intime avec la terre, l’océan et l’air qui nous entourent. À l’image des forêts, les racines de notre peuple sont si solidement imbriquées que les plus grandes difficultés ne peuvent avoir raison de nous. Nous devons notre existence à l’archipel Haida Gwaii. La génération actuelle accepte la responsabilité de garantir que notre héritage sera transmis aux générations suivantes. Sur ces îles, nos ancêtres ont vécu et sont morts, et c’est là, également, que nous entendons résider jusqu’à ce que nous soyons appelés à les rejoindre dans l’immense au‑delà.

Vie contemporaine

Aujourd’hui, de nombreux Haïdas sont célèbres pour leur production artistique (voir également Art autochtone de la côte Nord‑Ouest), tandis que beaucoup d’autres ont des activités prospères dans la pêche ou dans la foresterie. Conjointement avec Parcs Canada, les Haïdas gèrent la réserve de parc national Gwaii Haanas/Moresby‑Sud sur l’archipel Haida Gwaii. Un programme intitulé « gardiens de Haida Gwaii » vise à protéger les sites historiques archéologiques sur toutes les îles, tout en offrant des centres d’interprétation. Les Haïdas travaillent également dans le cadre de programmes d’écotourisme et une entreprise commerciale de pêche intègre une licence pour la production d’œufs de hareng sur algue, que l’on appelle traditionnellement k’aaw, détenue par la bande du Conseil de Old Massett Village. La bande de Skidegate détient également plusieurs licences de pêche de ce type.

La pêche des k’aaw a fait l’objet d’un certain nombre de controverses lorsque des entreprises de pêche commerciale, soutenues par le ministère des Pêches et des Océans de Colombie‑Britannique, ont cherché à obtenir des licences pour pêcher les œufs de hareng directement plutôt que de regrouper des reproducteurs. Les Haïdas, ainsi que les Nuu‑chah‑nulth et les Heiltsuks se sont opposés à ces actions début 2014. Les Nuu‑chah‑nulth ont obtenu une décision de la Cour fédérale contre la pêche commerciale sur leur territoire, tandis que les Haïdas ont négocié un moratoire d’un an.

Le Conseil de la Nation Haïda représente tous les Haïdas, tout en reconnaissant les pouvoirs distincts des Haidas‑Kaiganis vivant au nord de l’entrée Dixon dans le sud de l’Alaska. La constitution de la Nation Haïda octroie à toute les personnes d’ascendance haïda la citoyenneté et les droits ancestraux et culturels autochtones induits, ainsi que des droits individuels et participatifs. Tout citoyen haïda âgé de plus de 16 ans peut voter pour élire des représentants au Conseil et peut proposer des lois et des politiques qui seront soumises à un vote. La Constitution reconnaît également le rôle des conseils de village ainsi que des chefs héréditaires des lignées matrilinéaires.


Guide pédagogique perspectives autochtones

Collection des peuples autochtones

Liens externes