Heiltsuks (Bella Bellas)

Les Heiltsuk sont un peuple autochtone qui occupe une partie de la côte centrale de la Colombie-Britannique, près du détroit de Milbanke et du chenal Fisher. Historiquement, les Heiltsuk ont été appelés les Bella Bellas par les Européens; ce serait une forme anglicisée du nom d’un lieu situé près de la collectivité qui porte aujourd’hui le même nom. Dans le recensement de 2006, 1835 personnes ont déclaré avoir des ancêtres heiltsuk.



Heiltsuk (2014)
(avec la permission de kris krüg/Flickr CC)
Première Nation Heiltsuk (2014)
(avec la permission de kris krüg/Flickr CC)

Population et territoire

Les Heiltsuk occupent traditionnellement une région d’environ 15 540 km2 de superficie sur la côte centrale de la Colombie-Britannique. Selon la Première Nation Heiltsuk, son territoire traditionnel « s’étend de la pointe sud de l’île Calvert, remonte le chenal Dean et le chenal de Burke jusqu’à Kimsquit et l’entrée du passage Dean, vers le nord-est, et jusqu’aux chenaux Mathieson et Finlayson, vers le nord. Il inclut le bras Roscoe, le bras Cousins et le bras Spiller, en plus du lac Ellerslie et les régions côtières périphériques des détroits Milbanke et Queens, ainsi que le groupe de l’île Goose et l’île Calvert. »

En date de juillet 2018, la Première Nation Heiltsuk compte 2452 membres inscrits, dont 1150 habitent dans une réserve.

Vie avant le contact avec les Européens

Historiquement, chaque bande heiltsuk possède son territoire et des villages d’hiver, ainsi que son chef de conseil, ses prérogatives cérémoniales et son dialecte distinct. Les villages d’hiver sont constitués de grandes maisons en planches de cèdre avec des toitures à deux versants à double faîte et des poteaux sculptés à l’intérieur. Des abris d’écorce sont parfois construits aux lieux de campements. (Voir aussi Histoire de l’architecture : Autochtones.) Les Heiltsuk se déplacent surtout en canots d’écorce de cèdre, conçus distinctement pour être utilisés en pleine mer ou sur des lacs. Ils excellent aussi dans d’autres travaux du bois, notamment dans la fabrication de coffres et de boîtes en bois courbé.

L’économie traditionnelle des Heiltsuk est axée sur la cueillette, et la préservation de poissons et d’oiseaux sauvages, de mammifères terrestres et marins, d’invertébrés marins et de plantes marines. Il n’y a aucune plante cultivée ni aucun animal domestiqué. Chaque année, vers la fin de l’hiver, les familles heiltsuk quittent les villages d’hiver centraux et établissent des campements saisonniers, où elles préparent les réserves de nourriture pour les cérémonies de la saison hivernale. Les déplacements d’un camp à l’autre se font en fonction de la disponibilité des ressources. Les Heiltsuk font le troc avec d’autres peuples autochtones pour obtenir ce qui n’est pas disponible dans leur région. Les ressources marines sont échangées avec des communautés de l’intérieur, comme les Nuxalk et les Porteurs.

Société et culture

La société des Heiltsuk est stratifiée, c’est-à-dire qu’elle comporte une hiérarchie de cinq niveaux : le chef en conseil, les chefs, les nobles, les roturiers et les personnes appartenant à la classe inférieure. Les classes supérieures maintiennent leur statut grâce à un système cérémonial et de potlatch, dans lequel les chefs demandent des ressources aux autres pour organiser des danses et des festins. Lors de ces rassemblements, les prérogatives héréditaires sont mises en évidence; ces droits sont valides à l’intérieur de la société Heiltsuk et au-delà de celle-ci.

Contrairement à leurs voisins du nord, les Heiltsuk, à l’instar d’autres Premières Nations au sud, tracent l’ascendance bilatéralement, c’est-à-dire que les droits et le statut de membre dans un groupe particulier se transmettent par l’un ou l’autre des deux parents. De plus, il existe des groupes identifiés par des armoiries, fondés sur l’ascendance, de manière semblable aux clans de leurs voisins du nord. Les armoiries sont également classées : le corbeau étant la supérieure, suivi de l’aigle, de l’épaulard (l’orque) et du loup. Chacun des groupes identifiés par des armoiries est présent dans chaque bande heiltsuk. Parmi les obligations des groupes, on compte des devoirs commémoratifs, qui incombent au groupe associé au père du défunt.

Langue

Les Heiltsuk parlent l’hailhzaqvla (appelé aussi l’heiltsuk). Il s’agit d’une langue wakashane qu’ils partagent aussi avec les Haihais, ou les Klemtu. La langue est menacée; dans le recensement de 2016, seulement 115 personnes ont déclaré que le heiltsuk était leur langue maternelle. Bon nombre de ceux qui parlent couramment la langue sont des anciens. Alors que des politiques du gouvernement fédéral comme les pensionnats indiens ont servi à éroder sa langue maternelle, la Première Nation Heiltsuk favorise activement son enseignement et sa préservation. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Histoire coloniale

Le premier contact avec les Européens a vraisemblablement eu lieu au cours des années 1780, même si le commerce avec les Heiltsuk ne sera pas habituel avant la prochaine décennie. Au début des années 1800, les Heiltsuk participent activement à la traite des fourrures maritime. En 1833, la Compagnie de la Baie d’Hudson établit le fort McLoughlin sur l’île Campbell. Ce dépôt de marchandises dépend des fourrures obtenues grâce au commerce avec les Heiltsuk. Le poste de traite ferme en 1843, car il devient obsolète lorsque le bateau à vapeur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le Beaver, offre un moyen plus rapide d’obtenir les fourrures.

Après le milieu du 19e siècle, les descendants des anciennes communautés heiltsuk, dont la population a été gravement réduite par une série d’épidémies, se rassemblent en une communauté fusionnée, à la baie McLoughlin. Vers les années 1880, la population heiltsuk est diminuée à environ 200 individus. En 1898, guidés par des missionnaires méthodistes, les Heiltsuk déménagent à l’emplacement actuel des Bella Bella.

Vie contemporaine

Au 20e siècle, la communauté des Bella Bella grandit pour devenir une collectivité prospère axée sur les industries de la pêche commerciale, de la pêche d’œufs de hareng et de la foresterie. De nos jours, les rituels d’une vie cérémoniale dynamique lient les communautés aux traditions de leurs ancêtres et à la population autochtone diversifiée de la côte ouest de la Colombie-Britannique. Les potlatchs soulignent toujours les événements marquants de la vie familiale des Heiltsuk.

Le 13 octobre 2016, un remorqueur qui transporte plus de 200 000 litres de diésel coule au large des Bella Bella, dans les eaux territoriales de la Première Nation Heiltsuk. On estime que 100 000 litres de carburant se sont échappés dans l’eau, ce qui aura des répercussions sur la faune sauvage, l’environnement et l’approvisionnement alimentaire de cette nation. Le 6 novembre, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, rencontre les dirigeants heiltsuk et promet de présenter bientôt un projet de loi pour interdire la circulation de pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique.


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