Pensionnats indiens au Canada

Les pensionnats indiens sont des écoles religieuses financées par l’État créées pour assimiler les enfants autochtones à la culture eurocanadienne. Bien que les premiers établissements résidentiels aient été installés en Nouvelle-France, le terme renvoie en général aux écoles établies après 1880. Les pensionnats indiens sont créés par les Églises chrétiennes et le gouvernement canadien afin d’éduquer et de convertir les jeunes autochtones et de les intégrer à la société canadienne. Cependant, ces écoles ont perturbé des vies et des communautés, entraînant des problèmes à long terme chez les Autochtones. Depuis la fermeture du dernier pensionnat indien en 1996, d’anciens élèves ont exigé reconnaissance et restitution pour les traitements reçus, des pressions qui ont mené à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens en 2007 et à des excuses publiques officielles de la part du premier ministre Stephen Harper en 2008. En tout, on estime à 150 000 le nombre d’enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui auraient fréquenté les pensionnats.

École publique, Fort Qu'appelle
Saskatchewan, en 1885 (photo de O.B. Buell, avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-118765).

Faits saillants sur les pensionnats indiens

Que sont les pensionnats indiens?

Les pensionnats indiens étaient des écoles subventionnées par le gouvernement et dirigées par les églises.

Quel était le but des pensionnats indiens?

Le but des pensionnats était d’éduquer les jeunes autochtones, de la convertir au catholicisme et de les assimiler à la culture canadienne

Combien d’élèves ont fréquenté les pensionnats?

On estime à 150 000 le nombre d’enfants ayant fréquenté les pensionnats indiens.

Comment d’enfants sont morts dans les pensionnats?

On estime à 6 000 le nombre de décès d’enfants dans les pensionnats (les données en ce sens sont incomplètes).

Comment de pensionnats y avait-il au Canada?

Au total, il y a eu environ 130 pensionnats indiens au Canada de 1831 à 1996. C’est en 1931 que l’on a comptait le plus au pays, soit 80.

Quand a-t-on ouvert le premier pensionnat indien au Canada?

L’Institut mohawk de Brantfort, en Ontario, a accueilli ses premiers pensionnaires en 1831.

Quand a-t-on fermé le dernier pensionnat indien au Canada?

Le pensionnat Gordon à Punnichy, en Saskatchewan, a fermé ses portes en 1996. Il s’agissait du dernier pensionnat indien au Canada.

Premiers pensionnats indiens en Nouvelle-France et au Haut-Canada

Les pensionnats indiens ont une longue histoire au Canada. Les premiers pensionnats indiens sont créés en Nouvelle-France par des missionnaires catholiques dans le but d’offrir des soins aux jeunes Autochtones et de les scolariser. Les gouvernements coloniaux ne parviennent toutefois pas à forcer les peuples autochtones à fréquenter ces écoles, puisque les Premières Nations sont très autonomes et que les Européens dépendent d’eux pour leur survie, tant aux niveaux économique que militaire.

Cependant, les pensionnats indiens deviennent une partie intrinsèque des politiques gouvernementales et religieuses à partir des années 1830, avec la création d’établissements anglicans, méthodistes et catholiques romains dans le Haut‑Canada (Ontario). Le plus ancien pensionnat indien au Canada est l’Institut mohawk, situé dans ce qui est maintenant Brantford, en Ontario. L’institut prend d’abord la forme d’une école de jour pour les garçons des Six Nations avant d’accueillir, dès 1831, ses premiers pensionnaires. Ces expériences coloniales donneront le ton aux politiques mises de l’avant après la Confédération.

Pensionnats indiens après 1880

Au début des années 1870, le gouvernement fédéral et les nations des Plaines désirent tous deux inclure des dispositions relatives à l’éducation dans les traités, mais pas pour les mêmes raisons. Les chefs autochtones espèrent que la scolarisation eurocanadienne aidera leurs jeunes à acquérir les habiletés de la nouvelle société et de s’adapter à un monde dominé par des étrangers. Avec l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867 et la mise en œuvre de la Loi sur les Indiens (1876), le gouvernement est responsable de l’éducation des jeunes Autochtones et de leur intégration dans la société canadienne.

Pour sa part, le gouvernement fédéral voit dans la scolarisation un moyen de rendre les Premières Nations autosuffisantes sur le plan économique, son objectif sous-jacent étant de diminuer la dépendance des Autochtones à l’égard des fonds publics. Il s’associe donc avec des missionnaires chrétiens pour encourager la conversion religieuse et l’autosuffisance économique grâce à la politique d’éducation des Autochtones élaborée après 1880, qui repose en grande partie sur des écoles de garde. Ces écoles sont bien loin de celles que les dirigeants autochtones espéraient créer.

Après l’établissement, en 1883, de trois écoles industrielles dans les Prairies, le gouvernement fédéral et les églises mettent sur pied, au cours des 50 années suivantes, un réseau de pensionnats indiens s’étendant dans la plus grande partie du pays. La plupart de ces écoles se trouvent dans les quatre provinces de l’Ouest et les Territoires, mais il y en a aussi un bon nombre dans le nord-ouest de l’Ontario et, plus tard, dans le nord du Québec. Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ne disposent pas de telles écoles parce que, semble-t-il, le gouvernement estime que les Autochtones se sont suffisamment assimilés à la culture eurocanadienne.

À son apogée, vers 1930, le réseau de pensionnats regroupe en tout 80 établissements. L’Église catholique en administre les trois cinquièmes, l’Église anglicane le quart, et l’Église Unie et les Églises presbytériennes se partagent le reste. Avant 1925, l’Église méthodiste administre aussi des pensionnats. Toutefois, lorsque l’Église unie du Canada est fondée en 1925, la plupart des écoles presbytériennes et toutes les écoles méthodistes deviennent des écoles de l’Église unie.



Isolement et assimilation

De façon générale, l’expérience des pensionnaires s’avère négative, voire traumatisante (même si quelques élèves en gardent de bons souvenirs). Les élèves sont isolés, retirés de leur foyer et séparés de leurs parents et parfois de certains de leurs frères et sœurs, les écoles étant séparées selon le sexe. Leur culture est également dénigrée et dans certains cas, on leur interdit de parler leur langue maternelle, même dans les lettres qu’ils adressent à leurs parents. Les tentatives d’assimilation des enfants commencent dès leur arrivée à l’école : on leur coupe les cheveux (dans le cas des garçons), on les dépouille de leurs vêtements traditionnels et on les remplace par de nouveaux uniformes. Dans bien de cas, on leur donne aussi un nouveau nom. Les missionnaires chrétiens consacrent leur temps et leur attention aux pratiques religieuses, tout en critiquant ou en dénigrant ouvertement les traditions spirituelles autochtones.

Daniel Kennedy (Ochankuga’he) décrit son expérience au pensionnat de Qu’Appelle (Lebret) dans ses mémoires publiées sous le titre Recollections of an Assiniboine Chief (1972) :

En 1886, à l’âge de 12 ans, on m’a attaché et envoyé à l’école gouvernementale de Lebret. Six mois plus tard, j’ai constaté avec tristesse que j’avais perdu mon nom et qu’un prénom anglais m’avait été attribué en échange. […]
« Quand on t’a amené ici pour l’inscription, [m’a plus tard raconté l’interprète du pensionnat,] on t’a demandé de nous donner ton nom. Quand tu l’as fait, le directeur a fait remarquer qu’il n’existait pas de lettre dans l’alphabet pour épeler le nom de ce petit païen ni de langue civilisée pour le prononcer. “Nous allons le civiliser, alors il lui faut un nom civilisé.” Voilà comment tu as acquis ce tout nouveau nom d’homme blanc. »
[...] Conformément à leur promesse de civiliser le petit païen, ils se sont mis au travail et m’ont coupé les tresses, ce qui, d’ailleurs, selon la coutume assiniboine, est un signe de deuil — plus le parent est proche, plus la coupe est près du cuir chevelu. Après ma coupe de cheveux, je me suis demandé en silence si ma mère était morte, car ils m’avaient coupé les cheveux de très près. Je me suis regardé dans le miroir pour voir à quoi je ressemblais. Une tête de citrouille d’Halloween m’a rendu mon regard et ç’en était fait. Si c’était ce à quoi ressemblait la civilisation, je n’en voulais rien savoir. Je me suis enfui de l’école, mais j’ai été capturé et ramené au pensionnat. J’ai fait deux autres tentatives, mais sans plus de chance. Réalisant qu’il n’y avait pas d’échappatoire, je me suis résigné à apprendre les trois R.
[…] Contemplez par vous-même les obstacles rencontrés par un jeune Indien qui n’avait jamais vu l’intérieur d’une maison; qui avait vécu, été comme hiver, dans des tipis en peau de bison; qui avait grandi avec un arc et des flèches à la main.
(Daniel Kennedy [Ochankuga’he], ancien élève du pensionnat de Qu’Appelle)

La vie dans les pensionnats indiens

Jusqu’à la fin des années 1950, les pensionnats fonctionnent selon un système de demi-journées : les élèves passent la moitié de la journée en classe et l’autre moitié au travail. Cette pratique vise en principe à permettre aux élèves d’acquérir diverses habiletés grâce auxquelles ils pourront gagner leur vie à l’âge adulte. En réalité, leur travail a davantage pour effet de gérer l’école à peu de frais que de leur procurer une formation professionnelle.

Les tâches sont séparées selon le genre. Les filles sont responsables de l’entretien de la maison (cuisine, nettoyage, lessive, couture), tandis que les garçons s’occupent de la menuiserie, de la construction, de l’entretien général et du travail agricole. Le financement des pensionnats est une préoccupation importante. Des années 1890 aux années 1950, le gouvernement cherche constamment à transmettre le fardeau de ce système aux églises et aux élèves, dont le travail contribue financièrement aux écoles. Dans les années 1940, il devient évident pour plusieurs que le système de demi-journées ne réussit pas à fournir aux pensionnaires une éducation et une formation adéquates. Cependant, le système de demi-journées n’est aboli qu’à la fin des années 1950, lorsqu’un regain de l’économie améliore le financement disponible.

Routine quotidienne dans les pensionnats

La journée des élèves commence de bonne heure, généralement au son d’une cloche qui les somme de s’habiller et de se rendre à la chapelle ou à la messe. Les élèves accomplissent ensuite toute une série de corvées (appelées fatigue duty en anglais) avant le déjeuner. Comme tous les autres repas, le déjeuner est frugal et englouti en vitesse dans un réfectoire. Il est suivi de trois heures de classe ou d’une période de travail avant la pause du dîner. L’après-midi suit un horaire similaire, marqué par des cours ou du travail, suivi de corvées additionnelles avant le souper. Une courte période de récréation est également prévue à l’horaire, généralement en après-midi ou en soirée. Certains pensionnats possèdent de petites bibliothèques, et plusieurs d’entre eux offrent du sport organisé et de l’enseignement musical, y compris un chœur et une fanfare. Les soirs se concluent par la prière et le coucher se fait tôt. Il s’agit d’un horaire extrêmement strict.

Les fins de semaine, il n’y a pas de classes, mais les élèves consacrent habituellement plus de temps aux pratiques religieuses du dimanche. Jusqu’aux années 1950, les vacances se résument, pour bien des élèves, à des périodes de travail et de jeu à l’école. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que les écoles prennent l’habitude d’envoyer les enfants à la maison pour les vacances. Pour cette raison, de nombreux pensionnaires ne voient pas leur famille pendant des années.

Horaire quotidien à l’école industrielle de Qu’Appelle, 1893

(Source : Rapport annuel du ministère des Affaires indiennes, 1893, p.173, reproduit dans Pensionnats du Canada : rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015, vol. 1, p. 330-331)

5 h 30 Lever des élèves
6 h Chapelle [service religieux]
6 h 30 – 7 h 15 Faire les lits, lavage, traire les vaches, et pomper de l’eau
7 h 15 – 7 h 30 Inspection des élèves dans les salles de classe pour voir s’ils sont propres et convenablement habillés, leur condition, santé, etc. ; note étant prise de ceux qui exigent l’attention ; si c’est pour les vêtements, cela se fait par la Sœur immédiatement après le dîner.
7 h 30 Déjeuner
8 h – 9 h Corvée pour les petits garçons
8 h Les garçons de métier vont à l’ouvrage
9 h – 12 h Classe, avec 15 minutes de récréation
12 h – 12 h 10 Préparatifs pour le diner
12 h 10 – 12 h 40 Dîner
12 h 40 – 2 h Récréation
14 h – 16 h Classe et métiers
16 h 45 – 18 h Corvée, telle que traire les vaches, transporter le charbon, les cendres, remplir les réservoirs, les boîtes à bois, pomper l’eau, balayer
18 h – 18 h 10 Préparatifs pour le souper
18 h 10 – 18 h 40 Souper
18 h 40 – 20 h Récréation
20 h Prière et coucher

Éducation et formation professionnelle dans les pensionnats

Dans l’ensemble, les étudiants reçoivent une éducation médiocre dans les pensionnats indiens. Ils doivent composer avec des enseignants qui sont généralement mal préparés, tandis que les programmes et le matériel proviennent d’une culture étrangère qui leur est inconnue. De plus, les leçons sont enseignées en anglais ou en français, langues que beaucoup d’enfants ne comprennent pas. En milieu de travail, les surveillants sont sévères, et les apprentissages professionnels que les élèves sont censés tirer de leurs tâches sont limités, voire absents.

Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, publié en 2015, tire les conclusions « incontestables » suivantes à propos du système de pensionnat :

  • Le gouvernement fédéral n’a pas fixé une série d’objectifs claire en matière d’éducation dans les pensionnats;
  • Le programme d’études des pensionnats correspondait essentiellement à un programme d’école primaire, reflétant la conviction selon laquelle la population autochtone était inférieure sur le plan intellectuel;
  • Le gouvernement n’a jamais élaboré ou mis en œuvre une politique à l’échelle du système sur la compétence professionnelle des enseignants;
  • Le personnel enseignant était sous-qualifié, mal payé et débordé;
  • Le programme d’études n’était pas adapté aux expériences, aux intérêts ou aux besoins des enfants. Par conséquent, peu d’élèves ont complété leur scolarité;
  • Les élèves quittaient les écoles sans avoir acquis les compétences nécessaires pour réussir dans leur communauté ou sur le marché du travail.

En bref, l’éducation et la formation professionnelle offertes par les pensionnats indiens sont inappropriées.

Entre deux mondes

Les tentatives d’assimiler les étudiants autochtones les désorientent et les laissent peu sûrs d’eux, empreints du sentiment qu’ils n’appartiennent ni à la société autochtone ni à la société des colons.

John Tootoosis, qui a fréquenté le pensionnat de Delmas (aussi appelé pensionnat Thunderchild) en Saskatchewan, ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle du système de pensionnats indiens :

« Lorsqu’un Indien sort de ces endroits, c’est comme si on le mettait entre deux murs d’une pièce et qu’on le laissait pendre au milieu. D’un côté se trouve tout ce qu’il a appris de son peuple et de son mode de vie qui est en train d’être anéanti, et de l’autre, il y a les façons de l’homme blanc qu’il n’a jamais pu comprendre pleinement puisqu’il n’a jamais reçu une assez grande éducation pour en faire partie. Alors, le voilà pendu entre deux cultures, et il n’est pas ni blanc ni Indien.
Ils ont tout aseptisé de notre esprit, toutes les choses dont un Indien a besoin pour s’aider lui-même, pour penser comme un humain doit pouvoir penser pour survivre. »
(John Tootossis, ancien élève du pensionnat de Delmas)

Mauvais traitements dans les pensionnats

Beaucoup d’élèves subissent de mauvais traitements dans les pensionnats. Malgré les efforts de certains membres du personnel soucieux d’être de bons professeurs et parents de substitution, le cadre institutionnel et la charge de travail viennent à bout des meilleures intentions. L’impatience et les corrections donnent souvent lieu à des punitions excessives, y compris de la violence physique. Dans certains cas, les pensionnaires sont enchaînés, séquestrés et grièvement battus.

Certains membres du personnel sont des prédateurs sexuels et plusieurs élèves sont abusés sexuellement. Lorsque des allégations d’abus sexuels sont faites par des élèves, des parents ou du personnel, la réponse du gouvernement et de l’Église est, au mieux, inadéquate. Même lorsque les représentants du gouvernement ou de l’église jugent que la plainte est fondée, la police est rarement contactée. De façon générale, la réaction aux allégations est souvent de simplement congédier le coupable. D’autres fois, ils permettent à l’agresseur de continuer à enseigner.

Santé, mort et maladie dans les pensionnats

Selon la Commission de vérité et réconciliation, au moins 3 200 enfants autochtones meurent dans les pensionnats surpeuplés. En raison de la mauvaise tenue des dossiers par les églises et le gouvernement fédéral, il est peu probable que nous ayons un jour accès au nombre total de décès dans les pensionnats indiens. Cependant, selon le juge Murray Sinclair, président de la Commission, ce nombre pourrait être supérieur à 6 000.

Ne mangeant pas à leur faim et souffrant de malnutrition, les élèves sont particulièrement vulnérables devant des maladies telles la tuberculose et la grippe (y compris l’épidémie de grippe espagnole de 1918-1919). La nourriture est de mauvaise qualité et en quantité insuffisante, en grande partie à cause des préoccupations concernant les coûts. À cause d’un financement limité, les pensionnats reçoivent l’instruction d’observer « l’économie la plus stricte [...] à tous les points de vue ». De façon générale, les menus semblent à la fois monotones et inadéquats sur le plan nutritionnel. Selon Basil Johnston, qui a fréquenté le pensionnat à Spanish, en Ontario, on sert aux pensionnaires « de la bouillie, de la bouillie et encore de la bouillie, tantôt grumeleuse, tantôt aqueuse, mais toujours avec une monotone régularité tous les lundis, mercredis, vendredis et samedis ».

Menu de l’école industrielle de Qu’Appelle, 1893

(Source : Rapport annuel du ministère des Affaires indiennes, 1893, p. 174 ; reproduit dans Pensionnats du Canada : rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015, vol. 1, p. 552)

Déjeuner

Quatre jours par semaine, gruau d’avoine ou de blé-d’inde avec du lait ou du sirop, on le sert avec du thé chaud et du pain ; les élèves qui travaillent et ceux qui ne sont pas en bonne santé reçoivent en outre du beurre. Trois jours par semaine, les élèves ont du beurre et du fromage avec leur pain au lieu du gruau ; on le sert avec du thé chaud.

Dîner

Soupe, viande ou poisson, légumes et pain à discrétion. Pour dessert, du riz ou des pommes bouillies, ou de la rhubarbe bouillie ou du sirop, ou du pain et du lait, avec de l’eau froide pour boire, excepté les enfants faibles et ceux qui travaillent en dehors, qui ont du thé chaud.

Souper

Viande pour les élèves qui travaillent, hachis et légumes pour les autres, pain à discrétion et dessert semblable à celui du dîner, thé chaud.

De plus, des recherches publiées en 2013 et menées par l’historien de la nourriture, Ian Mosby, révèlent que les élèves fréquentant certains pensionnats indiens dans les années 1940 et 1950 sont sujets à des expériences nutritionnelles sans leur consentement ou le consentement de leurs parents. Ces études sont approuvées par divers ministères du gouvernement fédéral et menées par de grands experts en nutrition. Elles suggèrent de restreindre à certains élèves l’accès à des éléments nutritifs essentiels et à des soins dentaires pour évaluer les effets des améliorations de la diète pour d’autres élèves. De façon générale, les expériences ne semblent pas avoir eu de bénéfice à long terme.

Les carences nutritionnelles et le surpeuplement entraînent régulièrement des épidémies dans les écoles. Bien que la tuberculose et la grippe aient été les principales causes de décès, les étudiants sont également touchés par des éclosions de variole, de rougeole, de typhoïde, de diphtérie, de pneumonie et de coqueluche. Au cours de l’hiver 1926-1927, par exemple, 13 enfants meurent d’une combinaison de rougeole et de coqueluche au pensionnat de Lytton. Louise Moine, qui a fréquenté l’école de Qu’Appelle dans les Territoires du Nord-Ouest, se souvient d’une année, au début du 20e siècle, durant laquelle la tuberculose « semait la terreur » :

Il y avait un décès par mois du côté des filles et certains des garçons sont morts aussi. On nous faisait toujours aller voir les filles qui étaient mortes. Les Sœurs les habillaient toujours en bleu pâle et elles avaient toujours l’air angélique et en paix. On nous faisait croire que leur âme était au paradis, et que cela devait d’une manière ou d’une autre apaiser notre deuil et le chagrin que nous ressentions face à la perte d’une de nos camarades. Il y avait ensuite une messe de requiem dans la chapelle. Toutes ensemble, nous escortions le corps, qui reposait dans un simple cercueil fait à la main, jusqu’au cimetière près de l’Église catholique romaine du village.
(Louise Moine, ancienne élève du pensionnat de Qu’Appelle)


Bien que des experts médicaux comme le Dr Peter Bryce, le Dr James Lafferty, le Dr O.I. Grain et le Dr E.L. Stone aient recommandé des mesures pour améliorer la santé et les traitements médicaux, ces mesures ne sont pas mises en œuvre par le gouvernement, en grande partie parce qu’on craint une hausse des coûts et que les églises s’y opposent.

Les écoles auraient pu faire en sorte que les enfants soient moins vulnérables à la tuberculose en leur fournissant un milieu de vie sanitaire et bien ventilé, un régime alimentaire approprié, des vêtements chauds et suffisamment de repos. Au lieu, la plupart du temps, les pensionnats n’ont pas réussi à offrir les conditions de vie saines, les aliments nutritifs, les vêtements adéquats et le régime physique qui auraient favorisé la santé des élèves et qui auraient donné à ceux qui étaient infectés une bonne chance de s’en sortir.
(Pensionnats du Canada : rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015, vol. 1, p. 506)


Résistance et fermeture

Les élèves autochtones et leurs parents s’opposent virulemment et résistent au régime sévère qui est instauré dans la plupart des pensionnats. Les enfants refusent de collaborer, sabotent les opérations de la cuisine ou de la classe, dérobent de la nourriture et des fournitures ou fuguent (comme l’a fait Chanie Wenjack en 1966). Au moins 25 feux sont allumés par des élèves en guise de protestation. Leurs parents et les chefs politiques autochtones protestent contre les conditions austères et les lacunes pédagogiques des écoles, mais leurs objections sont généralement ignorées.

Cependant, dans les années 1940, le gouvernement et la plupart des communautés missionnaires se rendent à l’évidence que les écoles sont inefficaces. En ce sens, les protestations des Autochtones aident à obtenir un changement de politique. En 1969, le système des pensionnats est pris en charge par le ministère des Affaires indiennes ce qui met fin à la participation de l’Église. Le gouvernement décide d’éliminer les écoles, mais cette décision se heurte à la résistance de l’Église catholique qui croit que l’éducation ségrégative constitue la meilleure approche pour les enfants autochtones. Des communautés autochtones résistent aussi à la fermeture des écoles, affirmant que les écoles confessionnelles devraient demeurer ouvertes ou encore qu’elles devraient être sous leur contrôle. En 1986, la plupart des écoles étaient soient fermées ou elles avaient été transférées aux bandes locales. Dix ans plus tard, le pensionnat Gordon à Punnichy, en Saskatchewan ferme enfin ses portes.


Relèvement, réparations et réconciliation

Les collectivités autochtones, souvent avec le soutien des églises et, depuis 1998, avec l’aide financière du gouvernement, assument la tâche difficile d’appuyer leurs membres pour traiter les effets à long terme des pensionnats, notamment l’éclatement familial, la violence et le désœuvrement. À la fin des années 1990, d’anciens élèves exigent que le gouvernement et les églises reconnaissent leur rôle dans la création des pensionnats et qu’on leur donne une indemnisation pour les souffrances encourues.

En 2005, le gouvernement fédéral établit un programme d’indemnisation de 1,9 milliard de dollars pour les survivants d’abus des pensionnats indiens. En 2007, le gouvernement fédéral et les églises responsables des écoles s’entendent pour indemniser les anciens élèves dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats.

Le 11 juin 2008, le premier ministre Stephen Harper présente, de la part du gouvernement du Canada, des excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens au Canada. Le premier ministre reconnaît ouvertement que la politique d’assimilation sur laquelle les écoles étaient fondées était « erronée, qu’elle a fait beaucoup de mal et qu’elle n’a aucune place dans notre pays ». Il reconnaît également les effets profondément destructeurs et durables des écoles sur la culture, le patrimoine et la langue autochtones. Ces excuses constituent l’une des étapes entreprises par le gouvernement pour bâtir de nouvelles relations avec les peuples autochtones au Canada.

Les excuses de Stephen Harper et le programme d’indemnisation offerts par le gouvernement fédéral n’incluent pas les survivants des pensionnats autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador. Puisque le Canada n’a pas créé et géré de pensionnats indiens dans cette province (Terre-Neuve ne fait pas partie du Canada au moment où les pensionnats commencent), le gouvernement fédéral soutient qu’il n’est pas responsable d’indemniser les anciens élèves. Après que les survivants aient intenté un recours collectif contre le gouvernement, un règlement de 50 millions de dollars est conclu le 10 mai 2016. Le règlement est approuvé par un juge de la Cour Suprême de Terre-Neuve-et-Labrador, Robert Stack, le 28 septembre 2016. Le 24 novembre 2017, le premier ministre Justin Trudeau présente des excuses officielles aux survivants des pensionnats indiens de Terre-Neuve-et-Labrador.

Voir aussi Éducation des Autochtones.


En savoir plus // Pensionnats

Guide pédagogique perspectives autochtones

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