John Ware

John Ware vit dans ce que l'on peut considérer comme l'âge d'or de l'élevage à la frontière de l'Ouest et devient un héros de cette époque par sa force physique impressionnante, ses remarquables talents de cavalier, son caractère agréable et son courage.

John Ware, homme de chevaux et grand éleveur
John Ware, grand éleveur, avec sa famille, vers 1896 (avec la permission des Archives du Glenbow Museum/NA-263-1).

John Ware

John Ware, cow-boy et éleveur (près de Georgetown, Caroline du Sud, 1845 - près de Brooks, Alb., 13 sept. 1905). John Ware naît esclave dans une plantation de coton et, à ce qu'il semble, grandit dans un petit ranch du nord du Texas. Toutefois, les données historiques sur sa vie ne sont pas très claires. Après son émancipation à la fin de la guerre de Sécession en 1865, Ware part vers l'ouest et trouve du travail dans un ranch près de Fort Worth, au Texas.

La légende de John Ware

John Ware vit dans ce que l'on peut considérer comme l'âge d'or de l'élevage à la frontière de l'Ouest et devient un héros de cette époque par sa force physique impressionnante, ses remarquables talents de cavalier, son caractère agréable et son courage. Il est difficile de faire la part entre la véritable histoire de cet homme et les légendes qui l'entourent. Sa vie est peu documentée et la plupart des informations à son sujet proviennent de commentaires écrits par ses camarades cow-boys, mais la publication de leurs témoignages ne débute qu'à la fin des années 1930. Ware décède peu après son épouse, alors que leurs enfants sont encore très jeunes.

Deux des traits dominants dans les histoires au sujet de John Ware sont sa grande force physique et son habileté dans l'élevage du bétail. On raconte qu'il peut marcher sans peur sur le dos de bœufs parqués dans un enclos ou immobiliser un bœuf de front, le déséquilibrer et le faire tomber au sol. On affirme également qu'il sait dompter les broncos les plus sauvages, renverser un cheval à la force du poignet et le clouer au sol pour le ferrer, ainsi que soulever un bouvillon de 18 mois pour le retourner sur le dos et le marquer au fer.

Outre l'exagération probable des récits sur John Ware, son statut de héros populaire régional témoigne du respect qu'il inspire. Les qualités qu'on lui attribue sont celles des héros de la sous-culture cow-boy de l'Ouest. Ce qui le distingue le plus, toutefois, c'est son succès en tant qu'homme noir s'établissant au sein de la société eurocentrique canadienne du 19e siècle.

La vie de John Ware

Son émancipation de l'esclavage intervient au moment de l'expansion de l'élevage dans tout le Midwest américain. John Ware se rend dans l'Ouest et y améliore ses compétences de cow-boy. Gardien de troupeau expérimenté à la fin des années 1870, il est engagé pour conduire des troupeaux du Texas vers le nord en passant par la piste de l'Ouest jusqu'aux lointains pâturages du Wyoming et du Montana. En 1882, il aide à mener 3000 têtes de bétail des États-Unis jusqu'au ranch de la North West Cattle Company, situé dans les contreforts des Rocheuses, au sud-ouest de Calgary, et mieux connu sous le nom de ranch Bar U, dont le propriétaire est sir Hugh ALLAN. John Ware constate que les gardiens de troupeaux expérimentés sont très recherchés à l'extrême nord de la région des ranchs. Il décide alors de rester dans cette région et travaille pour plusieurs grands élevages de bovins. En 1884, Ware est engagé par le ranch Quorn, établi au bord de la rivière Sheep. Ce ranch possède un important troupeau de bœufs et élève des chevaux destinés au marché anglais. Ware est chargé du troupeau de chevaux.

Au printemps de 1885, une importante opération est lancée depuis Fort Macleod en vue de capturer des chevaux dans les contreforts des Rocheuses, entre Calgary et la frontière du Montana. Ses organisateurs ont recours à 100 cow-boys, 15 cantines ambulantes et 500 chevaux. John Ware, qui représente la compagnie Quorn Ranch, est décrit dans la Macleod Gazette : « Ware est non seulement un des hommes les plus aimables et prévenants de la région, il est aussi l'un des plus habiles cow-boys qui soit. Nul doute que celui qui l'emploie pour veiller sur ses intérêts a beaucoup de chance! Il n'y a pas, dans les prairies, un seul cheval que John ne puisse monter. »

Juste avant le début de l'opération, John Ware enregistre sa propre marque, les quatre neuf (9999), aussi appelée « la canne ». En 1898, il réenregistre son entreprise sous la marque des trois neuf. Ware établit son propre ranch dans les contreforts des Rocheuses en 1890 avant d'épouser en 1892 Mildred Lewis, une Ontarienne dont la famille est venue s'établir à Calgary. En 1900, face à l'importante augmentation du nombre de fermes dans la région, Ware installe un nouveau ranch au bord de la rivière Red Deer, à l'est de Brooks. Sa maison est détruite par la crue printanière de 1902. Ware reconstruit une maison pour sa femme et ses cinq enfants (le sixième meurt en bas âge) sur un terrain surplombant un ruisseau maintenant appelé ruisseau Ware.

La famille Ware n'occupe pas longtemps cette maison. Pneumonie et fièvre typhoïde emportent Mildred au mois d'avril 1905. Ware meurt en septembre de la même année lorsque son cheval se prend une patte dans un trou de blaireau et tombe sur lui. De nombreux éleveurs de la région viennent à ses funérailles, à Calgary, et la disparition de John Ware est regrettée comme celle d'un des membres les plus respectés de leur communauté.

Le surnom de John Ware

Les amis et les voisins de John Ware le surnomment « N-gger John ». À l'époque de Ware, le racisme s'exprime sans considération pour l'individu. Bien que les gens aiment et respectent Ware, ils lui attribuent un surnom qui serait immédiatement qualifié de péjoratif de nos jours. Le mot nègre (n-gger) est un mot lourd de sens qui véhicule une image d'infériorité et d'ignorance, et qui, remis dans son contexte historique, révèle certaines tragédies et certaines victoires de l'histoire des États-Unis.

Le mot nègre vient du mot espagnol negro qui signifie noir. Au fil du temps, ce terme prend un sens péjoratif et revêt un caractère insultant. Les rédacteurs de L'Encyclopédie canadienne ont mûrement pesé le choix d'utiliser ce mot dans cet article. Il serait impossible de l'effacer de l'histoire, et son omission pourrait en outre amoindrir l'importance des difficultés et des accomplissements des Noirs face aux préjudices qu'ils ont subis. Dans un contexte éducatif, l'emploi de ce mot permet de tenir un discours éclairé qui, nous l'espérons, saura éviter que ce mot reprenne sa place dans le langage courant.

L'héritage de Ware

Dans le sud de l'Alberta, plusieurs endroits ont retenu le nom de John Ware, notamment le mont Ware, le ruisseau Ware et le John Ware Ridge, un chaînon montagneux d'abord appelé N-gger John Ridge. À Calgary, on retrouve l'école secondaire John Ware et l'immeuble John Ware qui abrite la cafétéria Four Nines de l'Institut de technologie du sud de l'Alberta.


Lecture supplémentaire

  • MacEwan, Grant, John Ware's Cow Country (3rd ed. 1995); Ian Hundey, John Ware (2005); James Davidge, The Duchess Ranch of Old John Ware (graphic novel, 2011).