Parc national Yoho

Le parc national Yoho est une zone protégée des montagnes Rocheuses, au sud-est de la Colombie-Britannique. Établi en 1886 (à l’origine sous le nom de réserve Mount Stephen), il partage avec le parc national Glacier, établi le même jour, le titre de deuxième plus ancien parc national au Canada, juste derrière Banff. D’une superficie de 1 313 km2, le parc compte 28 pics de montagne s’élevant à une altitude de plus de 3 000 mètres. Le parc national Yoho est au nombre des sept parcs des montagnes Rocheuses inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO des montagnes Rocheuses canadiennes (les autres sont les parcs nationaux Jasper, Banff et Kootenay, et les parcs provinciaux du mont Robson, du mont Assiniboine et Hamber). Le parc national Yoho doit notamment sa désignation comme site de l’UNESCO aux sites des schistes de Burgess, dont plusieurs sont situés dans le parc, renfermant des fossiles vieux de 540 millions d’années. Le nom Yoho dérive d’une expression crie manifestant l’admiration et l’émerveillement.  



Parc national Yoho
Le parc national Yoho est situé dans les montagnes Rocheuses, au sud-est de la Colombie-Britannique. (avec la permission de Jan Mosimann/Flickr CC)

Emplacement 

Le parc national Yoho est situé dans les montagnes Rocheuses, au sud-est de la Colombie-Britannique. Il partage sa frontière est avec le parc national Banff, une partie de sa frontière sud avec le parc national Kootenay,  et une partie de sa frontière ouest avec le parc provincial Hamber. La ville de Field se trouve à l’intérieur des limites du parc; les villes les plus proches à l’extérieur du parc sont Golden (Colombie-Britannique) et Banff (Alberta).

Géologie

Au cours de l’ère précambrienne, il y a un milliard d’années, les montagnes du parc national Yoho n’étaient pas encore formées. Tout le système des montagnes Rocheuses, s’étendant du golfe du Mexique à l’océan Arctique, était plat. Progressivement, cette zone a commencé à s’enfoncer au-dessous du niveau de la mer, s’emplissant d’eau de mer. Au cours d’une période de plusieurs millions d’années, des sédiments (boue, limon et sable) issus des rivières à proximité se sont déposés dans cette mer intérieure. Avec l’ajout d’une quantité croissante de sédiments, le fond de la mer a continué de s’enfoncer, créant des couches de sédiments à des milliers de mètres de profondeur.

Il y a environ 75 millions d’années, les forces à l’intérieur de la Terre ont repoussé les sédiments au-dessus du niveau de la mer, ce qui a eu pour effet de comprimer les roches, qui ont alors plié et éclaté. C’est ainsi que s’est formé le système des montagnes Rocheuses. L’érosion causée par la pluie, le ruissellement de l’eau et les glaciers a continué de façonner les montagnes jusqu’à leur donner leur forme actuelle.  

Schistes de Burgess

Les schistes argileux de Burgess sont formés de pierre stratifiée renfermant des fossiles de la période cambrienne (il y a entre 540 et 485 millions d’années). Au Canada, les sites de schistes argileux de Burgess renfermant des fossiles se trouvent au parcs nationaux Yoho et Kootenay. Les fossiles de Burgess illustrent la fin de l’explosion cambrienne, période s’étendant sur plusieurs millions d’années et voyant l’apparition de la plupart des grands groupes d’animaux dans le registre des fossiles. Bien que l’on retrouve dans le monde entier des sites qui renferment des fossiles de la période cambrienne, ces sites abritent principalement des organismes à corps dur comme les mollusques et crustacés. Par comparaison, les sites de schistes argileux de Burgess sont principalement constitués d’organismes à corps mou préservés rares, offrant aux scientifiques le portrait le plus clair au monde de la vie marine au cambrien.

Ces organismes vivaient dans la mer qui recouvrait jadis l’emplacement des montagnes Rocheuses actuelles. L’écoulement de sédiments dans la mer a eu pour effet d’enterrer les animaux morts et vivants. Au fur et à mesure de l’accumulation des sédiments, les organismes ont été comprimés et fossilisés. C’est avec la répétition de ce processus que sont apparues les couches de fossiles que l’on observe aujourd’hui dans les schistes argileux de Burgess.

Flore et faune

Le parc national Yoho abrite de nombreuses plantes alpines et subalpines. Plusieurs espèces de conifères y sont répandues. C’est le cas du pin à écorce blanche et du pin tordu, de l’épinette blanche et de l’épinette d’Engelmann, ainsi que du sapin de Douglas et du sapin subalpin. On retrouve dans le parc des arbustes comme le rhododendron blanc, le bouleau glanduleux et la busserole alpine. Un certain nombre de fleurs sauvages, comme les anémones, les lys et les violettes, poussent également dans les zones inférieures du parc.

Le parc national Yoho abrite également des populations de cerfs de Virginie et de cerfs mulets, d’orignaux et de wapitis. Les chèvres de montagne vivent en plus haute altitude, tandis que l’on retrouve dans le parc des animaux carnivores comme des grizzlis, des carcajous et des coyotes. Le parc abrite une grande variété d’oiseaux, dont l’aigle royal, le lagopède à queue blanche et le geai gris. Les ruisseaux en haute altitude contiennent souvent trop de limon pour constituer un habitat approprié pour le poisson; en revanche, les ruisseaux et les rivières dans la partie inférieure de la vallée recèlent de truites, ainsi que de corégones et de sauvagesses du nord. Certains lacs abritent une grande variété de truites, y compris l’omble à tête plate, le touladi, la truite mouchetée et la truite fardée.   

Peuples autochtones

Le parc national Yoho était autrefois principalement utilisé par les Ktunaxa (Kootenay) en tant que route saisonnière vers les plaines du côté est des montagnes Rocheuses. Même si d’autres routes existaient alors au sud du parc, celles-ci les obligeait à entrer en contact avec les Siksikaitsitapi (Confédération des Pieds-Noirs), avec qui ils entretenaient des liens peu amicaux. À la place, les Ktunaxa ont probablement emprunté le col Kicking Horse pour accéder aux plaines, où ils chassaient le bison sur le territoire de leurs alliés, les Cris et les Stoneys-Nakodas, en échange d’ocre.

Si les historiens soutiennent que les peuples autochtones ont été expulsés ou bannis de la plupart des parcs nationaux du Canada, on en sait en revanche très peu sur la forme qu’aurait prise cette expulsion au parc national Yoho. Par contraste, les récits portant sur l’expulsion des peuples autochtones du parc national Banff voisin sont légion. À Banff, c’est surtout l’utilisation que font les Stoneys-Nakodas du parc comme terrain de chasse qui provoque des tensions. On retrouve à Banff des vallées et des montagnes, tandis que Yoho se compose principalement de hauts sommets, ce qui rend le parc moins attrayant pour la chasse. Ainsi, la plupart des conflits portant sur les droits de chasse seraient vraisemblablement survenus à Banff, plutôt qu’à Yoho.

En outre, en 1888, soit deux ans après la création du parc national Yoho, la population de bison des plaines a presque entièrement disparu du Canada. Les voyages saisonniers des Ktunaxa à travers le parc deviennent alors moins fréquents.

Création du parc national Yoho

Camp Otter
Camp d’internement Otter, parc national Yoho, Colombie-Britannique, 1916. (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/3379318)

En 1858, James Hector, un géologue écossais membre de l’expédition Palliser, devient le premier Européen à explorer le col Kicking Horse. On raconte que c’est un coup de pied à la poitrine donné par le cheval de James Hector qui aurait inspiré le nom de cet endroit. Plus tard, le Chemin de fer du Canadien Pacifique emprunte ce couloir pour relier la Colombie-Britannique au reste du pays. On construit un hôtel et un restaurant au pied du mont Stephen, de sorte que les lourdes voitures-restaurants du CP n’aient pas à se hisser jusqu’au sommet de la montagne. Ces établissements marquent l’avènement de la réserve du mont Stephen, rebaptisée réserve du parc Yoho en 1901.

Camp d’internement

Lors de la Première Guerre mondiale, le gouvernement fédéral interne 8 579 Canadiens et immigrants récents comme prisonniers de guerre dans des camps répartis aux quatre coins du pays. Ces prisonniers, des « sujets de pays ennemis », proviennent de pays avec lesquels le Canada est alors en guerre, à savoir l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Turquie et la Bulgarie. Quatre de ces camps sont établis dans des parcs nationaux : Banff, Jasper, le parc national du Mont-Revelstoke et le parc national Yoho. Le camp du parc national Yoho est connu sous le nom de camp Otter. Situé à environ 13 km au sud-ouest de Field, en Colombie-Britannique, il sera exploité du 6 septembre 1915 au 23 octobre 1916.

On utilise les prisonniers de guerre comme main-d’œuvre bon marché à une époque où le réseau des parcs ne reçoit qu’un financement limité du gouvernement. Au camp Otter, les hommes construisent une nouvelle autoroute et un pont sur la rivière Kicking Horse. Des détenus élaborent un plan d’évasion par un tunnel reliant la cafétéria à la brousse, qu’ils ont construit à l’aide d’une pelle et d’ustensiles. Leur plan est toutefois découvert avant même qu’ils ne tentent de s’enfuir.  

Installations et activités

Au parc national Yoho, les visiteurs ont accès à toute une panoplie d’activités, qu’il s’agisse de camping, de randonnée, d’alpinisme, de ski, de vélo de montagne ou encore de raquette. Ils peuvent également visiter l’un des trois lieux historiques nationaux du parc, soit le refuge du col Abbot, le col Kicking Horse et le salon de thé des chutes Twin, où ils peuvent prendre part à une visite guidée des schistes de Burgess.


Liens externes