Politique au Québec

Alors habitants de la colonie britannique du Canada-Uni (qui regroupait le territoire du Québec et de l’Ontario actuels), les Québécois ont participé à la création de la fédération canadienne en 1867. On compte en effet quatre Canadiens français (voir francophones) parmi les 36 «  Pères de la Confédération ». Depuis le 1ᵉʳ octobre 2018, date de la première élection à date fixe de son histoire, le Québec est dirigé par un gouvernement majoritaire. Le premier ministre est François Legault. Le  lieutenant-gouverneur de la province est l’honorable J. Michel Doyon (voir aussi  Nouvelle-Franceguerre de Sept Ansbataille des plaines d’Abrahamtraité de Paris (1763)).



Hôtel du Parlement (Assemblée nationale)
Québec 1877-1887, architecte E.E. Taché.
(avec la permission des Archives nationales du Québec, Québec)

Structure du gouvernement provincial

L’Assemblée nationale du Québec est le siège du gouvernement provincial. Elle est composée de 125députés élus à un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Chaque député représente une circonscription regroupant environ 40000électeurs. Il existait auparavant un Conseil législatif (ou sénat provincial), mais celui-ci a été aboli en 1968.

Suivant la tradition britannique depuis l’établissement du parlement en 1791, le parti qui fait élire le plus grand nombre de députés forme le gouvernement. Il lui faut 63 sièges pour obtenir la majorité. Le chef ou la cheffe de ce parti devient le premier ou la première ministre. Les députés élus des autres partis forment l’opposition. Le parti qui se retrouve au second rang quant au nombre d’élus représente l’opposition officielle. Le chef ou la cheffe de ce parti devient le chef ou la cheffe de l’opposition.

Depuis 2013, les élections se tiennent à date fixe, soit le premier lundi d’octobre, tous les quatre ans. Cependant, s’il le croit justifié, le premier ministre peut demander au lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée nationale avant le terme normal d’une législature.

Chauveau, Ouimet, de Boucherville, de Lotbinière, Chapleau, Mousseau, Ross, Taillon, Mercier, Flynn, Marchand, Parent, Gouin, Taschereau et Godbout: 1867-1936

Un État minimale

Bien que minoritaires lors des négociations ayant mené à la création du Canada, les Canadiens français du Québec réussissent à imposer l’idée d’une fédération aux centralisateurs anglophones. C’est ainsi que la Loi constitutionnelle de 1867 répartit les champs de compétences à peu près en deux sphères: la sphère économiqueet la sphère culturelle et sociale. Au gouvernement central vont, entre autres, les fonctions régaliennes (notamment diplomatie, défense, sécurité intérieure, droit et justice, monnaie, douane), les banques, la poste, les pêches, les chemins de fer; et aux provinces, entre autres, la santé, l’éducation, les droits civils, les terres publiques.

Devenu l’une des quatre provinces du Dominion du Canada, le Québec dispose au début de très peu de revenus directs. Dès 1867, les politiciens du Québec luttent, avec des homologues des autres provinces, en faveur de l’« autonomisme », c’est-à-dire pour obtenir des pouvoirs accrus. Ils connaissent un succès relatif jusqu’en 1960.

La marge de manœuvre financière du Québec est au départ considérablement réduite (en 1900, les dépenses de l’État s’élèvent à 4,5 millions de dollars, soit près de 1000 fois moins qu’aujourd’hui en dollars constants). Dans la seconde moitié du 19e siècle, la montée de l’idéologie ultramontaine (ingérence de l’Église catholique dans les affaires publiques) et de l’idéologie libérale classique (laisser-faire économique) amène le gouvernement provincial à délaisser une large part des activités sociales au profit des établissements religieux. C’est ainsi que l’Église catholique parvient à se tailler une place de choix en dirigeant un nombre important d’écoles, d’hôpitaux, de services de loisirs et d’organismes de charité. Ce cléricalisme valut au Québec de se faire traiter de « priest ridden province » (province dirigée par le clergé) par les Canadiens anglais.

Dans le dernier quart du 19e siècle, alors que la population s’industrialise et s’urbanise, le gouvernement du Québec cherche à empêcher l’émigration des Canadiens français à l’extérieur de la province. Dans ce but, il fait la promotion de l’agriculture et incite la jeunesse à exploiter des terres non encore défrichées. À partir du 20e siècle, le gouvernement cherche davantage à attirer des capitaux étrangers (européens et américains) pour stimuler l’essor économique en mettant en valeur les richesses naturelles du Québec (bois à pâte, produits miniers, énergie hydroélectrique).

Duplessis et Godbout: 1936-1959

Depuis le mouvement des Patriotes, les Canadiens français rêvaient de faire de la politique différemment des partis traditionnels, à leurs yeux trop chicaniers et corrompus. Ainsi, Honoré Mercier, premier ministre de 1887 à 1891, avait voulu, selon son dire, placer les intérêts du pays au-dessus de ceux du parti.

Le duplessisme

Ce rêve revient habiter la politique québécoise à partir du Krash de 1929; cette crise économique frappe en effet le Québec de plein fouet. À l’élection de 1935, le Parti libéral, au pouvoir depuis 1897, est fragilisé par l’alliance stratégique du Parti conservateur du Québec (dirigé par Maurice Duplessis) et de l’Action libérale nationale, un nouveau parti formé par des membres dissidents du Parti libéral. L’alliance est désignée sous le nom d’Union nationale. Ce nouveau parti, qui a pour chef Maurice Duplessis, prend le pouvoir en 1936 et le conservera jusqu’à 1960, sauf de 1939 à 1944. Son régime sera associé à une période qualifiée de Grande noirceur.

Maurice Duplessis
Bien que controversée, l'autorité de Duplessis l'a fait reconnaitre comme « le Chef » au Québec.

Maurice Duplessis poursuit la politique des gouvernements libéraux précédents, mais il insiste davantage sur l’autonomisme. Il se rapproche de l’Église catholique et des nationalistes de droite. Il s’oppose aux interventions du gouvernement fédéral dans les champs de compétences provinciales. En 1954, par exemple, il fait adopter la Loi créant un impôt provincial sur le revenu afin de dégager un espace fiscal pour le Québec. Quatre ans plus tôt, un arrêté ministériel a permis de doter le Québec d’un drapeau national, le fleurdelysé.

Le saviez-vous? Les Canadiennes n’ont pas obtenu le droit de vote toutes en même temps. L’Acte constitutionnel de 1791 accorde à certains propriétaires et locataires le droit de vote, sans distinction de sexe, un oubli dans le texte dont les femmes du Québec qui ont les qualités requises vont profiter jusqu’en 1849, année où on leur interdit formellement. Toutefois, en 1892, l’Assemblée nationale adopte une loi qui accorde le droit de vote aux femmes propriétaires et célibataires ainsi qu’aux veuves aux élections municipales et scolaires.Le gouvernement fédéral accorde le droit de vote aux femmes en 1918. Au Québec, l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec et la Ligue des droits de la femme prennent les choses en main. Sous la présidence de Thérèse Casgrain, la lutte se poursuit jusqu’au 25 avril 1940, date à laquelle les femmes obtiennent finalement gain de cause. Ce n’est toutefois pas avant 1960 que les femmes autochtones obtiennent le droit de vote au palier fédéral et 1969 au palier provincial. Aujourd’hui, tout citoyen canadien de 18 ans ou plus domicilié au Québec depuis 6 mois peut voter à une élection au Québec.


Sauvé, Barrette, Lesage, Johnson (père), Bertrand, Bourassa et Lévesque: 1959-1981

Une longue Révolution tranquille 

La mort de Maurice Duplessis en 1959 et l’élection de Jean Lesage en 1960 marquent les débuts de la Révolution tranquille (voir aussi Femmes et Révolution tranquille). Les politiciens nationalistes délaissent la référence canadienne-française et définissent le Québec comme le lieu premier de leur action, ce qui inclut l’établissement de relations internationales (notamment avec la France).

Les politiciens du Québec embrassent l’idéologie keynésienne, c’est-à-dire qu’ils favorisent l’intervention active de l’État dans l’économie et les politiques monétaires. De nombreuses institutions publiques et politiques sociales sont créées: les cégeps, la Caisse de dépôt et placement, Télé-Québec, Hydro-Québec, la Régie de l’assurance maladie. Le budget de l’État explose, il est multiplié par quatre en 10 ans (1959-1969). Le Québec, jusque-là connu comme la province la plus à droite du Canada est désormais la plus à gauche. Une révolution des mœurs bouleverse le paysage culturel.

René Lévesque
Marie-Josée Hudon | © Marie-Josée Hudon. Toutes les œuvres reproduites sont la propriété de l'artiste. Reproduite avec la permission du Musée des Grands Québécois.

L’élection du Parti québécois en 1976 consacre le triomphe de l’État-nation et de l’État-providence. En 1977, la loi 101 (Charte de la langue française) fait du français la langue officielle du Québec. Au cours de son premier mandat, le Parti québécois adopte d’autres lois importantes, notamment la Loi régissant le financement des partis politiques. Au référendum sur la souveraineté-association de 1980, le camp du Non l’emporte avec 60% des voix.

Lévesque, Johnson, Bourassa, Johnson (fils), Parizeau, Bouchard, Landry et Charest: 1981-2005

Des ajustements néolibéraux

Le rapatriement unilatéral de la Constitution, en 1982, provoque des débats constitutionnels houleux. L’échec de l’Accord du lac Meech, en juin 1990, est vécu par plusieurs politiciens fédéralistes québécois comme une trahison. En 1995, le camp du Oui perd le second référendum par une très mince majorité des voix. Le premier ministre Jacques Parizeau scandalise en déclarant au soir de la défaite : « C’est vrai qu’on a été battus. Au fond, par quoi ? Par l’argent, puis des votes ethniques, essentiellement. »

Jacques Parizeau, homme politique
Ancien chef du Parti Québécois, Jacques Parizeau, en septembre 1989. En 1994, il est le deuxième chef du Parti québécois à devenir premier ministre.

La récession de 1981-1982 accentue le déclin économique du Québec, car son économie repose sur des industries et des manufactures désormais déclassées. Le Québec est plus que jamais vu comme une province surtaxée et surendettée.

En 1983, le gouvernement de René Lévesque adopte des mesures pour redresser les finances publiques. L’arrivée au pouvoir de Robert Bourassa, en 1985, confirme ce tournant. Il nomme à la présidence du Conseil du trésor un ancien grand patron de Provigo (une chaîne de supermarchés). Ce dernier croit qu’il faut sabrer sans tarder les dépenses, comme on le faisait alors aux États-Unis sous Ronald Reagan et en Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher. On invente alors l’expression « État-Provigo » qui désigne la volonté de gérer l’État comme une entreprise.

Robert Bourassa
(photo par Antoine Desilets, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P697,S1,SS1,SSS14,P10)

Tout en instaurant de nouvelles politiques sociales (subventions aux centres de la petite enfance, régime public d’assurance médicaments), le premier ministre Lucien Bouchard (1996-2001) poursuit les efforts visant à assainir les finances publiques.

En 2003, Jean Charest se fait élire sous la promesse d’opérer une « réingénierie de l’État ». Son gouvernement promet moins d’interventions étatiques, mais une plus grande efficacité de l’État. Autrement, on annonce une catastrophe économique pour le Québec. Paru en 2005, le manifeste Pour un Québec lucide (un collectif) commence ainsi: « Alors que notre avenir est menacé par le déclin démographique et la concurrence mondiale, le Québec ne peut se permettre d’être la république du statu quo. »

Charest, Jean
Premier ministre du Québec. 

Charest, Marois, Couillard et Legault: 2005-2018

La gestion paisable

Devant une levée de boucliers de la société civile, Jean Charest recule ou modère ses propositions de réformes. Essentiellement, pendant près de dix ans (2003-2012), il se contente de veiller à la saine gestion de la province. Reflet d’une société vieillissante, l’une des préoccupations phares du gouvernement est la réforme du système de santé, jugé coûteux et inefficace.

Sous le règne de Jean Charest, des accusations de corruption se font entendre de plus en plus distinctement. En 2004, le gouvernement fédéral met sur pied la Commission Gomery chargée de faire enquête sur les activités publiques et les fraudes liées au programme de commandites que le gouvernement fédéral a établi dans la foulée du référendum de 1995. De son côté, en 2010, le gouvernement provincial met sur pied la Commission Bastarache, laquelle doit enquêter sur le processus de nomination des juges du Québec et, en 2011, la Commission Charbonneau chargée d’enquêter sur les soupçons de collusion et de corruption dans le secteur de la construction. En 2010, le magazine Maclean’s titre à la une: «THE MOST CORRUPT PROVINCE IN CANADA […] Why so many political scandals happen in Quebec » (La province la plus corrompue du Canada […] Pourquoi autant de scandales politiques arrivent au Québec.) Le Conseil de presse a par ailleurs blâmé Maclean’s pour avoir manqué de rigueur et véhiculé des préjugés.

En 2012, confronté à la plus longue grève étudiante de l’histoire de l’Amérique du Nord (le «Printemps érable»), le gouvernement libéral déclenche des élections hâtives. Il est défait par le Parti québécois, mais ce dernier forme un gouvernement minoritaire, dirigé par la première femme première ministre du Québec, Pauline Marois. Son mandat est marqué par le débat sur l’adoption (avortée) d’une Charte des valeurs québécoises, un long débat amorcé en 2006, autour de la question des accommodements raisonnables.

Pauline Marois, 2013.
Image: Simon Villeneuve/Wikicommons.fr.

Dix-huit mois plus tard, en 2014, le gouvernement de Pauline Marois est défait et le Parti libéral de Philippe Couillard prend le pouvoir. Ce dernier poursuit sur la lancée de ses prédécesseurs libéraux et se concentre sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé et la réduction accélérée du déficit.

Legault: 2018 - 

Gérer la croissance

À l’élection de 2018, l’appui aux partis traditionnels s’effondre (le Parti Québécois et le Parti libéral encaissent les pires résultats de leur histoire) et deux nouveaux partis font des percées importantes. Québec solidaire, un parti de gauche fondé en 2006, fait élire 10 députés, tandis que la Coalition avenir Québec (CAQ), un parti de centre droit fondé en 2011, obtient 74 sièges et forme un gouvernement majoritaire.

Parmi les lois adoptées par le gouvernement caquiste, mentionnons la Loi sur la laïcité de l’État qui interdit le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité dans l’exercice de leurs fonctions (notamment, juges, procureurs, policiers et enseignants du système public).

François Legault
François Legault (Coalition pour l'avenir du Québec), Jimmy Hamelin, Wikimedia Commons

Depuis son élection, le gouvernement de François Legault caracole dans les sondages. D’une part, alors que l’appui à la souveraineté ne cesse de décroître (passant de plus de 50% en 2005 à moins de 30% en 2019), les Québécois éprouvent une certaine lassitude par rapport aux débats constitutionnels. L’idéologie autonomiste de la CAQ, qui fait la promotion de la nation québécoise sans prôner l’indépendance, paraît adaptée au contexte actuel. D’autre part, l’économie québécoise connaît un cycle favorable. Le chômage a chuté à son plus bas niveau en 50 ans et l’État enregistre des surplus budgétaires records. Décrié naguère, le « modèle québécois » semble n’avoir jamais aussi bien fonctionné.


Lecture supplémentaire

  • Marshall, Dominique, Aux origines sociales de l’État-providence, Familles québécoises, obligation scolaire et allocations familiales, 1940-1955, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1998.

    Durocher, René, Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain, vol. 2 : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1989.

    Gélinas, Xavier et Lucia Ferretti (dir.), Duplessis, son milieu, son époque, Québec, Septentrion, 2010. Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, vol. 1: De la Confédération à la crise, Montréal, Boréal, 1986.

Liens externes